VIEILLIR
Vieillir, pour le mondain, c'est pleurer son jeune âge , Rappeler le passé, redouter l'avenir, S'enorgueillir des biens qu'il obtint en partage, Qu'il voudrait tout ensemble accroître et retenir ;
C'est craindre de songer lorsqu'il est solitaire A ce monde invisible et sombre où nous allons ; Sans s'approcher du ciel, s' éloignant de la terre , C'est pour aller à Dieu marcher à reculons;
C'est subir sa vieillesse à l'égal d'une honte , C'est repousser le rôle où l'entraîne le temps ,
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Dans un frac de jeune homme emmaillotter Géronte , Et de faux cheveux noirs masquer ses cheveux blancs ;
C*est traîner tristement une existence aride, Que ne fécondent point des sentiments pieux ; Dans les cercles brillants dont son âme est avide C'est vouloir être jeune et sentir qu'il est vieux;
C'est voir par des maux seuls sa carrière suivie, Pour abriter ses jours manquer d'un ciel serein , Regarder les heureux avec un œil d'envie , Et des plaisirs qu'ils ont composer son chagrin ;
C'est gagner à tâtons le bout de sa carrière Sans que la foi nous guide à son divin flambeau ; C'est passer en tremblant de son lit dans sa bière Et de la nuit du doute à la nuit du tombeau.
Vieillir, pour le chrétien, c'est préparer son âme A quitter la vallée où tombent tant de pleurs ;
C'est dans son corps souffrant faire briller la flamme De la foi ravivée au souffle des douleurs;
C'est peupler l'avenir d'espérances célestes, En bannir les projets qui n'ont rien que d'humain , Et de son existence abandonner les restes A qui l'avait donnée et la tient dans sa main ;
C'est faire un peu de bien pour le mal qu'il put faire, Semer l'aumône ici pour moissonner au ciel; C'est, en la consolant, verser à la misère Dans sa coupe d'absinthe une goutte de miel ;
Inspirer du respect à ce qui l'environne ,
De son expérience éclairer ses amis.
Et dans ses cheveux blancs trouver une couronne,
Qui fait qu'en sa présence on est fier d'être admis.
Si quelque verve encor s'allume dans sa tête ,
Éternel ! il t'implore en vers mélodieux ,
Son repentir porté sur l'aile du poète
Monte ainsi qu'un encens et le précède aux cieux.
Sur Tocéan des jours leurs nacelles cheminent; Mais d'un œil différent ils regardent la mort , Suivant les sentiments qui tous deux les dominent : Pour Tun c'est le naufrage, et pour Tautre, le port.