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WILI'HID LAURIER

C'était la seule solution praticable.

Laurier prit la parole; il exposa dans un langage châtié, nerveux et logique, les raisons légales et politiques pour lesquelles la Chambre devait repousser la proposition Bowell et produisit une profonde impression.

L'amendement Hokon fut adopté.

Plus tard Laurier eut encore l'occasion de mettre son éloquence au service de ce pauvre Riel et de la cause des Métis et de prononcer le plus éloquent de ses discours.

C'était après la deuxième insurrection du Nord-Ouest. Les Métis avaient été écrasés, Riel vaincu était monté sur l'échafaud, et cette mort cruelle avait profondément agité la conscience publique.

Lorsque la Chambre se réunit, dans l'hiver en 1886, une motion fut présentée pour faire déclarer que le gouvernement était responsable des troubles du Nord- Ouest.

signifié, vu son absence du Canada depuis rinsurrection.

Riel refusait de se rendre et réclamait Taccomplisseinent des promesses damnistie faites par Mgr Taché au nom du gouvernement de Sir John Macdonald.

Sir John et ses collègues refusaient de reconnaître ces promesses, et n'étaient pas fâchés de voir le nouveau gouvernement que McKenzie venait de former aux prises avec les difficultés de cette question.

La situation était critique.

Les Canadiens- Français d'Ottawa et de Hull étaient bien décidés à protéger Riel s'il prenait son siège.

McKenzie Bowell, Tun des chefs orangistes, avait présenté une motion demandant l'expulsion de Riel, M. Holton avait proposé comme amendement de différer toute décision jusqu'à ce que le comité nommé pour s'enquérir de l'existence des promesses faites à Riel, eût fait son rapport.

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C'était la seule solution praticable.

Laurier prit la parole; il exposa dans un langage châtié, nerveux et logique, les raisons légales et politiques pour lesquelles la Chambre devait repousser la proposition Bowell et produisit une profonde impression.

L'amendement Holton fut adopté.

Plus tard Laurier eut encore l'occasion de mettre son éloquence au service de ce pauvre Riel et de la cause des Métis et de prononcer le plus éloquent de ses discours.

C'était après la deuxième insurrection du Nord-Ouest. Les Métis avaient été écrasés, Riel vaincu était monté sur l'échafaud, et cette mort cruelle avait profondément agité la conscience publique.

Lorsque la Chambre se réunit, dans l'hiver en 1886, une motion fut présentée pour faire déclarer que le gouvernement était responsable des troubles du Nord- Ouest.

M. Blake, le chef alors du parti libéral fit un réquisitoire formidable à lappui de cette proposition, mais ce fut Laurier qui remporta la palme dans ce grand débat où le talent pouvait déployer toutes ses ressources.

Le sujet était beau, digne de lui.

Il fit le récit émouvant des injustices qui avaient poussé les Métis à la révolte, rappela les grandes luttes de la liberté contre la tyrannie, dénonça en termes véhéments les illégalités du procès et de la condamnation de Riel, fit les appels les plus pathétiques aux sentiments les plus nobles de Tâme humaine.

Jamais langage plus éloquent ne s'était fait entendre dans le parlement canadien.

Un concert d'éloges s'éleva de toutes les parties du pays, amis comme adversaires félicitaient l'orateur Canadien-français qui venait de faire entendre des accents comparables à ceux qui ont immortalisé les plus grands parlements de l'univers.

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Les journaux anglais lui donnèrent, dès le lendemain de ce grand succès, le nom de " Silver tongued Laurier" : L'orateur à la bouche d'argent."

Si Laurier avait fait comme la plupart de nos hommes de talent, il aurait vécu sur la gloire d'un pareil discours pendant plusieurs années Mais le sentiment du devoir, le souci de sa réputation et l'amour du travail l'ont empêché de tomber dans cette erreur trop commune. Chacun de ses discours marque un progrès, un perfectionnement.

Sa vie et ses succès sont une démons-

■ tration éclatante de la nécessité du travail constant et persévérant, de tous les jours, de tous les instants. Laurier ne perd jamais une occasion d'enrichir son esprit, d'orner son imagination et sa mémoire ; doué d'un grand talent d'assimilation, il profite de tout

Ice qu'il lit, de tout ce qu'il entend.

Demandez lui comment il a appris l'anglais, il vous dira que c'est en se livrant au

travail pénible et ennuyeux de la traduction, en étudiant les plus grands littérateurs de l'Angleterre, en s accoutumant à penser en anglais.

Il est convaincu comme Jette que pour réussir il faut savoir se livrer à un travail ennuyeux, que plus le travail est pénible plus il est fécond.

Je disais en 1874 :

Laurier est donc Tun des hommes les plus remarquables queTavenir nous réserve.

Le Bas- Canada a raison de compter sur lui, il ne trompera pas les espérances patriotiques que ses débuts éclatants ont fait naître, car son caractère est au niveau de son intelligence.

Il a tenu sa promesse celui-là.

Tel il était il y a trente ans, tel il est aujourd'hui, mais perfectionné sous tous les rapports, plus fort physiquement et moralement, parvenu par l'étude, le travail et l'expérience à l'époque de son développe-

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ment, à la pleine maturité de son talent, digne de porter le nom de silver tonguedo^t les Anglais lui ont donné et d'être classé parmi les grands hommes de notre temps.

Devenu chef du parti libéral, lors de la retraite de M. Blake, à une époque difficile, aprèsdesdéfaites désespérantes, il a déployé une énergie et une activité qu'on lui soupçonnait guère. I! a relevé le moral de ses partisans, leur a inspiré l'espérance de la victoire et les a entraînés enthousiastes à la suite de son drapeau.

Il a grandi avec les difficultés, s'est jeté hardiment dans la mêlée et n"a pas craint d'aller au cœur même du fanatisme religieux, faire entendre la voix de la justice, de la vérité et de la conciliation.

Sa conduite et ses paroles siu" la question des biens des Jésuites, les troubles du Nord-Ouest ont été celles d'un grand patriote,d'unhiimme d'état intrépide. Deux fois, il a eu le courage d'aller à Toronto, la

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ville sainte de l'orangisme, la Mecque du fanatisme, plaider la cause de Thumanité et de la tolérance religieuse, la première fois pour faire voir l'injustice de l'exécution de Riel, la seconde pour démontrer la justice de la restitution aux Jésuites de partie de leurs biens. Accueilli d'abord par des huées et des sifflets, il resta impassible au milieu de l'orage et fit des appels si éloquents au fair play britannique, que les plus violents séduits par tant de courage et d'éloquence, finirent par l'écouter.

Voilà des actes de courage que Ton doit mettre audessus des talents et des succès oratoires.

Comment les Anglais n'admireraient-ils pas ce Canadien-français qui parle leur langue, connait leur histoire et leur littérature aussi bien si non mieux que leurs premiers hommes d'état ?

Comment n'aimeraient-ils pas l'entendre citer et commenter avec tant de tact et de

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vigueur leurs grands orateurs parlementaire et leurs célèbres historiens ?

Ils sont tellement émerveillés de ce talent qu'ils cherchent à l'expliquer en disant que sa grand-mère était écossaise. Laissons leur cette douce illusion.

Ils lisent, ils écoutent sans colère ses déclarations patriotiques et religieuses, car ils savent que ce qu'il demande pour ses compatriotes il est prêt à l'exiger pour les hommes appartenant à des races, à des religions différentes, ils le croient capable même au besoin de risquer sa popularité dans leur intérêt, pour défendre un principe, un droit qu'il croirait injustement attaqué. C'est même l'un de ses points faibles aux yeux de ses adversaires, ils insinuent qu'il est trop porté à juger les questions au point de vue strict de la justice et de la légalité et que sa générosité pourrait, dans certains cas, l'entraîner trop loin dans la voie des concessions religieuses et nationales.

Laurier sera-t-il premier ministre ?

— Peut-être, probablement. Il craint le pouvoir et il a raison d*en avoir peur, car dans un pays comme le nôtre où la diversité des sentiments religieux et matériels est si grande, où les intérêts personnels jouent un si grand rôle, gouverner honnêtement est chose difficile. Il faut plus de talent pour réussir en s'adressant aux bons instincts de l'homme qu en faisant appel à ses mauvaises passions, en exploitant ses préjugés. On n'est plus au temps des Lafontaine et des Baldwin : temps héroïques où les grands principes de liberté dominaient tous les autres sentiments, où Ton savait descendre du pouvoir avec autant de dignité qu'on y montait, où l'on savait se démettre plutôt que de se soumettre à ce que la conscience et l'honneur reprouvaient.

Les mœurs publiques sont bien tombées, l'argent, l'intrigue et le préjugé ont, à notre

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époque, plus d'empire sur les hommes que les principes.

Or, Laurier est naturellement porté à croire que tous les hommes lui ressemblent et que la raison suffit pour les gouverner et les diriger dans le droit chemin. Dans l'ordre relig-ieux comme dans l'ordre politique, il est disposé à donner trop d'empire à la raison.

Le pouvoir lui ménage bien des déboires, des ennuis et des désenchantements qu'il saura d'ailleurs souffrir en philosophe.

Il faudrait à son esprit élevé des horizons larges, des questions de haute portée, il est né comme Blake pour attacher le souvenir de son éloquence à ces grands mouvements pohtiques ou réformes sociales qui modifient les destinées d'un peuple.

Blake est allé en Angleterre chercher ces horizons larges, ces sommets élevés.

Ici, à part la question de l'indépendance, qui n'est pas encore mûre, que reste-t-il ?

Cependant, le monde marche vite à notre époque, Timprévu joue un grand rôle et soulève tous les jours, dans Tordre politique et social comme dans le domaine des sciences, les problèmes les plus émouvants.

Quoiqu'il arrive, Laurier sera à la hauteur des événements.

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