J.-A. MOUSSEAU
Un homme de talent encore, mort avant le temps, faute de prudence, de régime, à un âge où il aurait dû commencer à jouir des fruits de son travail, lorsqu'il commençait à se plaire sur le banc où on Tavait placé un peu malgré lui.
Un excellent homme, très français, très catholique, le meilleur des époux et des pères de famille, rempli de bons sentiments et de principes solides, mais d une morale facile en politique, comme presque tous les hommes de son temps. Aimant cette politique, cette vie d'émotions, de jouissances et de déboires, de triomphes et d'humiliations que
les ambitieux aiment pour les honneurs ou largent qu'elle procure parfois, les patriotes, pour le bien qu'ils peuvent y faire.
Mousseau a le mérite de s'être fait luimême.
Lorsqu'il arriva à Montréal pour étudier le droit, il n'avait presque pas fait d'études classiques. Pourtant, il a été avocat, journaliste, député, ministre à Ottawa, premier ministre à Québec, il a beaucoup écrit et parlé, et ses discours comme ses écrits étaient bien faits.
C'était une bonne tête muni d'un jugement sain, d'une grande mémoire et d'une bonne imagination. C'était surtout un travaillant, un piocheur, passant des ' nuits entières à étudier, à consulter les auteurs, à préparer ses plaidoyers ou ses écrits. Souvent après avoir plaidé toute la journée, il se remettait au travail, à huit heures, le soir, pour continuerjusqu'à trois ou quatre heures du matin. Il se tenait éveillé en prenant