‹ Mes confidencesChapitre 23 sur 44 · FI OR D'AU Z A · texte numérisé non relu

FI OR D'AU Z A

Ah ! elle en a entendu, cette nuit-là, des lamentations, cette voûte, ajouta avec force l’aveugle; elle en a entendu autant que le jour où les cercueils de ma femme et de mon frère furent cloués à nos oreilles par le marteau du fossoyeur des Camaldules ! Quatre cœurs qu’on arrache à la fois les uns des autres, ça fait du bruit autant que quatre planches qu’on scie et qu’on cloue pour ensevelir quatre vies !

Eh bien ! monsieur, ce n’était rien que cette séparation de quelques jours ou de quelques années , avec l’espérance de se revoir à travers les barreaux de la chapelle du refuge des Camaldules tous les dimanches, et de se dire, de la bouche et des yeux, ce qui chargeait le cœur. Le malheur était plus près que nous ne pensions. A peine avais-je posé le doigt sur le loquet et entre-bâillé la porte, sans rien entendre , excepté le vent de l’aurore pleurant doucement dans les branches des sapins, que la porte.

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cédant violemment aux épaules de douze ou quinze soldats embusqués, muets autour de la cabane, mo renversa tout meurtri jusque sur la cendre du foyeiq et ces soldats, s’engouffrant dans la chambre et faisant résonner les crosses de leurs carabines sur les dalles, se jetèrent sur Hyeronirao, le précipitèrent à leurs pieds dans la poussière, et lui lièrent les mains derrière le dos avec les courroies de leurs fusils ; ils lui attachèrent une longue chaînette de fer à une de ses jambes, comme on fait à la béte de somme aux bords des fossés pour la laisser paître sans qu’elle puisse p&turer plus loin que sa chaîne; puis, le relevant de terre à coups de pieds et à coups de crosse :

— Marche, brigand, lui crièrent-ils, on va te confronter avec le cadavre de ta victime, et tu ne pourriras pas longtemps dans le cachot qui t’attend. Et quant à toi, petite couleuvre aux écailles luisantes, dis adieu à ton trou dans les racines du châtaignier, lu n’y resteras pas longtemps ; les religieuses de la maison des novices ne tarderont pas à t’envoyer prendre pour te donner une éducation moins sauvage. Pour toi, misérable taupe de rocher, et pour ta vieille

KlüK iJ’ALlZA.

Parque de sœur, ne vous inquiétez pas de votre pain ; il y a des hôpitaux dans le duché pour les aveugles et pour les veuves sans secours, et deux grabats ne vous y manqueront pas pour mourir.

En nous jetant ces insultes pour consolation, ils chassèrent devant eux Hyeronimo enchaîné, dont les anneaux de fer résonnaient sur les roches, sans nous permettre même de l’embrasser pour la dernière fois. Je les suivis de l'oreille et du cœur aussi longtemps que je pus entendre le bruit des pas de l’escorte. Magdalena, étendue à terre sur le seuil de la porte, mordait l’herbe et les pierres en appelant éperdùment son fils.

Hélas ! il était déjà bien loin sur le chemin de la mort et il ne pouvait entendre la voix de sa mère.

A moi, du moins, ma fille me restait. Je voulus rentrer dans la maison pour m’assurer, en la touchant sur ses cheveux, que je n’étais pas sans Providence .sur la terre; depuis le grand cri qu’elle avait

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HOH D’AUZA.

jeté en se roulant sur le pavé, quand on avait terrassé et enchaîné son cousin , nous n’avions pas entendu seulement soupirer dans la cabane. A la faible lueur de jour naissant qui me reste dans les yeux, j’étendis la main du côté où je l’entendais remuer, pour démêler, comme à l’ordinaire, ses beaux cheveux avec mes doigts, et pour approcher de son front ma bouche.

Jésus Maria! miséricorde! monsieur, qu’est- ce que je devins? Je devins pierre comme la statue de la femme de Noé quand, au lieu de tomber sur ses belles tresses de soie blonde qui partaient du faite de son front et qui se déroulaient jusque sur ses deux épaules, je sentis sous ma main une tête, toute ronde et tout frais tondue, qui cherchait à se dérober à mon attouchement comme quelqu’un qui a honte et qui baisse le visage; je crus rêver. Ma main glissa du front sur le cou ; ce fut bien une autre surprise, monsieur : au lieu de cette douce peau blanche d’enfant qui caressait la main comme une feuille lisse et fraîche de muguet, quand je touchai ses épaules à l’endroit où elles sortent du corsage de laine, je sentis le rude poil velu d’une veste de bure, comme

Flou DAUZA.

celle des pifferari des Abruzzes, et, en descendant plus bas vers la taille, une ceinture de cuir à boucles de laiton, de larges braies et de grosses guêtres boutonnées sur des souliere ferrés qui résonnaient comme des marteaux sur l’enclume.

Je poussai un cri de surprise et d’horreur; la . mère accourut, se signa et tomba à la renverse à l’aspect de ma fille ainsi défigurée. La pauvre enfant, surprise dans sa mue, tomba de son côté, à demi-habillée, sur le bord du lit, couvert de sa robe, du corsage et des cheveux qu’elle venait de dépouiller.

Un grand silence remplit la cabane.

— Malheureuse! qu’as-tu fait et que voulais-tu faire? m’écriai-je, en même temps que sa tante Magdalena levait les bras en l’air pour s’étonner et se désespérer.

La jeune fille fut longtemps sans répondre ni à moi ni à sa tante; elle tenait sa tête entre ses

Flou DALIZA.

mains et se cachait les yeux avec les belles tresses coupées de ses cheveux d’or, qui dégouttaient de ses larmes.

— Parle donc ! mais parle donc I lui disions-nous à l’envi.

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