‹ Mes ContemporainsChapitre 10 sur 35 · WILFRID LAURIER · texte numérisé non relu

WILFRID LAURIER

Grand, droit, mince et maigre ; figure pâle et maladive, cheveux châtains, abondants et à demi bouclés ; tête de penseur et d'artiste, physionomie douce et sérieuse empreinte de noblesse et de rêverie ; manières simples, délicates et réservées qui inspirent la confiance et le respect ; voix douce et sonore.

Caractère élevé, paisible, fi-anc et indépendant, nature d'élite portée vers le beau et le bien, aimant la justice et la vérité.

Doux, bienveillant, sympathique, charitable, fuyant la médisance, le mensonge et la calomnie, évitant tout ce qui est grossier,

les esprits et les caractères élevés. Les hommes de talent de la Pléiade rouge, développant les germes de libéralisme qui existaient dans presque tous les esprits instruits de notre pays, avaient fait éclore des idées avancées dont la discussion donnait de l'essor au talent.

Morin compléta la ruine de ces idées, la déroute de cette école politique, dont le parti libéral d'aujourd'hui, devenu très conservateur, expie encore les fautes et les exagérations. Il s'attaqua au représentant le plus populaire de cette école, à celui qu'on appelait alors Danton ou le gros canon de la démocratie, au géant Papin, et se présenta contre lui dans le comté de l'Assomption.

La lutte fut terrible.

Morin n'avait alors que vingt- trois ans, et il avait l'air d'un enfant. C'était la lutte de David contre Goliath. Le géant fut élu par

la justesse de raisonnement, la pureté de diction, le tact et la précision du langage qui constituent l'orateur parlementaire.

On compare souvent l'éloquence au torrent qui se précipite avec fracas, ou au gazouillement du ruisseau qui coule à travers des prés fleuris.

La parole de M. Laurier ne ressemble ni à l'un ni à l'autre ; ou pourrait plutôt la comparer aux eaux pures et limpides des grands fleuves qui arrosent notre pays.

Lequiiibre des facultés inteliectuelles de M. Laurier produit chez lui cette parole mesurée qui le distingue et sied au parlement.

Son éloquence vient plutôt de l'esprit que du cœur ; sa raison ne se laissejamais égarer par l'imagination ou la sensibilité.

Aussi, rarement il touchera les cœurs, mais il convaincra les esprits et sera l'orateur favori d'un auditoire instruit.

Laurier a l'esprit philosophique nécessaire à l'orateur ; il ne parle pas une heure sur une

virgule comme certains avocats, et ne se perd pas dans les nuages à la façon des poètes ; non, d*un coup dœil, il embrasse tous les côtés d'une question, y découvre le principe dominant et en tire une suite de raisonnements qui s enchaînent, d'arguments serrés dont il tempère la sécheresse par des pensées nobles, des réflexions saisissantes.

Toujours maître de sa pensée, il ne dit que ce qu'il veut, et il le dit sans efforts d'esprit, de voix ou de geste, sans jamais hésiter.

Sa parole est si simple, si naturelle, son débit si facile, ses pensées si vraies, qu'il semble qu'on pourrait tous en faire autant.

C'est précisément le mérite des grands orateurs, de M. Thiers par exemple, de paraître dire ce que tout le monde croit avoir déjà dit ou pensé.

On n'arrive pas à cette perfection sans étude ; traiter des questions difficiles, de manière à les faire comprendre de tout le monde, demande une lucidité, une souplesse

et une pénétration d'esprit que peu d'hommes possèdent.

M. Lauriera l'avantage d'être né orateur, mats il a le mérite d'avoir cultivé ce don magnifique delà nature et de l'avoir respecté, d'avoir compris que l'orateur doit être un honnête homme, un homme de bien.

On s'aperçoit en l'écoutant que la parole chez lui est l'écho d'une âme convaincue.

d'un esprit droit et d'un cœur bien fait. Et cette impression qu'il produit sur son auditoire constitue la plus grande et la meilleure partie de sa force et de son mérite.

M. Laurier est né le vingt novembre mil huit cent quarante-un, à St-Lîn, paroisse paisible et modeste qui pensait peu, alors surtout, à produire des orateurs et des hommes d'État. Il est fils de M, Carolus Laurier, arpenteur. Il entra au collège de l'Assomption en 1854 et y manifesta de bonne heure ses aptitudes littéraires et oratoires. C'était l'orateur populaire du

collège, et le rédacteur des adresses de circonstance.

Laurier était un bon élève, sérieux et bienveillant, estimé de ses maîtres et de ses camarades, et remarquable dès ce temps-là par cette politesse et cette délicatesse qui le caractérisent. Il obéissait généralement au règlement, mais il se fit punir quelquefois pour être allé sans permission entendre plaider à la cour du village ou écouter des orateurs politiques. Sa vocation s'affirmait en dépit du règlement.

Ses études finies, il vint à Montréal étudier le droit sous M. Rodolphe Laflamme, député de Jacques -Cartier. Sa vie d'étudiant ne fut pas orageuse et dissipée comme celle de beaucoup de jeunes gens qui s'imaginent, qu une fois sortis du collège, il ne leur reste plus rien à apprendre.

Admis au Barreau en 1 864, il entra en société avec Médéric Lanctot.

Lanctot et Laurier ! Quel étrange alliage !

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C'est alors quejel'ai connu ; nous venions de créer le parti national et de fonder U Union Nationale pour combattre la Confédération. Lanctot était notre chef et c'est dans ses bureaux que nous nous réunissions pour aiguiser nos armes et préparer nos plans de campagne.

Il me semble voir Laurier tel qu'il était à cette époque : malade, triste, l'air grave, indifférent à tout le bruit qui se faisait autour de lui ; il passait au milieu de nous comme une ombre et semblait nous dire ;

" Frère il faut mourir."

Il souffrait déjà de cette maladie de poumons qui plus tard faillit l'enlever à l'amitié de ses amïs et à l'admiration du pays. C'est en grande partie pour combattre les progrès du mal qu'il se décida en i8S6à quitter la ville pour aller s'établir à Arthabaska.

Erie Dorion venait de mourir, le parti libéral avait besoin d'un homme peu ordinaire pour remplacer le défunt, et continuer son

œuvre populaire dans les Cantons de l'Est.

Laurier fut cet homme, il devint rédacteur du Défricfieur, ouvrit un bureau d'avocat à Arthabaska et se fit en peu de temps une réputation et une clientèle enviables.

Ses articles dans le Défricheur et ses plaidoiries à la cour convainquirent en peu de temps la population que le successeur de l'homme qu'ils avaient tant aimé méritait leur sympathie et leur admiration. Aussi aux élections de 187 1 pour la Chambre locale, il était élu par une majorité de 1,000 voix.

On se rappelle l'effet que produisit sa parole, à son entrée dans la Chambre, et les applaudissements qu'elle souleva même parmi les adversaires. On couvrit de fleurs les débuts du jeune orateur et on salua de tous côtés cette étoile naissante.

Elu pour la Chambre fédérale aux élections de 1873, "^ f^^ appelé à présenter l'adresse en réponse au discours du Trône

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et se plaça du premier coup au premier rang des orateurs du parlement fédéral.

Les députés anglais étaient charmés.

Mais ils furent bien plus émerveillés quand ils l'entendirent prononcer dans l'anglais le plus correct, le plus littéraire, le plus parfait, son merveilleux discours contre l'expulsion deRiel.

C'était en 1874. Louis Riel, élu député de la Chambre des Communes par le comté de Provencher, était rendu à Ottawa pour prendre son siège, il avait même prêté secrètement le serment requis. Une grande excitation régnait dans la Chambre et le pays, on parlait d'émeutes, on prédisait des actes de violence si le chef des Métis paraissait dans la Chambre.

Les orangistes furieux disaient qu'ils ne permettraient jamais à un rebelle accusé de meurtre de prendre son siège. Un mandat d'arrestation avait été en effet émis contre Riel et n'avait pu lui être

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œuvre populaire dans les Cantons de l'Est.

Laurier fut cet homme, il devint rédacteur du Dé/rû/ieur, ouvrit un bureau d'avocat à Arthabaska et se fit en peu de temps une réputation et une clientèle enviables.

Ses articles dans le Défricheur et ses plaidoiries à la cour convainquirent en peu de temps la population que le successeur de l'homme qu'ils avaient tant aimé méritait leur sympathie et leur admiration. Aussi aux élections de 1871 pour la Chambre locale, il était élu par une majorité de i.oCK^ voix.

On se rappelle l'effet que produisit A parole, à son entrée dans la Chambre, .

les applaudissements qu'elle souleva même parmi les adversaires. ■ On couvrit de tleuns les débuts du jeune orateur et on sain.. i.i' tous côtés cette étoile naissante.

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