BOUTADE CONTRE LES ALBUMS
Quand je suppute dans ma tôte Les albums où je mis des vers, Honteux du nombre.... , je m* arrête ; Puis je me dis: Par quel travers, Voit-on les auteurs à la ronde Semant leur présent leur huitains Célébrer la brune et la blonde, Les cheveux gris, roux et châtains, Les gens d'esprit et les crétins.
Et, de leur muse vagabonde, Envoyer partout dans le monde Les nomades alexandrins ?
Je ne conçois point qu'on vénère
Autant de héros à la fois
Sans discernement et sans choix ;
Qu'on puisse avec la circulaire
Des banales civilités
Prodiguer à tous pour leur plaire
Tant de grâce et de qualités.
En retour de nos courtoisies Pour satisfaire aux fantaisies De trop de gens d'albums dotés, Ils couronnent nos poésies De leurs suffrages frelatés, De leurs colossales louanges , Qu'ils nous prodiquent en échange Des mille et mille attributs d'ange Que nos sonnets leur ont prêtés.
Quand pour leurs essais littéraires Quelques imberbes rimailleurs Ne rencontrent point de libraires,
Dans les albums plutôt qu'ailleurs A leur verve donnant carrière, Sur quelque page hospitalière Ils placent leurs vers les meilleurs.
Et je comprends qu'il leur sourie, Ce moyeu qui n'est point mauvais De remplacer l'imprimerie Sans courir des chances de frais; Car de tout temps l'économie Ici fut la déesse amie Dont on adora les attraits.
Aussi voit-on, c'est la coutume.
Dans l'album où nous rimaillons.
Pour un poète en beau costume Cent poëteraux en haillons.
Qui lorsque leur verve s'allume N'osant la produire en volume L'égrénent en échantillons.
L'album devient le cénotaphe De la grammaire et de ses lois,
Là, mon amour-propre aux abois A vu s'encanailler parfois Ma signature et son paraphe En contact avec le bourgeois Qui malmenait en vers grivois La prosodie et l'orthographe.
Hélas 1 dans ces albums chéris, Alors qu'on entasse à tout prix Des talents de toute nature Dont Ton se prétend fort épris.
Poètes, soyez peu surpris Qu'on ne nous aime qu'en peinture.
Et qu'on prise notre écriture Mille fois plus que nos écrits.
A M. FRANÇOIS BARTHOLONY
On n*a pas toujours vu Tinconstante fortune Les yeux ceints d*un bandeau parsemer ses trésors Lorsque de ses amants dont l'ardeur Timportune Elle couronne les efforts.
Non, Ton dirait parfois que la justice môme Pour départir ses dons vient diriger sa main, Et qu'elle récompense un noble cœur qu'elle aime, Qu'elle rencontre en son chemin.
Heureux Bartholony ! sa main qui te caresse Rend à l'entour de toi les pauvres satisfaits; Car malgré ses faveurs nous te voyons sans cesse Moins riche d'or que de bienfaits.
Comme prôneur des grands jamais je ne m'affiche, La louange est un art de ma muse ignoré ; Mais toi, grand citoyen, tu seras le seul riche Que mes vers auront célébré.
Au sommet de sa roue où te mit la déesse, Voyant l'infortuné qui cherche à le gravir.
Tu mets tout ton savoir à guider sa faiblesse. Tout ton bonheur à le servir.
Je ne te connais point, mais je connais ton âme ; Aussi, combien de fois, ne pouvant secourir Les êtres malheureux que ta pitié réclame, Vers toi je les fis accourir.
Tu te souviens que jeune il te fallut combattre • Mille obstacles divers réunis contre toi.
Et tu dis à celui que le sort semble abattre : ff Allons, courage, imite moi. »
Et si l'infortuné n'a que toi pour ressource
Tu mets un peu d*azur à son eiel triste et noir,
Car tu lui fais trouver un appui dans ta bourse,
Et dans ta parole un espoir.
Généreux protecteur des arts, de Tharmonie, Tu voulus qu'à leur culte un beau temple s'ouvrît. Digne de ton pays, digne de leur génie, Et ta bonté le leur offrit.
De gares, de wagons nos cités étaient veuves; Mais à ta voix bientôt on les vit s' entourant De ces chemins fougueux qui pareils à des fleuves Emportent tout sur leur courant.
Accrois donc ses trésors pour doter l'indigence ! Seconde-le, Seigneur, sois propice à ses vœux; Que ta justice accorde à sa noble existence
Autant de jours qu'il fit d'heureux !