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Puis ce sont des milliers de traditions qui semblent naître de la poussière même du sol que foule l'éternel voyageur. Une fois, Isaac vient à Corinthe visiter Apollonius de Tyane, un de ces maîtres magiciens affectionnés du vieux Dumas, et qui nous apparaît tout de suite comme un ancêtre du fameux Altothas, de Balsamo. Isaac Laquedem et Apollonius de Tyane; je laisse à penser au lecteur ce que se disent ces deux augures échangeant leurs impressions sur le drame du Golgotha.
Le mystagogue païen n'ignore rien de la Passion du Christ ; s'il n'assistait pas au terrible spectacle, il en a eu la commotion, ressentie de toute la nature. De là, ce collier ou plutôt ce rosaire de légendes qu'ils égrènent ensemble ; il y en a de toute sorte et jusqu'à des botaniques. Car la création entière prenait part à cette agonie : tout était muet, abattu, sinistre, dans la nature ; pas une cigale ne chantait, pas un grillon ne criait, pas un insecte ne bourdonnait ; seuls, les arbres, les buissons, les fleurs, murmuraient dans leur langage et formaient un chœur sourd et redoutable que les hommes entendaient et ne comprenaient pas. Il fallait que ce Dumas fût lui-même un sorcier. Cette légende du « Peuplier du Calvaire » qu'il introduit si pittoresquement dans sa glose, où, par exemple, l'avait-il prise?
Lorsque jadis, dans ma jeunesse, j'habitais au doux pays du Neckar et m'y livrais, entre le
grec et l'allemand, à toute sorte d'études cabalistiques, il m'arriva un soir, en fouillant dans la bibliothèque du docteur Justinus Renier, de mettre la main sur une espèce d'almanach macabre imprimé entêtes de clou sur papier à sucre. C'étaient des sentences rimées, des prophéties à la Nostradamus, des paraboles sibyllines, le tout entremêlé de gravures sur bois d'un gothique à faire pâmer d'aise les frères Boisserée, fort en honneur, en ce temps-là, parmi les amateurs de reliquaires ; il y avait notamment un fabliau qui, depuis, ne m'est jamais sorti de la mémoire. Le théâtre représentait un site enchanteur. Au creux d'un vallon qu'entouraient de vertes collines et des pics boisés, s'étendait un lac profond et changeant : « Le Lac de la Mort » .
Sur ses bords, comme dans la danse d'Holbein. passaient et figuraient les divers acteurs de la comédie humaine.
Un moine passe.