‹ Mes cheveux blancs: poésieChapitre 8 sur 61 · REFLETS DE JEUNESSE · texte numérisé non relu

REFLETS DE JEUNESSE

Non , je ne pleure point les amours du jeune âge , Alors qu'à mon printemps je me prends à songer, Ces doux plaisirs ailés, beaux oiseaux de passage , Qui pour fuir loin de nous ont un vol si l^er. Non, non, ce ne sont point ces fougues insensées Qui, de notre raison usurpant le pouvoir , De philtres séducteurs enivrent nos pensées , Et nous font chanceler au sentier du devoir.

Non : mais c'est la fraîcheur des sens de la jeunesse

Lorsqu'elle est éblouie aux feux de son matin ,

Qu'elle a pour en jouir une exquise finesse , Et qu'elle bénit Dieu de son naissant destin. C'est son ravissement des beautés de la terre , Qui la transporte aux pieds de son céleste Auteur ; C'est d'un bois, d'un ruisseau, d'un vallon solitaire La voix mystérieuse et l'attrait enchanteur.

C'est un je ne sais quoi qui lui parle, l'attire, L'attendrit , la pénètre et la force à pleurer Quand rêveuse elle voit un gracieux sourire Que la nature étale à qui sait l'adorer!

Ce sont des sens émus pour goûter toute chose ; C'est du monde pour eux l'aimable nouveauté , La splendeur du soleil , le parfum de la rose , Les fraîcheurs du printemps, les ciels purs de l'été ; C'est son âme adonnée aux vertus les plus douces , Qui ne voit des mortels que le meilleur côté; C'est son humeur candide, exempte de secousses , Riche de confiance et de naïveté.

C'est à nos dogmes saints sa croyance ingénue ; C'est du doute cruel son jeune espoir vainqueur;

Sa prière à genoux qui jaillit vers la nue, Emportant au Très-Haut les prémices d'un cœur.

Voilà , voilà les biens, ô mon Dieu , que je pleure , Les biens que chaque jour mon âge me ravit, Que je ne puis trouver, reclus en ma demeure. Lorsque dans mon fauteuil la douleur m'asservit. Des oiseaux printaniers aux voix mélodieuses. Cachant leurs nids moussus dans les bois déjà verts , L'air ne m'apporte plus les fanfares joyeuses, Sonnant parmi des fleurs la fuite des hivers. Mon pied n'est plus agile à gravir la colline; Je ne saurais aller ni bien haut , ni bien loin , Et mon œil qui s'éteint, dont la force décline. N'est plus de la nature un fidèle témoin.

mon Dieu! rends-les moi, les sens de ma jeunesse, Qui savaient admirer l'œuvre de ta grandeur.

Pour en être touché , qu'en mon âme renaisse La sensibilité, la pitié , la candeur !

Je voudrais rajeunir pour jouir de ta gloire;

Je voudrais contempler ces tableaux gracieux Que je ne trouve plus qu*au fond de ma mémoire , Et que Tâge obscurcit et dérobe à mes yeux :

Fais que ma gratitude à leur perte survive, Que je te rende grâce avec autant de foi Qu aux jours de mon enfance , où ma bouche naïve Balbutiait des mots qui montaient jusqu'à toi !

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