L.-0. TAILLON Îl
tous les cas, au point de vue national il fait bonne figure à !a tête de la province et ses amis politiques auraient tort de le laisser partir, son nom a une force nationale et
morale qu'ils trouveront difficilement ailleurs. J'ai dit que Taillon n'avait ni femme ni enfant; il a été marié cependant, et son mariage est un des souvenirs douloureux, dramatiques de sa vie. Il avait trente-huit ans, lorsqu'il se décida, après avoir longtemps réfiéchî, à épouser une charmante femme, Dame veuve Bruneau. Huit mois après, elle mourait presque subitement.
Le coup fut terrible, la blessure profonde, la souffrance dure encore. Non seulement il n'a pas oublié, mais on dirait même parfois qu'il n'a pas pardonné à la providence de l'avoir frappé si cruellement.
Bien entendu, le mot pardonné n'est mis ici que pour indiquer son état d'âme, il est trop chrétien pour qu'on prenne le mot à la lettre.
Quand on lui parle de se remarier, dans des
moments où le temps est sombre, il s'emporte, vous prie de le laisser tranquille et dit qu il n'est pas assez imprudent pour s'exposer encore au même danger.
En résumé, c'est une personalité piquante, un caractère et un esprit d'une originalité et d'une vivacité intéressantes, une valeur nationale qui nous fait honneur, un homme de cœur et d'esprit, une riche et vigoureuse nature.
De tous les hommes politiques que j'ai connus, trois des plus parfaits, des plus raisonnables sont le juge Jette, Félix Marchand et Charles Laberge.
Trouver moyen d'être habile et honnête, religieux, pieux même et libéral, modéré, patient, bienveillant et vertueux, dans une atmosphère d'exagérations, de violences, de passions et d'égoisme, demande un esprit et un caractère bien trempés.
Or, Jette, Marchand et Laberge ont trouvé ce moyen ; malgré les déboires, les injustices, les préjugés, les exigences d'un monde plus ou moins vicieux, en dépit de
toutes les influences délétères, ils ont gardé leur foi, leur patriotisme, la fraîcheur de leurs sentiments, la hauteur de leurs pensées, la délicatesse de leur esprit et les charmes de leur bienveillance.
Tous trois bons pères de famille, excellents chrétiens, ardents patriotes, catholiques non-seulement en paroles mais en actions, €t prouvant par leur conduite la sincérité -de leurs convictions, la fermeté de leurs principes.
Trois des types ou représentants les plus complets et les plus dignes de notre nationalité sous le rapport de Tesprit et du cœur, des manières, du caractère et des aspirations.
Charles-Joseph-Laberge est né à Montréal, le vingt octobre mil huit cent vingtsept. Son père, Ambroise Laberge, était marchand et sa mère était une demoiselle Pranchère, sœur de Gabriel Franchère, lexplorateur. Restée veuve et sans fortune, avec quatre enfants en bas âge, la mère du
CHARLES t.KBmGa
défunt, chez qui l'énergie était héréditaire, enseigna quelque temps la musique pour subvenir aux besoins de sa petite famille.
Charles, dont la santé était délicate, fut confié aux soins d'un brave cultivateur de la Rivière des Prairies. Le grand air. l'exercice et les soins les plus délicats rétablirent sa santé et lui permirent de commencer ses études.
C'est au collège de Saint-Hyacinthe qu'il entra, dans cette excellente maison d'éducation si fertile en talents. On ne tarda pas à distinguer dans ce petit garçon à l'air sî fin et si enjoué, aux allures si vives, les germes d'un talent destiné à jeter un grand éclat.
Ses premiers essais littéraires et oratoires firent sensation; il obtenait sans efforts et sans travail des succès que beaucoup d'autres cherchent vainement en travaillant.
Lord Elgin étant allé visiter le collège de Saint- Hyacinthe, Charles Laberge fut
chargé de lui présenter une adresse. Au lieu de lire, comme on fait généralement, il prononça un petit discours qui fit dire à rintelligent gouverneur et à sa suite que le jeune Laberge serait un jour un orateur distingué,
Parmi ses compagnons de classe étaient Mgr Fabre, Thon. Joseph Armand, le Rév.
M. Piette, le Rév. M. Champou, M. Louis Delorme, ancien député du comté de Snint- Hyacinthe à la chambre fédérale, M. Hilaire Blanchard, notaire de Saint-Hyacinthe.
Ses études finies, Charles Laberge étudia le droit.
C'était dans le temps où la jeunesse de Montréal fondait l'institut Canadien et se préparait par l'étude et la discussion aux luttes de l'avenir. Charles Laberge ne tardait pas à se distinguer au milieu de cette jeunesse ardente.
Reçu avocat en 1848, il entra en société avec R. Laflamme, mais, trois ou quatre ans
plus tard, il alla se fixer à Iberville où il se fit en peu de temps une si belle position quaux élections générales de 1854, les électeurs du comté d' Iberville l'élurent avec enthousiasme pour leur représentant à l'assemblée législative. Il fut lun des plus brillants dans cettejeunesse ardente de 1854 et Tun des orateurs les plus populaires de l'époque.
Les élections de 1854 furent, comme on le sait, le plus grand succès du parti libéral dans ce pays. Tous ces jeunes gens qui s'étaient formés dans les luttes de la tribune et du journalisme, s'étaient lancés dans les campagnes et avaient pris d'assaut une quinzaine de comtés.
C'est Labergequi proposa Dorion comme chef de parti, dans une réunion des députés tenue à bord du New Era qui les conduisait à Québec pour l'ouverture de la session.
Dès son premier discours en Chambre, il fit sa marque parmi les premiers orateurs et
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fut considéré comme lun des chefs du parti.
Il rédigea presque seul "Les débats" un petit journal que les députés libéraux fondèrent en arrivant à Québec afin d avoir un organe pendant la session.
Ses discours et ses écrits, son esprit et son caractère lui firent une grande popularité. Ses adversaires l'estimaient et le respectaient, ils l'appelaient '* Le rossignol de la démocratie."
L'auteur de la fameuse ** Pléiade Rouge," commençait son portrait en disant : *' Saluons avec respect l'étoile de première grandeur qui s'offre à nos regards."
Aucun banquet, aucune réunion n avait lieu sans que Laberge ne fût invité à prendre la parole. Quelque fois le géant Pépin le prenait et le tenant au bout de ses deux bras, disait : *' Parle P'tit Charles."
Lorsque le ministère conservateur tomba en 1857, sur la question du siège du Gouvernement, il entra comme Solliciteur- gêné-
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ral dans le gouvernement Brown-Dorion,
qui ne dura que vingt-quatre heures.
La faiblesse de sa santé, la violence des luttes politiques de l'époque et les exigences de l'éducation de sa famille le décidèrent en 1860 à quitter la carrière politique pour se consacrer exclusivement à sa profession.
En 1 863, le gouvernement libéral le nommaitjuge à Sorel à la place du juge Bruneau qui avait obtenu un congé. Sa droiture d'esprit et d'intentions lui gagna en peu de temps la sympathie et la confiance du Barreau et du public dans le district deRichelieu,
Malheureusement, un an après, les ministres conservateurs, qui étaient revenus au pouvoir, le destituaient en donnant pour raison que Laberge ayant été nommé juge suppléant, et la vacance n'existant plus, on n'avait plus besoin de ses services.
Laberge fut obligé de s'en retourner à Saint-Jean et de se remettre à son bureau.
Pendant deux ou trois ans. il ne prit pas une
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part considérable à la politique, il se contenta d'écrire de temps en temps quelques articles dans le Franco- Canadien quil avait fondé en 1860 avec son dig^ne ami, M. Marchand, député de Saint- Jean.
Mais en 1865, lorsqu'il fut question de la Confédération, il reprit la plume et la parole. Ce projet politique, qu on imposait au peuple sans le consulter, effraya son patriotisme.
Un jour, les jeunes gens de Montréal l'invitèrent à venir de Saint- Jean prononcer un discours à une assemblée publique convoquée dans le but de protester contre la Confédération. L'effet qu'il produisit fut considérable. Répondant à ceux qui disaient que les adversaires de la Confédération n'indiquaient aucun autre remède à la situation, il dit :
"Je n'admets pas qu'un changement de ** constitution soit devenu nécessaire, mais, " supposons qu'il le soit, sommes-nous jus- " tifiables d'accepter un régime politique
" qui va nous donner trois ou quatre enne- '' mis au lieu d'un ? Si déjà nous avons tant '' de peine à lutter contre le Haut-Caiiada " comment ferons- nous lorsque nous aurons " à combattre contre trois ou quatre autres " provinces ?
*' S'il faut changer de constitution, sépa- " rons-nous, puisque nous ne pouvons pas *' nous accorder, et faisons régler les ques- '* tions de douane et de tarif intéressant ** toutes les provinces par un petit congrès '* qui n'aura pas le droit de s'occuper '' d'autre chose."
C'est dans cette importante assemblée que M. Cherrier prit la parole et parla avec tant de force contre le nouveau projet politique. M. Cherrier parlait bien, mais il hésitait quelque fois et ne trouvait pas toujours du premier coup le mot qu'il cherchait.
'* Quel est disait-il le pouvoir le plus, le plus propre propre à
C'est un pouvoir d'eau, dit Laberge assez
haut pour être entendu d'une partie de Tauditoire.
C'est à peu près dans le même temps qu il publia dans l Ordre des articles remarquables qu'il signa : — Libéral mais Catholique.
Laberge n avait jamais partagé les idées avancées de quelques-uns de ses amis ; en viellissant il s en éloigna d avantage et ne garda du libéralisme que ce qui est compatible avec les principes catholiques et l'état social de notre pays. Il sut en cela concilier ses convictions de catholique avec l'intérêt du parti auquel il appartenait.
C'est la raison qui le fit choisir comme rédacteur du National, lorsqu'un grand nombre de citoyens de Montréal résolurent, après la chute du Pays, de fonder un journal dont les principes fussent acceptables par tous les amis de la bonne administration des affaires publiques.
Malheureusement la terrible maladie qui le minait et le conduisait lentement au tom-
CHAULES LABERGE
beau, l'empêcha de donner quelquefois à sa rédaction 1 énergie et la vivacité nécessaires, Il est même étonnant qu'il ait pu jusqu'au dernier moment déployer autant de talent et supporter le travail assidu qu'exige la rédaction d'un journal quotidien.
Laberge était petit de taille, délicat, mais bien fait. Une tête finement taillée, pourvue d'une chevelure abondante, noire et bouclée, un front découvert à lignes régulières, un regard doux et modeste, une physionomie franche, ouverte, pleine de finesse et de bienveillance, un air pensif, un peu rêveur. . . .tout son extérieur inspirait la sympathie et révélait une nature d'élite, une intelligence de premier ordre.
Il y avait dans ses manières comme dans ses actes une délicatesse qui tenait plus de la femme que de l'homme, une distinction et une douceur qu'on ne pouvait se lasser d'admirer. On aurait dit qu'il était sans cesse préocupé du désir de se rendre utile
et agréable à ses semblables, d'éviter tout ce qui pouvait froisser et incommoder ceux avec qui il vivait. Comment caractériser sa charité ! Sous ce rapport comme sous plusieurs autres, il ressemblait à Norbert Morin ; il donnait au-delà de ses moyens ; jamais un malheureux ne lui tendait vainement la main ; plusieurs fois il s'est privé et mis même dans l'embarras pour satisfaire ce noble penchant !
Il faisait le bien naturellement, sans effort et sans arrière-pensée, secrètement et discrètement. C'est de lui qu'on peut dire qu'il était '* Franc et sans dol " qu'il aimait son prochain, sa patrie et son Dieu, que jamais volontairement il n'a fait de mal à personne. Il n'y avait pas de place en lui à l'égoïsme, à la haine et à l'orgueil ; même au plus fort de la lutte, dans les discussions les plus ardentes, il conservait son sang froid et sa bienveillance, et s'oubliait soi-même pour ne voir que l'intérêt public.
Ajoutons enfin qu*à toutes ces qualités du cœur, Laberge joignait les dons les plus précieux de l'intelligence. Ses discours et ses écrits, alors que ses facultés étaient dans tout leur éclat, étaient pleins de verve, pétillants d'esprit, remarquables par le fond et par la forme.
Doué d'une imagination brillante, d'une sensibilité exquise, d'un jugement sain et d'un grand discernement, il unissait des facultés qui trop souvent s'excluent.
Ses discours dans la Chambre sur le divorce et les écoles séparées, ses lectures à l'Institut Canadien sur le duel et le progrès et les nombreux écrits qu'il a publiés dans X Avenir, le Pays, le Franco- Canadien et \ Ordre mériteraient d'être réunis et formeraient un volume précieux.
Il est malheureux que la maladie soit venue l'abattre dans le temps où son talent mûri par l'étude et la réflexion aurait pu produire des fruits si abondants.
Mais hélas ! on dirait que notre société est condamnée à subir ces trépas prématurés, ces pertes funestes.
f.-x.-a: trudel
Voilà un caractère ! Un homme.
On dira tout ce qu'on voudra, il avait des défauts, c'est vrai, comme toutes les natures fortement trempées, les esprits ardents, les caractères violents, mais c'était un homme.
Il avait des principes dont il exagérait la portée, il était agressif, injuste parfois en apparence, intransigeant, mais c'était un croyant sincère, convaincu et prouvant sa sincérité par ses actes, sa conduite ; il prêchait fort, mais il pratiquait ; il était vertueux et il avait du mérite à l'être, car il avait à combattre contre un tempérament de feu ; c'est peut-être cette lutte acharnée et le travail qui l'ont tué avant le temps.
Oui, c était un croyant des anciens temps, un apôtre, un martyr, qui aurait pu être, quelques siècles plutôt, un Saint- François- Xavier, un Ignace ou un Saint- Augustin ; un Godefroy de Bouillon montant, la croix sur la poitrine et Tépée à la main, sur les murs de Jérusalem ; un Guise sous Henri II ou Henri III, un paladin du moyen âge toujours prêt à tirer l'épée contre les ennemis de la religion.
Il n'aurait pas eu de peine à se convaincre que pour sauver la foi il fallait exterminer les hérétiques.
Descendant d'une de nos plus anciennes et admirables familles canadiennes, il avait toute la ferveur religieuse et nationale et la vigueur morale et corporelle de ses ancêtres. Il était grand, robuste, blond, avec des yeux bleus, un teint brillant, il portait une longue moustache et une impériale qui le faisaient ressembler à un militaire. Un beau type, il faut Tavouer, un peu Tair
du général de Charette, capable d'ailleurs comme lui de se dévouer, de se faire tuer pour le Pape, l'Eglise et même sa nationalité. Car, il faut le dire à sa louange, la religion et la patrie avaient dans son cœur des parts égales, il était aussi bon Canadien que catholique. Il le prouva lorsqu'il entreprit dans V Etendard la défense des Métis du Nord-Ouest. Ses écrits vigoureux contribuèrent puissament à la chute du ministère Ross et du ministère Taillon et au succès du parti libéral-national.
Le programme catholique et L'Etendard furent ses deux œuvres principales, celles qui firent le plus de bruit autour de son nom.
Le programme catholique ! On ne dirait pas aujourd'hui qu'il a partout allumé des feux si ardents, soulevé des discussions si acrimonieuses.
Qu'était-ce donc ce programme catholique ? Une déclaration solennelle par laquelle on s'engageait à agir, en toutes choses
€t en toutes circonstances, d après les principes vraiment conservateurs et catholiques.
On voulait réformer, purifier le parti conservateur et rengager à être plus fidèle aux principes qu aux hommes. Les chefs conservateurs eurent peur de cet enfant nouveau et cherchèrent à Tétouffer à son berceau ; ils disaient que sa mission ne pouvait qu'être fatale au parti conservateur tel que constitué et servir les intérêts du parti libéral.
Il y avait aussi dans ce dernier parti un groupe indépendant qu on appelait les Nationaux qui répudiaient les idées trop .avancées des anciens chefs libéraux. Les Nationaux et les Programmistes réunis ont fait arriver le parti libéral au pouvoir, à Ottawa en 1873 et à Québec en 1887.
Il n'y a pas de doute que L' Etendard inspiré par Trudel a puissament contribué au succès du mouvement Riel et à lavènement de M. Mercier, en lui assurant les
sympathies d'une portion considérable du clergé.
C'est, en grande partie, pour lui donner plus de force dans la lutte qu'il avait entreprise contre les chefs conservateurs, que le parti libéral prit le nom de National.
La mort de Trudet, les imprudences de M. Mercier et de ses amis et ce qu'on appelle " Le scandale de la Baie des Chaleurs " détruisirent en peu de temps tout cet échafaudage politique élevé avec tant de peine, firent revenir le parti conservateur au pouvoir, et le parti libéral reprit son nom qu'il avait quitté pour satisfaire des exigences plus ou moins incompréhensibles.
Peut- on exiger sérieusement que les Canadiens- Français renoncent à la politique plutôt que de porter le nom du parti qui a leur confiance ou qu'ils s'appellent libéraux à Ottawa et nationaux à Québec ?
Peut-on espérer que les Anglais, pour faire plaisir aux Canadiens- Français vont
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renoncer aux noms qui, en Angleterre comme en Canada, désignent les deux grands partis qui se disputent le pouvoir ?
Prenons garde de ruiner le prestige de nos hommes publics aux yeux des autres races par des exigences déplacées.
La croisade religieuse et nationale faite par Trudel dans L'Eiendardd^ 1885 à 1890 a été puissante. Exagérée parfois sur certains points, elle a un peu reveillé les consciences endormies et fait pénétrer partout des sentiments de justice et d^honnêteté ; elle a appris à mieux juger les hommes des deux partis, à éviter la confiance illimitée ou la méfiance absolue dans un parti ou dans Tautre.
Trudel parlait et écrivait avec une vigueur, une conviction et une abondance d arguments qu on rencontre rarement, ses écrits avaient fini par acquérir une précision et une concision qui manquaient à ses discours généralement longs et diffus. Il était
devenu un des polémistes les plus instruits, les plus redoutables de notre époque.
Mais aussi quelle peine il se donnait, quelles recherches il faisait pour convaincre ses lecteurs !
Il travaillait constamment, la nuit surtout jusqu'à quatre heures du matin, il se couchait quand la fatigue lui faisait tomber la plume des mains. Il avait son lit près de son bureau, au quatrième étage de la maison où L Etendard était imprimé.
A ce travail énervant joignons les malheurs domestiques, les embarras financiers, les ennuis et les déboires d'une position politique et religieuse pleine de responsabilités, d'une lutte constante quotidienne contre les adversaires les plus puissants, et l'on comprendra pourquoi cette homme si fortement constitué est mort à un âge si peu avancé.
A peine reçu avocat, il avait épousé l'une des filles de Thon. Ls Renaud, cet homme
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remarquable sorti des rangs les plus humbles de la société et devenu Tun des plus grands commerçants du pays, Tun des chefs du parti conservateur, mort sénateur.
M. Renaud était alors millionnaire. Il n'épargna rien pour que le mariage de sa fille avec Tun des jeunes hommes les plus estimés de l'époque, eût le plus grand éclat.
Les cadeaux les plus riches, les souhaits de bonheur arrivèrent de partout. Ce fut le mariage le plus brillant de notre époque.
Un procès émouvant, douloureux, apprenait au public, il y a quelques années, à se méfier de ces apparences trompeuses.
La paix n'avait pas duré longtemps dans ce ménage couvert de fleurs et d'encens.
Pourtant, rien de bien grave : des exagérations, des entêtements, des caprices, des incompatibilités de caractère.
Pauvre Trudel ! Il a bien souff^ert, il n'est pas étonnant qu'il soit mort d'une maladie de cœur. Il a commis des fautes, il avait
un caractère et un tempérament difficiles à contrôler, un esprit obstiné, d*une logique impitoyable et souvent inopportune. Il avait les défauts de ses qualités.
Cest l'histoire de tous les hommes.
Les forts, les nerveux, les puissants sous le rapport physique et moral sont presque toujours impatients, violents, obstinés. Les doux, les modérés, les patients sont portés à la mollesse, à l'indifférence, à l'indécision.
Qui est sans péché ?
Trudel a eu une consolation, une seule :
la sympathie, le respect, Tadmiration de braves fils qui l'ont récompensé des sacrifices qu'il s'est imposés pour en faire des citoyens et des chrétiens sincères et utiles.