Livre acheté, il y a dix ans, à Rouquette
Rouquette, gascon gasconnant, est un malin. Il avait imaginé de faire de sa librairie, qui était alorsa l'entrée du passage Choiseul, un lieu de réunion et de causerie pour les bibliophiles. Pour rien au monde aucun de nous n'aurait manqué un seul jour d'y venir faire sa petite tournée, entre cinq et six heures.
Le libraire trouvait la , d'abord , une occasion toute naturelle de vendre ses livres. Mais il tirait mieux que cela de l'hospitalité qu'il nous offrait : en homme avisé , il écoutait. Il écoutait tous les jours une heure d'une conversation technique , dans laquelle les bibliophiles les plus compétents discutaient avec feu , se renseignaient les uns les autres , — et le renseignaient du même coup , — sur les points délicats du métier.
l'oulel-Malassis, un des hommes qui ont le plus fait pour la renaissance du livre imprimé avec art, y venait chaque jour chercher des matériaux pour sa publication sur les Ex-libris. C'est la pour ainsi dire qu'Henry Cohen a composé le fameux Manuel, dont la seconde édition , que je lui ai vu préparer, a le mérite d'une petite saveur toute particulière.
C'est dans ces réunions quotidiennes que j'ai connu le regretté James de Rothschild, érudit des plus fins ; M. de Lignerolles, dont on renonce a évaluer les trésors bibliophiliques; M. de Lacarelle, l'homme de France qui possède le mieux peut-être la Science^ du livre , et qui peut d'autant plus se dire en cette matière un maître , qu'il a formé un élève {^Lacarelle gcniiit Bauchart ! ) , j'ai nommé Ernest Q.uentin Bauchart , aujourd'hui amateur honoraire, mais qui naguère a traversé le ciel de la bibliophilie avec l'éclat et le fracas d'un brillant météore. Ernest Bauchart faisait aussi partie de nos réunions chez Rouquette. C'était dans son genre un incomparable , au goût exquis, a la détermination audacieuse. Nul surtout ne sut jamais comme lui mettre en valeur les livres qu'il possédait , nul ne sut les décrjre dans un langage plus enflammé , en faire valoir les qualités de fraîcheur et de conservation, la marge, les témoins, la reliure, la dorure , la douceur du maroquin , la provenance , avec une verve plus éblouissante. C'était un feu d'artifice ; pif! paratata ! pch ! pan ! En entendant ces descriptions au picrate , l'eau vous venait a la bouche , on se prenait à vouloir posséder, a tout prix , ses exemplaires de 'Villon , de Marot , de Louise Labbé , ou son Daphnis et Chloé aux armes du Régent , diJt-on les lui arracher par la violence. On les lui arracha ! Un complot s'ourdit , Morgand en fut l'instrument et consomma le rapt. La victime criait au viol , il la bâillonna avec une poire d'angoisse en or et emporta sa fleur. Mais ce fut dur : i! n^J'eut qu'en deux fois. Pour l'instant , Bauchart vit dans un doux commerce avec les Femmes-Bibliophiles , ce qui nous promet â bref délai un piquant volume.
Deux autres amateurs pleins de brio étaient Léon Mercier, qui fut un des principaux auteurs de la hausse des livres a figures , et M. Danyau, qui formait une très-jolie réunion de livres a vignettes du XVI 1 1^ siècle avec reliures de Derôme.
M. de Fresne , un délicat adorateur des reliures de Trautz , M. Daguin et M. de Marchéville , les deux amateurs qui connaissent le mieux les secrets et les mystères des éditions originales , M. de Villeneuve , M. Brivois , le bibliographe des livres du XIX^ siècle ,
iMM Parran, Lessore , Rigaud , Garnier, se rendaient tous les jours chez Rouquette ; c'est là que j'ai eu le plaisir de les connaître , ainsi que M. Lebarbier de Tinan , bibliophile d'un goût tres-pur, inventeur de la reliure qui porte son nom ( maroquin tete^de nègre , double de roti^c) et qui fait présentement quelques infidélités aux livres avec les boîtes en cuir. La . j'ai connu Roger Portails, sans me douter que depuis nous perpétrerions ensemble des travaux pleins de sapience !
La , enfin, le premier jour que j'y allai , je vis arriver, brillant le monocle a l'œil , couvert de certain paletot a fourrures qui fut célèbre en son temps a cause de ses poches-réceptacles dans lesquelles s en- Jïouffraient les livres achetés , M. Eugène Paillet, qui a joue le rôle le plus considérable dans la bibliophilie , pendant ces vingt dernières années , tant par l'autorité de son savoir et l'impeccabilite de son coup-d'œil . (ce coup-d'œil déjuge d'instruction qui arrache aux livres l'aveu de la moindre tare qu'ils peuvent avoir sur la conscience^ que par la siîreté des avis donnés aux débutants, la gracieuse facilite qu'il met a ouvrir sa bibliothèque aux amateurs français et étrangers, et sa persistance incessante a former de nouveaux adeptes et a les maintenir dans la bonne voie. Q.uand il a dit, d'un ton d autorité : // -vcus faut tel livre , -vous deve^ l'avoir dans telle condtUon ; le néophyte, médusé, n'ose rien répliquer. ... ...
Il m'invita a le venir voir un dimanche, jour de réception qu il conserve avec une inébranlable fidélité. Il y a de cela douze ans; depuis, je n"ai plus manqué a ces rendez-vous hebdomadaires que dans les cas de force majeure. le l'ai toujours trouve aussi aimable , aussi accueillant ; gai, entraînant, causeur etincelant , spirituel toujours et sans effort, mais non caustique; caractère égal , sans jamais un mouvement
c"omMen je regrette de n'avoir point fait un recueil de tout ce que je lui ai entendu raconter d'amusantes anecdotes , ponctuées ae ses larges et francs éclats de rire ! . , •
Il me laisse libre d'user de sa bibliothèque comme de la mienne , au«:si m'est-elle si bien connue que j'y voudrais trouver n importe quel livre dans l'obscurité. Il ne peut pas dire qu il m ait forme , car ie n'en fais guère qu'a ma tète. Cependant , il m'a donne , en mainte occasion décisive , des conseils que j'ai suivis , et je m en suis bien trouvé.
1 7Q. DON QUICHOTTE , traduit de l'espagnol de Cervantes, par Florian. Paris, Didot, 1799, 3 vol. in-8; demi-rel., mar. vert, dos orné, non rogné (Cape).
Suite des figures de Lefèvre et Le Barbier, en triple état : avec la lettre, avant la lettre, et eaux-fortes.
180. Les Liaisons dangereuses, suite des huit figures de Le Barbier , pour l'édition in- 12.
Eaux-fortes.
Il me reste toujours a trouver un exemplaire du livre de Choderlos de Laclos. Je ne pense jamais sans envie a celui que m'a montre le
"c'était un type fort curieux en somme, que ce collectionneur d'une bibliothèque que Cohen qualifie toujours de l'épithete euphémique de sfcet/a/t (lisez : superlativement obscène). . .;i ,.,,;*
La seule excuse de H ... , si excuse il peut y avoir, c est qu il ava t un véritable goût de bibliophile, et que ce qu'il collectionnait n avait rien de commun avec les ignominies vulgaires : par exemple, avec les cartes que nous proposent sur les boulevards d'aimables joueurs de
bonneteau, ou avec les objets similaires débités dans des magasins respectables d'Outre-Rhin par les vierges de la vertueuse Allemagne. Non : ses livres étaient illustrés des ligures de Borel et autres, la condition en était parfaite , et quelc^ues-uns même parmi eux pourraient parfaitement être admis dans la bibliothèque d'un amateur sans qu'il eiît a en rougir: tels, les Liaisons dangereuses a\ec les dessins originaux de Monnet, etc.; les Coules de La Fontaine et le fameux exemplaire des Mœurs du Temps de La Popeliniére, avec gouaches. (Ces trois exemplaires ont été décrits dans l'Annuaire de la Société des Amis des Livres).
H . . . appartenait a une des grandes familles de l'aristocratie anglaise. C'était un homme de cinquante ans, chauve, courbé, figure glabre, parole hésitante et entrecoupée. Goutteux, il sortait souvent avec un pied chaussé d'une bottine et l'autre d'une pantoufle, ce qui n'était pas d'aspect bien vaillant. Ses chaussures, remarquablement pointues, lui donnaient une manière d'apparence diabolique, et je sais une femme de libraire qui lui croyait le pied fourchu.
11 habitait a l'angle du boulevard des Italiens et de la rue Laffite, en face de la Maison-Dorée, a l'endroit précis que son imagination excitée lui faisait considérer comme le « point nerveux » par excellence de Paris. Je l'ai visité une fois, en compagnie d'un autre bibliophile. Sa bibliothèque consistait en deux rayons de livres enfermés dans une petite crédence. Il nous montra ses fameuses reliures, (qui ne se peuvent décrire, car il avait réalisé ce phénomène : la reliure erotique!) notamment la reliure aux fleurs du mal, création dont il était fier, et sur laquelle on lisait avec une douloureuse stupéfaction la signature d'un artiste célèbre.
Mais en fait de reliure, H . . . n'a jamais pu réaliser celle qu'il avait rêvée. Laquelle? Je vous le donne en mille, ou plutôt, vous le savez aussi bien que moi pour lui avoir entendu exprimer a lui-même avec le plus beau flegme, devant les libraires ahuris, le regret de n'avoir pu se procurer la peatc d'une pétroleuse fusillée, ce dont il ne s'est jamais bien consolé.
11 paraît que, pendant qu'il poursuivait cet affreux desideratum, a la fin de la Commune, il était accompagné d'un de ses compatriotes, autre maniaque. Celui-là rêvait d'avoir son chapeau troué par une balle. ( Oh ! Yes ! ) Se tenant a l'angle de la rue Laffite , le corps abrité . il tendait donc ledit chapeau a bout de bras sur le boulevard que sillonnaient les balles , attendant en cette posture sa bienheureuse perforation. Sur ce , éclata un obus : le chapeau resta intact , et un éclat lui cassa le bras. . .
Il y avait chez H . . . deux marbres remarquables. Comme ces chefsd'œuvre de la statuaire décolletée étaient posés sur le plancher, sans supports, je le vis, pour en admirer les beautés, en faire le tour a quatre pattes.
H... était chevalier de la Légion-d'Honneur, au titre étranger. Il avait été, je crois, membre du jury de quelque exposition. Les libraires le recevaient sans enthousiasme et le trouvaient -visqueux. La dernière fois que je le vis. il était dans une boutique de bibelots, rue Laffitte.Je triplai le pas, pensant qu'il ne m'apercevrait point, mais bientôt je me sentis rattrapé; il courait en clopinant vers moi pour me remercier d'un petit article en note qui lui était consacré dans les Graveurs du XVIIF siècle (il n'y avait pas de auoi, vraiment) et m'exprimer ses regrets de ce qu'on n'y eut pas parlé de lui et de ses livres plus au long. Je m'échappai en lui promettant de réparer a l'occasion cette déplorable omission.
C'est ce que je fais ici.
i8i. Le Temple de Gnide, mis en vers par Colardeau. Suite de sept figures de Monnet.
Rares épreuves avant la lettre.
i82. ŒUVRES DE PIERRE ET THOMAS CORNEILLE. Paris^ Renouard, 1817, 12 voL in-8. demi-reL, dos orné, non rogné (Thouvenin).
Exemplaire en grand papier vÉlin , avec la suite des figures de Moreau en quatre états ; avec la lettre sur papier ordinaire , avec la lettre sur papier de chine volant , avant la lettre , et eaux-fortes.
183. LETTRES A ÉMIUE, pa.T Demoustïer. Paris, Renotiard, 1809, 6 parties en 3 voL in-8, reL, mar. citron, dos et plats ornés, doublé de tabis (Bo{érian).
Superbe exemplaire de Pixérécourt , en papier vélin ; figures de Moreau avant la lettre , et eaux-fortes.
J'ai enlevé cet exemplaire de haute lutte , en vente publique , où je l'ai naturellement payé fort cher. Comment garder son sang-froid dans cette atmosphère échauffée (et ajoutons : et devant des livres soigneusement surchauffés ) ? Q,uelle vigueur et quel entrain , d'ailleurs , les jours de ventes de livres , dans ce petit coin de salle , a côté du bureau du très-sympathique commissaire- priseur , M. Delbergue- Cormont , lui-même amateur distingué! Q ui de nous aurait manqué ces jours-la d'occuper sa chaise réservée ? On disait familièrement , dans les librairies, en faisant allusion a MM. de Rothschild, Paillet, etc., réunis a l'hôtel Drouot a l'heure où d'ordinaire les hommes sont absorbés par leurs occupations d'affaires : « les jours de rente, la Justice suspend ses arrêts, la Finance suspend ses paiements, l'Administration ferme ses bureaux..., etc. »
A peine quelques années se sont-elles écoulées, et déjà des vides cruels se laissent apercevoir dans les rangs éclaircis des amateurs Les uns proviennent de la lassitude, de la satiété, d'un changement d'idées et de goût : d'autres, hélas ! ont été causés par la mort. Pertes irréparables que celles de James de Rothschild et de Louis Rœderer !
184. L'ORIGINE DES GRACES, par Mademoiselle D... Paris, 1777, un vol. in-8, cartonné, très-grandes marges, témoins, et pages non coupées.
Figures de Cochin avant la lettre, et quatre eaux-fortes.
185. LES AVENTURES DE TÉLÉMAQUE, par Fénelon. De l'Imprimerie de Monsieur , 1785, 2 vol. in-4 ; demi-rel. en mar. bleu, dos orné, non rogné {AUô).
Portraits divers de Fénélon et du Duc de Bourgogne.
Suite des sept figures de Cochin. avant la lettre
Six rares figures de Cochin, gravées a la manière de crayon, pour les livres 4. 7, 10 a 13.
Quinze pièces de la suite in-4 '^^ Boucher, Cochin et Monnet. ( Cette suite comprend un plus grand nombre de pièces, mais les dernières sont tellement mauvaises que je n'ai pas hésité à les éliminer). Les épreuves ici réunies sont belles, et de premier état, avec les armes.
Huit eaux-fortes de la même suite. Très-rares.
La suite des vingt-quatre figures de Marillier, avant la lettre, tirées in-4,
Les mêmes, naux-FORTES.
La suite des vingt-cinq figures de Moreau , avant la lettre.
Les mêmes, eaux-fortes.
La suite des figures de Monnet gravées par Tillard, 98 p., en un album a part, relié comme les volumes du Telémaque.
186. LES AVENTURES DE TELÉMAQUE, Pans, Didot , 1796, 4 voL in-iS ; dcmi-rel., mar, vert, dos orné, non rogné (Allô).
Exemplaire en papihr vélin, dans lequel on a réuni la suite des figures de Lefevre, avant la leftre, et eaux-fortes, et celle des figures de duéverdo, avant la lettre et eaux-fortes , avec le portrait de Fénelon par Gaucher, dans les mêmes états.
187. ŒUVRES DE (^ESSNER. Pans, Renouard, 1799, 4 voL grand in-8, reL en niar. rouge, doublé de tabis, dos et pLits ornés (Bo^érian).
Superbe exemplaire en grand papier velin, provenant de la bibliothèque de M. Grésy, et contenant la suite des figures de Moreau. avant la lettre, et eaux-fortes.
Cet exemplaire, m'a été offert par Fontaine, en 1872, au prix de 300 francs, et je ne l'ai pas pris, le trouvant trop cher. Deux ans après, je l'ai payé 4000 a Morgand. Telle était, en ce temps la, la progression du prix des livres!
Cet exemplaire donc, est repassé deux fois en vente à un court intervalle. 11 en a été ainsi de quelques beaux livres, que l'on a vu aller et venir, et se multiplier, comme disait Morgand , à l'instar des soldats du Cirque. Mais c'est l'exception . et l'on peut se poser cette question: Q.ue sont devenus tous les livres vendus depuis vingt ans? On ne sait. Jamais l'on n'a vu , par exemple , repasser en vente un des livres a portraits de M. Hervey, ni un seul des classiques illustrés
f)ar Caen ou par Fontaine. Ils ont disparu sans qu'on puisse retrouver eur trace.
C'est que , a part quelques amateurs qui ont pris plaisira se visiter entre eux, a se donner de mutuels conseils, et, pour ainsi dire, a jouir des bibliothèques les uns des autres, les collectionneurs sont soigneusement restés dans leurs anciennes mœurs jalouses et cachottières: leurs bibliothèques sont de véritables nécropoles où s'enfouissent les livres: une fois qu'ils y sont, lasciate ogiti <pcran:{a... de les revoir jamais.
Pour dépister les curieux, un libraire a imaginé un client fictif auquel il attribue les achats de livres dontil entend cacher le véritable auteur: ce clie:.t, c'est le Baron Alfred. Le Baron Alfred, c'est M. R., c'est M. D., c'est M. L., c'est peut-être vous, ce serait moi si j'étais en veine de mystère. C'est le pendant de l'amateur masqué des luttes foraines. C est, du reste, un rude athlète ; il a, dans les comptes des libraires , un formidable à laloir (on l'appelle aussi un formidable araloir), et il est rarement vaincu sur l'arène des ventes.
Cependant, il a eu des rivaux, masqués comme lui. D'abord, Mon client'. Le seul, l'unique mais excellent client de certain libraire qui exécutait ses commissions... a tour de bras. Dans les ventes d'estampes,
il y avait le Veau d'Or ; il y en avait même plusieurs, celui qui était plus veau d'or que les autres était le Veau d'or a deux têtes ! !
Mais tout cela est déjà de l'histoire ancienne.
Après tout, je comprends que l'on cache ses livres, car, a l'inverse de l'amateur d'estampes, généralement bienveillant et même complimenteur , le bibliophile est sans pitié. Vous rappelez-vous le jour où l'ami Bauchart vint présenter au cénacle, chez Rouquette, son fameux Daphnis et Chloe de 17 18? Il est banal desavoir ce que vaut cet illustre volume aujourd'hui que les journaux, la chromolithographie et la grosse caisse ont « célébré sa gloire immense» , comme dit le Joueur de Fliîte. Mais alors, sa réputation était a faire, et des amateurs de première force avaient dédaigné ce trésor. Ce fut le génie de Morgand de flairer l'exemplaire du Régent «lui-même», et celui de Bauchart d'oser le payer douze mille francs. Il arriva triomphant , entonna une description-fanfare ; les épithètes vibraient, détachées a l'emportepiece : exquis! insolent ! virginal ! illustre ! inestimable ! mosaïque! Padeloup ! vingt-quatre mille! — Il exhiba le joyau, qui était sans tache, sauf quelques marques de doigts, inévitables sur un livre qui a été feuilleté cent-soixante ans. Un amateur le prit, examina, tourna, retourna, et en le passant à son voisin, dit câlinement : // est superbe , seulement il y a mille francs de graisse de trop !
Entre amateurs, on s'envoie de ces choses-la. On ne dit pas d'un livre que c'est une «drouille» , le mot est commun et sent sa mauvaise éducation ; mais, pour un rien, on y va d'un « quel graillon ! » qui est d'un mépris cavalier et aristocratique. «Ordure» se dit aussi trèsélégamment ;« drogue» est peu usité, comme manquant d'énergie pour qualifier un volume qui n'est pas absolument hors ligne.
Pour les libraires, du moment où un livre n'est pas un « mouton à cinq pattes » (traduction libre de rara avis) , c'est « un loup». Voilà une faune qu'il faut connaître.
188. LES SOUFFRANCES DU JEUNE WERTHER. Paris, de l'imprimerie do Didot l'aine, 1809, un vol. in-8, demi-rel, en niar. vert, dos orné, non rogné {Alla).
Exemplaire en papier vélin, auquel on a ajouté :
1. Un portrait de Gœthe (gravure allemande), et un second portrait
du même, gravé par Geyser.
2. Werther, Charlotte. 2 p. gravées par Berger, d'après Chodowiecki,
superbes épreuves, très-rares. — Charlotte, seconde épreuve avec la Scène des pistolets.