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PREMIÈRE LETTRE DH M. JAMAIS

Aiguesvives (Gard), lo 7 septembre 1888.

Mon cher collègue.

Le compte rendu, publié par le Petit Méridional, de la réunion d'Alais tenue lundi dernier, vous attribue des paroles extrêmement graves au sujet de la Commission du budget.

Bien que vous m'ayez mis personnellement hors de cause et qu^il ne s'agisse pas de moi, je n'en ai pas moins le devoir de vous adres-* ser, en même temps qu'au Petit Méridional^ une réponse qui me parait nécessaire.

J'ai voulu, avant de le faire, et pour ne pas manquer au devoir de courtoisie vis-à-vis d'un collègue, vous demander loyalement si vos paroles ont été fidèlement rapportées, et si

VOUS avez réellement prononcé celles qu'on vous prête.

Je désire vivement, je n'ai pas besoin de vous le dire, que votre réponse puisse éviter un incident que je regrette, et qui est pénible pour des républicains.

Agréez, mon cher collègue, ^assurance de mes meilleurs sentiments.

Emile Jamais.

P. S. — Je vous prie de vouloir bien me répondre sans trop de retard, par retour du courrier si c'est possible.

HÛPONSE DE M. GILLY

Nîmes, 8 septembre 1888»

Mon cher collègue.

J'ai reçu votre lettre du 7 septembre dans laquelle vous me demandez si les paroles que j'ai prononcées à Alais ont été fidèlement rapportées par le Petit Méridional et si j'ai réellement prononcé celles qu'on me prête.

Ne lisant pas le Petit Méridional /]q ne sais ce qu'il a pu dire. Mais le journal VUnion des

Travaillexirs du mercredi 5 septembre a exactement rapporté ce que j'ai dit; son compte rendu est iidèle.

Quand je me suis décidé à dévoiler toutes les comédies et tous les tripotages que ma situation de député m'a permis de voir de près, j'ai cru qu'il n'était que temps que la France apprît de quelle façon la gouvernent de prétendus républicains ; qu'elle sût qu*on la mène à la ruine et à la banqueroute à une brève échéance. Mon patriotisme m'a commandé d'agir ainsi.

Je maintiens donc pour le fond et pour la forme les paroles que j^ai prononcées à Alais.

Si vous croyez devoir prendre, soit dans une grande réunion publique, soit par la voie de la presse, la défense de ceux de vos collègues que j'ai Visés, je rappellerai qu'un certain nombre de membres actuels de la Commission du budget sont les mêmes hommes qui, étant au pouvoir, ont passé ces odieux traités de commerce qui sont la mort de notre agriculture et de notre industrie ; qui ont voté ces conventions de 1883 qui autorisent l'épuisement du personnel des compagnies par des 14 et 18 heures de travail par jour ; qui admettent ces tarifs de pénétration dont tout le

monde demande la suppression, et qui permettent à la Compagnie de l'Est de se fournir de charbons allemands; qui ont ordonné la réception de navires dont les rivets étaient en plomb, etc.

Je puis me rendre compte, ici à Nîmes, de la crise ouvrière qui sévit, par le nombre d'ouvriers sans travail qui viennent me trouver.

Agréez, etc.

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