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LE JUGE JOHNSON

Le juge Johnson est un type remarquable sous le rapport intellectuel et physique de cette race anglo-saxonne qui a ses défauts, comme toutes les nations de la terre, mais dont les puissantes qualités ne peuvent être contestées. Nation pratique, positive et sage, moins brillante, moins démonstrative que d'autres, mais plus heureusement équilibrée et constituée pour la vie commerciale et politique.

Le juge Johnson est grand, mince, droit, élégant; il a la tête haute, la contenance fière, l'air militaire. Ce n'est pas étonnant, son père était officier dans l'armée anglaise.

Est-ce par sympathie naturelle quil a choisi pour crîeur spécialement attaché à sa personne un ancien soldat, McLaughlin ?

Né en Angleterre en 1817, il a, par conséquent, 57 ans, mais il est resté jeune de corps et d'esprit, et mal venu serait celui qui lui dirait qu il commence à vieillir.

Il a fait ses études classiques, partie en France au collège de St-Omer et partie en Belgique. Cela explique Télégance et la grâce avec lesquelles il s'exprime en français.

Il vint au Canada, à l'âge de dix-sept ans, avec l'intention de se faire recevoir avocat et entra dans le bureau de l'ancien juge Day. En 1838, il agissait comme secrétaire et traducteur de la trop fameuse Cour Martiale qui jugea et condamna les patriotes.

Admis au barreau en 1839, il ne tarda pas à se distinguer surtout dans les causes criminelles, lia été avocat de la Couronne, pendant plusieurs années, gouverneur de l'ancien territoire d'Assiniboine de 1854 à 1858 et

recorder en 1870 et 1871, dans les territoires du Nord-Ouest, avec des pouvoirs très étendus. En 1872 il refusa la place de gouverneur de Manitoba.

Il est maintenant juge de la Cour Supérieure et président de la Cour de Révision.

Comme on le voit, sa vie a été accidentée, il a un peu vécu partout et partout il a laissé le souvenir d'un esprit fin, brillant et d'un caractère original.

On ne peut avoir l'air plus anglais et avoir Tesprit plus français.

Il aime la littérature française, en connaît et en savoure surtout les productions légères. Rien ne l'amuse comme une comédie de Molière, un conte de Lafontaine et une chanson de Béranger. Il scandalise souvent le juge Torrance en fredonnant à ses oreilles des strophes un peu libres. Au milieu du travail le plus absorbant il s'arrête pour exprimer une pensée peu en rapport avec le sujet qui le préoccupe, pour communiquer à

ses collègues sur le Banc ou ailleurs une réminiscence littéraire qui fait sourire même le juge Papineau.

On dit que certains avocats doivent à un bon mot, à une fine répartie le succès de leurs clients, mais c'est, sans doute, exagéré.

Aimable, poli, agréable parfois, il est souvent rude, mordant, sarcastique et résiste difficilement, comme tous les hommes d'esprit d'ailleurs, au plaisir de dire un bon mot, de décocher un trait spirituel.

Il est capricieux comme le temps, joyeux, riant et chantant quand le ciel est serein, le soleil brillant ; orageux, chargé d'électricité, lorsqu'il fait sombre ou froid, ou qu'il a un billet à payer. Malheur alors, trois fois malheur à ceux qui reçoivent ses premières décharges ! Qu'on en demande des nouvelles à ce pauvre McLaughlin le plus dévoué, le plus rangé des crieurs passés, présents et futurs, un ancien soldat, toujours à son poste, régulier, respectueux, patient, toujours prêt

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