‹ Mes contemporains [microforme]Chapitre 18 sur 34 · J.-A. MOUSSEAU Î · texte numérisé non relu

J.-A. MOUSSEAU Î

ment sain, son esprit droit, son désir d'être juste et son amour du travail en auraient certainement fait un juge distingué. Les déboires de la politique avaient considérablement modifié son caractère, mais lorsque je Fai connu intimement, c'était rhomme le plus heureux du monde.

Excellente nature qui cherchait constamment le bonheur pour lui et ceux qui l'entouraient, sa femme, ses enfants, ses amis. Toujours satisfait, content de luimême et des autres, voyant tout en beau, se croyant riche, quand il n'avait pas le sou, calme et souriant au milieu des épreuves, convaincu que tout ce qui lui arrivait était pour le mieux, plein de foi en la providence, de confiance en son avenir, convaincu qu'il serait tout ce qu'il voudrait, voyant toujours l'arc-en-ciel à travers les nuages de l'horizon, un bon diner, un verre de vin, une promenade, un rien lui faisait oublier tous les ennuis que ses dettes lui causaient.

Quand répreuve était trop, forte, il allait à confesse, communiait et retrouvait toute son énergie, toute sa gaieté.

Rien ne le décourageait. Un jour, un ami lui disait : " Si tu étais condamné à être pendu trouverais-tu moyen d'avoir des illusions ? " Certainement, répondit-il, je dirais que la corde va casser."

11 n'avait pas cinquante ans, lorsqu'il est mort. C'est mourir bien jeune, quand on aime tant la vie, qu'on est fait pour être heureux.

Cependant, il se résigna facilement et promptement à partir pour l'autre monde, il ne songea qu'à se bien préparer pour faire le grand voyage.

11 a été fort regretté, car sa bonté, sa douceur, sa bienveillance, sa libéralité et sa bonne humeur lui avaient fait beaucoup d'amis.

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