‹ Mes cheveux blancs: poésieChapitre 54 sur 61 · L'ATHÉE · texte numérisé non relu

L'ATHÉE

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Un prince moscovite, assiégé par le doute , De sa pieuse enfance avait quitté la route; Sa foi s'était perdue au sein des esprits forts, Bien que pour la garder il eût fait des efforts. Msds il craignait surtout les traits du ridicule ; Devant lui, trop souvent Thomme faible recule. Son âme était tombée en ce gouffre béant Ouvert devant l'athée, et qu'il nomme « néant. » Là des maux d'ici-bas nul penser ne console, Mer, où rien ne nous guide, étoile ni boussole,

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Où Ton vogue au hasard sans rivage et sans port, En butte à tous les vents, à la merci du sort.

Cet état douloureux déchirait sa pensée, De ne plus croire à rien elle s'était lassée, Il cherchait pour répondre à son doute moqueur. Pour repeupler d*espoirs le désert de son cœur Un de ces hauts chrétiens, fanal de chaque époque, Accordant sa lumière au faible qui Tinvoque, Qui rayonnant au loin d'une vaste clarté Ramène au port celui qui s'en est écarté.

On touchait à Tépoque où Newton, ce génie.

Des lois de l'univers découvrait l'harmonie.

Où son œil d'aigle allait dans les cieux étoiles Conquérir des secrets au vulgaire voilés, Où du grand astronome , en tous lieux proclamée , Le monde applaudissait l'immense renommée.

« Quand mon âme à tâtons s'égare en son chemin, « Newton peut la guider et lui tendre la main, »

Se dit le Moscovite, « et ce fils d'Angleterre « De ce qu'il lit au ciel doit instruire la terre. «Je cours le consulter, ses clartés me luiront ; «Les ténèbres du doute à sa voix s'enfuiront.»

Il partit aussitôt, allant chercher à Londre Cet oracle inspiré qui devait lui répondre.

A peine il eut touché les rives d'Albion,

Que le cœur palpitant, tremblant d'émotion,

A l'hôtel du grand homme il arrivait sur l'heure ;

Mais, ô malheur ! Newton, bien que dans sa demeure.

Craignant dans ses calculs de se voir déranger,

Ne pouvait de longtemps recevoir l'étranger.

Ce retard désolait le fougueux Moscovite Accouru pour le voir de si loin et si vite.

« Ah ! ne pourrais-je au moins, dit-il à son valet, j> Par un trou de serrure, au travers d'un volet, » Contempler votre maître, entrevoir sa figure?

I Votre bonté sera payée avec usure ; » Tenez, voici de Tor; » et le valet séduit, De son maître à ces mots désignant le réduit : « Voyez-le, lui dit-il, par sa porte vitrée. »

Levant les yeux, les mains, vers la voûte éthérée Newton, le grand Newton, à genoux priait Dieu.

<r De tout raisonnement cet aspect me tient lieu, » Dit le Russe, et sa foi resplendit enflammée. Par cet exemple auguste à jamais rallumée.

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