‹ Mes expériences avec les esprits [microforme]Chapitre 11 sur 13 · JOBARD · texte numérisé non relu

JOBARD

Le monde invisible étant peuplé, comme le nôtre, de toutes sortes d'esprits : — bons, indifférents. méchants — il s'ensuit que dans nos rapports avec ce monde on doit s'attendre à des mésaventures, à des désenchantements, à des déceptions parfois. L'expérience personnelle me l'a prouvé d'une manière souvent positive ; j'ai été trompé, malgré ma clairvoyance, malgré mes autres facultés médianimiques ; j’ai eu des désenchantements, des mésaventures; mais tout cela ne fut que momentané, car, animé de bonne foi, de persévérance et d’une certaine dose de réflexion, je pus sortir de ces pas difficiles d’une manière assez satisfaisante. Je dois dire, néanmoins, que dans chacun de ces cas, je sentais, malgré la plausibilité et même l'évidence apparente qui m’en imposaient, naître en moi des doutes qui me préservaient contre des chutes. Si, d'une source, on cherchaità metromper, d’uneautre, plus haute, on s’efforçait de m'éclairer; je voyais l’une,

mais je sentais l’autre. De plus: «la tricherie ne tarde pas à revenir à son maître! » ce qui faisait que je pouvais bientôt assister au dénouement, pénible pour autrui et instructif pour moi. Mais « le diable n’est pas aussi noir qu'on le peint » — car j'ai pu souvent constater qu'au fond des déceptions, le mobile rachetait en quelque sorte la faute. Le mal n’est jamais absolu ! Et, que de fois il arrive que des esprits subissent à leur insu l'influence d’autres, au-dessus d'eux, et commettent des actes blâmables, qui servent par contre-coup à amener en eux des révolutions salutaires! J'ai déjà fait mention d'un fait de cette espèce — là où de grands esprits poussaient Djimoœ à étrangler Delphine.

J'étais un jour, à Montréal, sous le coup d'une angoisse profonde, comme il arrive à tous d'en avoir parfois dans cette vie; le paroxysme de la douleur en moi était si grand que je ne voulais écouter aucun des miens de l’autre monde, qui m'entouraient et cherchaiïent à me consoler et à raisonner avec moi. Ma mère, Delphine et mes enfants chéris, ne pouvaient maîtriser mes émotions, malgré leurs efforts réunis — et je m'abîimais dans ma peine — quand, tout à coup, je me sentis magnétiquement soulagé, relevé, par la soudaine apparition du grand esprit nommé (à tort) Jésus, qui se plaça à un pas en avant de moi. En tombant ou en surgissant là, au milieu des miens, je remarquai qu'instantanément le cercle s’élargit, par déférence et par l'éclat qu'il produisait. J'ai vu assez souvent d’autres esprits provoquer le même effet. Par sa seule présence mon sympathique visiteur était devenu pour moi un baume souverain ; mon calme était revenu et le grain avait disparu. Avant de partir je lui demandai d'embrasser Marie-Louise et Céleste, ce qu'il fit, en posant ses lèvres sur le front de la première et sur la joue de l'autre. Mes deux filles rougirent immédiatement de l'honneur qui leur était conféré : c’est ce que je compris. C'était la seconde fois que je voyais consciemment cet esprit; mais je le revis trois autres fois depuis.

C'est une anomalie bien étrange que de voir des pro-

fesseurs, payés pour faire connaître le monde spirituel, et se disant doctes en cette matière, s'arrèter net quand il s’agit de démontrer — en termes ordinaires, raisonnables — ce que c'est que ce monde. Les payeurs, bien étrangement aussi, se contentent de peu en recevant ainsides non-valeurs ; ils présentent, j’oserais aflirmer, une face plus laide encore que les autres. Et dire, que le monde terrestre a marché de cette façon depuis si longtemps — sans s’apercevoir qu'il est frustré dans ses intérêts les plus chers! C'est presque inconcevable. Les soi-disant guides spirituels n'ont rien à dire sur l'origine des esprits humains — d'où ils viennent, si même ils existaient avant de naître ici-bas — comment ils ont procédé pour entrer dans une matrice (ee qui serail shocking pour eux) — comment le monde spirituel est organisé et conduit — comment ses êtres vivent et s'associent — si on y boit, mange, dort — si les esprits dématérialisés de notre enveloppe, enfin, s'amusent, s'instruisent et progressent ! Rien de tout cela n'entre dans le cadre des instructions des pères spirituels de ce monde. La logique pour eux est un non sens — et pourtant ils l'enseignent dans leurs collèges! Que de fois ils disent : qu'on part de la terre pouraller dans l'éternité? comme si l'éternité ne comprenait pas aussi bien le passé et le présent, que l'avenir! Voilà la force de leur argumentation. Voilà l'école que tous les états cévilisés maintiennent. Il n’est pas étonnant que les hommes de quelque valeur soient forcés de désapprendre ce qu'ils ont appris, et de se refaire à nouveau. — Ce qui précède est dit en loute charité — pour ceux qui en ont besoin.

; Un célèbre prédicateur jésuite me parlait un jour, en / Amérique, de la foi. — Mais, lui dis-je, il y a deux espèces de foi : — la foi transmise et la foi acquise! — laquelle

est la meilleure ?.. Mon interlocuteur recula étonné devant cette proposition inattendue, et sentant bien ‘que j'allais le terrasser ou l’acculer, il se tut — et changea de sujet. Un esprit aguerri venait de me faire dire ces paroles, sans aucune réflexion de ma part, et je fus le premier à m'en étonner. Que de fois des inspirations directes, comme celle-là arrivent, surtout à ceux qui tiennent leurs portes ouvertes? Jamais, de fait, aucun mortel ne pense, ne parle ou n’agit seul; il est toujours assisté par un ou plusieurs invisibles. Et, on croit que l'inspiration sert de peu — quand c’est elle, après tout, qui est le moteur suprême en tout. Bien des orateurs, après de beaux discours, m'ont avoué qu'ils ne savaient pas ce qu'ils venaient de dire. Est médium, souvent, celui qui ne voudrait pas l'être. On veut et on ne veut pas — ce qui prouve bien l’'aphorisme que : « — L'homme se remue et Dieu le mène! » — par ses agents ! — Allez donc ! ergoteurs, persifleurs, qui posez pour vous faire valoir; esprits sans conviction arrêtée : girouettes au vent de la mode — comparez donc vos arguments avec ceux qui S'Opposent aux vôtres.

J'ai déjà dit que le monde terrestre est un effet du monde fluidique. Tout effet ressemble, plus ou moins, à la cause qui l’a produit. On démontre scientifiquement que l'atmosphère contient tout ce que la terre recèle dans ses trois règnes (et non ceux de la nature) ce qui confirme ce qui précède. La petite échelle prouve l'existence de la grande. Le fluidique est une des trois conditions de la matière; c'est, on pourrait dire, une sorte d'interrègne ; le fluidique provient directement de l’éther, lequel est l'âme de la nature. Le concret, comme dernière manifestation de la matière, ne se trouve être qu’un reflet ou un diminutif des deux

autres, lesquels sont envers lui, enfant, comme le père et la mère dans la famille. — Ce tableau devrait suffire pour éclairer tous ceux qui ont les yeux ouverts et leur faire comprendre en même temps toutes les conséquences, les détails, répétés autour d'eux, partout et en toute chose ; mais non; la vérité, même la mieux démontrée, ne sert à rien pour ceux qui ne sont pas prêts à la recevoir. |

La fluidique pénètre de toutes parts le matériel, l'anime et le fait vivre — comme lui-même subit cette action de la part de l'éther. Quand le fluidique cesse d'agir ainsi sur un corps matériel quelconque, ce corps se désagrège ou meurt, comme on dit; la mort est alors apparente, mais rien de plus, et ne prouve que ceci : le manque de développement des sens, la faiblesse de clairvoyance de celui qui regarde et ne peut voir. Ceux qui préconisent tant la valeur des sens matériels devraient pourtant être assurés, que voir, par exemple, n'est pas savoir — et que savoir même n'est pas comprendre : il y a loin de l’un à l’autre — tellement loin parfois que certains individus, durant toute une existence terrestre, ne parviennent pas à franchir une seule de ces distances ou étapes. La même règle s’applique aussi bien aux habitants de l’autre monde qu'aux nôtres.

Les faits que j'ai déjà cités comportent tous un enseignement sur la question de l'existence ultra-matérielle et démontrent ce que les esprits peuvent faire et font parmi nous, lorsque des conditions favorables se prètent à ces démonstrations. Ceux que j'ai encore à raconter, et ils sont nombreux, devront servir à instruire davantage les lecteurs. Mon œuvre, ainsi façonnée, a pour but d’initier l'élève, petit à petit, aux arcanes de la vie future. Les faits se stéréotypent dans

le cerveau, tandis que des paroles, non appuyées par des preuves, passent souvent inaperçues. — Ce que les pères spirituels manquent de dire, de démontrer — en fait de points de vue pratiques sur l'autre monde, -- se trouvera résumé par-ci par-là, dans les exemples qui suivront, comme dans ceux que j'ai déjà mentionnés.

Une nuit, élant éveillé, je reçus la visite de sept délégués venant d'une colonie fluidique, où les habitants, anciens marins, vivant sur les bords d'une mer, menaient une existence misérable, disaient-ils. Le pays était inculte, sans le moindre sourire de végétation — et des tempêtes presque continuelles, ravageaient les côtes. Depuis longtemps les colons désespérés cherchaient à fuir ce pays inhospitalier, sans pouvoir y parvenir. Chaque fois qu'ils construisaient des navires à cette fin, ces navires étaient brisés et mis en pièces par les éléments en fureur.On venait à moi pour obtenir un remède contre ce grand malheur. Qui les poussait vers moi dans ce but? Cette question n’est pas importante. Le fait est que des esprits secourables avaient inspiré ces malheureux à venir auprès de moi, sachant bien qu'ils pourraient se servir de moi dans leur mission de pitié. J'allai parmi les esprits misérables qui vivaient ainsi emprisonnés dans les conséquences de leurs actes antérieurs — lesquels se prolongeaient dans leur vie présente. Je vis que le tableau était exact en tout point avec ce que mes visiteurs m'avaient dit. Je compris aussi que ces « pauvres diables », à force de vouloir, se trouvaient dans un état à pouvoir comprendre les instructions que j'allais leur donner sur les obligations de l'existence, qu'ils commençaient déjà à entrevoir. Ils se trouvaient prêts à entrer dans une nouvelle voie, car ils avaient employé

toutes leurs forces pour se racheter à leurs propres yeux, ou à leur conscience, en désirant ardemment mieux faire. C'est pourquoi ils allaient vers le secours, C'est pourquoi ils pouvaient être secourus. C'est pourquoi je pus les sortir de là au moyen de ma puissance médianimique — ou d'emprunt, j'ajoute.

Qu'un esprit, incarné sur terre, puisse accomplir de ces actes, en dehors de sa propre sphère — cela peut paraître incroyable à première vue — comme tout l'est au premier abord — mais la réflexion corrige tout. Si le sceptique, en agissant de la même manière, ferme ses yeux et néglige de faire participer son moi extérieur à de tels actes, le fait n'en est pas moins patent en esprit ou en vérité. Dans ce sens on vaut toujours mieux qu'on ne paraît. Qui n’a pas de cœur ou d'esprit? Qui n'a pas d'âme ?

Je détache d’une communication de Delphine une lecon sur les choses de l’autre monde, qui surprendra même un grand nombre de spirites français, quoique aux Etats-Unis le fait soit généralement reconnu parmi les adeptes :

« Séparés les uns des autres (les visibles et les invisibles) par un voile très mince, le voile psychologique — et non par un voile même physiologique — il est de fait avéré pour nous, invisibles, que nos organes physiques sont en rapports intimes et constants avec les vôtres — à un tel point que nous vivons de votre vie et vous de la nôtre. — Le fœtus, qui tombe de l'organe maternel, et qui « meurt », dit votre science, est cueilli par nos mains; mais ces mains le replacent dans une matrice, dont la vitalité ou les fluides de la mère (mortelle) elle-même fait les frais; l'allaitement du nourrisson est également soumis à un procédé semblable : — la mère fournit encore la vie et la crois-

sance à son enfant invisible, « mort » par la voie physiologique de son organisme. »

Je disais auparavant — qu'il nous incombe de matérialiser le spirituel et de spiritualiser le matériel — et l'idée me vient maintenant de répéter cette recommandation, ainsi que je puis qualifier la suggestion que je faisais, sans l’appuyer, néanmoins, par aucune raison. — Je me dois à mes lecteurs, qui ont le droit d'hériter de tout ce que je possède de mieux, de plus précieux — de là le codicille que voici : — La pensée est un bien ; mais c'est un bien matériel, j'ajoute; et je répète aussi : que l'idée étant. la menue monnaie de la pensée —- il en est de même de la pensée par rapport à l'intelligence. La pensée est une matérialisation fluidique de l'intelligence, et, l’idée en est une matérialisation concrète, un diminutif. L'une et l'autre cherchent constamment à se matérialiser, à se manifester —comme nous — âmes individuelles — nous cherchons à nous matérialiser, à nous manifester -— dans des corps fluidiques et concrets — en pensées et en idées. De fait, nous sommes des intelligences, des pensées, des idées — nos manifestations le prouvent. L’individualité, à vrai dire, se trouve plutôt dans l'âme, que dans les deux autres organismes, dont l'intelligence se sert pour se manifester, c’est-à-dire l'enveloppe fluidique et l'enveloppe matérielle. L'individualité ne peut se manifester parfaitement ou en toute vérité que par . l'organisme éthéré de l'âme; autrement elle subit l'influence du milieu où elle se trouve : c’est logique, inévitable. — Ne dites donc plus : «une bonne âme ! une belle Amel » — car toutes sont bonnes et belles — toutes occupent le même niveau de perfection. — Ne confondez plus l'esprit avec l'âme — car vous péchez là par une grande ignorance.

Pour montrer comme quoi la pensée est matérielle je cite le fait suivant : — Je discutais une fois avec un de mes frères sur la doctrine spirite. Je me servais de ses propres arguments pour le combattre, mais sans résultat — ce qui sembla amener en moi unélat de lucidité extrême — car je vis fort bien les rayons de ma pensée allant au cerveau de mon frère, où ils ne pouvaient pénétrer, et revenir au mien, le heurtant chaque fois d'une façon pénible. La pensée exprimée par moi et dirigée vers un autre cerveau — pour y recevoir la bienvenue — rehondissait vers moi, d'où elle était partie, mais chargée des miasmes ou de l'influence opposante — ce qui ne permettait pas à ces rayons ainsi altérés d'être assimilés par mon organe réflecteur et élaborateur ; ainsi répereulés, ainsi épuisés, ces rayons, bien visibles pour moi, formèrent autour de ma tête un cercle qui l'étreignait comme un étau. — Cette expérience consciente s'est répétée depuis avec d'autres; mais j'ai profité un peu de la leçon; je sais me taire quand parler ne profite pas à autrui, et me nuit. Cette fois, néanmoins, ce fut ma mère qui me sauva d'une grosse migraine, etc., en venant à point me dire : — « Cesse, mon enfant, de discuter avec ton frère : cela ne sert à rien, car il n’est pas dans une condition de réceptivité. »

J'ai vu fréquemment aux Etats-Unis des médiums clairvoyants décrire la couleur ou la nuance magnétique des personnes qui se soumettaient à cet examen, ainsi que le mouvement particulier de leur élément fluidique. La couleur périspritale détermine la condition d’avancement de chacun; un bon voyant ne s'y trompe pas — et c’est par ce moyen que les esprits se jugent entre eux, au premier coup d'œil, et qu'ils nous jugent aussi.

On bâtit dans l’autre monde et — comme ici — « le style c'est l'homme ». Les constructions des esprits sont un emblème d'eux-mêmes. La volonté est l'architecte et l'artisan en toute œuvre de ce genre: les matériaux sortent de l'air ambiant et se faconnent et se mettent en place suivant le désir de celui qui est assez fort pour être positif. Il en est de même pour la confection des habits des invisibles. La matière ambiante dans le monde fluidique est tellement en rapport intime avec les esprits ; elle est si ductile ou plastique, au gré de ces derniers, qu'elle répond aux 'ntelligences qui l'animent en se prêtant à ioutes leurs volontés.

Tout est mystérieux, sur la terre, comme ailleurs, jusqu'à ce que l'instruction et l'entendement ouvrent en nous les portes closes. On recommence la vie spéculative et pratique à chaque renaissance, — comme si nous n'avions rien appris, rien su, dans nos existences précédentes. Tout à sa besogne ! sans mauvais souvenirs ! sans attaches en arrière! on prend chaque fois une sorte de virginité, qui sert à dorer la vie; autrement chacun serait désenchanté, découragé, dès les premiers pas. De même, de l'autre côté. Si un esprit s'incarne sur terre — comme enfant nécessairement — et s'il vient à mourir aussitôt après — qu'arrive-t-il? — il renaît spirituellement comme enfant — comme s’il ne venait pas de quitter le monde fluidique, homme ou femme. Il naît là, de nouveau, non seulement avec une forme d'enfant, mais avec toutes les charmantes ignorances de cet âge; il oubliece qu'il était, si peu de temps avant; — on ne le reconnaît plus — car il est tout transformé. Il s'ignore lui-même: il contracte de nouveaux liens ; il appartient à une autre famille, qui le reçoit comme un fruit béni, le soigne, l'élève, l’instruit et le chérit, Il conserve le type de sa dernière

réincarnation matérielle et le développe là-haut, comme s'il avait continué à vivre ici-bas. Les siens terrestres, en le retrouvant plus tard, le reconnaissent par ce signe matériel, cette empreinte indélébile, à part d'autres marques qui servent d'attraction. L'esprit ne sort de son rôle de nouveau-né, là-haut, comme ici-bas, que lorsqu'il entre dans des conditions anormales à son état — généralement, lorsqu'il est endormi. Ce n’est que le petit nombre qui échappe à l'action de cette loi, ou qui puisse voir en dehors de son cercle les yeux ouverts.

Charles étant une nuit à côté de mon lit, je l'invitai à dormiravec moi, mais il me répondit qu'ilnes'endormail pas. — Est-ce que tu ne dors jamais ? lui dis-je. « Oui, quelquefois », répliqua-t-il, Je voulus savoir ce que ce quelquefois voulait dire. 11 s’expliqua et me dit, qu'il dormait une demi-heure ou trois quarts d'heure, de notre temps, toutes les trois semaines! — Ge quite donne beaucoup de temps pour travailler à ton chevalet de peintre! fut mon observation. Mais il ne faut pas croire, d'après cela, que les esprits en général se contentent de si peu de sommeil. J'en ai vu d'autres des miens dormir trois heures de suite.

Oui ! les esprits ont nos besoins, dans des mesures relatives, suivant leurscétats, leur avancement. Les esprits terre-à-terre, et ils sont nombreux ceux-là, vivent grossièrement des effluves directes de la vie terrestre ; leurs besoins sont à peu de chose près ce qu'ils étaient avant leur mort. — Manger, boire et dormu, sont des nécessités de tous les corps, qui subissent la déperdition de leurs forces par l'activité. Les essences de toutes choses chimiquement assimilables et nécessaires à la récupération des organismes fluidiques, servent aux esprits pour entretenir leur vitalité. Les

fonctions corporelles sont pour eux, comme pour nous, des nécessités. Leurs passions s'assouvissent de bien des manières; et, si la vérité sur ce sujet était dévoilée, même en partie, telle que je le sais, — que de mortels se cacheraient la figure de honte — de se voir exposés comme des sources actives, où ils attirent et retiennent toute espèce de satyres de l'autre monde. Comme clairvoyant, j'ai vu sur terre bien de ces scènes cachées! L'enfant, en mourant ici, continue son existence dans le monde fluidique, pour arriver progressivement à l'âge de maturité, ou de pleine floraison. L'âge normal de l'esprit masculin, est, comparativement, de trente ans; celui de la femme, de vingt ans. Nos vieillards, en arrivant là, prennent également ces deux âges ou ces deux états. — Le vice ou le crime, seuls altèrent la beauté physique des esprits, et encore cela ne dure pas toujours. — On meurt dans l’autre monde pour naître

ici — et on meurt ici pour naître là.

Les esprits changent-ils de sexe en s'incarnant sur la terre et vice versa ?.…

« Les esprits ne changent jamais de sexe en se réincarnant sur la terre ou en retournant à la sphère fluidique d'où ils sont partis! » — réponse que je reçus de la part des grands frères, à qui j'adressais cette question. — On ajouta : «De la sphèreéthérée. où les êtresâmes, jouissent de la plénitude de tout, ils peuvent, à leur gré, ou suivant la nécessité et l'opportunité, prendre la forme masculine ou féminine, lorsqu'ils vont en mission, fugitive ou prolongée, dans le monde fluidique où sur la terre, — ce qui n'empêche pas, néanmoins, que le sexe double existe aussi hien dans le monde éthéré qu'ailleurs — seulement il se fond sans se confondre. »

Le malentendu vient de ce qu'on ne distingue pas l'âme de l'esprit.

Voilà des faits qui échappent à la connaissance des ministres spirituels de ce monde. Ils ne peuvent enseigner que ce qu'ils savent !

En août 1877 j’allai en Angleterre et de là en France, à Paris, où j’arrivai au commencement de septembre, la veille des obsèques de Thiers. En traversant la Manche, de Douvres à Calais, Delphine me présenta au libérateur de son pays, qu'elle avait connu autrefois, et à qui elle et d'autres faisaient la bienvenue à son entrée dans l'autre monde. En ma qualité d'Amcricain ou de « sauvage », comme on se plaisait à nous nommer en Europe, il n'y a pas si longtemps, j'entendis Delphine m'appeler son « chef > — ce qui montre que les esprits savent plaisanter aussi bien que nous. Je détache du journal où elle me faisait écrire, ce qui suit :

« En entrant dans ce nouveau monde pour toi — de ma chère France, où les traces d'un ancien ordre de choses existent encore, par-ci par-là, depuis Calais jusqu'auprès de Paris, tes yeux non accoutumés à ce tableau, se sont agrandis pour en saisir l'ensemble. Dans l'examen des détails, qui t'ont paru tristement minutieux, comme alignés et groupés avec une parcimonieuse méthode d'esprit comprimé, tu as senti naître en toi des émotions detristesse — et j'ai pu voir ton esprit parcourir les pages de l'histoire de nos pères, ettrouver là la cause et l'explication. Dans tes observations sur la continuité des impressions, particulières

et générales, que certains esprits et des groupes d'esprils, ont apporté avec eux de la terre, et conservent encore, après des âges même de délivrance matérielle — tu as constaté que certains êtres, couronnés de lauriers, se trouvent dans le cas d’avoir encore leurs préjugés nationaux et autres. C'est une ombre qui te surprit d'abord, à l'égal d'unedéfiguration. — Si, done, la nature humaine, jusque parmi ses illustrations, passe par cette filière d'étroitesse, il n’y a rien d'étonnant que certains pays portent encore les marques des systèmes féodaux et autres misères que ton pays n'a pas eues à endurer.

« En portant nos yeux sur Ja terre pour en faire un relevé, on aperçoit d’abord le vieux monde de l'Europe et le Nouveau Monde. C'est la même humanité qui habite l’un et l’autre — mais que de différence dans les conditions de l'un à l’autre ? Dans le premier on forme de grands hommes et de grandes villes — dans le second c'est le grand nombre qui tend à dominer, qui marche vers ce but, et où la décentralisation s'établit en toute chose. Les masses de l'Europe, comme les Juifs d'autrefois. entendent parler de la Terre-Promise, ou de l'Amérique, et un certain nombre chaque jour brise ses liens et s'y rend pour jouir de nouvelles perspectives, avoir plus de bien-être et agrandir l'horizon de ses pensées — de même qu'en France on voit arriver à Paris ceux de la province qui ont un esprit remuant et progressif. »

Mon ombre claire et spirituelle, Delphine, me donna, peu de temps après mon arrivée à Paris, une preuve de sa présence et de sa clairvoyance dans les choses de ce monde. C'était un samedi après-midi, le 22 septembre. Je traversais la place du Théâtre-Français, descendant vers la rue Saint-Honoré, quand inopinément Delphine

s'annonça auprès de moi et me dit aussitôt : — « Retourne sur tes pas! » Et moi de lui répondre tout de suite : — Et pourquoi? — « Viens voir l'affiche! » — répondit-elle. Je compris sa pensée, et la curiosité me poussa à aller voir l'affiche en question. Quel ne fut pas mon étonnement en voyant là : — Le Chandelier, par Alfred de Musset et La Joie fait Peur, par Madame de Girardin. — Tu savais donc ? dis-je à ma voisine — qui se mit à sourire.

Après la sortie du théâtre, où Delphine m'avait accompagné, elle me dicta ce qui suit :

…« La Joie fait Peur!... ettu viens de voir, d’entendre et de juger — avec plaisir, avec émotion et franchement, cette pièce qui est sortie de ma plume.

« Si cette joie ne me fait pas peur, c’est qu’elle se divise, à mesure que je l’éprouve, parmi de nombreux amis, qui, ne me quittent point d'un pas, et qui ont assisté avec nous à la représentation de mon œuvre. Ces amis, presque tous du métier, m'avaient sournoi-. sement ménagé cette surprise ; et, pour rendre la chose plus complète on avait influencéla Direction pour me faire précéder par le Chandelier, de notre ami commun — Alfred de Musset — à qui j'abandonne maintenant la place et notre plume. »

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