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fêles. Je les pleurai sincèrement tous les deux, mais quand je me regarde maintenant, je suis tenté de ne pas les plaindre. Les malheurs d’un père, obligé à travailler jusqu’à satiété pour vivre et pour faire vivre ceux qui se sont compromis pour lui et pour leur patrie, sont un triste héritage à recueillir. Mieux vaut la paix du ciel, où nous nous retrouverons tous, consolés, les uns d’être morts, les autres d’avoir vécu !
Les nouvelles circonstances politiques, où se trouvait le royaume de Naples après le retour du roi, ne permettant guère au ministère français d’y employeravec convenance les mêmes agents qui avaient eu à traiter avec la révolution, je reços un congé indéfini pour rentrer en France. J’en profitai au printemps, cl je revins lentement à petites journées par cette belle route de Terni et de Narni, toute ondoyante de forêts et toute ruisselante de cascatelles, qui conduit en Étrurie comme dans un jardin du
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monde planté, taillé et arrosé pour le peuple-roi.
Nous nous arrêtâmes quelques jours à Florence. Le prince de Carignan, devenu depuis le roi Charles- Albert, repentant de son apparente complicité dans la révolution militaire de Turin, était venu y cacher sa faute chez son beau-frère, le grand-duc de Toscane, dans une retraite du palais Pitti ; son écuyer, Sylvain de Costa, un de mes amis les plus intimes et les plus loyaux, me découvrit clans mon hôtel, annonça â son prince mon arrivée, et revint de sa part me demander une entrevue secrète chez moi.
Je ne le permis pas par respect pour ce jeune proscrit d’un trône, et j’allai au palais Pitti lui présenter mes hommages h, des espérances de réconciliation avec la cause des rois, qu’il ne tarda pas â aller servir en Espagne. Se doutait-il alors qu’il régnerait vingt ans en Piémont sous la tutelle de l’Autriche et sous l’influence absolue des jésuites, et qu’il reprendrait, vingt ans après, les ordres des carbonari, les armes contre l’Autriche, les conspirations contre le Pape, le patronage de la France révolutionnaire, et qu’il laisserait l’Italie conquise et tous les princes, ses collègues et ses parents, chas-
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sés pal' son fils de ces mêmes palais où iui-méme
avait reçu l’iiospitalilé de laniille?
Ce que l’esprit n’ose prévoir, les événements et les caractères l’amènent. L’inattendu est le nom des choses humaines. Nos neveux en verront bien d’autres avant que l’Italie en revienne à la seule unité honnête et forte (jui lui convienne et qui convienne à la France : la conlédération-rêpubli(|uc d’Etats.
Je passai l’été dans une belle vallée des Alpes, auprès de ma sœur, non ftin de Chambéry. Ma femme, lière de son bel enfant, et trop frêle pour pouvoir le nourrir longtemps, fut remplacée par une paysanne de la Maurienne, à son premier lait, au teint de rose, aux dents d’ivOire ; mais, hélas ! l’enfant dépérissait sur ce sein de neige : on n’achète pas la vie, Dieu la donne ou la refuse.
Je résolus de profiter de ce loisir diplomatique, en attendant une nouvelle destination, pour visiter l’Angleterre et pour faire connaissance avec la famille de ma femme. Ma belle-mère possédait, dans un des plus riches quartiers de Londres, une maison élégante et magnifiquement meublée, dans le voisinage de Ilyde-Park. Nous nous y établîmes pour quelques mois. Je trouvai dans la' famille de ma femme un accueil plein de noblesse et de grâce , qui n’a pas cessé jusqu’à ce jour de me faire deux patries et deax centres d’affection. L’Angleterre, pays de la famille par excellence, est aussi lé pays de l’adoption. Le cœur reconnaissant s’y partage entre les sentiments innés et les sentiments acquis.
Après avoir joui quelque temps de l’intimité de cette aimable partie de ma nouvelle famille, nous louâmes, au boixi de la Tamise, à Richmond, une villa recueillie et solitaire, entre le parc et le fleuve,
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pour y passer l’été. Ces jours de Richmond, entre l’étude, les livres, le cheval, les promenades et quelques excursions dans les forêts et dans les châteaux royaux de l’Angleterre , furent des plus heureux de notre existence. Un de mes plus intimes amis, le baron de Vignet, neveu des deux comtes de Maistre, venait d’être nommé secrétaire de l’ambassade de Sardaigne 5. Londres. Il venait souvent à Richmond passer avec moi des jours mélancoliques comme son caractère, à l’ombre de ces arbres séculaires d’Angleterre, où nous nous entretenions de politique et de poésie, ses deux passions, comme elles étaient déjà les miennes. 11 voyait tout en sombre et rappelait plus les Nuits d'Young que la sérénité calme de sa patrie. Un autre ami très-lettré aussi, M. de Marcellus, était en même temps que nous à Londres, premier secrétaire de l’ambassade française , sous l’ambassadeur, notre plus grand poète, M. de Chateaubriand. Je n’avais pas connu à Paris cet homme illustre autrement que par mon admiration à distance. Je lui fis ma visite de devoir en arrivant à Londres ; il oublia de me la rendre ; je n’insistai pas : ce ne fut qu’après mon séjour à Richmond que, sur
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l’observation de M. de Marcellus, M. de Chateaubriand me fit une visite et m’envoya une invitation à un de ses dîners diplomatiques. Je m’y rendis par devoir plus que par empressement. Il fut froid et un peu guindé avec un jeune homme qui ne demandait qu’à l’adorer comme un être plus qu’humain. Je sortis contristé de sa table, et je ne cherchai plus à le Toir. Il me parut un homme qui posait pour le grand homme incompris, qu’il ne fallait voir que de loin, en . perspective. Le charme manquait à sa grandeur; le charme de la petitesse ou de la grandeur, c’est le naturel. L’affectation gâte même le génie. .Te l’ai toujours admiré, surtout comme puissance politique ; mais il m’éloigna toujours de lui, même quand il fut mon ministre et qu’un mot de lui pouvait me placer sans faveur à un poste plus élevé dans ma carrière. N’aime pas qui veut ; il ne m’a rendu bien plus que justice qu’ après sa mort, dans ses Mémoires posthumes, où il me plaça comme poète au rang de Virgile et de Racine, et comme homme politique plus haut que mon siècle ne m’a placé. J’ai souvent réfléchi par quelle bizarrerie inexplicable, ce grand juge m’avait témoigné tant
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(le défaveur pendanl (ju’il vivait, en me réservant tant de partialité après sa mort. Je crois l’avoir deviné, mais je n’oserais jamais le dire.
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Un autre homme d’élite, que son indulgence tendre pour moi me permettait d’appeler mon ami, le duc Mathieu de Montmorency , devint ministre das affaires étrangères dans les péripéties publiques qui précédèrent le congrès de Vérone. Il n’attendit pas ma demande pour me nommer à Florence auprès du marquis de La Maison fort, et destiné à le remplacer en chef aussitôt que les convenances permettraient de rappeler ce ministre.
Je revins à Paris avant de me rendre en Toscane. Le marquis de La Maisonfort avait le genre d’esprit do Rivarol ; c’était un émigré comme Rivarol : il avait autant d’esprit, et du meilleur, qu’il soit possible d’en concentrer dans une tête humaine, même au pays de Voltaire et du chevalier de Grammont. Il avait tiré un parti très-habile du malheur de la
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monarchie et de la fréquentation des princes pendant leur exil. Les disgrâces même du sort sont gracieuses aux hommes de cette nature, ils ne prennent rien trop au sérieux dans la vie. Il y a toujours de la ressource dans l’esprit souple et flexible d’un courtisan de rois tombés. 11 s’était voué de bonne heure à ce rôle de l’espérance et de l’activité dans les causes en apparence perdues ; il avait conspiré avec les flatteurs de la haute émigration en Suisse, en Russie, en Angleterre ; il s’était lié avec M. de Blacas, homme plus sérieux, mais moins aimable que lui ; Louis XVIII l’aimait pour sa légèreté, il tenait tête à ce monîirque en matière classique et épigrammatique; il avait écrit en I81/| des brochures royalistes qui lui avaient fait un nom d’homme d’État de demi-jour, à l’époque où une brochure paraissait un événement; il n’était point ennemi des transactions avec la révolution pacifiée ; il savait se proportionner aux choses et aux hommes ; il n’avait aucun préjugé, grande avance pour faire sa, place et sa fortune; mais il la mangeait â mesure qu’il la faisait. Le roi avait fini par le nommer ministre en Toscane. Il n’y jouis.sait pas d’une considération très-
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sérieuse, mais d’une réputation d’esprit très-méritée. Les émigrés, ses contemporains, très -légers au commencement, étaient devenus moroses et pédantesques en vieillissant ; ils reprochaient à M. de La Maisonfort d’être resté jeune malgré ses années. On le desservait à Paris ; il voulait y rentrer malgré eux pour se défendre et pour obtenir du roi un poste plus lucratif. En attendant, il n’avait plus qu’à peu près un an à passer dans l’Italie centrale pour me laisser, à titre de chargé d’affaires de France, ses trois légations, Florence, Parme, Modène et Lucques à diriger.
Incapable de basse jalousie et très-capable d’amitié pour un jeune homme dont la renommée naissante le flattait sous le rapport littéraire , poète lui-même, et poète très-agréable (la touchante et naïve romance gauloise de Griselidis est de lui), il m’accueillit moins en subordonné qu’en ami plus jeune et en élève tout à la fois politique et poétique;
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il me présenta comme son second et comme son successeur aux principales cours auprès desquelles il était accrédité.
Celle de Florence, qui était notre principale résidence, se composait d’abord du grand-duc de Toscane, jeune encore d’années, mais d’une maturité précoce et studieuse qui annonçait un digne héritier du trône et du libéralisme philosophique de Léopold.
Léopold, quoique frère de l’empereur d’Autriche, et empereur ensuite lui-méme, avait inoculé le goût et l’habitude des gouvernements libres à l’Italie; il y avait été le précurseur de la révolution et de la tolérance administrative et religieuse descendues du trône sur les sujets. Le jeune souverain actuel continuait son oncle. Ses deux ministres, le vieux Fossombroni et le prince Corsini, avaient conservé les traditions de mansuétude, d’économie et de gouvernement par le peuple lui-même, de leur maître Léopold. La peine de mort, supprimée par ce prince, n’avait été rétablie que pour la forme par l’administration française sous Napoléon; l’échafaud ne s’était jamais relevé sous le régime grand-ducal; la Toscane était l’oasis de l’F.urope.
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Comment une dynastie qui notait qu’une première famille libre dans un pays libre, dont le gouvernement servait de modèle et d’émulation au monde, comment une dynastie plus que constitutionnelle, qui était elle seule la constitution et ta nationalib: dans la terre des Léopold et des Médicis, a-t-elle été perfidement envahie et honteusement chassée de cette oasis, créée par elle, et chassée par les Piémontais du palais Pitti, où le roi Charles- Albert, ce roi d’ambition à tout prix, avait cherché et trouvé un asile chez ceux-là mêmes qu’il persécutait en reconnaissance de leurs bienfaits? On parle de l’ingratitude des peuples, mais de celle des rois, qu’en dites-vous?
Deux princesses charmantes, sœurs l'une de l’autre et presque du même Age, embellissaient cette cour et donnaient de la grâce à ses vertus.
L’une était la jeune veuve du précédent grandduc, mort récemment ; l’autre était la grande-du-
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clicssc régnante, qui partageait avec sa srciir les honneurs de ce trône à deux. Princesses de Saxe et sœurs, elles avaient apporté de ce pays lettré, dans cette terre des beaux-arts, l'instruction et le goût de tout ce qui est l’idéal des grands esprits et des cœurs enthousiastes. Elles me reçurent comme Eléonore d’Este et môme comme cette Lucrezia Borgia, tant et si odieusement calomniée, recevaient jadis l’Arioste et le Tasse dans ces cours de Ferrare et de Mantoue, qui n’étaient que des académies de tous les grands artistes de l’esprit.
Le grand-duc me témoigna une considération précoce et imméritée, qui ne farda pas à se changer, sous les rapports politiques, en véritable amitié. La crainte de contrister le marquis de La Maisonfort, qui ne jouissait pas auprès de lui de la même prédilection, lui fit voiler discrètement, à lui, ses bontés pour moi, et moi, ma respectueuse affection pour lui. J’en jouissais à la dérobée, le matin, dans sa bibliothèque du palais Pitti, où je me rendais mystérieusement, et où il venait me joindre aussitôt qu’il était averti de ma présence, par son bibliothécaire, pour m’emmener dans son appartement. Là, j’avais l’hon-
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neuf d’avoir avec le prince des entretiens confidentiels sur la politique, qui m’ont laissé, pour ses principes et pour ses vertus, une éternelle admiration. Heureux les peuples qui ont leur sort dans des mains si pures et si douces ! Malheur aux peuples qui ne savent pas les apprécier et qui préfèrent s’a.sservir à des rois chevelus de caserne, au lieu de chérir des princes philosophes qui ne leur demandent que d’être heureux !
La grande-duchesse, sa femme, sortait quelquefois de son appartement contigu, un de scs enfants dans les bras, pour venir, comme une simple mère de famille, s’asseoir gracieusement à ces entretiens, .l’en sortais pénétré d’une véritable estime pour le prince, d’une vénération enthousiaste pour la princesse. Le bruit de cette faveur secrète du grand- ' duc, dont j’étais honoré, ne tarda pas à se répandre
malgré nos précautions. On crut que j’aspirais à changer de patrie et à devenir ministre favori du grand-duc, au lieu de simple chargé d’affaires de France dans une cour d'Italie. Le parti autrichien affecta de s’en alarmer; il n’en était rien, je n’avais, à cette époque, ni mérité, ni subi les rigueurs
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de ma patrie, et je n’aurais eu aucune excuse de chercher à changer de foyer et de devoir.
Mon penchant pour la Toscane et pour les jeunes souverains était entièrement désintéressé. Je n’aimais rien d’eux qu’eux-mênies. Si ce prince, maintenant méconnu et exilé, lit par hasard ces lignes, il y retrouvera, après tant d’années cl de vicissitudes, les mêmes sentiments de respect et d’estime. J’ai été assez heureux et assez prudent, en 1848, pour lui en donner des preuves muettes, en résistant aux instances de Charles-Albert et en opposant k ses empiétements contre les princes, ses anciens hôtes, ses parents et ses alliés, l’inflexible refus de la loyauté de la République française. Notre devoir, selon moi, n’était pas de fomenter en Italie l'agrandissement, diminutif pour la France, de la maison de Savoie, mais de favoriser une confédération italienne qui constituât la péninsule en États solidaires contre l’Autriche et reliés à la France par l’éternel intérêt d’une indépendance commune.
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J’attendais mon ami, le comte Aymons de Virieu qui, déjà souffrant, venait avec sa famille chercher un climat plus salutaire en Toscane. Je m’étais logé moi-même, et je lui avais proposé un appartement dans une maison isolée et poétique, à l’extrémité de' la rue di Borgo ogni Sanli, entourée, au premier étage, d’un jardin en terrasse planté de magnifiques caroubiers, et dominant un parc immense, qu’on appelait la villa Torregiani,
Cette villa n’avait pour tout édifice qu’une tour monumentale élevée à une hauteur pyramidale audessus des sapins les plus sylvestres et les plus sombres. La destination romanesque et pieuse de ce monument extraordinaire et mystérieux ajoutait à cette vue un intérêt qui sacrait pour ainsi dire le bois et la pierre. On disait que le marquis Torregiani, très-bel homme, au visage toscan voilé par une empreinte de tristesse, y venait tous les jours.
Je le voyais souvent entrer seul dans son jardin»
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fermé aux curieux ; j’étais à portée de contempler ce pèlerinage d’amour et de douleur dont on chuchotait tout bas le motif. L’amour en Italie, comme on peut le voir par la Béatrice de Dante et par la luiure de Pétrarque, est le plus avoué et en même temps le plus sérieux des sentiments de l’homme. La femme elle-même, souvent si légère ailleurs, y est dépourvue de toute coquetterie, ce vain masque d’amour, et de toute inconstance, cette satiété du cœur qui se lasse avant 1a mort des attachements conçus avec réflexion. Les liaisons sont des serments tacites que la morale peut désapprouver, mais que l’usage excuse et que la fidélité justifie. Le marquis Torregiani avait conçu et cultivé dès sa jeunesse une passion de cette nature pétrar- (juesse pour une jeune et ravissante femme de race hébraïque, mariée à un banquier florentin. Cette passion était réciproque et ne portait aucun ombrage au mari. Le cavalier servant et l’époux, selon l’usage aussi du pays, s’entendaient pour adorer, l’un d’un culte conjugal, l’autre d’un culte de pure assiduité, l’idole commune d’attachements différents, mais aussi ardents l’un que l’autre.
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Lejeune et charmant objet de ce double culte fut enlevé dans sa première fleur à. son époux et à son adorateur. Mais la mort même ne put séparer les pensées. La différence du culte interdit au marquis de Torregiani d’élever, à celle qui avait disparu de ses yeux, un monument dans le cimetière juif où il pût aller pleurer sur sa cendre. 11 s’imagina, dans sa douleur, et inspiré d’étranges imaginations, de se rapprocher au moins par le regard de la place où elle s’était évanouie de la terre. Il bâtit cette tour assise par assise,. et l’éleva jusqu’à une telle hauteur, qu'elle dominait tous les palais et tous les clochers de la ville qui pouvaient s’interposer à la vue entre le cimetière juif et la villa Torregiani; en sorte qu’en montant au sommet de sa tour, il pût, à chaque retour du jour, contempler la place de cc campo sanlo juif, où son idole avait dépouillé sa forme terrestre pour habiter l’éternelle et pure demeure dans son souvenir et dans le ciel 1
Il y passait chaque jour des heures de recueillement et de larmes , dont cette plate-forme funèbre avait seule le secret. Un sonnet de Pétrarque contenait-il plus de laimes que ce marbre colossal
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élevé dans les deux pour entrevoir un souvenir?
Je ne tardai pas à porter mes r('S])ects à une majesté découronnée que j’avais visitée à mon premier voyage. Le souvenir de son second époux, le poète Alfieri, l’illustrait davantage encore que le premier, à mes yeux. C’était la comtesse d’Albany, reine légataire de l’Angleterre par son mariage avec le dernier des Stuarts. La comtesse d’Albany, belle autrefois, et toujours aimable, était une fille de la grande maison flamande des Stolberg, sœur de ces frères Stolberg , célèbres dans la philosophie et dans la littérature allemande du dernier siècle. Le cardinal d’York, frère du Prétendant, autrefois héroïque, Charles-Édouard, et réfugié à Rome, avait fait veijir la jeune comtesse en Italie pour lui faire épouser son frère déjà âgé et déchu de son caractère par un vice excusable dans un héros découragé : l’ivresse, mère de l’oubli. Le prince avait été séduit par la jeunesse, la beauté et les grâces intellectuelles
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