‹ Mes confidencesChapitre 40 sur 44 · FU>K DAI.IZA · texte numérisé non relu

FU>K DAI.IZA

au plus à la porte d’un bagne perpétuel , la phis grande grâce qu’il pût espérer, si monseigneur le duc revenait avant le jour fatal, et tous n’ayant pour appui dans une ville inconnue qu’un vieillard chancelant avec sa besace et son bâton, demandant pour eux l’aumône aux portes.

C’est pourtant comme cela que nous entrâmes à Lucques, monsieur, moi disant mon chapelet derrière le frère quêteur, et lui, en montrant mon beaufrère, marchant à tâtons derrière nous, guidé par son pauvre chien estropié.

Hélas! qu’aurait pensé mon pauvre défunt mari, s’il nous avait vus ainsi du haut de son paradis, lui qui m’avait laissée en mourant si jeune et si nippée, avec une si belle enfant au sein ; son frère, avec ses deux yeux, riche d’un si beau domaine autour du gros châtaignier; son fils, riant dans son berceau auprès du foyer pétillant des sarments de la vigne, honorés dans toute la montagne et faisant envie à tous les pèlerins qui montaient ou descendaient par le sentier de San Stefano ?

Et maintenant, son fils condamné pour homicide, au fond d’un cachot, sur la paille, attendant le jour

FIOR D’AUZA.

du supplice; son frère ayant perdu la lumière du firmament; moi, flétrie et pâlie par les soucis, loin de ma fille que j’allais retrouver sans qu’il me fût permis de l’embrasser seulement quand je la reverrais!

Tous nos biens passés dans les mains des hommes de loi, ruinés, mendiants,, et, qui plus est, déshonorés à jamais dans la montagne par un homicide commis à notre porte, comme dans un repaire de brigands, bien que nous fussions honnêtes 1 Mais qui je savait, excepté Dieu et le moine? Voilà pourtant, monsieur, ce que nous étions devenus en si peu de temps, et comment nous entrions dans la ville de Luo ques. Pourrais-je ne pas pfturer, quand j’y pense?

Le lendemain du jour où le père Hilario nous avait déposés dans la niche obscure, sous l’escalier du couvent de Lucques, près de la prison où l’on servait la soupe des pauvres, il vint nous reprendre avec une permission du juge pour aller revoir tant que nous voudrions le condamné à mort dans sa

FIOIl DAI IZA

prison, parce que nous étions sa seule famille; le bargelb avait l’ordre de nous ouvrir la porte h toute heure du jour, pourvu que le confesseur de l’homicide, frère Hilario, fût avec nous.

C’est ainsi que nous entrâmes, tout tremblants de peur et de désir à la fois, dans la grande cour vide de la prison, où roucoulaient les çolombes, qui semblaient pleurer comme nous et se parler d’amour comme nos deux enfants.

Le bargelb et sa femme avaient eu l’égard de ne pas eptrer avec nous et de refermer la porte derrière nous pour ne pas assister indiscrètement au désespoir d’un oncle et d’une mère qui •venaient compter les dernières heures de leur enfant et de letir neveu.

Fior d’Aliza, avertie par le moine, avait eu le soin de ne pas s’approcher non plus trop près pour que nous ne nous jetassions pas follement, en nous revoyant, dans les bras les uns des autres ; mais j’aperçus sa tête si belle et tout éplorée qui s’avançait, malgré elle, pour nous entrevoir de derrière un noir pilier du cloître, où elle se cachait bien loin de nous ! Ah! que sa vue me fit peine et plaisir à la fois,

monsieur! Je sentis fléchir mes jambes sous moi. et, sans l’épaule de mon frère, à laquelle je me retins, je serais tombée à. terre; le petit chien Zampogna, qui l’avait reconnue avant nous, jappa de joie en voulant s’élancer vers elle, mais je le retins par sa chaîne, et nous fûmes bientôt devant la grille ouverte du cachot d’Hyeronimo.

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Il nous attendait, le pauvre enfant; it se jeta, quand il nous vit, aux genoux de son oncle et de moi comme pour nous demander pardon de toutes les tribulations involontaires que l’ardeur do défendre sa cousine et nous avait fait fondre sur la maison. Son oncle pressait sa tête contre ses genoux chancelants d’émotion ; moi, je pleurais sans rien lui dire que son nom dans mes sanglots, en tenant sa main toute mouillée dans la mienne.-

Le petit chien, qui avait reconnu son ami, secouait sa chaîne pour s’élancer sur Hyeronimo, jappait de toute sa joie, et, ne pouvant s’appuyer.

KIOn D’ALIZA.

pour le lécher, sur ses deux pattes, roulait sur nos jambes en recommençant toujours à s’élancer vainement, jusqu’à ce que Hyeronimo l’eût embrassé aussi, à son tour, en pleurant. Enfin, monsieur, c’était une désolation dans le cachot, où l’on entendait plus de sanglots et de jappements que de paroles.

A la fin, le père Hilario, n’y pouvant plus tenir lui-même, nous dit en pleurant aussi :

— Asseyez-vous sur cette paille et causez en paix, je vais m’écarter pendant tout le temps que vous voudrez, avant l’heure où l’on apporte la soupe aux prisonniers, et, pour que vous puissiez voir du moins celle à laquelle la prudence vous interdit de parler ici, je vais me promener avec le porte-clefe sous le cloître : chaque fois que nous passerons, elle et moi, devant le cachot, vous pourrez la contempler, pauvre tante ! et elle pourra entrevoir d’un coup d’œil, sans détourner trop la tête, tout ce qu’elle chérit ici-bas ; ne lui parlez que des yeux et du geste du fond de la loge, elle ne vous parlera que par son silence ; vous aurez assez le temps de lui parler tous de la langue, si je parviens jamais à

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KlOll D'A LIZA.

voit!; la rendre par la grâce de Dieu, et surtout empêchez bien le chien de japper et de s'élancer vers elle contre la grille, quand nous passerons et repasserons devant le cachot.

Ainsi fut fait, monsieur, et nous ne pûmes rien nous dire tant que nous n’entendlmes pas s’approcher sous le cloître le bruit des sandales du moine et des pas légers de Fior d’Âliza.

A ce moment, je me collai seule contre la grille, et je bus des yeux le visage de ma chère enfant. Mon Dieu ! qu’elle était belle ! mais qu’elle était pâle dans son costume sombre de gardien d’une prison ! Ses yeux, en me regardant à la dérobée, pendant qu’elle pouvait être entrevue de nous en passant et repassant, étaient tellement voilés de larmes mal contenues, qu’on ne pouvait les voir que comme on voit une pervenche mouillée à travers les gouttes d’eau au bord de la source. Gomme le cloître était bien long et que le frère Hilano marchait pesam-

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FIÜK D'A U Z A.

ment, à cuuiie de son âge, nous causions, liyeiuoimo, mon frère et moi, pendant la distance d'un bout du cloître à l’autre bout; 4e chien même semblait s'en mêler, monsieur^ et scs yeux semblaient véritabicrhcnt pleurer autant que les miens, quand je regardais Fior d’Aliza ou Hyeronimo. Il n’y avait que le père qui ne pleurait pas , hélas ! parce que scs yeux aveugles ne donnaient plus de larmes; mais son cœui' n’en était que plus noyé !

Ce que nous dîmes tous les trois, pendant ces deux heures que le père Hilario fit durer, à sa grande fatigue, le plaisir et la peine, comment pourrais-je vous le redire ? Un jour n’y suffirait pas. Jugez donc ce que quatre personnes qui ne font qu’une, et qui sentent le cachot sous leurs pieds et la mort sur leur tète par le supplice prochain d’un seul d’entre eux, prêt à les tuer tous d’un seul coup, peuvent se dire I

Hyeronimo nous confessa que son bonheur, s'il

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