AUX HONNÊTES GENS DE FRANGE
Dans r Union des Travailleurs du 7 novembre nous avons inséré une adresse dont le texte était revêtu d'un grand nombre de signatures, où les amis de M. Numa Gilly proposaient d'ouvrir une souscription publique pour subvenir aux frais du procès.
A ce sujet, on nous a écrit de divers côtés pour nous poser certaines questions auxquelles, au nom de notre honorable directeur politique, dont nous connaissons la pensée intime, nous nous empressons de répondre nettement, sans arrière-pensée, avec la franchise qu'apporte M. Gilly dans ce qu'il fait et dans ce qu'il dit.
Les uns nous écrivent : « M. Gilly est le prisonnier de la réaction, qui l'oblige à salir la République ».
A ceux-ci, nous répondrons simplement en invoquant le passé politique de notre ami.
Les autres nous disent :
€ M. Gilly est poussé par le ministère Floquet pour rendre impossible le retour des opportunistes au pouvoir. Ce sont les fonds secrets qui feront les frais du procès. »
Nous opposons un démenti public et absolu à cette allégation. M. Gilly — s'il n'a pas mis en cause Thonorabilité du ministère actuel — n'a pas vu assez de différence entre le cabinet Floquet et un cabinet stationnaire pour que, dans l'intérêt de la République, il ait cru devoir faire quoique ce soit pour consolider le ministère actuel.
On nous écrit, en troisième lieu, que M.
Numa Gilly est un agent boulangiste, qu'il fait le jeu du général Boulanger et que la caisse boulangiste pourvoira aux dépenses de la procédure.
Nous déclarons hautement que cela est faux .
M. Gilly n'a pas parlé au général Boulanger depuis que celui-ci a quitté le ministère ; s'il n'a pas été parmi les insulteurs du général, on ne l'a jamais vu derrière son landau, et aucune parole, aucun acte de M. Gilly n'autorise à penser qu'il approuve l'attitude politique de M. Boulanger ni qu'il favorise ses ambitions.
M. Gilly ne fait le jeu de personne, pas même le sien, car ce n'est pas pour son plaisir qu'il vient s'asseoir, lui, l'honnête homme, qui n'a jamais été même devant le juge de paix, — qu'il vient s'asseoir sur les bancs d'une cour d'assises.
Enfin — car nous avons à cœur de répondre à toutes les questions, — on a cru, on croit que MM. Gilly et Andrieux sont deux compères, qui s'entendent, dit-on, comme larrons en foire, pour jouer un bon tour à cette satanée République parlementaire.
C'est une dernière erreur qu'il importe de dissiper. Quand M. Andrieux a déposé sa plainte, il n'a pas consulté M. Gilly, et ce n'est nullement de concert avec M. Gilly que M. Andrieux a pris position dans cette affaire. Il a agi sous sa seule inspiration.
M. Numa Gilly viendra donc, à l'audience, libre vis-â-vis de tous les partis, dont il ne veut servir ni les rancunes ni les ambitions. Il viendra, en républicain attristé de voir que le régime, pour Pavènement duquel il a lutté sous l'Empire, n'a pasréalisé ses espérances, et s'il peut parvenir, ^àce aux débats qui vont s'ouvrir, à faire rentrer la République dans la véritable voie démocratique, il ne regrettera
pas ce que cet événement lui aura causé de soucis^
La RÉDAdTiON:.
Un journal opportuniste de la région ayant à ce propos répété que M. Gilly était un vulgaire instrument entre les mains de M. Thiébaud et du comité boulangiste, r Union des Travailleurs du 13 novembre rectifiait cette assertion en ces termes :