‹ Mes expériences avec les esprits [microforme]Chapitre 12 sur 13 · UN A-PROPOS DE ALFRED DE MUSSET · texte numérisé non relu

UN A-PROPOS DE ALFRED DE MUSSET

« Cher ami. — Vous, qui en vertu d’un pouvoir bien fort'avez pu faire de moi un être content de lui et des autres — à vous et à Delphine mes pensées les plus chères, les plus chaudes.

« Il fut un temps dans mon existence présente, où le dégoût, toutes les misères du cœur et de l'esprit, venaient m'assaillir avec une violence inouïe. J'en con-

serve un vif souvenir ; mais je me rappelle par-dessus tout, que c'est à Delphine et à vous, que je dois ma délivrance de cet état intolérable, et la vie remplie d'activité et de douceur, qui est devenue depuis ma part.

« Que de fois j'ai goûté le bonheur de venir auprès de vous et d'elle pour vous remercier? C'est que je ne pouvais oublier le service signalé que vous m'avez rendu. Je tremblais et je pleurais comme un enfant lorsque le souvenir de ma misérable existence se présentait à mes yeux — comme si elle allait se répéter — et alors je ne trouvais de soulagement qu'en allant auprès de vous deux.

« Dire, grand Dieu, ce que j'ai souffert après ma sortie de la vie terrestre! ce serait impossible. J'en frissonne encore lorsque j'en évoque le souvenir — et les démons moqueurs, grossiers, cyniques, qui m'ont harcelé de tourments indescriplibles — bien plus que vous ne savez — semblent prêts à surgir de leurs noirs antres. La mémoire est une chose précieuse, même lorsqu'elle s'étend sur l'obscurité et qu'elle rapetisse l'être par la douleur. L'ange de dévouement qui se tient à vos côtés, avec tant de foi en vous, avait pris par la main le pauvre malheureux et tâchait de le diverlir de ses peines et de l'arracher des serres ignobles qui le tourmentaient; mais elle ne pouvait parvenir à faire luire en lui qu'un fugilif éclair, Je retombais, attiré par une force invincible — de sa présence, de sa pitié secourable et tendre — dans le centre impur et révoltant que j avais créé autour de moi-même sur la terre, par la matérialité de mes désirs et le mépris de tout au delà de cette vie. Là, je redevenais la proie facile d'êtres, qui me surpassaient par la force et

l'étendue de la noirceur qui les entourait et les ani-

mait. Cris, prières, supplicalions, rien n'empêchait ces êtres de m'envelopper de leur influence méphitique et de me faire subir les souffrances les plus aiguës, les plus incroyables. L'anéantissement, que j'avais préconisé, et la moquerie des choses saintes et pures, que j'avais reléguées dans les sphères de l'imagination et de la niaiserie — ces deux réalités du passé, en se faisant réalités présentes, débordaient tellement autour de moi et m'infligeaient de si atroces contre-coups, que, haletant, épuisé, et passant par les horribles portes de la mort, sans pouvoir mourir, je tombais tout défaillant, dans le marasme le plus affligeant. C'est alors que l'ange de bonté venait m'enlever pour me secourir. Bien souvent ses pleurs ont servi de baume à mes plaies. Bien souvent ses tendresses ont cherché à me retenir auprès de lui et du cercle brillant qui l’entourait, et où vous me viîtes pour la première fois. Mais non! ses efforts ne pouvaient m'empècner de retomber dans l'abîme. Elle ne pouvait vaincre ni emouvoir de pitié les fantômes réels que j'avais erees, et qui m'arrachaient violemment de ses bras. Il fallait pour cela un esprit plus viril, qui pût braver sans émotion les puissances qui me rêtenaient — et n'arracher non seulement de leurs mains, mais me faire subir une terrible agonie de déchirements réhabilitoires. C'est à vous que cet ange confia ce soin; c’est à vos pieds qu'elle m'entraina,en frissonnant, comme si elle allait elle-même éprouver les horribles souffrances qui s'ensuivirent. Ce fut avec un impitoyable sang-froid, avec une puissance incomparable que vous procédâtes à m'enlever — Ja peau ! — et toutes les attaches adhérentes qui se prolongeaient au fond de mon être — si matériel ! L'opération douloureuse et salutaire que vous exercâles en,cette occasion sur ma personne,

pour la première fois, à votre connaissance extérieure, a été une des plus difficiles que vous ayez eu à faire — mais j'appris depuis que vous étiez assisté par des invisibles à grande puissance.

« Les accès de violence et d'opposition tenace que je témoignai sous le coup de vos efforts répétés, se montrèrent,m'a-t-on dit, si terribles, que, ni Delphine, ni les autres amis, ne purent les contempler, J'eus, je me rappelle, à endurer, pendant cinq minutes, mille agonies entre vos mains, avant d'être prosterné à vos pieds en masse inerte, dans un état d'insensibilité complète. Ce fut dans cette siluation que je fus transporté au loin par des anges de pureté et de miséricorde, à la tête desquels se trouvait ma bonne, mon excellente amie, Delphine!

« Je ne repris connaissance que quelques heures après, et alors je me crus sous l'empire d'un rêve, trop beau pour y croire immédiatement. Je refermai les yeux; mais les chants, les caresses, les sourires de mon entourage nombreux, parmi lesquels je crus remarquer d'anciens amis, bien chers -- me forcèrent de ne reudre à l'évidence et de jouir de la délicieuse réalité. Dire ce que j'éprouvais de me savoir enfin délivré et de me voir dans une société si aimable, si bonne — sans aucune envie de fuir — ce serait impossible. Le festin de « païen », comme Delphine vous dit le lendemain, qu'on me donna — pour célébrer ma délivrance — fut quelque chose de hors ligne, en ce que la joie, la tendresse et la musique des cœurs abreuva mon être de toutes les délicieuses pensées possibles. Dans ce cénacle de charité et d'amour, où des centaines de visages heureux et souriants me communiquaient tous les trésors de leur tendresse fraternelle, et cherchaient à m'éclairer sur mon passé et mon avenir — j'éprouvai

les joies du ciel — et j'appris ce qu'il me restait à faire pour mériter d’être plus tard leur hôte constant. Je partis, aussitôt après la fête, comme vous l’appriîtes, pour remplir une mission d’épreuve, qui dura une dizaine d'années de votre temps.

« Je viens aujourd'hui, entre mes deux sauveurs, savourer et bénir l'occasion qui m'appelle à dire quelque chose à ceux qui m'ont connu, soit personnellement, soit par mes écrits. J'ai dû, d'abord, en toute conscience, m'acquitter du devoir de raconter succinctement ce qui précède.

« La noble femme qui, dans son existence passée, chercha à faire résonner les cordes les plus tendres de la lyre, et à toucher les cœurs par des œuvres qu’on admire encore — comme une flamme brillante qui traverse les airs et étonne les yeux et qu'on ne peut suivre où elle va avant de disparaître — cette noble femme brille de tels éclats de beauté et de bonté, qu'elle aveuglerait même le monde parisien si elle venait y étaler ces splendeurs. Ce n’est pas à titre de confrère en littérature que je parle ainsi d'elle.

« On a placé ma pièce avec la sienne aux Français. Ce pauvre, bien pauvre Chandelier, fruit de la fièvre et du dégoût, mérite plutôt d'être brisé, que de paraître encore sur la scène; en disant cela, je n'envisage pas le goût épuré de l'esprit, mais le goût ordinaire qui se règle sur l'art actuel de ce bas monde. Si on venait m'annoncer un jour, que celte pièce a été rayée du répertoire, j'en serais réjoui. Mise à côté de celle qui sait si bien plaire, où le sentiment regorge des nuances les plus vraies, les plus délicieuses — c'est une moquerie ! L'œuvre ainsi jugée par l’auteur, ne saurait vivre longtemps; c'est une consolation que j'accepte d'avance. » ALFRED DE MUsSEr,

Le produit est toujours en rapport avec la nature du terrain où le grain est semé. La graine spirite répandue dans ce pays, où le matériulisme et une foi aveugle se disputaient et se disputent encore l'empire, ne pouvait el ne peut encore rencontrer des conditions favorables à sa germination ni atteindre un état supérieur de croissance. Cette graine, de plus, se trouve affectée par la nature et l'éducation des semeurs, ou du grand nombre des esprits, plus ou moins dématérialisés, qui s'occupent de semer celte graine dans le pays d'où ils sont partis. — On ne refait pas un esprit en un jour, mème dans le monde fluidique: et, les esprits supcricurs, qui se trouvent là. ne peuvent tout de suite contrôler les actions des masses jusqu'au point de rendre les unes et les autres conformes aux vues, aux lois de la sagesse. Le développement de l'individu par son expérience personnelle, par ses propres efforts d'abord, étant dans Ie monde des esprits une chose obligatoire, sacrée, il s'ensuit que n'importe quelle doctrine provenant de cette source, se trouve toujours plus ou moins entachée de l'état incomplet de la crudité de son grand nombre de personnalités. Un autre point de vue, non moins important : — la règle est, que la forme de l'idée transmise, doive se baser sur l'état approximatif du grand nombre des récepteurs — et non sur celui du petit nombre, des gens éclairés, I arrive aussi, qu'un esprit terrestre, qui a fait œuvre mériltoire en consacrant ses veilles et ses nuits à l'avancement de ses semblables, et qui a établi par de grands efforts les assises d'une doctrine quelconque dans son pays, avec l’aide de coopérateurs — comme cela arrive invariablement — s'aperçoit en passant de vie à trépas — que le plan de son œuvre pèche par l'usage immodéré dont ses disciples font de son nom! Le

«< Marre » devient alors le sujet de ses sujets, et ne peut, même médianimiquement, parvenir à affaiblir les ombres qui se sont introduites sur son plan, et qui en défigurent le mérite, la beauté. Tout cela, néanmoins, n’est dû, pas autant à l'imperfection de l'organisateur, qu'à celle de son entourage, qui lui faisait sourdement sentir son influence,

Le spirilisme en France (importé d'Amérique peu de temps après ses premières manifestations dans ce pays du go-ahead)devait nécessairement subir l'effet du caractère national. On l'accueillit avec enthousiasme dans tous les centres de la société, dans la chaumière, comme dans le château. I fut à la mode durantdes années — ce qui démontre bien qu'on lui accordait de la valeur — etensuite !... on chercha une autre sensation ! — Le fait est que l'esprit national français, si spirituel, ne peut guère se maintenir dans une voie où le sérieux l'emporte sur la belle humeur! Chacun son rôle dans la vie!

Les esprits d'outre-tombe qui eurent pour mission de faire connaître la doctrine en France dans le commencement, savaient parfaitement que leurs compatriotes terrestres se lasseraient bientôt de cette nouveauté. Animés, néanmoins, du feu patriotique : désirant que la France terrestre fût un reflet de la France céleste, ces envoyés eurent le bon esprit de profiter de l'enthousiasme national pour y propager une doctrine importante dans la Doctrine géntrale, qui manquait dans les autres pays. Ce fut une manœuvre habile de la part de ces esprits: c'était frapper le fer pendant qu'il était chaud : — Ils proclamèrent la Réincarnation ! Si ces esprits avaient remis à plus tard cette révélation capitale, ils n'auraient pu trouver en France, de médiums pour l'énoncer: l'atmosphère nationale en

se refroidissant sur ce sujet aurait empêché cette doctrine d'y pénétrer.

Le système adopté par les esprits en ne proclamant pas d'une manière générale dans le Nouveau Monde, ou aux Etats-Unis, la doctrine de la Réincarnation, témoigne de la part des directeurs fluidiques qui ont provoqué cette mesure — non pas un manque de elairvoyance et d'intelligence — mais bien le contraire! Il s'agissait pour eux de se servir de l'esprit pratique des Américains pour établir leurs révélations sur des bases solides — sur l'expérimentation! Un fait est une chose brutale, dit-on: mais ce fait, tout en étant une chose brutale ou grossière, comporte toujours en lui de précieux enseignements — et ceux qui se servent de cette méthode arrivent plus tôt et plus sûrement à un résultat que les autres qui dédaignent ce moyen. Partie remise n'est pas partie perdue! Les masses énormes de déclaration faites par les revenants sur la nature de l'autre monde, sur leur vie, leurs occupations dans ces sphères — communiquées par une grande variété de sources ou de médiumnités différentes à leurs amis sur terre — ces preuves, S'appuyant, s'enchaînant, se conredisant même — tout cela forme un factum formidable et précieux, tel qu'on ne saurait trouver ailleurs dans le monde entier. Ce système pratique, qui pressure les faits et forme des fontaines innombrables de théories — coulant de source même — sans être altérées par des spéculations fantaisistes, — ce système, dis-je, mis en pleine activité dès le commencement et poursuivi depuis sans arrêt aux Etats-Unis — a servi à combler les lacunes qui existent dans tous les autres pays, où la liberté de parler, de penser el d'agir, est entravée par bien des obstacles. La solidarité en action, agissant ainsi par une voie active, a compensé

pour la non activité des autres voies. C'est ainsi que la nature procède toujours : les dormeurs sont remplacés par les veilleurs, les agisseurs — ce qui n'empêche pas, stoutefois, les premiers de gourmander les derniers. quand ils se réveillent à demi, et de S'aitribuer le mc rite de la besogne accomplie durant leur sommeil! — Ne serait-ce pas dans un de ces moments de somnolence qu'on aurait inscrit, au cimetière du Père-Lachaise, sur la tombe de Allan Kardec : — quil fut le « fondateur (!) du Spiritisme moderne !»

Durant mes six voyages ou assez longs séjours, chaque fois, en Europe, allant un peu partout, jusqu'en Russie et en Algérie, dans le but d'aider la cause du spiritisme, j'ai remarqué qu'il existe partout un grand manque d'organisation, (fruit de l'apathie générale’. — On ne cherche guère à développer les médiums. —- Les plus belles médiumnités, qui surgissent par-ci par là, de temps à autre, n'ont qu'une durée d'étoile filante, faute de l'encouragement nécessaire. — On en esi encore généralement au moyen élémentaire des Lables tournantes et parlantes. — On considère comme un mal de payer les médiums pour leurs services, comine si tout travail ne méritait pas salaire. — Les conférenciers et conférencières, (ces fouets actifs de la cause) sont très rares. — On ne discute pas dans les assemblées. — La seule médiumnité un peu active qu'on rencontre sur le continent est celle des gucrisseurs magnétiques. — On y fait beaucoup de prières — mais peu de besogne ! En Angleterre même, où l'état des choses est mieux, la cause n'est pas dans un état vivace — seulement, il y a un bon nombre de conférenciers, el on y discule.

Ce relevé, comme chose exacte, a, néanmoins, sa raison d'être. L'état politique et social empêche, non

seulement l'émancipation des êtres au point de vue matériel, mais aussi celle de l'esprit. L'autorité, et encore l'autorité, sous le nom de protection, exerce son empire, non seulement dans les États dits oppressifs, mais même où le système républicain existe. La langue en France est soumise encore à l'autorité de l'Académie, et mème en spiritisme on a ou on ne peut se passer d'un Maître ! Et pourtant, en Angleterre, sous un régime monarchique, ces deux autorités n'y existent pas.

Je me borne à ces quelques observations d'un ordre général, car mon but est de faire connaître en Europe le spiritisme américain, ainsi qu'il se démontre en parlie par mes expériences personnelles, et non pas d'enseigner aux spirites américains ce que c'est que le spiritisme en Europe.

Je retournai à la fin de décembre aux Etats-Unis, et je me rendis quelque temps après à Terre-Haute, pour voir encore les miens se matérialiser et me donner de nouvelles leçons.

On me fit la bienvenue au cercle de Mme Stewart. Mes chers invisibles raffolaient de joie de me voir revenu auprès du foyer, où ils pouvaient librement se montrer et causer avec moi. L'interruption n'avait servi qu'à rendre leur réapparition plus brillante. Ils vinrent mieux qu'avant, à ma première visite — avec plus de force et d'assurance. Au lieu d'un seul médium, j'en eus deux cette fois à ma disposition. L'autre, Laura Morgan, jeune fille de cette ville, âgée seulement de seize ans, était déjà développée comme médium à matérialisation, pour permettre aux esprits de condenser leurs bustes, par son intermédiaire, dans une ouverture pratiquée dans la facade d’un cabinet, à côté de la porte. C'était une manière nouvelle pour moi

de voir les esprits; et, je dois dire, après de longues expériences, que c’est, après tout, la plus satisfaisante, pour les investigateurs et pour les esprits eux-mêmes. Ces derniers n'ayant à matérialiser que leur buste, ont alors plus de puissance pour parler, agir et peuvent rester plus longtemps en place.

Mes filles chéries vinrent l’une après l’autre m'’enlacer de leurs bras, au cercle de Mme Stewart. Même Catherine, revenue du désappointement que je lui avais causé, en n’approuvant pas le choix qu'elle avait fait de son premier amoureux, m'accueillit avec tendresse. Il se passa quelque chose à cette entrevue qui mérite d’être racontée. Tandis qu’elle était assise à côté de moi, je fus soudainement poussé à lui dire : — qu'elle était bien malheureuse en amour, car je voyais qu'elle était fréquentée par un autre sujet, qui ne lui convenait pas plus que le premier. Catherine baïissa la tête, comme pour réfléchir, et aussitôt après ses beaux yeux doux se fixant sur les miens, elle me répondit franchement : — « Ecoute, papa, je suis bien décidée à me laisser guider par toi — par conséquent, sois tranquille, je ne ferai rien que tu n’approuveras pas ! » el elle se jeta tout émue dans mes bras, où je la pressai avec effusion. Et je lui dis : — C’est bien, Catherine ; tu ne t’en repentiras pas!

Cet incident prouve que je voyais juste dans les affaires dé ma fille dans sa vie d'esprit — car autrement elle eût nié. Je prie donc mes lecteurs de réfléchir sur ce fait et de conclure.

Marie-Louise, ainsi que Catherine, ne vint pas cette fois, affublée de toilette de noce comme avant, mais simplement et avec un cœur réjoui. Mes autres filles se présentèrent animées et joyeuses, chacune conservant son caractère et ses allures. Les bou-

quets et les bonhons redevenaient mes offrandes quotidiennes à ces chères créatures du ciel, qui, en emportaient avec elle le parfum et l'espérance. L’émotion en moi était délicieuse en voyant mes chéries se parer, chacune à sa manière, des fleurs que je leur apportais — de les voir manger des friandises, tout comme si elles étaient encore de ce monde. Je dis un jour à Céleste, landis qu'elle grignotait des pastilles de menthe, qu'elle préférait à tout autre bonbon, et que je venais de lui donner : — Mais, ma belle, ça paraît être des dents que tu as dans la bouche ; mais je n’en suis pas sûr! La rieuse, tout en roulant ses quenotes fines parmi le sucre, me répondit : « Mets donc ton doigt dans ma bouche pour L’en assurer ! » ce que je fis aussitôt. Je retirai bien vite mon index de cette sorte de jolie caverne si bien émaillée, et je pus constater qu'il portait des empreintes probantes. Voilà de ces faits qui laissent une impression charmante dans le cœur d'un père, séparé, pour un temps, de ses mignonnes — à part de l'enseignement qu’une telle preuve comporte. Ma chère diva venait généralement mise en noir, ce qui faisait paraître ses jupons bien éclatants de blancheur, lorsque sa robe se relevait par le frôlement contre le cabinet ou qu'elle la relevait elle-même. Je lui dis un jour que je lui apporterais un relève-jupe, si elle tenait à en avoir un. Elle répliqua que cet article lui serait bien utile, en effet. Je visitai les marchands de nouveautés, accompagné, néanmoins, par quatre de mes filles, à l'état fluidique, lesquelles me firent trou ver un de ces objets de toilette, qui était en soie et de fort bon goût. Tandis qu'elles tenaient ainsi les cordons de ma bourse. et qu'elles m’amusaient de leur caquetage, elles me suggérèrent d'acheter un petit présent pour leur jeune sœur Marguerite — et elles me

conduisirent dans le fond du magasin, à une vitrine, où elles me désignèrent une jolie petite poupée, non habillée, guère plus longue que le doigt, mais parfaite dans tous les détails. Elle se pliait aux articulations très facilement ; elle était enduite de vire, possédait de jolis traits et ses cheveux étaient naturels. Enfin, c'était un bijou de poupée, tel que j'en ai rarement vu. La trouvaille alla avec l’autre dans ma poche et je partis enchanté de cette excursion — laquelle plaît au- Lant au beau sexe de l’autre monde qu'à celui de ce monde. Si les femmes de la terre dans leurs fréquentes visites chez les marchands, ouvraient leurs bons yeux, elles se verraient accompagnées, presque toujours, comme je l'étais cette fois.

J'eus à cette seconde tournée à Terre-Haute, où je reslai cette fois un mois, une douzaine de séances privées, lesquelles furent bien intéressantes.

Le lendemain de mes achats mystérieux, j'eus une de ces séances à part, de dix heures à midi. Ce fut ma petite Marguerite qui vint la première, En véritable gamine, dès son apparition tangible, elle se laissa choir, les jambes croisées sous elle, sur ia plate-forme, à côlé de moi, et prenant aussitôt dans ses mains la poupée elle la retourna en tous sens et dit qu'elle la trouvait jolie. Et, se levant vivement, je la vis poser ses doigts sur les basques de son corsage noir et chercher à en déchirer un morceau. Je compris ce qu'elle voulait faire, et lui donnant mes ciseaux de poche, elle s’en servit pour couper un morceau de sa robe. Se rasseyant sans rien dire, ma Benjamine, semblant entreprendre une tâche importante, se recueillit un instant, et procéda à plier et replier le morceau d’étoffe, ensuite ses doigts agiles conduisirent les ciseaux pour tailler, d'une seule pièce, l'habit qu'elle voulait confec-

tionner. C'était un gilet qui, mis immédiatement sur le sujet, lui seyait à la perfection. J'en fus tout émerveillé. Comme elle voulait me rendre mes ciseaux, je lui dis de les garder, de les dématérialiser, si elle pouvait le faire. Elle répondit que oui, qu'elle pouvait le faire, et qu'elle s'en servirait pour tailler bien des toilettes à sa chère poupée ! Les baisers de ma mignonne, alors âgée de neuf ans, et son babillage char mant, me prouvèrent qu'elle était enchantée de son présent. Depuis, elle est venue plusieurs fois me parler de sa poupée et des toilettes qu'elle lui a faites.

Ce sont des enfantillages! — que tout cela — diraient certains esprits forts; mais ils sont d'un ordre bien élevé pour les cœurs sensibles et bien imporiants ausSi pour ceux qui savent raisonner — autant que cet « enfantillage », de la chute de la pomme, le fut pour Newton. Le fait seul de la dématérialisation de la poupée et des ciseaux, qui se pose ici comme problème, difficile à prouver, je l'admets, n’est pas, après tout, plus extraordinaire, que la dématérialisation du corps de l'esprit qui emportait l'un et l'autre de ces objets! Un de ces faits se prouvail à mes sens, donc, l'autre devenait aussi admissible ! De plus, j'eus, plus lard, des preuves à peu près irréfutables, que de telles expériences ne sorlent pas du domaine du possible pour les esprits el que ce n’est qu'un jeu pour eux, lorsque les conditions sont favorables.

Au cercle de Läura Morgan, où j'allai de temps à autre, mes enfants venaient aussi bien matérialisés, aussi reconnaissables, que chez Mme Stewart. Un jour, étant seul dans ma chambre — comme je croyais — je pensais à ce fait remarquable, que j'ai déjà cité, où Henry était venu m'averuir qu'on avait durant la nuit volé mes oulils —et je me dis en moi-même: — Il faut

que je donne à mon garçon un outil quelconque en souvenir de sa vigilance et de son service en cette occasion. Je furetai dans ma malle et je trouvai des petites pinces, ce qui faisait mon affaire. Done, le lendemain, élant chez ce nouvean médium, muni de l'outil en question, Henry fut le premier à se montrer. Il me serra les mains joyeusement et causa facilement avec, moi de choses et d'autres. Je lui dis, que je lui apportais des pinces en souvenir de ce qu'il était venu me dire, il y avait douze ans. « Il n’y a que dx ans de cela ! » répliqua-t-il. J'insistai plusieurs fois sur ma date, et lui, avec autant de persistance, maïintenail la sienne. Ce conflit entre nous deux tourna à son avanlage, comme j'en fus convaincu plus tard. En partant je lui dis en plaisantant, qu'étant un des aînés de la famille, une sorte de boss ou de chef sur les autres, il pourrait se faire respecter, se faire obéir, au moyen de cet outil, que je lui donnais. Il se mit à rire et disparut. — Avant son apparilion j'avais bien remarqué, par ma clairvoyance, une sorte de lutte insolite entre lui et sa sœur Céleste, à qui aurait son tour d’apparaître, et il me semblait que c'était cette dernière qui avait le dessus. Done, après la disparition de Henry, Céleste emboîtant aussitôt le pas après lui, bien matérialisée, cette petite scène, invisible pour tout autre, me revenant à la mémoire, j'en fis la remarque à ma fille. — « Oui, oui! c'était mon tour: c'était entendu! mais n'importe, le coquin — il se fera arranger plus tard par Gabrielle! » — Ce nom de Gabrielle, était toute une révélation pour moi. C'était le nom (que j'ignorais) de celle que Henry aimait, et qui était venue se photographier avec lui, depuis plusieurs années, fait dont j'ai fait mention à Boston. Céleste, piquée de ce qui venait de lui arriver et ripostant ainsi, témoignait bien qu’elle

n'était pas une déclassée de son sexe, bien humain. C'était intéressant à saisir cetépisode sur le vif; j'en ris de bon cœur, car j'en envisageais tout le côté comique et réaliste à la fois. — Céleste, à une autre séance, au même cercle, se mit à toucher les cordes d'une guitare, que j'avais placée dans le cabinet, dans l'espoir qu'une ou l'autre de mes filles en jquerait. Ce fut le contrôle du médium qui me dit que c'était Céleste qui agissait ainsi, car je ne la voyais pas, la porte du cabinet étant fermée. Voulant m'assurer du fait je dis donc : — Si c'est toi, Céleste, qui es là, joue-moi À /a Claire- Fontaine ; l'air en question résonna aussitôt dans le cabinet, joué avec art et en toute vérité. — C'est bien ! dis-je — je suis bien sûr que c'est toi; mais, pour rendre la chose plus complète, tu vas me jouer Vive la Canadienne — ce qui fut fait avec un entrain merveilleux, avec une main d'artiste accoutumée à faire ressortir tout le sentiment de cet air. — Maintenant, lui dis-je, montre-toi pour que je t'embrasse commeremerciement, A l'ouverture du cabinet Céleste apparut loute rayonnante de joie et j'allai l'embrasser. La chère belle venait de me donner une telle preuve de son savoirfaire, montrant en même temps son désir de me plaire, que je me sentais disposé à la garder en ce monde. Je lui donnai son relève-jupe, dont elle fit usage ensuite à l’autre cercle,

Joséphine apparut ensuite avec une mise bien charmante, avec une désinvoliure, qui était en rapport exact avec son caractère. Elle avait un air crâne, comme je pourrais dire, C'est, après tout,le mot qui la dessine le mieux en sa qualité de {omboy, de tapageuse. Elle portait à son corsage une jolie boucle, que je voulus avoir, mais elle me dit qu'elle se fondrait entre mes mains, que les conditions ne permettaient pas de la rendre matérielle d’une façon permanente.

Les manifestations des esprits par la voie directe ou sans médium. ont été pour moi une source passablement active. Une nuit, étant couché, je vis apparaître Delphine et je constatai avec un peu de surprise que ses yeux semblaient avoir pleuré. Je lui en fis la remarque et elle avoua, avec contrainte, que c'était vrai. La cause était ceci : — Elle était allée voir son père, et la conversation étant tombée sur moi, ce dernier, voyant par ses propres yeux et non par ceux de sa fille, aurait exprimé son opinion d'une manière peu favorable en fin de compte. Cet aveu me fit sourire et je dis bien tranquillement à ma visiteuse, qu'il me serail bien facile d'opérer la conversion de son père — ce qui lui fit ouvrir les yeux bien grands. Elle voulait savoir comment j'agirais pour cela. — Tu vas voir, lui dis-je, el j'appelai aussitôt par son nom un esprit familier qui apparut à nos yeux, et je lui dis de rassembler et de tenir prêt le Tiers-Ordre, pour une excursion que je dirigerais bientôt. Tout cela, je le vis, était encore du mystère pour Delphine; elle ne pouvait comprendre ce que j'allais faire — malgré son initiation (récente) dans l'ordre des Grands Frères. Je ne la gardai pas longtemps dans l'incertitude, car, sans attendre le sommeil, je vis mon esprit s'échapper de mon corps, qui restait dans le lit, et se mettre à la têle de la troupe

du Tiers-Ordre, composé à peu près de 10.006 esprits,

masculins et féminins, et traverser l'espace plus vivement que l'éclair. Je savais où aller, et bientôt j’arrêtai ma petite armée dans une colonie peuplée par des esprits un peu rétrogrades, en ce qu'ils conservaient encore bien des préjugés qu'ils avaient apporté dela terre Il s'agissait de purifier l'atmosphère de ce lieu, où se trouvait audelà d'un million d'habitants, par un procédé chimique, à nous connu — afin de produire un réactif salutaire dans les idées entretenues parmi ces populalions « Qui se ressemble s'assemble », dans l'autre monde, comme sur la {°rre. Parmi cette classe d'esprits se trouvait le père de Delphine ! — Je pouvais me voir, de mon lit, à quelque chose comme un million de milles, d'après les calculs terrestres, aussi bien que si cette distance s'était réduite à dix pas. Je suivais les allées et venues de mon double; j'entendais, en bonne partie, les ordres que je donnais à ma troupe; je m'apercevais que chaque compagnie el tous ses individus. habitués à cette besogne, agissaient chacun suivant son rôle, non seulement sur l'atmosphère extérieure, mais sur celle des intérieurs des habitants et sur leurs organismes mêmes. C'élait un va-et-vient de la part de mes gens, qui intriguait énormément tous les esprits de cette colonie, au milieu de laquelle nous opérions une véritable révolution. Tout ce monde était sorti de chez soi; tous sur le qui-vive et dans l’émoi, cherchaient à se rendre compte de cette invasion chez eux et de ce qui s'y faisait, si inopinément, de si mystérieux — car, il faut le dire, ces êtres retardataires, étaient aussi ignorants que leurs corfrères terrestres, relativement parlant — seulement ils pouvaient nous voir, constater que nous agissions, mais sans savoir, pour la plupart, ce que nous faisions, ni quel serait le résultat de cette action générale. Cette opération en

grand, cette manière de trancher dans le vif, sans souffrance directe, néanmoins, pour les individus, comme cela devient le plus souvent nécessaire dans des cas isolés ou individuels — pourrait être comparée aux grandes actions philantropiques qui ont lieu parfois sur la terre et qui ont pour conséquence de changer tout à fait les conditions de toute une classe de malheureux, La fraternité engendre bien des systèmes de secours; les grandes organisations opèrent logiquement surune vaste échelle -— mais toujours en vertu des règles ou des lois de la nécessité et de l'opportunité — car le côté sombre de la vie a partout son utilité,

Ce pays où nous étions formail une dépendance de la France fluidique. Il s'y trouvait beaucoup d'habitants qui étaient là depuis un ou deux siècles, partis de la terre avec des notions qui les retenaient encore dans ce milieu, où le progrès ne se fait guère sentir -— où il n’est pas ignoré, mais où l’apathie et l’égoisme règnent davan!age.

Pendant un moment de répit j'aperçus Delphine appuyée sur le bras de son père, à qui elle expliquait ce qui se passait. Venant à jeter les yeux sur moi, tandis que je planais dans l'air, à une certaine distance, je le vis se retourner vers Delphine et lui demander : — « Mais qui est donc celui-là, qui semble être le chef de la troupe? Alors, je pus m'apercevoir des émotions qui bouleversaient Delphine ; elle allait lui répondre, quand je l’arrêtaisimmédiatement par ma pensée, en lui envoyant ce jet, qu'elle seule pouvait voir et comprendre : — respect au père! Elle me laissa répondre, et je le fis sans parler. Je me rapprochai un peu et, transformant mon périsprit de manière à lui donner toute l'apparence de mon moi matériel, sous lequel il m'avait vu avant, et d’après lequel seul il me connais-

sait — je restai ainsi devant lui un instant, souriant, et je le saluai profondément en me retirant. Je vis Delphine et son père, tous deux galvanisés, par ce qui venait de se passer. La première revint à elle aussitôt, mais son père était comme foudroyé ! — La conversion promise à Delphine était opérée, mais elle agissait comme la foudre sur le converti! Je donnai le signal du départ, et suivi de Delphine et de toute la troupe, nous partimes. Je rentrai immédiatement chez moi, dans mon corps encore éveillé, en citant à Delphine ces mots de Shakespeare : — « Revenge is sweet! »

Tout en accomplissant une œuvre d'utilité publique, dans l’autre monde, je venais en même temps de remplir le cœur de Delphine d’une grande joie — d'ouvrir une voie nouvelle à son père — et de me venger en riant, en faisant le bien.

Tandis que je suis sur ce sujet je raconterai un autre trait, qui se rapproche de celui-là, et qui eut lieu quelques années après, à Paris, à la Comédie-Française, durant un entre-acte. Mais, je dois dire tout d'abord, que c'était la faute (si ç’en est une) de Delphine, car c'était elle qui avait préparé le coup — ou la leçon. — J'étais donc bien innocemment occupé à ne penser à rien, attendant tout simplement le lever du rideau, pour voir la suite de Pépa — quand, tout à coup, je vis mon double s'élancer sur le bord de la scène et s’arrêter là. Aussitôt, — le rideau ne faisant pas obstacle — je remarquai que la scène était remplie de beau monde, d'anciens auteurs, acteurs et actrices — à qui ce plancher était familier. Il y avait de l'esprit, beaucoup d'esprit même, chez la plupart de ces revenants qui, n’apparaissaient qu'à moi, probablement, de tout l'auditoire. Le raffinement de ces êtres, groupés là artistement, semblant attendre un spectacle nouveau ou

promis, comme de fines fleurs cueillies avec soin, réjouissait les yeux et répandait un parfum exquis. Il est vrai, néanmoins, que ces esprits, ces « beaux esprits », posaient là dans l'attente de voir quelque chose d'inusité, et qu'ils formaient un auditoire à eux seuls, quoique sur la scène. L'extraordinaire qui devait apparaître à tous ces yeux éveillés — si accoutumés à juger l'art — et qui devait les réjouir — c'était mot! tout simplement moi. Je fis immédiatement grand effet en apparaissant devant cette foule brillante — car je vis toutes les têles s'incliner devant moi, el cette marque de profond respect se manifesta instantanément, de la part de tous. C'élait bien, en effet, un beau coup de théâtre, que ce premier acte; mais le second ou le dénouement, le fut davantage, dans un sens inattendu, toutefois. Aussitôt après cette réception, je vis mon esprit fondre graduellement sur place, et reparaître Lout de suite — mais avec un aspect moins éclatant — et j'entendis mon double exprimer ces quatre mots : -— « Je suis le même!» On ne me croyait pas, et déjà les dos commencçaient à se tourner vers moi; on s'apprêtait à partir dissatisfait, comme si on avait été sottement mystifié. J'arrêtai cet élan général en appelant Molière ! qui, immédiatement apparut à côté de mon double et se mit à lui serrer les mains avec effusion. Ce véritable grand esprit de la Comédie humaine et spirituelle à la fois, se tourna alors vers ses disciples et leur dit en sotfriant, mais d'un air narquois : — « Je vous assure que c'est bien le méme ! » Et je m'entendis dire à tout ce monde ébahi, refoulé et presque dépité : — Îl n'est pas étonnant qu'il soit votre chef, votre Maitre — ïl voit clair !/ Et je rentrai en moi.

Le lendemain de l'apparition de Henry à la séance de Laura Morgan, j'étais à me promener dans les rues

de la ville, quand lout à coup Henry s'annonça en me disant brusquement : — « Je m'en suis servi! » Je ne pensais pas à l'affaire de la veille, et ne comprenant pas ce qu'il voulait dire, je répliquai : — Servi de quoi? « Mais des pinces ! » — Sur qui ? dis-je. « Sur Emma! — je l'ai pincée du côté gauche, plus fort que je ne le voulais, et, tu sauras qu'elle en porte la marque! » — Elle en porte la marque? lui dis-je, avec un peu d'étonnement, « Eh, oui! répliqua-t-il; c'est la même chose pour nous que pour vous autres, gens de la lerre!» Cela m'intriguait, et je demandai à ma mère, qui se trouvait en ce moment près de moi — si c'élait vrai ? Elle me répondit affirmativement en souriant. A la séance du soir, chez Mme Stewart, Emma étant venue, je lui posai la même question, et je reçus d'elle la même réponse, mais sur un autre ton.

Voilà, j'imagine, un fait qui servira de texte à la discussion, même parmi les spirites sur le continent. Il comporte quelque chose d'important, sous son aspect en quelque sorte trivial — c'est pourquoi je le donne comme leçon à mes lecteurs.

L'ami Jobard, étant venu une nuit me faire visite tandis que j'étais au lit, nous causâmes sur un sujet où nous différions d'avis. Alors, voyant que je ne pouvais le convaincre, je lui dis que j'allais appeler Hector — un Grand Frère (qui me fréquentait souvent) et lui soumettre la question. Jobard consentit. J'appelai done Hector, et il arriva presque aussitôl auprès de mon lil, Je regardai du côté où se trouvait Jobard l'instant avant, mais il n’était pas là. Je le vis au loin, dans un état de grande émotion. Je compris tout de suite ce qu'il en était. Ce cher ami n'avait pu soutenir l'éclat d'Hector, au moment où celui-ci apparaissait, et avait été repoussé immédiatement — comme une plume

devant un ouragan, Je me mis à rire et à lui dire d'approcher — qu'Hector n'était pas dangereux — mais rien n'y fit. Il n’osait pas venir près de ce foyer ardent, qui lui brûlait les yeux. Ayant expliqué à Hector le sujet qui avait motivé son appel, il me donna raison. Après le départ de ce grand esprit, qui avait causé en Jol:rd un si grand émoi, ce dernier s'approcha de nouveau de moi — mais il n’en revenait pas, « d'avoir vu tant de gloire ! » disait-il.=EÆEt pourtant, lui dis-je, Hector es aussi simple et bon que possible. — Je m'aperçus, après cette scène, que Jobard devenait rèveur. et il me dit un jour, qu'il «commençait à se lasser du professorat — qu'il aimerait à monter plus haut > — et, il ajouta : — «S'il était possible d'arriver à cette gloire que j'ai vue, d'Hector ? » — C'est possible, tout est possible, et nous verrons à cela, lui répondis-je. — La chose était tellement possible, qu'elle arriva, peu de temps après, comme on le verra plus loin.

C'était ici, à T'erre-Haute, que mon oncle Lalumière, frère de ma mère, et curé de l'endroit, avait longtemps vécu et où il était mort, quelque dix ou quinze ans avant. Je ne l'avais jamais vu, mais j'avais sa photographie. Ce brave curé s'était donné beaucoup de mal pour tout bien organiser dans sa paroisse, dans ce centre protestant. Il avait bâti, église, collège, cou: vent, écoles et presbytère. Tout le monde le connaissait et j'e.timait, les protestants comme les autres. Donc, un jour, cet oncle m'apparut tandis que je parcourais la ville et nous échangeâmes quelques paroles. Je me trouvais en ce moment dans une rue que je ne connaissais pas auparavant. En arrivant près d’un coin, je vis tout à coup mon oncle s'élancer à gauche comme pour traverser le pignon d'une grande bâtisse. Je lui

demandai aussitôt où il allait ainsi et pourquoi faire ? Il fit halle pour me dire qu'il allait là «pour voir ce qui s’y passait», — et cette forme visible pour moi seulement, pénétra au travers du mur et disparut à l'intérieur. Je demandai à un passant ce que c'était que cette bâtisse, il me répondit : — « C'est le presbytère ».

Je pense qu'il serait superflu pour moi de faire aucun commentaire sur ce point — car il porte en lui son enseignement.

Ce même esprit prit, peu de jours après, un autre moyen de se rappeler à ma mémoire. A l'instigation de mes enfants, je commmençai à épingler des morceaux de papier dans le cabinet de Mme Stewart, tandis que ce médium ne S'y trouvait pas, afin d'obtenir des dessins directs. l'en eus ainsi un bon nombre, la plupart d'un ordre humoristique. Mes enfants, aimant à plaisanter, s’amusèrent à faire des caricatures, l'un de l'autre, à traiter des sujets burlesques, avec des écrits au bas de chacun. Leurs signatures, ou leurs prénoms, me furent ainsi présentés — il n’y eut qu'un seul de mes enfants qui alla au delà, en se donnant un nom de famille, et cela me fit grandement plaisir. Ce futune de mes filles, et elle signa : Céleste Lacroix. Mais il est bon de dire, que ce fut à la suggestion de Delphine, que celle-ci agit ainsi. Sur un des papiers je trouvai un jour le portrait d'un homme, que je ne reconnus pas d'abord, Mais poussé à retourner la feuille, de bas en haut, je fus bien étonné de trouver la clef de l'énigme. Sur le plastron d° la chemise se trouvait, en traits fins, minuscules, le front chauve et les petils yeux, pétillants d'expression, de n° °n oncle. Une autre fois j'eus toute une composition, d'un sujet traité à fond, et qui représentait quelque chose qui nr'était

tout à fait personnel, que nul autre n'aurait pu comprendre ; c'était bien imaginé et les détails, joliment dessinés, étaient nombreux. L'artiste, mon Benjamin, Léon, s'était aussi inspiré de Delphine, ainsi qu'il me l'avoua. Sur une autre feuille le même avait aussi dessiné un coupe-papier ; il avait reproduit exactement le modèle d'un de ces objets (en ivoire avec manche bien sculpté que je lui avais donné peu de jours auparavant, et qu'il avait dématérialisé. Delphine me donna également de l'écriture indépendante ou un précieux souvenir. Je la vis partir d'auprès de moi, avec l'intention d'aller écrire dans le cabinet. Je quittai ma chambre et j'allai de l’autre côté de la rue. voir si l'intention avail eu une suite, En effet, la preuve s’y trouvait, et je la garde.

D'après ce qui précède, on doit reconnaître que Îles esprits peuvent, dans certains cas, se manifester, ou prouver leur capacité d'action matérielle, en dehors de la présence immédiate d'un médium. J'ai eu après, par d'autres médiums, des preuves du même genre.

A une séance privée, Céleste me montra jusqu'où ses forces musculaires pouvaient aller, sous l'effet de sa volonté. Elle me dit. qu'elle était plus forte que moi, et qu'elle pouvait m'étendre sur place d'une seule main. J'en riai d incrédulité, mais afin de voir un peu ce qu'elle pourrait faire et avec le désir de la contenter, je mis ma main droite dans la sienne et mon corps dans la position voulue pour résister à ses efforts. Ma charmante fille n'avait certes pas une forme qui annonçait une grande force, loin de là, mais je m'aperçus qu'il me fi ‘ait employer toutes lies miennes pour me tenir debout — ce qui n'empècha pas que je me vis au bout d'un instant étendu de toute ma longueur sur les planches de Ta plate-forme où la joute avait lieu. Cette

déconfiture inattendue'me surprit et me fit rire. et je me relevai un peu penaud, je dois l'avouer. Quoi : une créature fluette comme elle avait pu me maitriser, m'étendre comme une grenouille, dans une position ridicule ! Ma foi, je n'en revenais pas d'étonnement. Ma fille, toute fière du résultat, riait à ma barbe et se tordait d’aise de me voir ainsi baissant pavillon devant elle avec une grâce si gènée. Il y avait, en effet, de quoi rire. Mais je trôuvai dans mon cerveau un moyen terme de me refaire ou de me consoler. Je demandai à Céleste si elle pourrait en faire autant avee Slewart, le mari du médium, et qui était mon seul compagnon durant cette séance. Elle répondit affirmativemeut. Donc, me dis-je — voilà ce qui me consolera un peu, car Stewart élait un homme très puissant et pesant au delà de deux cents livres. Cette espèce de colosse s'était moquée un peu de moi et en face de cette proposition il riait encore davantage. Je l'engageai, néanmoins, à force d'insistance, à mesurer ses gros muscles noueux avec ceux de ma belle rieuse qui, de plus, alla à lui et l’entraîna, comme malgré lui, sur la plate-forme. Stewart jeta ses puissantes épaules eu arrière et Ss'arc-bouta, et mettant aussitôt sa grosse main dans la petite qui l’attendait, j'assistai alors en spectateur ému à une scène des plus curieuses. D'abord, la lutte semblant être de part et d'autre, une chose de tàtonnement, n'offrit rien de remarquable, mais bientôt je m'aperçus que Céleste, tout à son affaire, cherchait à détruire, par de petits coups secs, répétés et vifs comme l'éclair, l'équilibre de son gros adversaire qui, plusieurs fois, faillit tomber. Mais il arriva, que par une succession de manœuvres presque imperceptibles de la gentille lutteuse, qui épiait sans doute avec sa elairvoyance la position

et l'action relative des muscles de son adversaire, malgré la peau et les habits qui les recouvraient, provoquant par son toucher magnétique un déplacement plus ou moins grand de la tension de ces muscles, comme un levier qui soulève et remue bien plus gros que lui-même — je vis tout à coup la grosse masse humaine s'ébranler et tomber à plat — d'une manière bien plus ridicule, il me sembla, que je ne l'avais fait. Je me mis à battre des mains, tandis que Stewart se relevait de sa position humiliante, ne sachant trop comment expliquer sa défaite. J'étais content, et ma fille aussi jubilait, avec son petit air de rien n'y touche.

Emma vint ensuite et durant tout ce second acte me tint en haleine, par ses faits et gestes. De ses doigts suintants, elle cherchait constamment à me toucher la figure ou les mains. Je ne pouvais soutenir ce contact et je faisais tout pour l'éviter, car l'effet était très désagréable, même pénible à endurer ; j'en frissonnais chaque fois par tout le corps. Quel était ce fluide qu'elle produisait à volonté au bout de ses doigts? C'est ce que je ne saurais dire. Je me promenai avec elle par toute la grande pièce; riant et gesticulant, sautant et dansant, elle se comportait enfin comme un être libéré de tout souci, de toute contrainte. Elle se mit ensuite à courir autour de la salle, me défiant de l'attraper. J'invitai alors Stewart à être de la partie. Il vint à mon appel, et à nous deux nous essayâmes de capturer cet esprit si alerte, qui, de plus, se moquait de nos efforts. La chasse fut chaude et pleine d'incidents comiques. À un moment, comme nous la cernions, et qu'elle n'aurait pu échapper à nos mains, j'allais la saisir, quand tout à conp elle disparut, fondant immédiatement sur place. Nous n’en revenions pas

de surprise, et tous deux nous nous regardions bouche béante. Au bout d'un instant elle làcha un cri, et nous la vimes à l'autre bout de la salle, près du cabinet, où elle se sauva en me faisant un pied-de-nez. Revenant bientôt après, elle se mit à taquiner mon compagnon Stewart ; prenant ensuite un air sérieux elle lui proposa de l'endormir magnétiquement, disant qu'elle pouvait le faire; mais ce n'était que de la frime. Se plaçant debout devant sa victime assise, elle se mit à faire des passes — mais chaque fois que le sujet éprouvait l'effet et allait dormir — elle le touchait au front de ses doigts suintants, ce qui faisait tressauter le pauvre martyr et lui occasionnait des frissons terribles de la tête aux pieds. Le calmant après, avec des promesses et des passes, elle répétait le même jeu, tant et si bien enfin, que le sujet se révolta, se fâcha, pour tout de bon. C'était là le point culminant où elle voulait le faire arriver. Tout à fait satisfaite elle se sauva dans le cabinet et disparut.

À une autre séance privée Céleste endossa ma robe de chambre et se promena bras dessus, bras dessous avec moi par toute la pièce. Je la conduisis dans le cabinet, pensant qu'elle en sortivait bientôt. D'autres lui succédèrent et m'amusèrent tellement que je ne pensais plus à ma rohe de chambre, lorsque Minnie, le contrôle du médium, me dit que Céleste avait emporté ce vêtement avec elle. En effet, après la séance, je cherchai partout sans pouvoir le trouver. Ce ne fut que le soir, à une séance obscure, que ma robe de chambre me fut rendue, en me l'enroulant autour de la tête. Je ne pus voir l'esprit qui agissait ainsi, mais Céleste m'annonça le lendemain, à la séance publique, qu'elle n'avait pas ‘ématérialisé ce vêtement, qu'elle l'avait laissé dans le cabinet, où il était

resté tont le temps. Je ne pouvais la croire, car j'en avais bien examiné l'intérieur. Elle me dit alors qu'il avait été entouré et pénétré d'un fluide qui le rendait invisible! — "Tandis que je causais ainsi avec ma fille, à la porte du cabinet, tenant tout le temps sa main droite dans la mienne, je sentis plusiears fois la main du médium (guidée par le contrôle, Minnie s'emparer du bas de mon pantalon et tirer dessus fortement. Je n'y fis pas attention, ne sachant ce que cela voulait dire ; mais je le sus ensuite. Céleste me dit en m'embrassant qu'elle allait s'en aller, et tout à coup je vis sa forme chanceler et tomber ou disparaître dans celle du médium — mais sans lâcher ma main — même après sa disparition. Mais quelle ne fut pas ma surprise en constatant que c'élait celle du médium, sa main droite — la mème qui avait tiré sur mon pantalon quelques instants avant! C'était «incroyable » — mais c'était un fait bien fait. Il y avail eu transfert, Voilà tout.

Cette charmante fille étant venue encore le lendemain soir et se tenant avec moi sur le bord de la plateforme, eu pleine vue de l'auditoire, je lui demandai si elle pouvait disparaître là, sans retourner, par conséquent, dans le cabinet. Elle répondit que oui. J'avais mes raisons pour cela, et elle les connaissait sans doute. Il se trouvait parmi les assistants deux étrangers inerédules, qne j'avais entendu causer durant la journée, et préténdre qu'un fait, comme celui-là, était im.ossible ! Donc, je tenais beaucoup à confondre ces deux esprits forts — c’est pourquoi je faisais cette proposition à ma fille. La disparition de Céleste s’opéra graduellement, lentement, et quand ia tête même ne fut plus visible, sa main gauche tenant ma droite l'était encore, avec une partie du bras, jusqu'au coude, — alors cette main entraîna la mienne à frapper avec

elle trois forts coups sur le plancher!!! La lumière en ce moment élait excellente, et la supercherle était impossible à admettre Je fixai alors mes yeux sur les deux incrédules ébahis et je leur dis : — Allez digérer cela !

I me paraît bien à propos de donner ici l’histoire de Céleste, telle qu'elle me fut révélée, longtemps après sa mort. — Géleste occupait une position souffreteuse dans l’autre monde avant de devenir ma fille, et ce fut Delphine qui la prit par la main et la guida. Elle la poussa à se réincarner dans ma famille — sachant bien que son stage sur terre serait de courte durée — et qu'elle pourrait ensuite être sa mère adoptive et l'élever à sa guise, lui communiquer sa nature artistique et ses autres qualités. — Ce complot entre ces deux esprits réussit en tout point. Aussi, l'affection &@: Céleste pour sa protectrice (sa véritable mère) est-elle sans borne : elle l'adore !

J'eus avec Emma une lutte assez singulière et qui entraîna à sa suite bien des péripéties. Je lui dis à brûle-pourpoint, à une séance privée, qu'elle aussi avait un amoureux que je ne pourrais admettre dans la famille. Emma se redressa vivement, comme si je l'eus piquée au vif. Sa fierté et surtout son fort penchant d'indépendance, d'individualité, se trouvèrent blessés par cette apostrophe de ma part. Je m'en aperçus immédiatement, mais je n'en continuai pas moins à lui dire: — qu'il pourrait bien arriver, qu'un jour ou l'autre, je le lui enlèverais ! Elle me répondit, en me toisant un peu: « Toi? » Oui! moi! lui dis-je. Mon ton, demi-badin, ne lui plaisait guère et son air de défi, peu voilé, devint superbe. Néanmoins, je ripostai en lui disant, qu'elle semblait douter de mon pouvoir, et qu'en conséquence je lui ferais une proposition, celle-

ci : Combien de jours veux-tu m'accorder pour te l'enlever ? «Trois jours ! » répliqua-t-elle. — C'est bien, ma fille, et rappelle-toi, que dans trois jours ça sera fait! furent mes dernières paroles. Elle disparut en toute hâte, comme pour se préparer immédiatement à la lutte qu'elle aurait à soutenir.

La soirée venue, je montais le long escalier qui menait à la salle du cercle, pour assister à la séance publique, quand je sentis Emma m'approcher et je l'enlendis me dire, sur un ton de dépit bien manifeste : — «dJene vois pas pourquoi tu prétends contrôler mes actions — toi habitant de la terre! el moi d'un autre monde! -Je nie ton autorité sur moi! » — Je sentis avec douleur le gant que ma fille me jetait à la figure ; il me sembla aussi qu'elle me poignardait au cœur, car j'éprouvai là une sensalion atroce. Je ne dis rien, néanmoins. Emma ne se montra pas à cette séance, ni les deux jours suivants.

Etant couché, ce même soir, Delphine apparut à côté de mon lit. Je vis qu'elle avait les yeux gonflés, et je lui dis : — Mais tu as pleuré! et pourquoi? J'appris qu'elle sortait d'une entrevue, où se trouvaient Emma, Catherine, Céleste et Henry, et que le sujet du débat avait été celui raconté plus haut, que, Emma maintenait son dire contre tous. Ëlle insistait que mon aulorité de père, ne pouvait pas s'étendre au delà de la terre. Elle s’indignait de cette prétention inouïe de ma part, dont on n'avait jamais avant entendu parler et elle se déclarait prête à me combattre coûte que coûte! — Je questionnai Delphine sur l'opinion des autres enfants, qui se trouvaient à cette entrevue, et j'appris que Catherine n'avait rien dit, elle écoutait ; que Céleste faisait semblant d'appuyer Emma, pour {aquiner et faire fächer son frère ! — et, enfin, que Henry avait

fait feu et flamme contre Emma. -- Voilà ce qui venait d'arriver à mon insu, et voilà pourquoi Delphine avait pleuré (une seconde fois, à ma connaissance extérieure).

A la troisième journée, où il s'agissait pour moi de montrer mon pouvoir et de revendiquer mon autorité de père, étant, durant l'après-midi, au cercle de Laura Morgan, quelques instants avant l'ouverture de la séance, un esprit me souffla à l'oreille, qu'il était temps pour moi de songer à mon affaire avec Emma. En effet, dis-je, et j'appelai aussitôt l'amoureux de ma fille, par son prénom, que je ne connaissais pas ostensiblement avant. Je vis apparaître, fluidiquement, ledit individu — et, du premier coup, je jugeai que j'avais eu raison d'agir comme j'avais fait. Sa longue tête, ornée d'une forte chevelure bouclée, semblait si longue, qu'elle me faisait l'effet d'une tête d'âne. De plus, je voyais que son intérieur étail en harmonie avec l'extérieur. Ce jeune homme de l'autre monde me dit alors : — « Que me voulez-vous? » — Je veux, lui dis-je, que vous cessiez de courtiser Emma! — « Non ! » fut sa réponse.—Je vous forcerai de le faire, lui répliquai-je. « Vous ne le pouvez pas!» répondit hardiment ce gaillard, qui paraissait exulter sa réplique, laquelle n'était qu’une leçon qu'il récitait. La souffleuse, Emma, n'était pas loin. Je la sentais bien dans mon atmosphère, guettant et agissant sur cet être pour lui donner du courage.—C'est bien ! mon rebelle ; nous allons voir à cela — et j'appelai aussitôt un autre esprit, par son nom féminin, cette fois. L'appel fut suivi d'une apparition immédiate, mais lointaine. Je vis un joli minois entouré de belles boucles dorées, et qui semblait sur le qui-vive en me répondant ainsi par sa présence. Je fixai alors l’amoureux d'Emma et je dirigeai ses yeux

vers cette gentille apparition. Il en tressaillit immédiatement, Voyant alors ce qui se passait en lui, je lui dis tout simplement : — Vous pouvez vous en aller ; je n'ai plus besoin de vous! Emma était déjà remplacée dans son cœur — de fantaisie — et, j'étais victorieux !

La séance commença juste au moment où je venais de finir mon affaire. Personne autour de moi n'y avail rien vu, et tout cela pouvait paraître à ma raison comme un accès de fièvre de mon cerveau, ou une boutade exagérée de mon imagination. C'est ici qu'il est bon de convenir que les faits ont une grande valeur. La corroboralion est une chose précieuse — et elie ne tarda pas à venir en cette circonstance.

Emma apparut dans l'ouverture du cabinet, bien matérialisée, hien elle-même? non! car elle avait un air penaud, que je ne lui avais jamais vu. Son bras droit s'étendait en dehors du cabinet, et de son index elle me menaçait. J'allai auprès d'elle et en souriant je lui dis: — Eh bien! ma fille, qu'en dis-tu? qui est battu ?... — « C'est moi! » répondit-elle, en baissant la tôte. — Ecoute ! lui dis-je : ce que je t'avais promis de faire, est fait! Rappelle-toi, ma fille, que je ne suis pas votre père pour rien. Individuellement ou collectivement vous ne pourriez me résister — car j'ai la puissance de père spirituel, aussi bien, et même mieux que l'autre: de plus, cette puissance est légitime, car je l'exerce pour votre bien, et non par caprice. Je sais ce que je dois faire, et je sais ce que je fais.

Emma vaincue, mais non convaincue, ainsi que je le savais bien — souffrait bien plus dans son amour-propre que dans son cœur. L'objectif, en amour, est assez rarement une chose sérieuse, importante. On aime pour aimer, pour obéir à la loi. L'amour n'est, après tout, qu'un moyen dont l'intelligence (à son insu exté-

rieur le plus souvent) se sert pour amener le progrès. Voilà comment il faut envisager cette question.

Ma chère fille n'en resta pas là, comme je pus le constaler par ma clairvoyance et par l'inspiration, (Ces deux méthodes se relient, je dois dire en passant.) Emma chercha à obtenir gain de cause, dans le monde fluidique, en s'adressant à un tribunal compétent. Elle était, sans le savoir, la chère enfant, le médium pour cerlaines influences qui la poussaient dans cette voie, eu lui faisant comprendre, que c'était une question de “principe, auquel il fallait un précédent final. La décision du tribunal me fut favorable. Le verdict signala : que le cas en question sortait de la règle ordinaire, en ce que la plainte ne pouvait pas établir l'incompétence de l'accusé à exercer ses droits de père en dehors de son milieu ordinaire : que le contraire était prouvé ! Je donne Jà la substance du jugement qui fut rendu. Mais malgré cela, Emma resta rebelle au fond de son être. Il me fallut recourir à un moyen extrème, bien malgré moi, pour la délivrer des influences qui la contrôlaient. Ce ne fut que dix mois après que j'opérai sa conversion.

Il convient d'expliquer à mes lecteurs, encore une fois, que le monde des esprits est une sphère de contention comme la nôtre et que là il y a des médiums (comme chez nous) mais dont la plupart sont inconscients, comme ici. Médium, veut dire intermédiaire, et, qui ne l'est pas ? Où est celui qui n'est pas entouré et même dominé par des êtres qui lui sont supérieurs ou qui essayent de l'être ?

On chantait un hymne durant une séance chez Laura Morgan (comme c'est habituel dans les cercles américains) et le refrain était : — « There wall be no more sorrow there! » — ou: «Il n'y aura plus de chagrin

là-haut! » quand Delphine répliqua à mon oreille : Quel mensonge! »

Donc, pour revenir à notre propos, je dis que le monde fluidique a ses partis et ses castes. La gent cléricale, d’où la nôtre tire sa source, d'où elle s'inspire, a ses grandes et ses petites manœuvres, ses sourdes menées, ses tripotages de consciences, ses aspirations ambitieuses, aussi bien que ses vertus individuelles, qui rachètent peu à peu les méfaits de ce Corps puissant. Plus jésuites que nos jésuites d'ici-bas, ceux d'en haut excellent à manier la pensée, à lui donner des formes charmantes, à circonvenir les faibles, à in- triguer les finauds, à bafouer les adversaireg non aguerris, à gegner ou à conduire, plus ou moins, ceux qui par des penchants vicieux ou désordonnés se laissent aller à la dérive. Contre cette puissance, qui cherche toujours à tirer en arrière le char du progrès, (afin de l'empêcher d'aller trop vite) la vigilance la plus active est nécessaire, non seulement dans quelques départements de la vie individuelle ou collective, mais dans tous. Pour pouvoir combattre efficacement cette influence occulte de l’autre monde, il faut être Grand Frère, plus puissant que ces « Pères ».

Ah ! je ne parle pas ainsi pour le plaisir de faire des phrases. Comme tous les vieux soldats qui se sont mis en avant, je porte des blessures, non seulement comme esprit, mais surtout comme « mortel ! » Mon bonheur domestique ici-bas a été réduit en cendres, par les agissements ténébreux des « Pères » et des « Mères » qui usurpent ces noms et ces qualités, dans l'intérêt de leurs ordres. En gagnant les femmes ils se supplantent à la place des pères-légitimes, pour saper leur autorité, leur influence et enlever leurs enfants. Ce qui prouve bien la corrélation des deux mondes, sous un

aspect saisissant, c’est que cette influence me rend autant qu’elle peut, sur la terre, le ma! que je lui fais là-haut, en inspirant ses représentants matériels d’en agir ainsi. C’est de bonne guerre, et j'aurais tort de m'en plaindre tout à fait. Avec l'intelligence toujours en éveil on reconnait assez facilement que la lutte, animée par les passions, sert à faire avancer le char du

progrès. Le sentiment n'est qu'une faiblesse — admi- ( rable ! si l’on veut — mais appelée à être toujours { écrasée par la raison. C'est inévitable, partout et ep

tout. Ed

Can nd Anna aux C'est en allant à la source, pour traiter le mal, qu’on

en vient le plus à bout. C’est pourquoi je me suis en-, gagé à travailler dans l’autre monde, bien plus que‘ : dans celui-ci. Là, on arrive à la racine — ici, rien qu'aux” ++ 7 branches de l'arbre social. La lutte dans l'existenc& l'anus m universelle, que ce soit ici ou là haut, s’engage entre + ,,,,(, à

le bien et le mal matériel, moral ou spirituel et l'intel-.

lectuel ou philosophique. La lumière et l'ombre, en"

agissant l’une contre l’autre, produisent un mieux à chaque combat. Le rôle de chacun change à chaque existence renouvelée, à mesure qu'on traverse ces trois étapes de la vie générale: matérielle, morale et intellectuelle ; par conséquent tous font partie, dans un temps, dans un autre, de cet ordre Clérical (le nom n'y fait rier:) dont la mission est de disputer pouce à pouce la translation des êtres d’un état à un autre. Les inquisiteurs d'autrefois sont aujourd’hui les adversaires du cléricalisme ! Quand on arrive à combattre sans passion violente — c’est qu’on est déjà fort et avancé ; l’adversaireest un ennemiintelligent— qui ne combat pas un semblable, mais le système que ceux-là représentent.

Afin de terminer l’histoire d'Emma je rapproche le temps. C'était à la fin de novembre; j'étais à Alger. Un

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soir, étant dans ma chambre, un esprit, que je ne pensais pas connaître, me fit dessiner un croquis d'Emma et écrire au bas : — « toujours rebelle! » Ensuite, il me fit faire son portrait. Après, il me raconta une de ses vies antérieures, au temps où j'existais moi-même sur terre. 11 me dit. que nous nous étions bien connus — qu’il était général de division, à la solde de la Perse, et stationné dans mon pays d'alors, la Turcomanie (son nom alors était Suliman-Abrès). Que depuisil s'était réincarné Portugais. Faisant allusion au portrait d'Emma, qu'il venait de me faire dessiner, il me dit, « qu'il était envoyé auprès de moi pour m'annoncer qu'ilétait temps que cet état de rebellion cessât : que je devais m'en occuper, sans quoi d'autres le feraient. Et, comme je pourrais croire qu'on emploierait trop de sévérité envers elle, on préférait que je la domptasse moi-même. Il continua cet entretien en me disant d'appeler Emma, aussitôt que je serais couché, et de lui demander ce qu’elle pensait des deux dessins en question — qu'il se tiendrait près de moi, mais invisible pour ma fille. »

Donc, aussitôt couché, je fis venir Emma, et je lui dis de regarder son portrait sur la table, que je venais de faire, et de m'avouer ce qu'elle pensait de l'inscription : « toujours rebelle! » Elle haussa les épaules et la tête ensuite, comme pour me faire comprendre, que c'était vrai. Je tâchai alors par tous les moyens que ma langue paternelle pouvait imaginer de lui faire comprendre son erreur, de l'attendrir; je lui contai même ce qui venait de se passer; je la suppliai de m'épargner la douleur de la voir tomber entre des mains impitoyables, etc , etc.; mais toutes mes paroles glissaient sur elle en pure perte. Voyant cela, je lui dis alors de regarder l'autre esquisse plus loin, et de

me dire ce qu'elle en pensait. Je fus bien surpris de voir ma chère fille tressaillir et s'élancer aussitôt vers moi, comme prise d'un affolement terrible et criant sur un ton désespéré et fort : — « boufreau! bourreau! bourreau ! » Ces mots déchirants me révélèrent ce qu'il en était. Je compris tout — mais je vis aussi que cette frayeur d'Emma, n'était pas suffisante pour la guérir ou pour opérer sa conversion, c’est pourquoi je la frappai aussitôt de paralysie, ne lui laissant que l'usage de ses yeux et de ses oreilles. Je la plaçai alors sur le dos, dans un vaste champ, où les passants pourraient la voir dans cet état, en lui disant qu'elle n'en sortirait qu'après avoir pu déchaîner sa langue et demander grâce du fond de son être... Ce ne fut qu'après vingt jours, de notre temps, que je tirai ma chère martyre de cette triste position. Durant tout ce temps je souffris sympathiquement ce qu'elle éprouvait d'angoisses, et j'avais hâte de l’arracher à ce supplice.

Cette histoire d'outre-tombe. relatée à contre-cœur en quelque sorte, est pour moi aussi véridique que les apparitions tangibles que j’eus,et que d'autres, comme témoins, voyaient aussi bien que moi On n'offre pas les siens à la pâture de la curiosité publique, etc., sans de graves raisons ! C’est pour l'instruction des autres que je dévoile ces faits sacrés, que je préférerais garder pour moi, si ma conscience ne me disait pas : — « Un pour tous! » Sachez, lecteurs, que ma sincérité servira à vous ouvrir les yeux — peut-être, uprès qu'on vous les aura fermés ! — ce qui ne sera pas encore trop tard.

A une des séances publiques chez Mme Stewart, un esprit féminin, se disant être Parépa-Rosa, grande cantatrice irlandaise, décédée depuis quelques années seulement, apparut sur la plate-forme et alla à un piano, qui se trouvait dans la salle, et chanta trois

morceaux d'opéra en s'accompagnant. Cette primadonna électrisa son auditoire par la force et la beauté de sa voix. Elle était déjà venue plusieurs fois se faire entendre avant mon arrivée. On lui demanda, au moment où elle entrait dans le cabinet pour disparaître, si elle voudrait bien (étant dématérialisée) aller dans la grande salle au-dessus, et chanter là ? Elle répondit que oui, et disparut, On ouvrit alors la porte de l’escalier qui conduisait à l'étage au-dessus, et bientôt, en effet, nous entendimes tous les éclats brillants de la même cantatrice.

Il y eut lieu aussi à ce cercle, mais après, une expérience qui fit beaucoup de bruit. Un juge, Lawrence, de l'Etat de Michigan, qui fréquentait les séances et recevait souvent la visite de sa femme décédée, voulut se faire remarier avec son ancienne épouse. Il eut à cet effet une séance privée et amena avec lui un pasteur de ses amis pour faire ledit mariage en règle et avec des témoins. La chose se passa avec tout le décorum voulu, et, après la cérémonie il y eut un petit lunch, où la remariée parut et goûta. Sa toilette nuptiale, fabriquée par elle-même, était splendide, dit-on. La presse s’occupa beaucoup de ce fait,avec force commentaires, par-ci par-là, car le remarié était très connu. Il était de force à se moquer du qu’en dira-t-on! — Aux Etats- Unis il y a assez fréquemment des mariages entre les vivants et les « morts » — et ces vivants ne sont pas envoyés à l’hospice des aliénés et n’en continuent pas moins de faire leurs affaires et de jouir de la confiance publique. — Il n’y a pas rien que l'Atlantique qui sépare l’Europe de l'Amérique !

Avant de partir de Terre-Haute je voulus donner à mes enfants une espèce de petite fète, une sorte de pique-nique. Ce fut ma dernière séance. J'apportai

bien des comestibles, tels que gâteaux, bonbons, fruits, noix — et un litre de lait. J'e’;pruntai une balance à bascule, d’un épicier du coin, afin de peser ceux qui viendraient matérialisés. C'était là une nouvelle expérience que je voulais faire. Ainsi organisé, pour cette séance privée, je m'assis, attendant une apparition. Ce fut Céleste qui sortit la première du cabinet, et elle alla aussitôt se mettre debout sur la balance, qui était sur le bord de la plate-forme. Je ne savais pas encore que ma belle rieuse était une fille de tant de poids — mais j'en eus bientôt la preuve. Je commençai avec cent livres ; ce n’était pas assez. J’ajoutai successivement jusqu’au poids total de deux cents livres, et ce n’était pas encore assez.

J'appelai alors le mari du médium pour examiner la balance, pensant qu’elle était détraquée; mais non, elle était dans un état parfait. Pendant ce temps Céleste faisait semblant de s'intéresser aussi vivement que nous à cet examen. Enfin, j'allais ajouter cinquante livres de plus, quand je m'aperçus que la balance montait. Je tirai le poids vers son pilier, et finalement tout à fait, sans que ma fille ne bougeât. Elle ne pesait plus rien du tout ! Je regardai pour savoir si ses pieds reposaient bien sur la balance, et, de plus, je les tâtai avec mes mains, sans m'apercevoir de rien de louche. C'était inconcevable — mais c'était un fait. Le dialogue entre ma fille et moi, au sujet de son trop de poids, et de son manque de poids — de sa nature de plomb et de sa qualité de plume — aurait mérité d'être phonographié par mon ancien ami, l’auteur de cet instrument remarquable, Edison (à qui je prédis, lorsqu'il était gamin et vendait dés journaux sur les cars — le bel avenir qui l'attendait). Céleste fit honneur au festin en goûtant de plusieurs des mets et disparut.

Joséphine arriva ensuite et joua sur la balance le même jeu — ce qui prouve que les expériences qu'on fit depuis à Londres, et auxquelles on a prêté tant d'importance, au point de vue « scientifique », ne signifiait pas grand'chose. Joséphine vint s'asseoir sur le banc, à côté de moi, et je causai avec elle sur plusieurs sujets. Elle se servit de bonbons, et tout en grignotant elle parlait. Je lui remplis un verre de lait; elle en prit une bonne gorgée et posa le verre sur la plate-forme qui était devant nous. Quelques instants après elle me dit de regarder le verre, et je le trouvai vide. Tout étonné, je lui dis : — Mais comment cela se fait-il ?... tu n'en as bu qu’un peu, et il n’y en a plus! Elle se mit à rire et m'expliqua que c'étaient Louis et Léon qui, à l’état d’invisibles, m'avaient joué ce tour. Au bout d'un instant je m'aperçus de la disparition de plusieurs des paquets de bonbons, et Joséphine m'annonça que les mêmes voleurs avaient encore emporté ces choses. Et pourtant le tout était là, sous mes yeux. Minnie, le contrôle, me dit après : — « Votre lait est bon ! » — Comment le sait-elle ? dis-je à ma fille; celle-ci éclata de rire, Ce qui me poussa à regarder près de moi: le pot au lait avait disparu, mais au bout de quelques instants Léon le rapporta vide.

Je dois expliquer, que quand les esprits matérialisés mangent ou boivent, les choses avalées par eux ne sont pas digérées, comme nous le faisons, mais sont dématérialisés instantanément, on peut dire. De plus ce phénomène se produit assez rarement dans d’autres cercles.

Louis et Léon vinrent ensuite et m’amusèrent beaucoup avec leurs gamineries. Ils avaient beaucoup à se faire pardonner, ces espiègles, ces effrontés voieurs. Ils m'expliquèrent qu'ils avaient voulu me montrer leur

savoir-faire et m'intriguer; l'un et l’autre se mirent sur la balance — et se moquèrent de la science ! C'est, après tout, ce que la plupart des esprits peuvent faire; et dire qu’il y a partout des spirites qui prétendent faire du spiritisme « scientique » ou soumettre les esprits aux lois qui règlent notre matière! Les plus savants sont les plus ridicules, lorsqu'ils se mêlent de ces expériences.

J'avais donné à Minnie, l’'Indienne, quelque temps avant, une paire de mocassins brodés en poils de porcépic coloriés, fabriqués par les Indiennes du Canada — ce qui lui avait fait bien plaisir. Elle se matérialisa cette fois et apparut avec son costume national de Siou, les cheveux épars sur la poitrine et sur les épaules, et les mocassins en question aux pieds. Elle s'accroupit sur la plate-forme, à côté de moi, et me fit. tâter ses pieds, pour me montrer que mon cadeau, les mocassins lui allaient parfaitement. Sa fille aussi apparut ensuite, et, comme sa mère, il n'y avait pas à se tromper sur son identité d’Indienne, non seulement quant au costume, mais pour les traits, les cheveux gros et plats et la manière d’être. De plus, les Indiens ont une odeur particulière, forte, qui ne se trouve pas dans les autres corps humains. Je suis né parmi les Indiens de l'Ouest et je suis assez bon juge de cette race. Les esprits indiens rendent de grands services à la cause. Il est bien reconnu qu'ils sont de puissants auxiliaires pour la production des phénomènes; leurs fluides se prêtent facilement aux manifestalions d’un ordre physique ; et il n'y a guère de médium américain qui ne soit fréquenté par un ou plusieurs de ces esprits.

(Mon père parlait cinq ou six dialectes indiens, et un de ces enfants de la forêt vierge vécut longtemps chez nous, jusqu’à la mort de mon père, ainsi qu’un nègre ;

et mon grand-père maternel fut scalpé près de Vincennes par les Peaux-Rouges. Técumseh, le grand chef de l'Ouest, sauva la vie de mon oncle, vers 1812, quoiqu'il fût du côté des Anglais, c'est-à-dire, l'antagoniste de mon oncle ; maïs ils étaient d'anciens amis en dehors de la politique. Les Peaux-Rouges du Nord et de l'Ouest ont toujours témoigné de l'affection pour les Français et leurs descendants, parlant, plus ou moins, leur langue ; bien des tribus ont pris parmi eux leurs chefs, et c’est ainsi que la grande classe des Métis s’est formée dans le Nord-Ouest principalement. Il est assez rare qu'un Indien consente à parler anglais.)

Tandis que j'étais dans un wagon-lit, Pullmann, attendant le départ du train, de Terre-Haute, je constatai que Delphine et Djim®æ étaient avec moi. -Je jugeai ce moment favorable, paraîtrait-il, pour faire à mes visiteuses une grande révélation — d'accomplir enfin une promesse faite à Delphine, depuis quinze ans : -- de lui faire connaître le lien qui nous unissait dans la nuit des temps. Je me mis à regarder Djimæ dans le fond des yeux et je lui dis : — Tu ne sais pas ce que Delphine est par rapport à nous? Djimæ se mit à trembler d'émotion, comprenant bien à mon ton, que j'allais dire quelque chose d’extraordinaire. Delphine, aussi émue, ouvrit de grands yeux et me regarda d’un air étrange. Sans autre préambule, mais en désignant Delphine du doigt, j “ajoutai : : — Norre Fire! Elles comprirent immédiatement, mais ce fut un coup de foudre pour les deux à la fois. Djimæ resta bouche béante, ses yeux regardant dans le vague. Delphine tomba en syncope. Voilà ce que ma révélation venait de produire ; maïs bientôt l’une et l'autre reprirent leurs sens et envisagèrent la chose avec sang-froid. Je leur dis alors que j'allais leur donner des preuves, que ce que je venais de dire était la stricte vérité. J'appelai un esprit masculin, qui apparut aussitôt. et j'engageai Delphine et Djim@æ à suivre ce guide, qui les conduirait où les preuves se trouvaient.

Le lendemain matin Delphine vint me rendre compte de leur excursion. Elle me dit que le guide les avait menées d'abord par terre, jusqu'en Turcomanie, et de là, en suivant un courant électrique, qui reliait ce pays avec sa contre-partie fluidique, ils étaient arrivés dans un endroit où se trouvaient un bon nombre de bâtisses publiques. Le guide les fit entrer dans une espèce de Musée et les conduisit directement dans un des départements, où tout lui semblait familier. Là, ayant pris un dossier, qui avait trait à mon existence antérieure, il mit sous leurs yeux un document qui établissait que d'une des femmes de mon harem, nommé Djime, il m'était né une fille !

Le lendemain de mon départ de Terre-Haute, étant sur la voie ferrée, en route pour Montréal, je décidai que Henry et Marie-Louise s’uniraient avec leurs fiancés, à une prochaine date, le 13 mars, suivant mois. J’eus à peine formulé en moi-même cette décision que je vis venir auprès de moi tous les miens, l’un après l'autre. Le téléphone psychique les faisait accourir ainsi à la source même d'où partait la nouvelle. J'étais entouré d'êtres curieux — curieusement vivants — el dire que tous les autres voyageurs n'y voyaient rien et n'’entendaient rien! Tandis que je causais avec ma mère et Delphine sur ce sujet, je sentis tout à coup une main fluidique qui me frappa fortement sur l'épaule. C'était mon ami Jobard, qui me dit aussitôt : — « Ah! je vous y prends, à préparer des noces, sans m'en rien dire ! » — Tiens! dis-je à Delphine : voilà longtemps que tu parles de trouver une compagne pour Jobard, et il est encore à attendre. J'expliquai alors à mon ami que mon désir était de le faire arriver à deux grandes fins d’un seul coup. Comme il désirait aller plus haut, je le ferais initier dans l'Ordre

des Grands Frères, où se trouvait une ‘mme, appelée Flot Doré, qui lui conviendrait parfaitement comme compagne. Les yeux du savant pélillèrent à ma proposition, surtout à la première partie; mais j'arrêtai son élan et je lui dis, que les épreuves dans son cas, seraient terribles, extrêmes : qu'il lui faudrait endurer toutes les violences de l'av', de l’eau et du feu! L'aspirant ne se déconcerta pas, au contraire: il se déclara prêt à tout endurer pour monter! et il me pria de procéder immédiatement aux cérémonies de l'initiation. J'appelai Hector et je lui dis d'assembler le Chapitre, ou les Frères et les Sœurs, et de tracer le Cercle — ce qu'il fit aussitôt. Quelques centaines de Frères el de Sœurs accoururent à l'appel de Hector et la plupart entrèrent dans le cercle, les autres se placèrent en dehors, en vigie. L'installation de tous les emblèmes nécessaires à la cérémonie se fit rapidement — tels que arches, angles, triangles, drapeaux, inscriptions, meubles, etc. — lesquels sortaient, comme on pourrait dire, des aides, comme s'ils avaient été des cassettes renfermant ces objets. La mise en scène ressemblait un peu à celle des Grandes Loges Maçonniques sur terre, là où les groupes et les individualités ont chacunun rôle à remplir, en raison de leur avancement. Trois Grands Frères, représenlant le premier degré, revêtus de grands manteaux ou robes d'or, recouverts d'insignes, occupaient le centre du cercle. Hector était un des trois, et, je suis forcé de dire, que moi aussi, j'étais de ce nombre. Je proposai que Hector eût à agir comme chef, mais lui et l’autre déclinèrent ce rôle d'honneur, alléguant que l’aspirant étant mon ami et étant proposé par moi, je devais conduire le cérémonial usité. — Je ne prétends pas donner les détails de ce grand acte d'uneinitiation majeure dans la Grande Frérie, mais en esquisser seulement

quelques parties saillantes. J'ordonnai done qu'on transporlât Jobard au loin el qu'on lui fit subir toutes les violences d'un ouragan — ce qui eut lieu immédiatement, avec une foule d'incidents d'un ordre tragique. Il arriva, bousculé, blessé et n'ayant plus que le dernier souffle, au milieu du cercle. Remis de son épouvante et des effets sensibles de cette épreuve réelle, le néophyte se déclara prêt à subir la seconde. Je fis le signe voulu et on l'amena au loin encore ; des flots déchaînés, en fureur, l'envahirent et l'élouffèrent graduellement jusqu'à l'instant où arrivé près du centre du cénacle, ses sens troublés n’en pouvant plus, il tomba en syncope. Remis encore une fois, je dis à mon vaillant ami, que la troisième épreuve — par le feu — était la plus terrible : qu'il était temps de reculer s'il ne se croyait pas de force à la traverser. Mais, voulant lui communiquer un stimulant puissant, je dirigeai ses yeux vers un groupe de femmes ou de Grandes Sœurs, qui stationnaient à ma gauche et je lui désignai celle qui portait le nom ou l'emblème de Flot Doré — femme belle et majestueuse à un bien haut degré, dont la chevelure dorée et ondulée, descendait jusqu'à ses pieds, en un flot compact. Jobard comprit et tressaillit: il se rendit aussitôt, de lui-même, au bûcher sacramentel qui l'attendait et se posa résolument debout au faîte. Les flammes l’entourèrent bientôt, enlaçant ses membres et son torse de leurs langues avides et impitoyables. Les yeux de l'héroïque Frère, maintenant, se tournèrent de bas en haut, sous l'effet de la douleur et devinrent tout blancs. Je criai aussitôt : — à l'incandescence! et alors les flammes dévorantes, de rouges qu'elles étaient, prirent immédiatement une couleur blanche, et consumèrent tout de suite le corps fluidique de Jobard en une fine cendre, qui se déposa

dans une urne au fond du bûcher. Le sacrifice était consommé ! Le courageux néophyte n'avait nullement faibli ! Le vaillant frère n'était plus! 11 n’était plus, en effet, même pour le très grand nombre des assistants. Les trois chefs seuls pouvaient voir Jobard dans sa forme éthérée, à l'état d'âme, planant au-dessus du bûcher, La solennité de cet événement était tellement grande que les sens de tous étaient en quelque sorte paralysés. Je m'approchai del'urne, où je mis la main, et de mes doigts j'envoyai vers l'archange quelques pincées de ses cendres en lui disant : —Ame de Jobard, reprends tes cendres purifiées! alors chacun put voir les poussières monter graduellement el reformer le corps qui était disparu. Jobard était revenu — mais renouvelé ; il était reconnaissable, — mais un tout autre lui-même, par la grande majesté qui sortait maintenant de son être. Affaibli, néanmoins, par les rudes épreuves qu'il venait de subir, Jobard dut recevoir durant quelque temps des soins pour rétablir l'équilibre physiologique en lui, car les lois qui président et contrôlent la matière sont les mêmes à tous les degrés, avec quelques modifications seulement, d'une division à une autre.

Ceux qui, après avoir lu ce qui précède, seraient disposés à traiter cette histoire « du haut de leur grandeur », comme chose invraisemblable, « impossible », devront ou devraient s'examiner eux-mêmes et constater les épreuves qu'ils traversent — avec ou sansleur volonté consciente. Ils verront alors qu'ils bravent la mort bien souvent, qu'ils endurent des misères physiques et morales, sans nombre, et qu'ils deviennent par là même plus mûrs, meilleurs. Il faut dire, néanmoins, que ce n'est que le petit nombre qui marche volontairement, les yeux bien ouverts, vers ies diffi-

cultés de la vie ou vers les bûchers qui consument la chair. L'ignorance n'empêche pas l'activité de régner en dehors de ce centre obscur.

- À Ja date fixée, le 13 mars 1878, je mariai mes deux enfants, Henry et Marie-Louise, et peu detemps après, à la fin d'avril, j'allai à New-York pour assister aux séances d’une dame Lindsley, où de belles matérialisations avaient lieu, disait -on. En partant de Montréal, je mis dans ma malle une belle canne en ébène, avec pommeau en or, richement ciselé et portant une inscription, laquelle était un cadeau de reconnaissance. Mon intention était de donner cette canne à Henry dans le cas où il viendrait me dire directement qu'il pouvait la dématérialiser. Au cercle de Mme Lindsley j'eus aussitôt la visite de plusieurs des miens. Emma se présenta avec ses doigts suintants et qui possédaient la même vertu qu'avant, chez Mme Stewart. Delphine apparut là, pour la première fois, avec une forme reconnaissable, tellement bien enfin, que j'en fus tout émerveillé. J'étais ainsi récompensé de mes efforts, de ma persévérance. Toutes mes filles et la plupart de mes garçons, durant un mois de séjour que je fis à New- York, se montrèrent à moien parfaite tangibilité, avec les allures que je leur connaissais. La lumière, au gaz, était certainement la plus forte que j'aie jamais vue à aucun cercle, et le cabinet, composé de quatre légers panneaux recouverts de toile noire cirée, et sans toit, se plaçait où on voulait, quelques instants avant la séance. Comme chez Laura Morgan, les esprits ici ne matérialisaient généralement que leurs bustes, et leur puissance vocale était en conséquence remarquable. Je ne vis jamais, non plus, de si beaux costumes, féminins surtout, avec parures brillantes, qu'à ce cercle. Souvent les apparitions chantaient à haute voix et im-

provisaient des pièces de poésie sur un sujet donné, le tout avec beaucoup d'art. Ce médium, si puissant, à la suite d'une mésaventure singulière, que je raconterai, n'eut pas toutefois une longue durée d'activité.

Henry ne se montra à mes yeux impatientés qu'au bout d’une quinzaine d'attente. Durant cet intervalle, avant de me rendre au cercle, je l’appelais pour savoir si je devais emporter la canne, et chaque fois il répondait négativement Enfin, un soir, au moment où j'allais partir de ma chambre sans l'appeler, il me dit : « Apporte la canne, papa: je suis prêt!» J'apportai don: le cadeau en question et je le plaçai en arrivant, sans rien dire, dans un coin de la pièce. Personne ne connaissait mon intention et nul ne pouvait se douter de ce qui allait arriver. Mon garçon enfin apparut à l'ouverture du cabinet, avec sa figure ordinaire, et j'allai à lui, en lui disant intempestivement: — Que viens-tu done faire ?.. D'un air étonné il me répondit aussitôt : — « Mais, je viens chercher la canne ! » Après ce qui venait de se passer entre nous, ma question lui parut oiseuse; mais je tenais à suivre cette tactique pour obtenir une plus ample confirmation. Avec beaucoup de plaisir je lui donnai ma canne à emporter, à dématérialiser — ce qu'il fit — car après la séance je la cherchai inutilement partout.

Le lendemain après-midi, étant dans la rue, je songeais à cette affaire, et des doutes assez forts venaient m'assaillir, quand j'entendis Henry dire à Gabrielle (sa femme maintenant) : « Dis donc à papa ce qu'ilen est!» et aussitôt Gabrielle me dit : -— « Je t’assure qu'il l'a parfaitement dématérialisée et qu'il l'a en sa possession, Nous nous promenions ensemble tantôt, et au lieu de tenir cette canne par le pommeau, comme c'est l'habitude, il la tenait par le milieu, comme un bâton

de maréchal — afia que chacun put voir le pommeau luisant. Tout le monde s'arrêlait sur notre route pour contempler cet objet qui porte le cachet de la matérialilé. Ça se voyait quand même — et c'est ce qui donpait à Henry une mine de lion, d'avoir une rareté, une trouvaille pareille dans ses mains ! » — « Des boulevardiersdans l'autre monde!» on s'écrieraen haussant les épaules. Et, pourquoi pas ?

On verra plus loin une forte preuve que la mort ou la disparicion de ma canne n'entraînait pas son annihilation. Les objets comme les corps survivent — ce qui donne raison aux savants lorsqu'ils disent, que rien n'est perdu, détruit, tout à fait.

J'allais rentrer une nuit dans mon hôtel, et je mettais la main dans ma poche pour prendre mon passe-partout, quand j'entendis Léon me dire : « Papa, tu as perdu un de tes billets de banque ! » Justement, dans cette même poche de mon pantalon j'avais et je devais avoir encore, il me semblait, un billet de dix et un de cinq dollars — mais en entendant Léon me parler ainsi, je me dis en moi-même : j'espère bien que ce n'est pas le dix que j'ai perdu ! Aussitôt mon invisible gamin me répondit : — « Oui, oui! il ne te reste que le cinq! » En effet, je ne trouvai que le cinq. Léon alors m'annonça que son frère, Henry, s'était aperçu dans la matinée, de la perte que j'avais faite — mais trop lard pour y remédier — et qu'il lui avait dit de trouver une occasion pour me l'annoncer. — Voilà une preuve qui saute aux yeux, et qui entre tout droit dans le cerveau.

Au cercle de Mme Lindsley, j'eus la visite de plusieurs esprits que je connaissais, mais qui ne s'étaient pas matérialisés avant. Henry me présenta sa nouvelle femme, Gabrielle, qui, m'enlaça dans ses bras en m'em-

brassant et me donna le doux nom de père. Elle était très bien, ma bru : grande, élégante de forme, jolis traits, expression heureuse — enfin, douée pour capliver le cœur de mon artiste, Henry. Cette belle pe sonne, bien visible, bien tangible, resta devant moi une dizaine de minutes, causant facilement sur divers sujels, comme si elle eût été de ce monde. Sa robe en berège, vert foncé, était décolletée et dessinait bien sa taille souple et bien formée. Elle me conta qu'elle était née à Piltsfield, dans l'Etat de Massachusetts, (non loin de Boston) de parents franco-canadiens — que sa naissance datait de vingt ans et qu'elle était « morte » à l'âge de six ans. Je lui demandai le nom de son père, afin de savoir si c'était bien un nom français. Je fus un peu surpris d'apprendre que son père porlait le nom de Frey; mais, lui dis-je : cela n'est pas un nom français, mais bien anglais. Elle se mit à sourire et m'expliqua que son père — pauvre et ignorant — avait tout simplement changé son nom — qu'elle me donnerait une autre fois le nom vérilable (lequel, j'appris plus tard, était Bourgeois.) Cette explication concordail avec ce que je savais déjà sur les habitudes des pauvres Canadiens émigrés aux États-Unis, surtout dans les Etats limitrophes manufacturiers de l'Est, Un certain nombre de ces braves gens, s’imaginant àtort, que les Américains ne peuvent prononcer leurs noms français, les changent complètement ou en partie -- et, assez souvent il arrive qu'ils font des traductions: ainsi, par exemple : Boisvert, devient Greenwood : Poirier se dit Peartree, Dubois s'écrit Wood, ete. (Il y a au delà d'un million de Canadiens, d'origine française, aux États-Unis.)

Cette première apparition, si intéressante, de Ga. brielle, se multiplia à ce cercle, et toujours elle venait

avec une mise différente. Delphine se montrait avec des toilettes somptueuses. Une fois, en quatre apparitions répétées de près, ou en deux minutes de temps, elle apparut avec quatre costumes différents — robe montante et décolletée, en soie. satin, velour et dentelle -de coupes et de couleurs différentes. La figure radieuse de Delphine s'illuminait de plus en plus, comme si mon étonnement croissant lui eût servi de stimulant, de moyen. Ayant accompli ce prodigieux coup de baguette magique, et toute fière d'elle-même, elle me demanda mes ciseaux de poche, que je lui donnai, sans savoir ce qu'elle voulait en faire. Au moment où elle allait couper un morceau de Ja large dentelle de fil, de Maline, qui ornait le haut de sa robe décolletée, elle hésita et se retourna complètement, pour me faire voir que cette dentelle était bien d’un seul morceau et faisait tout le tour du corsage; alors elle en coupa un morceau sur le devant et me le donna, en m'assurant qu'il se conserverait. Après avoir examiné un peu cetle précieuse relique je levai les yeux et je constatai que là où le morceau avait été coupé, il n'y avait pas de brèche! — Comment cela se fait-il? lui dis-je. « Je l'ai refait! » me répondit-elle en souriant. En effet, la dentelle était complète, comme avant, bien que j'en eusse un bon morceau dans la main. Delphine ne se contenta pas de tailler ainsi son corsage — avec impunité — mais mes ciseaux lui servirent ensuite à couper une mèche de ses fins cheveux blonds, qu'elle me présenta. Ces deux souvenirs sont encore en ma possession, aussi intacts que le premier jour où je les ai reçus.

Delphine m'avoua que les magnifiques diamants qu’elle portait en cette occasion, étaient des cadeaux que je lui avais faits, et qu'elle avait tout simple ent matérialisés. Comme je ne tiens nullement à ces

choses, il paraîtrait que, comme esprit, je possède la faculté de fabriquer instantanément des pierreries et bijoux de toute espèce, pour l'agrément de celles qui les aiment. En simple mortel, néanmoins, je me bornai à acheter un collier en grosses perles fausses, un nuage en laine blanche et une jolie paire de jarretières — pour l'usage ordinaire de Delphine. Elle apparaissait presque toujours avec les deux premiers dons, coquettement mis sur sa personne ; elle se parait aussi avec les bouquets que je lui apportais. A une certaine séance, comme les conditions ne lui permettaient pa, de venir, je dus remporter mon bouquet, et il allait en être ainsi à la séance suivante, où j'en avais deux à lui offrir, quand une de mes filles intervint à propos pour mener la chose à bonne fin. Le cabinet du médium, en celle circonstance, ainsi que je pouvais voir, était bondé d’esprits, qui cherchaient à empêcher les miens d'y pénétrer, lesquels étaient obligés de rôder autour inutilement. Je voyais Delphine, le cœur gros et se lamentant, car je lui disais dans ma pensée, que si elle ne venait pas cetle fois chercher mes deux présents, je cesserais d'en apporter d'autres. C'était un moyen que j'employais pour lui communiquer courage et hardiesse ; mais il menaçait de rester sans résultat, en face de la lutte physique qu'il y avait à faire. Les choses en étaient à ce point, quand j’aperçus (par ma clairvoyance), Emma allant à la désolée et lui dire : « Eh bien, moi, je vais aller te chercher les deux bouquets, puisque tu es trop läche pour faire une trouée dans le cabinet », et, comme preuve, je vis Emma s'élancer avec une force ou une volonté inouïe parmi la foule compacte des envahisseurs et arriver là comme un coin poussé avec violence. :t, comme autre preuve, plus forte encore, — je vis mon effrontée, ma « dia-

blesse » de fille, ainsi que je l'appelais souvent, apparaître tangiblement à l'ouverture du cabinet et m'appelant avec son doigt. Emma me parut essoufflée et pressée d'en finir avec sa mission ; elle lança son bras en dehors et, sans rien dire, enleva prestement mes deux bouquets et disparut aussitôt. Ce fut là une victoire qu'on célébra au-dessus de ma tête avec force sourires et exclamations.

Le lendemain de cette scène, étant dans ma chambre, je vis Emma auprès de moi, et elle me dit : «Je ne comprends pas pourquoi tu fais tant de cas de Delphine èt que tu la pousses tant en avant : après tout, tu ne pourras jamais faire d'elle autre chose qu'une femmel...» Ma rebelle me lançait là une de ses pointes aiguës — mais qui ne manquait pas d'originalité.

Tandis que je me promenais dans Broadway, une après-midi, je vis un de mes garçons, Joseph, qui jouait à la boule avec d'autres esprits de son âge. Il s'arrêla quelques instants pour me dire : — «Tu sauras que Rubens t'a fait un beau présent, il y a trois jours. Il a peint pour toi deux grands tableaux ». — Ne sachant si je devais eroire ou prendre à la lettre ce que mon gaillard me disait, je cherchai à le mettre à l'épreuve en lui demandant, s'il connaissait les sujets de ces tableaux ? Il répondit aussitôt : — « Oui, je le sais ; il y en à un qui est laid, ça représente la guerre! — el l'autre, la paix!» Et, comme choqué des doutes qu'il voyait en moi, il ajouta sur un ton de dépit : — «Tu ñne me crois pas, hein ! eh Bien, demande-le à Delphine ce soir au cercle — et tu sauras si je dis la vérité ! »

A la séance, quelques heures après, Delphine arriva gaiement pour compléter l'histoire de Joseph — seulement elle se plaignit du « babillard! » car elle désirait m'annonce! cette nouvelle elle-même, elle con-

firma, néanmoins, tout ce que mon garçon m'avait dit. Je lui demandai où se trouvaient ces tableaux : « Dans le grand salon de notre maison! » me répondit-elle. Je voulais aussi savoir leurs dimensions — muis ce ne fut pas Delphine qui répondit à cette question, à peine articulée — mais bien l'auteur ou Rubens lui-même, qui, ne se manifesta qu'à mes sens spirituels, à une grande distance de moi. Il me dit que: «chaque tableau était de trente pieds de haut sur cinquante de largeur : que celui de la Guerre, contenait cent cinquante figures — tandis que l'autre, celui de la Paix, n'en avait que trois. On y voit, dit-il, la femme occupée à son ménage — l'enfant à la porte de la maison, qui joue — et l’homme aux champs, qui travaille. »

Peu de temps avant cette révélation j'avais eu la fantaisie une nuit, tout en étant éveillé, d'aller merendre compte de la maison que mon esprit (je savais) avait construite, pour l'usage des miens, et de moimême aussi, à certains moments. Je savais que mon nid fluidique contenait un grand salon — et lorsque Rubens m'eût dit les dimensions de ses deux œuvres, je compris qu'il les avait exécutées exprès pour remplir un des panneaux de cette pièce. —- Sur le perron avant d'entrer dans la sewle maison que je possède, j'avais, à cette visite, remarqué et admiré deux lions accroupis. Mon esprit s'était arrêté devant ces deux chefs-d'œuvre, avec beaucoup de complaisance. Je mentionne ce fait, car. comme on verra plus loin, j'en eus la confirmation d'une manière étrange, même remarquable.

Rubens me fréquentail depuis un bon nombre d'années ; il me Lémoignait beaucoup d'affection et prétendait que nous étions de très anciens amis. Je le voyais assez fréquemment dans mon «home», qu'il tenait

lant à orner de ses œuvres de génie. Il dit que je lui rends de grands services, et qu'il est loin d'en ètre quille avec moi.

Je vis plusieurs fois à ce cercle des esprits vêtus en militaires. L'un d'eux portait l'habit gris clair avec parements noirs et boutons jaunes. Il faisait autrefois partie du 75° régiment d'infanterie de celte ville et avait été tué durant la guerre de Sécession, disait-il. Il chantait chaque fois avec beaucoup d'entrain et aimait à causer avec nous. Parmi les assistants, un soir, se trouvait un vieillard à longs cheveux blancs et qui se mit à sangloter en voyant un bel officier de cavalerie, qu'il reconnaissait comme étant son fils. Ce fils, si aimant et si chéri, était lui-même très vivement ému, et ses accents quoique forts étaient tremblants. Contre l'habitude ordinaire des Américains, ce fils et ce père s'enlacèrent et s’embrassèrent avec grande effusion — ce qui donna à cette scène un fort cachet de solennité. Il arrive assez souvent dans les cercles, que des assistants virilement constitués, s’affaissent et pleurent comme des enfants — en revoyant ceux qu'ils croyaient perdus à jamais !

Le mauvais état de l'atmosphère, l’indisposition du médium, ou encore, la présence de personnes malveillantes, — ont pour effet de gâter, plus ou moins, les manifestations. Il arriva plusieurs fois à ce cercle que les miens vinrent méconnaissables, Dans ces cas leur chair semblait flasque et était rugueuse au toucher, landis que les pores devenaient des cavités larges et profondes ! Lorsque mes filles venaient voilées je savais ce que cela voulait dire : la coquetterie, comme toute autre chose, vient d'en haut. Chez tous les médiums j'ai pu voir ces effets, ces contretemps, précivux —car, pour celui qui raisonne, cela devient une forte preuve

contre la supercherie.—H s'agit de chercher la vérité à bien des sources pour avoir une bonne somme de connaissances. Le fait est que les manifestations des esprits varient d'un cercle à un autre, quelquefois grandement. De plus, les esprits contrôles. factotums des médiums à matérialisation doivent être, en général, de bas étage, matériels dans leurs goûts et leurs habitudes. Leurs fluides denses deviennent ainsi une puissance entre les mains des directeurs invisibles qui président aux manifestations. Les médiums à effets physiques étant ainsi hantés, pénétrés, par de grossiers personnagés, à passions fortes et tenaces, finissent souvent par contracter les penchants ou les vices de ceux qui s'identifient en eux — surtout si ces médiums exercent longtemps leurs facultés. C'est le cas de dire, que : c'est le fumier qui fait la récolte !

Ce prélude devient une explication pour ce qui suit.

Dans l'intention d'aider le médium, qui était pauvre et avait une famille nombreuse, j'avais enrôlé une douzaine d'hommes qui venaient régulièrement trois fois par semaine au cercle, ce qui faisait une assez ronde somme, à un dollar chacun, pour permettre à ce médium de faire face aux besoins de sa famille, à part de ce que cette femme pouvait gagner autrement ou à d'autres heures. La majeure partie des assistants désiraient obtenir l'entière matérialisation des formes ou leur apparition en dehors du cabinet. Quant à moi je préférais le contraire — mais j'étais dans la minorité. Il se trouvait parmi nous un homme riche, du nom de Robert Tice, de Brooklyn, qui servit de bâton dans les roues auprès d'un bon nombre de médiums, et fit beaucoup parler de lui ensuite. Ge croyant, gaucher et faiseur d'embarras, eut pour mission de briser le cercle, d'arrêter tout à fait les facultés de Mme Lindsley et de

la rendre sérieusement malade durant trois semaines, Il avait été convenu que la première partie de chaque séance serait vouée à la sortie des esprits et l'autre à leur apparition comme bustes à l'ouverture du cabinet. Durant une semaine, ou trois ou quatre séances, les choses allèrent ainsi. Le contrôle avait eu la sottise do dire, plusieurs fois, que les matérialisations à son cercle, consistaient en des formes indépendantes — sang personnificalions, sans tranefigurations! Les apparitions en dehors du cabinet furent principalement féminines, et ces formes avaient certes l'apparence corpulente du médium et même ses allures. C'est ce qui poussa le nommé Tice à avoir recours à un straltagème, qu'il garda secret, afin de découvrir si nous étions mystifiés. A Ja dernière séance, au moment où la première partie venait de finir, M. Tice se leva de son siège et alla au cabinet et passa sa main sur le front du médium endormi, disant en même temps : «La pauvre femme ! elle est tout en transpiration ! »—et il referma aussitôt la porte. Il s'agissait maintenant de la seconde partie — des apparitions à l'ouverture, lesquelles étaient généralement nombreuses et excellentes. Ce fut une jeune femme qui se montra — mais chacun put voir qu'elle avait une large tache noire sur le front — car alors la lumière avait été rendue plus forte qu’avant ou durant le premier acte. M. Tice se leva aussitôt et ouvrant brusquement la porte du cabinet il cria aux autres : — «Voyez! le médium a au front une tache noire ; c'est moi qui, tout à l'heure, la lui ai mise. Je soupçonnais cette femme, et quand j'ai passé ma main sur son front je lui appliquai du noir de fumée. Vous voyez que la figure qui est apparue à l'ouverture avait la même marque : c'était donc le médium ! Messieurs, il y à supercherie ! sans nul doute »,

Le ton haut et les gestes violents de l'accusateur produisirent grand effet dans notre assemblée de treise! C'était fatal! Les uns, les autres, hypnotisés par le fulminant dénonciateur subissaient, chacun à sa manière, les conséquences du coup de foudre qui venait d'éclater, Le médium subitement réveillé de sa transe, était en proie à une espèce de convulsion ou d'hébétement pénible à voir. Ses deux grandes filles présentes parmi nous, tout émotionnées de sanglots frénétiques, cherchaient à rappeler leur mère à elle-même. Quant à moi, j'étais indigné de ce procédé brutal de la part de notre confrère, Tice, et, demandant la parole, j'exprimai mon opinion adverse à l’assentiment général, alléguant que la tache vue sur la figure qui était apparue à l'ouverture du cabinet, ne constituait pas une preuve suffisante pour moi — ne témoignait nullement que ce fut la figure du médium — malgré la tache qu'elle portait! La discussion devint vive, même un peu acerbe. L'ignorance d'une part et le savoir de l'autre se heurtaient et produisaient des feux inutiles pour le moment, mais non pas pour plus tard. Je savais bien qu'il y avait eu substitulion où supercherie si l’on veut— non pas dans le cabinet, mais en dehors. Je pouvais distinguer la vérité de l'apparence et com prendre, de plus : que l'habitude ne se prête guère aux innovations : que celle établie rt fonctionnant bien en dedans du cabinet, où les esprits n'avaient à se matérialiser qu'en partie et à ne pas sortir de ce foyer commun et rendu commode pour eux par la condition de la pratique — devait nécessairement réagir, plus ou moins, contre toute situation nouvelle. L'ignorance concluait, comme analogie, qu'un faux billet devenait la preuve de la fausseté de Lous les autres ! C'est ainsi qu'on juge les choses, généralement, dans ce bas

monde! On attaquait une preuve qui ne signifiait rien, et on laissait de côté la véritable.

Cela me rappelle qu'un jour, ayant demandé à Henry, si on ne pourrait pas me faire dessiner (médianimiquement) aussi bien dans l'obscurité, qu’en pleine lumière, comme je le faisais? Mon garçon me répondit : — «Oui, certainement! »... — Mais, lui dis-je après réflexion, combien de temps faudrait-il pour cela — pour changer mon habitude ? -— «Oh! deux ans, à peu près », ajouta flegmatiquement mon impitoyable fils. Cette réponse renversa mes espérances, mon projet.—On ne fait pas de grands sauts en n'importe quoi.

Quelques jours après cette scène j'appelai le contrôle du médium — pour savoir ce qu'il avait à dire comme excuse — car je le corsidérais comme coupable du malheur qui venait d'arriver. Il vint, et avec un air contrit il m'avoua « qu'il avait eu tort, en effet, de dire, que les formes sortant du cabinet, étaient distinctes de celles du médium — car aucune d'elles ne l'avait été : — les conditions ayant manqué pour produire cet effet. Si on m'eût laissé faire pendant quelque temps encore, je serais arrivé à produire des formes indépendantes, j'en suis certain; mais l'ignorance et l'impatience des autres ont tout gâté. »

Le gâteur en cette circonstance était sans aucun doute, à mon avis, l'intempestif Tice. Comme élément corrosif son influence suffisait, non seulement à empôcher le développement en vue du médium, mais à neutraliser les beaux faits qui avaient lieu ordinairement.

Je partis de New-York peu de lLemps après pour Paris. pour assister à la Grande Exposition (1878.) Durant mon séjour de quatre mois dans la belle capitale — du monde! — je fréquentai beaucoup les cercles spirites, où je donnai souvent des preuves de clairvoyance, ete. Chez Mlle Huet, 173, rue Saint-Honoré, où j'allai souveni, j'exerçai mes facultés au profit des nombreux visiteurs qui allaient là en investigateurs. Mlle Huet est un ancien et excellent médium, dans le genre de Mme Rodière — pour la production de coups frappés ou de communications par l'alphabet. Elle a rendu de grands services à la cause — et je lui sais gré du bon accueil! qu'elle me fit toujours.

A M. Leymarie, directeur de la Revue Spirite et de la Société des Études Psychologiques — je dois beaucoup de reconnaissance. Ses bontés pou: moi ont été de toutes sortes, ainsi que celles de son excellente femme. A tous les deux mes vifs remerciements!

Un matin, à Paris, je fus invitéà aller diner et passer la soirée chez un comte russe — M. de G. — qui était spirite, ainsi que sa femme et ses filles. Dans l'aprèsmidi, une de mes filles, Marie-Louise, vint me souffler : — « Quand tu iras chez M. de G., ce soir, n'oublie donc pas d'apporter ton crayon de sanguine! » — Et pourquoi ? lui dis-je. « Ah ! parce que nous te ferons des-

siner le portrait d'un des amis de M.de G.,et quivit en Russie, » — Durant la soirée je racontai à mes aimables hôtes ce qu'on m'avait dit et on m'apporta aussitôt du papier, sur lequel on me fit croquer le portrait d'un homme, avec une mèche de cheveux qui tombait sur le front. — On reconnut, en effet, ce portrait comme élant celui d'un ami vivant — en Russie — comme il m'avait été dit. — Hugo d’Alezi, autre médium dessinateur présent, fit anssi des portraits de vivants et de morts qui furent reconnus.

Je tire ce fait parmi des centaines semblables à celuilà, que je pus produire en Europe et en Amérique, pour l'instruction des autres. Le plus souvent ces preuves él&.ent fournies par mon entremise, au moment où je m'y attendais le moins — pour des étrangers, pour des personnes quine m'intéressaient pas. Les vivants aussi bien que les morts sortaient — et sortent encore — du bout de mon crayon, grâce aux invisibles qui dirigent ma main mécaniquement. Ces croquis, sont loin d'être des chefs-d'œuvre, mais ils suffisent généralement pour donner une idée du sujet, pour exprimer, on peut dire, le type de la personne.

Il m'est arrivé assez souvent de prédire la mort de personnes étrangères ou amies. Bien des spirites de Paris savent que j'annonçai trois on quatre mois d'avance le décès de Mme Allan Kardec. C'était l'esprit de son mari qui me le dit en se montrant à moi seul dans l'assemblée, où se trouvait cette vénérable et intéressante dame.

Le 10 août 1878 (mon anniversaire) tandis que j'attendais un ami à la gare du Nord (Paris), je vissoudain apparaître dans le ciel — malgré le toit de l'édifice — toute une société élégante d'esprits parmi laquelle se trouvait ma bonne, ma charmante Catherine — en cos-

tume de mariée. A côté d'elle je vis celui que j'avais agréé et qui allait aussitôt devenir son époux — après ma bénédiction paternelle, devant ces nombreux témoins. Tout humain, tout mortel que j'étais — sans autre télescope que celui de la clairvoyance — je distinguais bien ce beau et grand groupe d'êtres vivants, quoique morts, d'hommes, de femmes, qui attendaient la mise en action que j'allais pouvoir opérer parmi eux. C'est attrayant, un mariage, dans l'autre monde, corame dans celui-ci, et les invités, les intimes, s'y présentent dans leurs plus beaux atours. Chacun offre au couple heureux des sentiments délicats, des souhaits empressés, et cherche à embellir la scène de toute façon. C'est ce qui se passait là haut, au-dessus de la gare, au-dessus de toutes les nombreuses têtes intelligentes qui étaient là — et dire que j'étais le seul de tous ces spectateurs, qui pouvait discerner et comprendre ce bel acte de la vie humaine dans la phase spirituelle ! C'était cette pensée qui venait et revenait à moi lLandis que ce beau tableau était là — ne demandant qu'à être Vu, admiré, par les autres, comme par moi-même. Quand donc ! me disais-je, les êtres de la Lerre pourront-ils s'unir de tout en tout avec les habi- Lants de là haut, avec les leurs qu'ils aiment et qu'ils pleurent ? C'était là une tristesse qui s'emparait de mon cœur, assez grand pour embrasser l'humanité, aussi bien que ceux sortis de ma chair.

J'avais dit à ma fille, tandis qu'elle était matérialisée à Terre-Haute: qu'elle ne se repentirait pas de l'abnégation dont elle faisait preuve — en se laissant entièrement guider par moi. Son père n'avait pas oublié, ni sa promesse, ni celte profonde et délicieuse confiance que sa fille aimante avait munifestée, J'avais trouvé l'affinité qui lui convenait; à l'insu de l'un et de l'autre

j'avais tendu le piège — comme disent nos trappeurs — et ces deux roucouleurs s'étaient laissé prendre tout gentiment, et avec plaisir, il est bon d'ajouter. Je savais encore cette fois ce que je devais faire et ce que je faisais.

Aussitôt que je vis ce lever de rideau, cette apparition délicieuse, je pris mon rôle d'occasion et abandonnant là mon corps, inerte pendant quelques instants, au milieu des autres — j'allai saluer les invités, les témoins, et, prenant par la main les deux fiancés je les unis — en appelant sur eux les bénédictions des Grands Frères— lesquelles ne tardèrent pas à descendre sur les deux heureux, comme d'une corne d'abondance, non pas comme un désir, un souhait, mais en toute réalité substantielle, en flots quasi tangibles — comme une vapeur quine cherchait qu'à se condenser. Gette délicate attention des Grands Directeurs était un cadeau de leur part. C'était la substance raère de toutes les substances, de toutes les matières : l'élément primordial de tous les corps — contenant en lui toutes les formes : — c'etait enfin un flot d'Æther !/ On comprit l'intention suggérée et l'usage qu’on pouvait faire de cette quintessence de richesses incalculables, et, par la volonté — cette baguette magique — on se fit château, meubles, costumes et toutes espèces de choses utiles et agréables pour un nouveau ménage.

L'époux de Catherine, nommé Como, était dans sa dernière existence terrestre, Portugais de naissance, marin de profession et un des premiers explorateurs des Antilles. Depuis son trépas sa mission consiste à faire rechercher et découvrir le Passage Nord de notre planète — ce qui prouve que la vie d'ici-bas se continue el s'exerce à des choses utiles pour nous.

Les fêtes qui eurent lieu à la suite de ce troisième

mariage de mes enfants fluidiques, furent ce qu'elles devaient être, en harmonie avec l’état des choses qui venaient de se passer. J'y assistai, en partie, durant le sommeil de mon corps, mais je ne cherchai pas à en conserver le souvenir : le principal me suftil toujours. Catherine est venue bien souvent depuis me dire : — « Qu'elle me devait le bonheur dont elle jouissait! » La chère enfant le méritait bien : I n'y a que quelques années, elle m'annonça qu'elle était la mère d'une petite fille, nommée Marietle, partie de la terre à l’âge de cinq ans et qu'elle avait adoptée. Como en raffole comme elle-riême de cette enfant de bénédiction qui, vient fréquemment auprès de moi — pour se faire « gâter » comme nous disons. El, pour ajouter un nouveau détail (qui a certes toutes les proportions d’ur événement) à l'histoire de Catherine, je dévoile ce fait que je l’initiai, il y a au delà d’un an, dans l'ordre des Grands Frères — sa nature d'être aimant, développée à un suprême état, susceptible à tous les sacrifices — la rend assez digne de cet avancement et de faire partie du troisième degré. C'est la seule de mes enfants qui jouisse de cet honneur, lequel entraine, néanmoins, des épreuves bien autrement fortes que celles dont se plaignent les terriens. Le sacrifice de soi pour le bien général est, par dessus tout, ce qui fait le mérite personnel.

Durant mon séjour à Alger, en octobre et en novembre suivants, je me fis un devoir d'assister à une séance arabe, des Aïssawa — des disciples de Aïssa, qui, prétendait rendre ses sectaires « invulnérables » comme lui-même — à l'épreuve des éléments, etc. — en se conformant à certaines pratiques prescrites — lesquelles consistent simplement à produire l’état anormal chez les sujets. —- Je vis là des espèces d'éner-

gumènes qui, en sautant, en hurlant, comme des bêtes fauves — avec l'écume à la bouche et les yeux sortant de leurs orbites —- subissaient avec impunité, en effet, le contact répété sur la peau, d'un gros tisonnier bien rougi par le feu. [ls montaient pieds nus sur un sabre bien aiguisé et sautaient dessus, sans faire la moindre égratignure à l'épiderme. [ls mordaient à une feuille de cactus, à longs et forts piquants, sans que la bouche en souffrit aucunement. Avec un poignard, ils s'arrachaient un œil qu'on voyait pendre sur la joue — et, ils le remettaient en place sans la moindre avarie — et, finalement l'un d'eux avalait un — scorpion! ce qui donnait la chair de poule à tous les assistants. — Je tàchai de faire comprendre à ces grossiers médiums, qu'ils pourraient facilement obtenir des matérialisations d'esprits, et je leur enseignai la manière de procéder; mais ces êtres, attachés à la routine, comme tous les Orientaux, ne prétèrent qu'une oreille distraite à ce que je leur disais. Depuis plus de cent ans Aïssa avait fondé cette secte et ses suivants n'avaient pu faire un seul pas en avant.

Je quittai Paris à la fin de novembre pour aller me chauffer plus près du pôle Nord. J'embarquai au Havre sur l'Amérique pour rentrer en Amérique. Le 11 décembre j'étais à New-York et le 27 à Montréal.

Il me tardait de revoir mes visiteurs d'outre-tombe en chair et en os — et, comme le Canada Français n'’ouvre pas encore son ciel à ces hôtes, pas plus que la Mère-Patrie — je partis de nouveau, pour Philadelphie cette fois. J'arrivai dans cette belle grande ville, qu'on surnomme souvent Quaker-City, le 4 février 1879. H. C. Gordon , était le médium que j'allais voir. J'étais le lendemain soir à son cercle pour la première fois. C'était un petit homme blond, âgé d'une cinquantaine

d'années ; sa médiumnité datait des premiers Lemps du spirilisme et elle s'était maintenue indemne à peu de chose près. Home cile ce médium dans ses Mémoires et en fait des éloges. La lumière à ce cercle n'était pas aussi forte que chez Mme Lindsley — mais de près on pouvait distinguer les traits des formes. On y chantait durant les entr'actes ou quand les esprits ne se montraient pas, soit à une ouverture (comme à New-York) soit entièrement en dehors du cabinet.

A la première séance j'eus la visite de Delphine et de Céleste, maïs elles n'étaient guère reconnaissables. A la seconde Emma eut le bon esprit de se présenter à l'ouverture du cabinet, où elle pouvait mieux paraitre. Je la reconnus aussitôt ; elle avait ici comme toujours, les mêmes doigts suintants, le même ton de voix, allures, grimaces, etc. Elle savait que j'avais apporté d'Alger un petit cadeau pour elle — un collier mauresque de fausses monnaies — et elle le demanda; cet impromptu me fit plaisir. Sortant alors du cabinet je vis qu'elle portait au front cet ornement, comme les Algériennes souvent le mettent — ce qui prouvait bien que ma fille était allée au nid des anciens corsaires, les yeux ouverts. Elle devait, en effet, conserver un vif souvenir de ses expériences — la chère fille! Elle alla de l'un à l'autre parmi les assistants pour montrer sa figure et son collier, me tenant par le bras tout le temps —- et elle disparut en dehors du cabinet, en fondant sur place, mais sa tête resta en vue quelques instants, montant et descendant pour faire carillonner les pièces du collier contre le plancher, — fantaisie de femme et d'esprit qui plut à tout le monde. Ma « diablesse » a un esprit original et ne tient jamais à faire lapisserie,

J'avais apporté un autre cadeau, mais pour Marie-

Lo uise : une longue écharpe en soie algérienne à fond blanc, avec barres transversales aux bouts en couleurs brillantes et or, se terminant par de longues franges blanches. Ma chérie savait aussi que ce présent l'attendait et elle ne tarda pas à venir le chercher, Quelle apparition gracieuse ! Tout en elle et autour d'elle je pouvais voir sa nature suave et pénétrante s’exhaler comme un chaste parfum et embaumer l'air. Cette vision, quoique condensée ou rendue matérielle, me suffisait pour la reconnaître. Elle vint tout droit à moi m'enlacer de ses bras el me caresser. J'étais heureux ! Que j'avais bien fait, pensai-je, de partir de l'Europe fossilisée, pour venir jouir d'une telle scène dans le Nouveau Monde !.. Je n'en revenais pas du bonheur qui m'inondail en ce moment! Pourquoi donc ma fille, vue ou sentie, de loin ou de près, causait-elle en moi des sensations si ineffables ? Pourquoi s'enroulait-elle si étroitement autour de moi, comme lelierre au chêne? Pourquoi, lorsque je la tenais ainsi embrassée, que … j'oubliais tout, tout? Ces questions s'étaient souvent présentées à moi, mais jamais je n'avais essayé à connaître le mystère, quand durant mon séjour à Philadelphie, mon fils, Charles, me le dévoila inopinément.

J'avais, on doit se rappeler, remis à plus tard le mariage de Marie-Louise — ce qui prouvait bien qu'il existait dans ma pensée d'esprit certaines raisons assez sérieuses pour me pousser à agir ainsi, à l'encontre des désirs de ma fille. Consciemment je ne connaissais pas ces raisons, mais tout finit par se dévoiler. Après les noces j'avais souvent la visite des deux heureux, mais après quelque temps je m'aperçus que Marie- Louise venait seule et moins souvent. Cela m'étonna un peu d'abord, mais je n'y prêtai pas grande attention. Je finis, néanmoins, au bout de neufou dix mois,

par comprendre qu'il devait y avoir quelque chose de louche dans ce changement de front. J'appris enfin — chose qui étonnera plus d'un de mes lecteurs — que le mari de ma chère fille était jaloux de moi! 1} S'imaginait que sa femme m'aimait plus que lui! C'est pourquoi . Marie-Louise, bien à contre-cœur, me négligeait un , peu. Il y avait déjà un an qu'ils étaient mariés el depuis quelques mois je connaissais la position pénible de ma fille, et j'en souffrais. Une nuit Joséphine et Céleste me parlèrent de cette affaire et la première me dit tout à coup : « Mais pourquoi ne l'arranges-tu pas? Tu es capable de le faire! » et elle ajouta : — « Ah! si j'avais un mari comme celui-là !... » Donc, un soir, au moment où je ne pensais nullement à cela, Charles me dit de but en blanc : — « Sais-tu, papa, que Joseph, le maride Marie-Louise, a une espèce d'excuse oude prétexte pour être jaloux de toi ? » — Comment! lui dis-je brusquement — oses-lu dire une chose pareille ? Et j'allais me ficher contre mon fils qui m'apportait une explication de ce mystère. « Eh bien ! — notre jaloux à appris que Marie-Louise avait élé autrefois sur la terre — il y a très longtemps de cela — ta femme ! .. » Ce mot m'expliquait tout.

La suggestion piquante de Joséphine, faite à brülepourpoint, devait se réaliser, mais plus tard, lorsque je vis le moment favorable. Et, afin de terminer cette histoire, j'anticipe d'un an la date. — J'appelai un jour ce désagréable et malheureux sujet, et le prenant par l'oreille je lui fis, pour la première fois, une semonce sévère et le clouant à un rocher avec une volonté de fer, je lui dis qu'il resterait là jusqu'à ce que les sueurs de la mort lui sortissent de tous les pores. Et, afin ‘d'activer l'opération je l’entourai de vipères — dont il avait grande horreur, je le savais —le laissant là souffrir

des agonies presque sans nombre. Ge ne fut qu'au bout de trente-six heures que je sortis la victime du supplice — et que je permis à Marie-Louise de lui porter secours et courage.

Il s'agissait dans ce cas de provoquer une grande réaction dans le sujet pour lui enlever un triste héritage, qu'il tenait de sa mère et avait apporté avec lui de la terre, quoiqu'il mourût en bas âge. Cette œuvre de ma part, d'un caractère scientifique et charitable, devait avoir l'effet voulu — car aux grands maux il faut les grands remèdes. Ma chère fille connaissait avant son mariage la maladie de celui qu’elle voulait secourir et elle savait ce qu'elle aurait à souffrir -- ce qui ne la fit pas hésiter à accepter cette mission. C’est là la pitié et la piété pratique des anges — lesquelles se rencontrent sur la terre dans les cœurs féminins surtout. Ah! il n'y à pas à craindre pour l'avenir de l'humanité, nulle part, tant que de tels dévouements existeront — tant qu'il y aura des femmes qui, toujours, chercheront à s'immoler, le rire sur les lèvres et la joie dans le cœur !!

Ainsi que je l'ai déjà dit, les vices sont considérés dans l’autre monde comme des maladies et subissent un traitement en conséquence. Même sur terre on commence à prendre ce point de vue, parmi les nations civilisées,; les connaissances psychiques mèneront l'humanité Lerrestre vers un état meilleur en dissipant les nuages qui obscurcissent ses horizons.

Avant d'entrer dans le cabinet le médium, Gordon, avait la sage habitude d'annoncer aux assistants que les formes qui sortaient du cabinet ou se manifestaient en aucune manière, pourraient bien ne pas être à chaque fois des formes indépendantes — car il savait qu'on se’ servait de lui dans des cus de personuification et de

transfiguration, aussi bien que de sujet passif, pour la productionde formes indépendantes : qu'étant endormi durant les séances il ne pouvait savoir ce qui avait lieu, ete, Mais, malgré cet avertissement, renouvelé à chaque séance, il arriva que ce médium fut molesté plusieurs fois par de fanatiques incrédules, par des orthodoxes enragés, qui ne pouvaient souffrir que les morts sortissent de leurs tombes. Tous les médiums de celte catégorie ont eu, à vrai dire, ce sort — d'être considérés comme des humbugs, charlatans — comme la plupart des novateurs en science et en philosophie, Le progrès se porte bien tant qu'il est bafoué et tyrannisé ! xare les époques où chacun s'endort d'aise et d’insouciance !

On trouva le moyen une fois de faire incarcérer ce médium pendant un an dans un hospice d'aliénés. Durant ce temps les esprits lui apportaient sur le seuil de sa fenêtre des gâteaux, des fruits et même des cigares — et de bons cigares, me dit-il. Grâce à l'intervention des invisibles qui, au besoin, savent inspirer et guider des cœurs nobles et généreux, Gordon put sortir de sa prison et continuer sa mission. En d'autres circonstances, presque aussi pénibles, il trouva encore des sauveurs. Quand ses finances arrivaient à bout, aussitôt surgissait quelqu'un prêt à combler le déficit et à remettre les choses en ordre. C’est la vie des artistes matériels et spirituels.

Ces faits d’interposition me rappellent celui que Mme Lindsley me conta un jour à New-York. Cette pauvre femme se voyant ainsi réduite à la dernière misère, sans un sou pour acheter du pain à ses enfants el ne sachant que faire pour sortir de ce mauvais pas — reçut tout à coup l'inspiration d'aller (trouver un certain homme, qui, lui prêterait la somme nécessaire

pour se rendre à Chicago, où elle rencontrerait, en sortant du train, un sauveur qui lui dirait : — « N'êtesvous pas Mme Lindsley ? » et qu'elle devait le suivre où il la mènerait. La chose se passa à la letire — et un mois après son arrivée à Chicago ce médium retournait à New-York avec mille dollars dans son portefeuille. J'eus deux fois, à Paris, des preuves personnelles, qui démontrent la puissance des esprits dans certains cas — comme pourvoyeurs de biens matériels. La première fois je constatai avec surprise que mon portemonnaie contenait cinquante francs de plus que je n'avais quelques heures avant. La seconde fois il s'y trouvait cent francs de plus. Alors j'ouvris les yeux bien grands et je commençai à comprendre que la corne d'abondance des fées ne devait pas être tout à fait épuisée, et, voulant m'assurer de la nouveauté et de la certitude du fait, j'appelai mes féeriques filles pour les questionner sur ce sujet. Elles apparurent toutes joyeuses, comme étant au fait de ce dont il s'agissait. A ma réquisition elles se dirent non coupables ! — Mais vous devez savoir qui l'est? demandai-je : « oui, oui! c'est grand'maman ! » répondirent-elles en chœur, tout exultantes de mon étonnement. Je me dit alors : Une mère change de corps, mais non pas de cœur! La mienne tenait à ne prouver, ce qu'elle m'avait souvent dit — de ne pas craindre pour l'avenir! Je n'avais guère besoin de ces deux sommes, si mystérieusement versées dans mon porte-monnaie; mais la chose me prouvait ce que ma mère pourrait faire au besoin. — On se demandera naturellement : — Mais où les esprits prennent-ils cet argent ?.. [l s'en perd tant partout ! Il y avait bien dix ou douze jours que je fréquentais le cercle de Gordon et je commençais à m'étonner de la non apparition de Henry, quand un soir il se montra

à l'ouverture du cabinet souriant et gesticulant — comme si la mort ne l'avait jamais marqué de son sceau. I devait y avoir auguille sous roehe pour qu'il eût tant lardé à venir — lui si alerte, si pressé ordinairement à m'accueillir. En effet, il y avait de l'extraordinaire en voie, du « surnaturel » comme disent les logiciens et les rhétoriciens sortis des collèges — comme si ce mot ou son sens n'était pas un nonsense, non-sens. Henry ne venait pas les mains vides, tel que je le sus bientôt. Sa ressemblance était parfaite et l'allure enjouée et les yeux pétillants le complétaient admirablement ; mais tout dans sa manière d'être me disait qu'il cachait quelque chose. Comme je l'interpellais sur ce point il sortit aussitôt ses mains de l'ombre et me dit joyeusement : « Reconnais-tu ça? hein! » me montrant en même temps une canne noire, dont il cachait le pommeau avec une de ses mains. — Ma foi! lui dis-je, il me semble la reconnaître, mais je n'en suis pas certain. La canne que mon espiègle tenait dans ses mains et qu'il approchail tout près de ma figure paraissait être d'ébène et de la grosseur de celle que je lui avais donnée. Pendant deux outrois minutesil metaquinaavecses paroles et ses gestes et finalement il ta sa main du pommeau et s'écria : « Maintenant tu dois la reconnaître ?.. » En effet, il m'eût été impossible de dire autrement. C'était bien la canne que je lui avais donnée à New-York, au cercle de Mme Linsdley, avant mon départ pour Paris. Je la reconnaissais par le pommeau en or, ses ciselures et l'inscription. Alors, Henry, tout fier de son exploit, se mit à jubiler, à s'épanouir d'aise devant mes regards étonnés et charmés.

L'assistance élait nombreuse ce soir-là et j'appelai chacun à tour de rôle pour voir la canne que mon magicien de garçon, dix mois avant, avait dématérialisée

et qu'il venait maintenant de rematérialiser. Tout le monde s'extasia devant cet objet revenu de l'autre monde, après avoir appris l'histoire de mes lèvres. Henry se complaisait à montrer son cadeau et à affirmer tous les détails que je racontais. Pendant au moins vingt n' autes il occupa parmi nous un haut piédestal. Personne n'avait jamais vu chose pareille; c'était inouï ! disaient-ils. -— A deux autres séances Henry montra encore sa canne et à chaque fois elle disparaissait avec lui.

Ma petite Marguerite se présenta à une séance avec une couronne de roses blanches exactement semblable à celle que je lui avais donné® au cercle de New-York — ce qui faisait pendant avec l'histoire de la canne. Emma me rappela une promesse que je lui avais faite à Terre-Haute et que j'avais complètement oubliée — de lui apporter une bague. Cet incident de rien prouvait bien toutefois son identité et sa mémoire: c'était le seul motif de son dire. Joséphine venait d'une manière charmante et avec beaucoup de puissance; ses toilettes variaient souvent et ses allées et venues parmi l'auditoire se faisaient sans gêne, avec assurance. Une fois je lui demandai d'orner son tablier blanc d’un bord en couleur. et sans remuer du milieu de la chambre elle le fit d une manière étrange. Elle me dit de désigner sur le tapis la couleur que je préférais. Je choisis le rouge. Alors chacun put voir s'échapper du tapis un petit nuage rouge, lequel monta des pieds à la robe et de la robe au tablier, où il se fixa autour, laissant là un joli bord permanent. C'est de la magie blanche comme on n'en voit guère chez les prestidigitateurs ! Une autre fois je lui demandai de jouer un air sur l'orgue de salon qui était dans la salle de séances. Je lui dis, que je lui donnerais un dollar sielle le faisait. Elle se rendit à

l'instrument, s'assit et joua un morceau plein de senliment. Gomme elle allait disparaître dans le cabinet je la rappelai et lui donnai la récompense promise en lui disant — mais mentalement — : Si tu n'en'veux pas tu pourras en faire cadeau au médium. Après la séance je demandai à Gordon de vider ses poches, ce qu'il fit volontiers, et on trouva la pièce d'argent dans une poche de son gilet enveloppée d’un papier gris, sur lequel se trouvait écrit au crayon : « This is a novel way of contributing, (signé) Shaddock. — Ceci est une nouvelle manière de contribuer. » Shaddock était le nom du directeur des esprits de ce cercle: il se montrait souvent et causait haut avec les assistants.

Je fis cadeau d'une paire de mocassins à Joséphine ; elle s’en chaussa aussitôt devant moi et se mit à danser avec. Son frère Joseph en eut une paire aussi, et cha: que fois fois les deux ne manquaient pas de porter ces chaussures indiennes. x

A une séance, Eliza, ma femme, se matérialisa et se montra à la porte du cabinet; sa ressemblance était parfaite et la robe qu'elle avait était en tout point exactement semblable à son ancienne robe de noce. Je la reconnus immédiatement. La mise en scène de cette apparition n'aurait pu ètre mieux : mais ce n'était qu'une création frappée de mutisme ; la forme consumait l'expression par sa grande puissance.

Le 22 février, étant la fête nationale de Washington, l'assistance au cercle était nombreuse. On s'attendait à voir paraître le Père de la Patrie, ainsi qu'on l'avait en quelque sorte promis ; mais ce fut l'esprit du général Rochambeau, son délégué, qui apparut à sa place, avec le costume complet du temps. Il portait dans sa main le pavillon étoilé qu'il secoua de côté et d'autre, tandis qu'en chœur nous chantions ZZail C'oluinhia! l'hymne

national. Cet esprit, petit de taille, mais grand par ses manières et s’ ; gestes, reprenait bien son rôle d'autrefois, comme un de ces envoyés de la France généreuse, qui avait pour mission d'aider à fonder la Grande République.

Tout en ce revenant exprimait bien le grand et noble poème sorti du cerveau et du cœur de la Grande Déesse du monde, de cette Mère de tant d'Etats, qui, s'oubliant elle-même donne tout aux autres — même aux ingrats ! Sublime esprit d'amour ! devant toi tous les fronts purs s'inclinent, tous les cœurs tressaillent ! et ce fut ainsi que Rochambeau fut reçu par nous, Américains, à cette séance.

A la même occasion, l'année suivante, mais à un autre cercle, Washington apparut bien matérialisé el prit part à une petite fête que nous fîimes en son honneur. Il était bien reconnaissable et portait son ancien costume de général. :

A ce cercle, comme à d’autres, il arrivait quelquefois que mes jovialités avec mes enfants choquaient l'esprit morose et retardataire de certains assistants. Raïides et compassés, solennels et grotesques comme des momies, ces anciens méthodistes ne pouvaient pas comprendre qu'on fît d'une salle de séance un lieu pour rire, ou qu'on reçût les morts autrement qu'avec un visage lugubre. Ces braves gens agissaient ainsi de bonne foi, ce qui n'empèchait pas mes gentilles rieuses etmoi-même de voir etd’agir autrement. A une séance je vis (comme lucide) le buste de Céleste sortir de celui du médium — et aussitôt le rideau de l'ouverture fut retiré et elle apparuten me faisantsigne d'aller là. — Mais Lu es belle comme un cœur ? lui dis-je! — ce qui illumina davantage ses traits ; elle avait aussi une mise des plus coquettes. Elle apparut ensuite à la porte du

cabinet et demanda que chacun chantât — alors sa voix domina toutes les autres voix et sa prestance assurée de diva gagna tous les cœurs. Tout le monde fut enchanté de cette manifestation et l'interview devint chose obligatoire.

Comme de coutume mes expériences avec les esprits ne se bornaient pas à celles du cercle. Une nuit je me vis sorlir de mon corps et m'élancer dans l’espace, où je rencontrai un ami qui m'entraîna dans un beau temple circulaire, dédié à la Science. Du vestibule mon ami entra dans l'enceinte, par une des nombreuses portes ; mais au lieu de le suivre — il arriva — je ne sais comment — que je me mis en tête de vouloir entrer au travers du mur de la salle. Le choc fut violent et j'en vis des milliers d'étincelles. À ce moment, mon compagnon, semblant au fait de ce qui venait de m'arriver, reparut à la porte et me regarda d'un air souriant. J'avais agi de la sorte sousle coup d’une impression terrestre, comme si mon esprit non suffisamment libéré — se croyant encore bien matériellement enveloppé — pouvait traverser une substance fluidique avec toute facilité. A ce réveil de moi-même, pour ne pas dire à ma courte honte, je suivis mon ami dans l'intérieur — mais par la porte. Nous allâmes nous placer en arrière sur un siège. La vaste salle était remplie d'esprits et à la tribune on voyait le président prêt à ouvrir la séance. Je l'entendis dire, tandis qu'il regardait de notre côté : « qu'il se trouvait parmi eux un étranger qui venait d'entrer, et qu'il serait bien aise de l'entendre dire quelques paroles à l'assemblée. » L'invilation s'adressait à moi, et cédant à cette gracieuseté

et à une impulsion de conscience, je me rendis à la plate-forme où se trouvait la tribune. Je m'entendis alors aborder le sujet de la science sous ses divers points de vue généraux, les classer par groupes d’utilités, retracer la naissance des nolions élémentaires, à travers les âges, leur développement graduel. correspondant en tout avec les besoins et les aspirations des masses, où se trouvent lesracines, la sève de toutes les sciences. Je cherchai surtout à démontrer la nécessité de démocratiser la science el non pas de la loger dans des palais — dans des serres chaudes, là où elle perd ses vertus vivaces et fortes. De plus, dis-je — la science ne peut avoir de valeur qu'autant qu'elle s'inspire directement de la philosophie — cette mère de toutes les idées, qui, en se condensant dans les divers règnes prennent différents noms, des attributions variées, des nuances multiples, quise marient toutes et forment un grand ensemble éclatant de lumière. — Je ne donne là que quelques traits du discours que je prononçai devant cette docte assemblée, de cinq à six cents esprits s’occupant de science; c'était une de leurs réunions périodiques.

J'allais descendre de la plate-forme pouraller retrouver mon ami quand quelque chose d'insolite eut lieu à côté de moi et me cloua où j'étais. Tous les assistants, aussi bien que moi, purent voir cinq formes masculines, l’une à côté de l’autre, sortir du plancher ou se matérialiser. Ces êtres, enveloppés de longs manteaux blancs, représentaient aux yeux de tous un état très avancé ; ces visiteurs inattendus, surgissant tout à coup de cette facon, étaient si imposants que chacun se trouva comme paralysé par leur présence. Après avoir salué l’auditoire en baissant la tête profondément, ces grands esprits fondirent sur place — laissant après eux

une influence de solennité. Cette soudaine apparition avait pour but d'approuver ce que je venais de dire ;et c'est ce qu'on comprit.

Quelques jours après celte expérience, j'en eus une autre qui ne manque pas d'un côté instructif. J'étais encore en route, mais au-dessus des nuages. J'arrivai près d'un esprit, étendu sur un canapé, qui se disait en lui-même : « C’est singulier ! elle m'avait pourtant bien promis, en partant de la terre, de venir à ma rencontre :!... » (C'était en anglais qu'il pensait ainsi). Sans me montrer à ce rêveur je lui criai : wka!? ou quoi? Je le vis se lever aussitôt sur son séant et regarder toul autour sans rien voir. Il s'étendit de nouveau pour recommencer son monologue. Enfin, par trois fois la même chose se répéla, seulement alors je me montrai à ce nouvel arrivé de la terre, et je lui dis : que je connaissais son histoire (car je la voyais en lui) et qu'il n'y avait rien d'étonnant à ce que sa bien-aimée n'eùt pu venir à sa rencontre — car il ne l'avait pas mérité !

‘était un sujet, assez bon au fond, qui, né en Ecosse. à Aberdeen, de parents riches, avait vécu dans l’opulence, sans faire de mal à personne, maïs sans s'inquiéter du malheur des autres. Sa vie n'avait été qu'une vie de plaisir et d'insouciance, sans préoccupation pour le bien public. Il avoua que ce tableau avait été celui de sa vie terrestre, et il pencha la tête, désespéré de ne pouvoir voir celle qu'il aimait — sa fiancée! Je lui demandai alors, ce qu'il serait prêt à faire dans le cas où je la lui ferais voir ? — « Tout ! tout ! » fut la réponse attendue, et qu'il exprima avec une ardeurinouïe, en me dévorant de ses yeux. À mon appel l'esprit désiré surgit de la pénombre et fut aussitôt accueilli avec des transports d'allégresse. Cette femme s'assit sur le canapé à côté du malheureux rendu heureux, et, la main dans la main, ils volubilèrent à leur aise. Mais bientôt je mis fin

à ce charmant tête-à-tète -- en faisant éclipser la belle. C'était inhumain! dira-t-on ; mais c'élait spirituel, dans le vrai sens. Mon protégé devint tout à coup une ombre de lui-même — affligé, abattu, morne de désespoir. C’est là où je l’attendais. Je relevai alors son moral en l'assurant qu'il pourrait plus tard la garder près de lui — mais que pour cela, il fallait se refaire — mériter d’être heureux! Il comprit et déclara qu'il ne demandait pas mieux que de suivre le chemin que je tracerais pour lui. Je lui dis alors qu'il devait retourner dans son pays — dans son atmosphère — et là travailler à consoler, à guider d’autres plus malheureux encore que lui et à apprendre qu'un esprit n'a de la valeur que par ses connaissances, son dévouement et ses épreuves. J'appelai quelqu'un pour lui servir de guide durant sa mission et lui souhaitant courage et persévérance, je le vis partir avant de partir moi-même.

Chose singulière à noter et qui me servit de sujet de réflexion, — tant il est vrai de dire qu'on apprend ou qu'on se ressouvient en enseignant aux autres — c'est que durant cette entrevue j'avais remarqué que lorsque monsujetme parlait, sa voix aulieu de prendre sasource en lui, venait de moi. J'étais la puissance ou le médium par qui il était contrôlé — c’est pourquoi ce fait psychique si intéressant se manifestait. Cela m'expliquait en même temps ce qui était arrivé quelques jours avant au cercle et qui m'avait intrigué. Tandis qu'un esprit parlait à la porte du cabinet, j'avais constaté avec surprise, que sa voix semblait venir d’ailleurs, du fond du cabinet, où le médium était assis. — J'étais maintenant renseigné — et mon excursion m'avait profité aussi bien qu'à l’autre. Ce fait, néanmoins, ne se produit que rarement.

Les essais répétés de Delphine pour se matérialiser

convenablement réussirent enfin, mème au delà de mes espérances. Elle venait maintenant éclatante de beauté, avec son teint de blonde, rougi d'émotions mobiles — comme autrefois sur la terre — avec ses traits particuliers d'alors : avec ce grand air qu'on lui connut — mais tempéré et rendu charmant par un vernis d'ingénuilé — avec ces avantages elle sut plaire à tout le monde. Son bon goût se montrait dans les toilettes, parfois élégantes, qu'elle portait — et pour prouverses capacités de confectionneuse à bref délai, il lui plaisait souvent de fabriquer en pleine vue, du bout de ses doigts, des monceaux d’étoffes fines, de dentelles de toute sorte —-lesquelles tombaient à ses pieds, sur le tapis. Ramassées ensuite par elle et secouées dans ses mains féeriques, elle détachait du tout des pièces différentes d'habits, dont elle s'affublait sans bouger de place. En conservant une petite partie de ces tissus d’araignée, qu'elle se remettait à manipuler, à secouer, il arrivait alors que des nuages entiers de dentelle se formaient, larges d'un demi-mètre à un mètre, lesquels nuages si diaphanes, élaient vivement répandus audessus de nos tèles par ses mains actives et agiles. Chacun alors cherchait à saisir ces caressants, papillonnants issus — mais Delphine, plus alerte que nous, dirigeait telicment leur course que nos mains restaient vides. Ce jeu se terminait toujours en permettant à tous le toucher. Plusieurs fois elle me fil asseoir au milieu de la pièce et fabriqua ainsi tout un berceau ou boudoir autour de nous deux; là, à demicachés dans le mème réseau— emblème de la similitude de nos pensées, de nos aspirations, de nos sentiments, de nos désirs, de notre mission — nous pouvions pour un moment savourer ce qu'il y avait de délicieux dans cette situation — organisée par un caprice féminin.

Mes filles se livraient aussi parfois à Ja fabrication de dentelle, ainsi que d'autres esprits ; les conditions du cercle rendaient cette manifestation facile.

Durant mes visites répétées et de longue haleine à Philadelphie ou à ce cercle, j’eus l’occasion de voir bien des choses que je ne raconte pas. Je n'ai pasl'intention de faire de ma montagne de faits un Himalaya ou un mont Everest. Le triage que je fais de mes expériences avec les esprits par la voie des médiums et par la voie directe de ma propre médiumnité, devra suffire, et largement, à satisfaire même les plus exigeants. Mon factum n'a guère, que je sache, de parallèle dans la littérature spirite, au double point de vue — théorique et pratique — abordant, comme il le fait, des questions tout à fait ignorées jusqu'à ce jour, surtout en Europe, mème parmi les croyants. — Il y à bien des soleils dans les systèmes planétaires qui roulent autour du nôtre : de même dans notre sujet. L'avenir recèle des mystères ou des vérités bien autrement grandes que toutes celles qui se trouvent parmi nous, qui se cachent dans des cerveaux isolés en attendant des conditions favorables pour se montrer à tous.

Comme chez Mme Stewart j'eus chez Gordon un grand nombre de séances privées, où je pouvais me délecter avec les miens, bien mieux qu'aux séances publiques. Il arrivait presque toujours, dans l'un comme dans l'autre cas, qu'au moment même où le médium entrait dans le cabinet, un esprit féminin, vêtu de blanc, se présentait à côté de lui, lui faisant peur parfois — ce qui nous faisait rire. La soudaineté de la chose était si grande, même pour ce vieux so/dat, qu'il en tressautait quelquefois. Emma remplissait assez souvent ce rôle pour me réjouir et se rendre utile. Une fois, à une séance privée, agissant en cette capacité, elle put briser

en partie la violence du coup que des esprits malveillants, cléricaux, voulaient infliger au médium. A la première attaque de ces esprits, qui étaient parvenus à s'introduire dans le cabinet, grâce à l'ingérence d'une de leurs « pénitentes » que je connaissais bien - je vis le médium (endormi) sortir tout à coup du cabinet, tout effaré, tout troublé, comme ne sachant que faire. Il rentra après quelques essoufflements, mais pour en sortir de nouveau, presque aussitôt, mais d'une manière des plus comiques — pour moi! hien entendu ; il fut lancé horizontalement en dehors du cabinet et tomba ainsi au milieu de la salle — ce qui eut l'effet de le réveiller complètement. J'en riais à me tordre les côtes — de voir l’ébahissement, la frayeur et tous les autres sentiments qui se peignaient sur la figure de la pauvre victime, ainsi étendue sur le tapis, comme une grenouille. C'était plus fort que moi ; le comique l’emportait surletragique. Malgré mes instances le médium refusa de rentrer dans le cabinet, il en avait assez pour cette fois.

J'avais apporté à ce nouveau cercle, pour mes filles, une foule d'objets de toilette, jusqu’à un parasol japonais, dont elles se servaient avec plaisir ; le cabinet était la garde-robe. On m'annonça un jour, directement, que je recevrais bientôt au cercle la visite d'un nouvel esprit féminin, qui s'annoncerait en me faisant une croix avec sa main sur ma poitrine. C'était un satellite nouveau qui s’accrochait à mon entourage — une perle de plus dans mon écrin. Cet esprit appelé Pureté méritait bien, en effet, non seulement ce titre, qu'on lui donnait, mais tous les autres, les plus élevés — ainsi que je pus voir peu de jours après, par ma propre clairvoyance, tandis qu'elle se trouvait une nuit à côté de mon lit. Je vis qu'elle n'était pas seulement de la

Grande Frérie — mais au delà. Je le lui dis — ce qui la fit sourire avec douceur. C'était une âme descendue de la Sphère Ethérée, mattrialisée (comme on peut dire) dans le monde fluidique, pour une mission fraternelle — pour m'aider à remplir mes tâches; et, à cette fin, pour mieux s'unir à moi, elle s'était fait aimer de mon fils Charles et désirait devenir sa femme. Qui veut la fin, prend les moyens! C'était ainsi que cette fille de l'Ether pur l’entendait. Elle se mettait au niveau de Charles sans la moindre hésitation, sans croire déroger — ou dérogeant les yeux ouverts, le sourire sur les lèvres et dans le cœur. C'est ainsi que la suprême excellence agit toujours. — Personne des miens ne connaissait ce secret de Pureté. Delphine seule l'avait deviné. — A une séance, tandis que cet archange se trouvait en dehors du cabinet, bien matérialisé, et qu'elle allait me quitter — voyant Charles et la plupart de mes autres enfants dans le cabinet et autour, je leur révélai tout haut l'identité de Pureté, disant à Charles qu'il devait se rendre digne d’un tel dévouement, d'un tel honneur. ;

Cet être des Sphères Suprèmes qui, après avoir fail toutes ses étapes à travers tous les degrés des existences spirituelles et matérielles, ayant subi toutes les épreuves de ces deux vies, des centaines et milliers de fois — ayant droit aux béatitudes parmi les âmes — laissait volontairement ce séjour et cette condition pour souffrir de nouveau ! — Je dois dire, négnmoins, que cela n'est pas un cas isolé — loin de là. Sur la terre mème, en tout temps, en tous lieux, aussi bien que dans la région fluidique, il y a des êtres comme ce sujet, qui se trouvent au-dessus de tous les grades imaginables, et qui passent souvent parmi nous sans jeter de grands éclats, fuyant plutôt la renommée, les

titres, la richesse et ces sortes de puérilités, qui exercent tant d'influence sur les petits esprits.

Mais, on se demandera : commentune âme s'incarnet-elle dans le monde fluidique, pour avoir là un corps comme les esprits qui animent cette sphère — puisqu'il n'y a pas de procréation dans ce milieu ?.. L'âme en- Loure sa forme éthérée des fluides de cette sphère, d'une manière directe, sans passer par aucune espèce de genèse — et de cette façon elle devient visible et tangible pour les habitants de ce monde, durant le temps voulu par elle.

Pureté remplissait son rôle à merveille et captivait le cœur de tous les miens par ses façons familières el par l'intérêt qu'elle témoignait pour tout ce qui les touchait, Elle se faisait ainsi pardonner sa position élevée, en se faisant la plus humble des humbles, et aussi la plus joviale des joviales. Un jour l'idée me vint d'acheter des fleurs artificielles pour mon groupe féminin, chaque fleur devant être un emblème de chacune. Je mis à exécution ce projet ; et, comme je considérais la fiancée, Pureté, comme faisant en quelque sorte partie de la famille, j'avais pour elle une belle rose blanche. J'allai une après-midi dans le cabinet, tandis que personne ne se trouvait dans la salle, pour placer ces emblèmes séparément, mais en ligne, de facon à pouvoir être enlevés et replacés commodément. Au moment où j'allais fixer la rose blanche à la suite des autres, je vis qu'Emma était fluidiquement à côté de moi et je l’entendis me dire : — « plus loin! plus loin! elle n'est pas encore dans le groupe de la famille! » — Ah! pour le coup, voilà qui est trop fort ; voilà une distinction bien humaine, me dis-je. Je vis alors Pureté qui riait franchement et qui me pria de contenter Emma, ce que je tis à contre-cœur.

Un jour, étant dans ma chambre à dessiner, sous le contrôle de Céleste, je remarquai qu'elle avait des camarades avec elle, avec qui elle causait. Je voulus s1voir qui étaient ces demoiselles de l'autre monde. Céleste me les présenta l'une après l'autre ; elles étaient six — mais la dernière élait une Indienne (d'Amérique) nommée Jétuta — ce qui signifiait Oiseau-Choeri, Ma fille me dit alors que Jétuta était une belle chanteuse. Je proposai en plaisantant de tirer l'horoscope à ces gentilles visiteuses — ce qui les mit toutes en émoi et les poussa à agir Lout à fait comme les filles de la terre, dans telle circonstance. Je me tirai d'affaire aussi bien avec ces invisibles que je le fais ordinairement avec les dames de la terre — ce qui amenait des exelamations, etc., de la part de chacune. A la gentille Indienne je présentai un tableau tellement détaillé et vrai de sa position et de celle de son cœur —décrivant si bien la personne et la nature du «brave » qu'elle aimait — qu'elle et toutes les autres en furent vivement impressionnées, chacune à sa façon. Je proposai alors de faire un mariage, immédiatement — d'unir les deux langoureux. Toute la troupe, à part Jétuta, qui imilait la cerise, se mit à battre des mains et à sautiller, J'appelai aussitôt Longue Corne, l'Indien en question, qui arriva incontinent au milieu de nous. Je lui fis part de mon projet, lequel était de son goût ; mais il recula au moment où j'allais faire la cérémonie, alléguant qu'il lui fallait apporter les présents d'usage et amener les siens et des témoins, d'après l'étiquette voulue en pareil cas. 11 partit aussitôt et ne fut pas longtemps sans revenir avec tout ce qu'il considérait nécessaire. Durant l'intervalle Jétuta s'était aussi occupée à se faire une toilette de circonstance, et lorsque son flancé arriva avec son groupe de Peaux-Rouges,

tous porteurs de présents bien simples, primitifs — je procédai à unir les deux amoureux, en imposant mes mains magnétiques sur les leurs, etc. Je dis alors à Céleste d'amener tout ce monde chez moi et de leur donner une fête. Ainsi se termina cette scène: le badinage tournant au sérieux — en faisant deux heureux.

Maintenant, comme confirmation! on me fit d'abord dessiner le portrait de mes nouveaux mariés, et ensuite tous deux se montrèrent à moi à une séance, quelques jours après, parfaitement matérialisés. — C'est ainsi, avec de nombreuses preuves comme cellelà, que j'ai été amené, petit à petit, à croire en moimême. Il faut bien se rendre à l'évidence.

L'emblème que j'avais placé dans le cabinet pour Emma était une plume de coq. Elle méritait bien de l'avoir et de la porter; personne n'y trouvait à redire, pas même elle-même. A son insu je l'avais mise en présence d'un esprit de mes amis, nommé le Magnifique, et je pus m'apercevoir que l'un et l’autre s’attiraient et trouvaient plaisir à se rencontrer. Le Magnifique vint plusieurs fois au cercle pour me serrer la main et me dire quelques paroles, et j'étais charmé chaque fois de le voir. — Il s'agissait maintenant d’unir ces deux amoureux et c'est ce que je fis bientôt après, tandis que j'étais à Montréal — le 1e juin 1879. J'officiai pour eux, comme pour les autres avant, et l'éclat de ce mariage et des fêtes qui eurent lieu ensuite fut remarquable, magnifique, en rapport avec le nom et la condition de l'époux. Cet esprit me dit directement quelques jours après : — « Qu'il me devait le nom emblématique qu'il portait — que, lors de sa dernière existence terrestre il avait roulé dans l’opulence, dans les honneurs et dans le bonheur

— en conséquence des conditions dont j'avais pavé sa route ici-bas ! » — Jen'’en savais rien etje netenais pas à le savoir; mais je lui répondis: — Et, tu fis un si bon usage de tes biens, de ton opulence, sur la terre, que tu devins et que tu restes magnifique dans ta nouvelle vie. Il n'y avait rien d'exagéré dans ce compliment que je lui fis à brûle-pourpoint.

Au mois de septembre suivant j'étais de retour à Philadelphie et au cercle. Emma se distingua à une séance en chantant tout haut, une belle romance — ce qui allait bien avec sa lune de miel. Un jour, étant à table avec le médium, je vis tout à coup une chaise glisser sur le tapis et s'approcher tout à fait de la table. C'était mon gamin, Louis, qui avait fait ce tour de force, en pleine lumière ; il voulait dîner aussi — me dit-il en riant.

Il arrivait assez souvent que des esprits indiens se matérialisaient et se faisaient voir de près. Ces apparitions étaient bien genuine, réelles. Céleste se montra un soir — avec un costume extravagant de sorcière et tenant dans sa main la baguette cabalistique. Elle allait produire des inscriptions directes, disait-elle, sur le mur — mais, malheureusement. je gâtai tout en me moquant d'elle.

On avait fréquemment des séances de jour pour la matérialisation et d'autres aussi parfois pour l'écriture sur des ardoises ou bien sur des papiers renfermés dans un tiroir de table ou dans des boîtes. J'eus par ce dernier moyen beaucoup de communications des miens, et même des dessins, et à part cela des reliefs trés artistiques, imitant des dentelles très frss et capricieuses. I n’y avait pas de déception possible, car chacun marquait d'avance les papiers.

Céleste voulant me montrer ses talents de gymnaste,

prit un soir au cercle une chaise qu'elle plaça au milieu de la chambre ; elle se laissa alors tomber sur la chaise, mais sans toucher le milieu du siège; son corps roidi fit pencher la chaise en arrière, graduellement, jusqu'à ce que le corps eût une position tout à fait horizontale — alors elle croïisa ses jambes en metant un pied au-dessus de l’autre. Elle resta au moins cinq minutes dans cette position difficile sans déranger son équilibre et se releva sans effort visible en remettant la chaise en place. — Le lendemain Joséphine fit de même avec autant de facilité et d'élégance.

Sur le devant du cabinet j'avais fait à la craie une échelle de mesure — de pieds et de pouces. — Les miens prenaient plaisir à me donner par ce moyen leur hauteur, qu'ils faisaient varier parfois pour me taquiner.

Durant toute une semaine Delphine cessa de se montrer au cercle, tel qu'elle me l'avait dit d'avance. Elle voulait, disait-elle, pendant ce temps, se préparer pour faire ensuite une apparition merveilleuse — électrique! — ainsi qu’un esprit nommé Carrie Miller avait fait pour son père présent, quelques jours avant. La promesse de Delphine s'accomplil au temps voulu avec une surabondance d'éclat. L'assistance était nombreuse à cette séance, car le banc et l'arrière-banc des habitués ayant appris la nouvelle s’y étaient rendus en foule. Avant le lever du rideau on vit que l'intérieur du cabinet était fort éclairé et quelques instants après Delphine apparut resplendissante, entourée de lumières animées, d'un cercle de gloire, de feux si ardents enfin, que les yeux clignaient en les regardant. Sa toilette blanche brillait de rayons argentés, qui en faisaient voir le fin tissu ; les flots de dentelle sur le corsage et sur la jupe se festonnaient avec goût et on s'apercevait par l'ampleur de la jupe que les vêtements de dessous devaient être abondants, C'était tout à fait une toilette de gala où chaque détail avait été pesé et considéré à fond. L'élégance vraie avait mis son cachet sur le tout; cet extérieur était en rapport parfait avec l'exubérance artistique du sujet. Cette projection de l'esprit intérieur, si fin, si délicat, se répandait en dehors des contours et donnait à l'image un

caractère éthéré. Je pouvais voir enfin cette amie chérie — sur lerre — telle que je la vois si souvent là haut — entourée de tout son éclat d'esprit gracieux, bon et pétillant. La réalité était là, devant mes yeux ouverts et surpris ; cette vision était incontestable — puisque chacun autour de moi criait d'admiration et battait des mains. Les femmes surlout s'exclamaient en voyant cette apparition, si belle, si élégante, si illuminée, et ne cessaient de chuchoter. Comme une reine du ciel Delphine portait un diadème aux mille feux; cet emblème, en forme de boule, de la grosseur d’un œuf, reposait sur le haut de sa tête. Ce bijou ou ce phénomène d’astre personnel, était la source immédiate de tous les rayonnements qui se produisaient et s'élançaient vers les assistants ; sa force centrifuge semblait se concentrer maintenant en avant et on pouvait voir étinceler son foyer ardent — comme si un élément puissant l'eût attisé de son souffle.

Cette belle lumière électrique sur la tête de Delphine paraissait subir l’action de sa volonté, car elle allait un peu de droite à gauche par moments. Vou-. lant m'assurer du fait et désirant avoir double certitude — je fis ma question mentalement. Je dis ainsi à Delphine : — Fais donc descendre ta boule jusqu’à tes pieds et qu'elle courre des angles en allant et en reve- : nant! Ma requête ne fut pas plutôt formulée dans mon cerveau que la boule merveilleuse se mit en mouvement, comme je lé désirais, et exécuta des courses angulaires, capricieuses et si vivement tout le long du corps, que les yeux les plus vifs s’arrêtaient de voir.

Ce début de Delphine à la porte du cabinet était superbe, et elle rayonnait du plaisir qu'elle causait à autrui — ce qui, ajouté à ses autres charmes, la rendait tout simplement resplendissante. On n'avait ja-

mais rien vu de pareil! Voilà ce qu'on s'écriait de toute part. L’enthousiasme était à son comble! La mise en scène n'était pas seulement une affaire électrique, un déploiement de cet élément, de cette force ; mais, Ô calcul féminin! c'était plutôt un moyen pour faire valoir — quoi ? — les femmes qui comprennent si bien ces choses, répondront en chœur: — mais la personne! Les beautés ordinaires préfèrent le demijour, mais celles qui dépassent ce niveau recherchent la grande lumière ; de même, celles qui ont un teint éclatant invitent parfois leur société, leurs amtes, moins douées, dans un milieu verdâtre, ce qui enlaidit celles-ci, et, par contraste, rehausse davantage la beauté des autres. C’est là un péché qu'on reprocha à Delphine de son « vivant », un péché noir pour celles qui en souffraient et tout à fait mignon pour le sexe fort.

« Le plaisir de se savoir belle » — sentiment exprimé par Delphine sur terre, survivait donc en elle aussi vivement que jamais. Mais j'aurais eu mauvaise grâce de m'en plaindre, car c'était pour moi que cette scène extraordinaire se produisait.

Delphine descendit enfin de son piédestal et sortit pour venir à moi. Je remarquai alors que sa belle robe avait une longue queue, cet appendice 'gênant, quoiqu'on en dise. Elle me prit par le bras, pour aller de l'un à l’autre des assistants, et de chacun elle reçut les compliments les plus empressés. Nous fimes une marche triomphale ! Elle tenait d'une main un mouchoir de dentelle, très fine, et à plusieurs reprises elle le secoua dans la figure de divers assistants — lesquels se trouvaient comme aveuglés par les milliers d’étincelles qui sortaient alors de ce bijou de mouchoir. Ma fière promeneuse ne se hâta pas de ren-

trer, mais pressant parfois mon bras, elle gagnait ainsi de la force pour prolonger son séjour parmi nous — pour faire un bien gros bouquet des adulations qui lui étaient prodiguées. Ses bribes de conversation avec moi et avec les autres témoignaient qu'elle concentrait tout le pouvoir à la manifestation extérieure ; mais avec une extrême obligeance elle faisait voir et laissait palper, surtout par les dames, sa toilette, que je ne saurais décrire faute d'aptitude.

Cette promenade d'un grand quart-d'heure se ter mina à la porte du cabinet ; mais Delphine, avant de rentrer, m'aveugla aussi avec son mouchoir. Croyant la partie finie, je me rendis à ma place; mais bientôt la porte du cabinet s’ouvrit et la forme tangible qu'on venait de voir en dehors, apparut cette fois — vapos reuse, diaphane et délicieusement belle, il faut le dire. Le fond du cabinet se distinguait parfaitement au travers de ce corps -— par-ci par-là : les molécules corporelles et celles de la toilette se déplaçant sous la volonté de l'esprit pour produire ce tableau ravissant — cette objectivité incontestable. Ce déplacement, néanmoins, n'avait pas l'effet d'épaissir ou de défigurer les plis de côté ; la liaison se maintenait partout. La toilette gardait son entière forme première avec tous ses détails ; la tête et ses traits charmants conservaient le même volume, le même contour — et, par-dessus tout cette expression, si mobile, si enjouée, que chacun venait de voir de tout près. Il n’y avait donc pas de substitution ! C'était un corps, qui, après avoir passé par un degré, se manifestait dans un autre, au moyen de la volonté de l'esprit qui animait et dirigeait les parcelles de matières qui constituaient ces deux états.

La transformation marchait ou plutôt courait sous l'impulsion de la fantaisie féminine — ce qui, dans

tous les mondes, surpasse toujours la masculine. Delphine calculait ses moindres gestes avec art, avec une profonde connaissance des données scéniques ; tout arrivait à point, non seulement au degré mécanique, mais physionomique aussi bien. L'esprit, au lieu de perdre par in manque d'opacité, brillait au contraire sous de plus grands avantages: il apparaissait plus vivace, plus entièrement, plus lui-même. — Mais, une volte-face se fit soudainement ; les vapeurs se condensèrent tout à coup, et Delphine redevint bien tangible, bien opaque. Et, comme pour nous en donner une bonne preuve, elle produisit, tout autour d'elle, des gerbes de lumière électriques, un véritable feu d'artifice — la grande et dernière pièce — qui l’éclaira séraphiquement pendant une minute. Ces éclairs produisirent l'effet ordinaire — d'un tonnerre d'applaudissements en dehors, de la part des assistants. Ce fut au milieu de ce bruit que je me rendis au cabinet, à l'appel de Delphine. — « Eh bien ! es-tu content de moi ?» furent ses premières paroles.— Oui ! lui dis-je, en rencontrant ses lèvres interrogatives. Sa langue, maintenant plus libre, pouvait prendre son essor, et j'en profitai. Je lui dis : — IL.y a donc de la rivalité chez vous, comme chez nous? Il m'a semblé que tu voulais surpasser Carrie Miller ?.. et, ma foi, tu as réussi! Elle se mit à rire en avouant que c'était vrai. Nous causâmes ainsi pendant quelques minutes et ma charmante vision disparut. — Toutes ces apparitions diverses de Delphine avait duré au moins une demi-heure.

La séance continua,mais avec des manifestations ordinaires pour le bénéfice des autres. Une vingtaine de formes sortirent du cabinet. À un moment, le contrôle indien du médium, Konkey, dit à l'auditoire: — « Ouvrez bien vos yeux, maintenant — car il y a en-

core du nouveau ! » — On vit alors sortir six esprits, masculins et féminins, de tailles différentes, lesquels se touchaïient ou formaient chaîne tendue. Ensuite, trois autres apparurent ensemble à la porte du cabinet. C'étaient Delphine, Marie-Louise et Emma — figurant les trois Grâces. — Et, pour varier et égayer les esprits « vivants » les esprits « morts » firent sortir une des leurs, nommée Fanny (Stéphanie) Dunoyer, Française, et danseuse de ballet, durant sa vie terrestre — laquelle s'était attachée à un jeune homme, habitué du cercle. Cette fille de l'autre monde venait assez souvent nous réjouir avec ses pas, ses évolutions, ses pirouettes, ses poses sans gêne — et cela avec un costume parfois presque primitif. Elle était encore de son état et ne cherchait guère à en sortir. On assurait pourtant, qu’elle avait progressé depuis ses premières apparitions à ce cercle — avant mon premier voyage à Philadelphie. Alors, disait-on, on aurait cru voir en elle la Mère Eve; le milieu du corps seul était entouré d’une gaze — mais si diaphane! Elle cessa d'apparaitre ainsi rien que sous l'influence de son ami, son médium, qui, la menaça de ne plus retourner au cercle.

Tandis que Fanny s'occupait à battre ses ‘entrechats, etc., en toute conscience, je me mis à fredonner en moi-même, cette chanson de Béranger :

« Amis! respectons la décence. Ce mot seul vaut une chanson! »

Cette attaque plaisante de ma part l’arrêta net au milieu d'une figure et elle melança en pleine face l’écharpe de soie qu'elle tenait à la main, ajoutant vivement quelques mots qui prouvaient qu'elle n’était pas fâchée — mais qu'elle tenait à me convaincre que ses oreilles

d'esprit étaient bien éveillées dans ce corps! Je fus satisfait de cette riposte — française.

À Ia séance du 1‘ décembre, ma chère Benjamine, Marguerite, se présenta échevelée, tellement, que je ne pouvais voir ses charmants traits. Elle voulait, encore une fois, faire étalage de son abondante chevelure brune. (Je dois dire que toutes ines filles sont des brunettes.) J’invitai ma riignonne à rentrer dans le cabinet et à se faire présentable, ce qu'elle fit aussitôt de plein gré. Au bout d'une demi-minute elle reparut, attifée comme une grande fille, la chevelure bien peignée et bien ornée. Je causai avec elle un peu,en la tenant sur mes genoux; je prenais plaisir à entendre son babil — car, cette fois, elle s'exprimait facilement. Je lui demandai si elle savait écrire ; elle me répondit que oui! Je la mis à l'épreuve tout de suite, en lui donnant un crayon et une petite feuille de papier; elle se leva prestement et se rendit à une table pour accomplir sa promesse. Je me plaçai debout à côté d’elle, afin de la voir faire. Ayant rempli la page, d’une écriture déliée et bien lisible, elle me la présenta en souriant. Je lus alors: — « This is my first altempt to write. Bless you T'will do more nexttime, M. (pour Marguerite) : — Ceci est mon premier essai d'écrire. Sois béni. Je ferai plus la prochaine fois, M.» — Cette relique précieuse a toujours reposé sur mon cœur depuis cette date. — Et qui, je demanderais, ne se contente pas d'un rien comme celui-là ?

Marguerite, ou mon « Aurore », ainsi surnommée par moi, depuis bien des années, a gagné ce titre par son assiduité à m'éveiller spirituellement, chaque nuit, par ses baisers sur mes yeux. Voilà sa besogne quotidienne auprès de moi — celle qu’elle considère la plus importante de son existence. Au moment où le som-

meil s'empare de mon corps et que mon esprit va sortir — cette aurore charmante m'éveille et m'accueille. C'est une des joies de ma vie double.

:omme chez Mme Stewart les miens croquaient à ce cercle les bonbons que je leur apportais; ils s'acquitaient de cette action ouvertement, devanttoutlemonde, En échange, on me donnait des fleurs tout humides — qui semblaient sortir du bout de leurs doigts ou du plafond.

Quelques jours avant Noël, ma chère Joséphine — que j'appelle souvent ma petite Jos. et aussi Fifine — vint me dire, d'rectement, qu'elle désirait donner une poupée à une petite fille, de huit à neuf ans, qui venait souvent au cercle avec une dame qui l'avait adoptée. Cette enfant, appelée Marguerite, était déjà un fort bon médium physique. Mais le projet de Joséphine ne se bornait pas là. Elle voulait, me dit-elle, confectionner, elle-même, une toilette complète pour cette poupée; que nous irions ensemble le lendemain acheter les étoffes, dentelles, rubans, etc. Donc, le lendemain, accompagné de Joséphine, je visitai les marchands de jouets: mais mon invisible fille était difficile à contenter. Elle me mena dans sept magasins différents avant de trouver une poupée à son goût et de bonne grandeur. Alors, dans un magasin de nouveautés, elle me fit acheter ce qu’elle désirait pour la confection de la toilette. Nos emplettes finies nous nous rendîmes ensemble chez le médium, que j'avais mis au fait de l’affaira. Là, je mis tous ces articles dans une corbeille, avec ciseaux, fils et aiguilles — et j'allai déposer le tout dans le cabinet, que je fermai à clef, ainsi que la porte de la chambre — et je gardai ces deux clefs sur: moi jusqu'au lendemain. Il n’y avait pas de séance ce soir-là.

Le lendemain, durant la matinée, j'ouvris les deux

portes, et à ma grande surprise je ne trouvai pas la poupée. Gordon, qui m'accompagnait avec un bougeoir, me fit voir l'état des choses dans cet intérieur. La corbeille était là, renversée, ainsi que les outils, de côté et d'autre — et le plancher, tout émaillé de petites découpures d'étoffes de toutes formes, de toutes couleurs, ressemblait à un travail de mosaïque. En sortant du cabinet nous aperçûmes ensemble la poupée sur le petit orgue de salon. Elle se trouvait dans tous ses beaux atours -— mise avec un goût parfait.Rien ne manquait — elle avait même des caleçons, avec une fine dentelle au bas, ainsi que les jupes. La coupe de chaque chose était irréprochable et les points de couture partout étaient si fins qu'on les voyait à peine. Il y avait beaucoup de garnitures sur la robe, laquelle se terminait par une longue queue. Et, par-dessus tout, se trouvait un grand manteau à capuchon.

A la séance de Noël, le lendemain soir, Joséphine vint dans un joli costume nouveau, et, me prenant par la main, nous allâmes descendre la poupée de son piédestal. La petite fille savait déjà l'histoire, carchacun en avait causé avant la séance. Elle ouvrit de grands yeux flamboyants lorsque Joséphine lui présenta son cadeau, en l’'embrassant et lui adressant quelques paroles bien senties.

(Quatre ans après je rencontrai cette jeune fille bien grandie et elle m'assura qu'elle conserverait toujours ce précieux présent — qui était aussi frais que le premier jour.)

Vers le milieu de décembre Henry m'avait annoncé, directement, qu'ilme ménageait une surprise. Quelques jours après il m’avoua qu'il voulait me faire un cadeau de jour de l’an --en me présentant un dessin (esquisse) de ma maison fluidique — fait directement par lui, etc.

Je ne fis part à Gordon de cette nouvelle qu’au moment où je mis dans son cabinet — des crayons et une planche, couverte d'une feuille de papier à dessin, de 17 sur 22 pouces. C'était le 31 décembre 1879, le matin. Je fermai à clef la porte de la chambre et je mis cette clef dans ma poche. Durant toute la journée, jusqu'à l'approche de la nuit, je restai au rez-de-chaussée avec le médium. A l'instigation de Henry, qui vint alors me dire de monter, je me rendis au cabinet et je trouvai, en effet — la promesse accomplie! Au bas du dessin, mais dans l'ombre, je vis cette inscription: — « Happy + New Year, 1880. — Une heureuse nouvelle année 1880 ».

Ma maison, ainsi croquée par Henry, Céleste,etc., a deux étages et est de style oriental; ses dimensions ordinaires (augmentées à volonté) sont de'150 + 100 pieds. La vue est de côté. Le corps de la bâtisse se compose de deux tours rondes : la première, formant façade, a cent pieds de diamètre, à l’intérieur; la seconde, plus élevée, n’en a que cinquante. Leurs toits sont en verre, d'un seul morceau chacun. Sur le premier toit figure un phare ou boule électrique. Sur l’autre tour se voit, tout au-dessus, mon oriflamme — (laquelle apparaît lorsque mon esprit rentre dans sa demeure) et, de chaque côté, plus bas, se trouvent deux pavillons — américain et anglais : le premier, sous lequel je suis né — le second sous lequel j'ai vécu longtemps. Un second luminaire électrique plane au-dessus du toit d'un pavillon-annexe ou verandah, qui termine la construction en arrière. Ce pavillon est ouvert en bas et forme une arche; au-dessus se trouve une pièce ouverte. Le perron couvert est orné de deux colonnes ioniques. En avant de la porte principale pend une lanterne (emblème de la lumière de l’intérieur.) Sur une bannière, qui flotte tout à fait enavant et au-dessus du

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perron se lit l'inscription : Welcome — ou la bienvenue à tous! Et, ce qui par-dessus tout, dans ce dessin, me frappa d'étonnement et de plaisir, ce furent les deux lions sur le perron.

Ces deux lions! je les avais vus, examinés de près et admirés, d'une manière consciente, un an auparavant, lorsque j'étais sorti de mon corps, une nuit, pour aller voir ma maison. Le médium ne connaissait rien de ce fait, ni nulle autre personne à Philadelphie. C'était là, pour moi, une preuve de l’authenticité de ce dessin.

Chacun de douze pieds de long, ces lions accroupis sont faits d’une pierre couleur d'ambre et transparente. Hs sont d'une fort belle exécution. Au bas du perron deux statues sur piédestaux offrent des couronnes. En avant de la maison une belle montagne élève son pic haut dans les airs. C’est ma Montagne d'Expérience : c'est un emblème et un fait!

La construction entière est en pierre blanche, de la nature du marbre et de l’albâtre — c'est-à-dire, quasi transparente. Tout le rez-de-chaussée, du corps principal, forme le salon; celui dela tourelle, du côté visible, où une large croisée fait une forte saillie, est ma chambre. Les autres chambres, au nombre d’une dizaine, se trouvent aux étages supérieurs : C’est le quartier des enfants.

Ce dessin, ne révèle, à part ce que je viens de décrire, que peu de chose des détails extérieurs, de mon home dans l’autre monde. Un arbre et quelques plantes seulement y figurent, pour montrer qu'il y a de la végétation. En arrière-plan, on voit un berceau, une statue et une fontaine jaillissante — comme échantillons des ornementations existantes — mais qui se trouvent en dehors de ce cadre. Il y a des jardins, des bosquets, des écuries, des chenils — sans compter des construc-

lions fantaisistes à l'usage de mes enfants non mariés, qui demeurent sous le toit paternel. Il s’y trouve aussi des pièces a'eau, petites et grandes : enfin, tout ce qui constitue un plan arrêté d'habitation, un peu large dans son ensemble et orné de détails utiles et agréables. Joséphine, par exemple, a un musée de mannequins et d'autres objets mécaniques, considérables en nombre — lesquels sont renfermés dans une petite construction à part. dont elle seule possède la clef. Ma Filine a cette bosse, excentrique pour une fille, de collectionner ces sortes de choses — ct, il arrive souvent que des inventeurs lui font des cadeaux précieux. — Il ne faut pas croire que le génie, d'aucune espèce, som-

meille dans le monde des causes! |

Delphine et mes enfants font les honneurs 4e mon home spirituel — et il s'acquittent bien de cette besogne. Is recoivent beaucoup d'amis et autres visiteurs — et souvent on y donne des fêtes brillantes, dansantes et opéraliques parfois. Je me fais, assez fréquemment, un devoir d'assister à ces réunions, quelquefois d’une manière consciente — n'en déplaise aux ignares qui hausseront les épaules de pitié.

Un jour, Joséphine m'apparut (fluidiquement) tenant dans ses bras un chien, espèce de petit lévrier, qu'elle déposa prés de moi. Au moment de partir elle me dit que son chien s'appelait Bob et elle lui dit : « Salue papa, avant de nous en aller. » Je vis alors cette gen- Lille bête se lever tout droit sur ses pattes de derrière et me saluer plusieurs fois de sa tête. Je ne savais pas avant (consciemment) que Joséphine eût un chien, mais le fait ne m'élonna pas.

Durant un de mes séjours à Paris, me trouvant à un cercle à Maisons-Laffitte, je fis la connaissance de l'esprit de Courbet. Depuis mon retour en Amérique

cel esprit venait assez fréquemment me voir. Je m'aperçus bientôt que mon nouveau visiteur s'adonnait par moments à des débauches alcooliques et plusieurs fois je le vis 2vre-mort. Je continuai mes relations avec ce grand peintre — qui se montrait à mes yeux de voyant — grand ivrogne! Je m'occupai de guérir ce malade, et, en peu de temps, je réussis complètement. J'en fis ainsi un nouvel être, content de lui-même et désireux de travailler à son avancement. Je lui facilitai les moyens de parcourir, pendant toute une année, des sphères supérieures, en qualité de touriste. Après son retour il me dit que ce voyage avait été pour lui une source précieuse d'instruction — et qu'il en avait beaucoup profité, surtout au point de vuede l’art. Plus travailleur encore là haut qu'il ne l'avait été ici. bas, Courbet ne cessait d'exercer son pinceau, surtout pour reproduire en partie ce qu'il avail appris durant son voyage. Je m'’aperçus peu après qu'il était tourmenté par une ambition — celle de devenirle directeur d'une grande académie de peinture qui jouit d’une belle réputalion dans la zone où il se trouvait. Je réussis encore à contenter cet esprit aventureux et ambitieux. Plus tard, pendant une visite, je lui demandai, s'il était satisfait de sa nouvelle position et de ses élèves ? Il me répondit : « Élèves, mes élèves ? Pardi, il est heureux que j'aie fait mon voyage d'un an et que j'en aie profité — sans quoi ces é/èves seraient aujourd'hui mes maîtres ! »

J'ai cité l'expérience qui précède, car elle comporte plusieurs enseignements.

Le 10 août 1882, élant à Paris, je mariai Charles avec Purelé, et ce fut encore une occasion d'utiliser ma résidence pour des fêtes de Loutes sortes.

À une séance chez le médium bien connu à Paris,

Mme Rodière, Pureté me donna, par coups frappés, la paraphrase suivante de l'Oraison dominicale :

« Notre père qui êtes sur la terre, que votre nom soit aimé, que votre règne céleste soit assuré, que notre volonté marche d'accord avec la vôtre, que nous demeurions toujours unis dans les mêmes sentiments; donnez-nous dans toutes circonstances des mariages à sanctifier; pardonnez-nous les moindres oppositions que nous pourrions faire à vos désirs, comme il faut que nous-mème fassions toutes les concessions à nos semblables; soyez notre refuge dans les tentations et soutenez-nous dans les dangers qui pourraient nous perdre (le malin esprit se présente sous tant d'aspects): apprenez-nous à le mettre en fuite. En demandant à Dieu de vouloir bien agréer nos sentiments d'amour,

nous le prions de bénir nos âmes qui diront sans cesse — Amen! » « PURETE. »

J'étais allé chez ce médium dans l'intention d'obtenir une pièce de vers de Delphine; mais les conditions ne s'y prêlaient pas; de vilains rôdeurs empêchaient la muse d'approcher — et, comme elle les craignait et n'osait entreprendre la lutte — ces drôles restaient plus ou moins en place. Après deux heures d'attente, je n'eus d'elle que ceci : — « Je suis heureuse de la confiance que tu as en moi. Pourquoi te dire ce que tu sauras plus tard. Tu dois m'appeler quand tu seras seul, afin de nous comprendre, en priant Henry d'empêcher les esprits mauvais de nous induire en erreur. »

« Sans repos et sans trêve, Pour parler à ton cœur, J'ai peur d'eux et j'achève. »

« DELPHINE

Maintes fois j'ai pu m'apercevoir que Delphine n'osait braver les mauvais esprits; sa puissance ne saurait

encore lui permettre de faire face à ces êtres et encore moins de les dompter.

Vers ce temps, j'eus une nuit une vision singulière — j'élais éveillé : Je vis un esprit masculin dans une cage, enfermé là comme une bêle fauve. Ce prisonnier avait la mine triste, pleine de découragement ; il me faisait pitié. Je lui dis : — Mais pourquoi ne sortezvous pas de là! Il me répondit aussitôt : — « Je ne le puis pas !.. » Je brisai alors les barres et je lui dis — Maintenant vous le pouvez! « Non! répondit-il, mes pieds sont collés au plancher! > Et le ton de ses paroles avait un accent déchirant. Sans tarder une seconde jempoignaïi ce malheureux par la nuque et d'un coup violent je le sortis de sa prison ; mais il tomba aussitôt en syncope: — effet de réaction! J'appelai Henry et je lui dis d'enlever ce sujet, de lui donner des soins et de m'informer le lendemain de son état — ce qu'il fit. J'appris alors que le pauvre malheureux était déjà parti — refait à neuf et tout heureux d’avoir recouvré sa liberté. Je ne m'occupai pas d'apprendre — depuis quand cet esprit se trouvait dans cet état, ni de savoir la cause qui avait produit cet effet. Son heure de libération était arrivée et on s'était servi de ma médiumunité pour le secourir! — Voilà ce que je compris et cela me satisfaisait.

Bien des gens enveloppés des ruages matériels, dans ces langes qui retiennent l'esprit à l'état d'enfance, se débattront contre celte histoire, contre cet enseignement qui dévoile un des côtés pratiques de l’autre monde. Ces adolescents tapageurs, habiles à la fronde — cet amusement de l'enfance — s'exerceront à tirer contre ce point noir qui se montre sur l'azur du ciel. Ils m'accuseront d'avoir «inventé ; cette histoire — conime si ce mot ne signifiait pas plus qu’ils ne veulent dire.

ol

l'andis que je parcourais les États du Nord de l'Europe,il m'arriva un jour un épisode psychique, qui est de nature à augmenter le savoir de ceux qui cherchent à s’instruire, En ma qualité de père spirituel, dans le sens pratique et réel, j'avais déjà formulé le désir de conserver mon groupe de douze enfants à l’état d'esprits, jusqu’à mon arrivée parmi eux; c’est-à-dire, qu'aucun de mes enfants-esprits ne devait se réincarner avant ma « mort ». Donc, un jour, après avoir appelé Joséphine cinq ou six fois, sans résultat, mon esprit s’élança hors de mon corps à la recherche de l'énigme. Je vis alors Joséphine attachée à un germe — ou, en voie de se matérialiser, de la manière ordinaire. Depuis trois jours elle était dans cet état. Je lui commandai aussitôt de sortir de là et de me suivre. Tout émotionnée, la chère belle coupable me répondit : — « Oui, oui! papa; attends un peu — je vais appeler une amie qui désire se réincarner et elle prendra ma place ». La ressoudure put s'opérer sans grande difficulté — et ma fille libérée de cette attache eut à se rendre à la maison pour recevoir un traitement qui dura plusieurs semaines. Enfin, elle fut sérieusement malade durant ce temps. Elle avait enfreint une loi physiologique en brisant l'attache ombilicale qui la retenait à un germe et elle avait à en subir les consé-

quences. De plus, sa souffrance était aggravée par la conscience de son acte de désobéissance à ma volonté.

Voilà un fait de l'autre inonde, qu'on ne saura guère comment accueillir. En le niant, tout simplement, on s'épargnera la peine de travailler, de fatiguer son cerveau. Quant aux hommes de science, qui s’adonnent à l'étude du corps humain, mais qui ne connaissent pas le premier mot de la matière à l'état fluidique, ni de la physiologie à cet étage supérieur — à moins de raisonner par les règles de l’analogie — ils ne sauraient non plus comprendre ce fait.

Joséphine, vers la fin de sa convalescence, accourut auprès de moi et me dit qu'elle voulait faire un présent à son frère Henry, en reconnaissance des soins assidus qu'il lui avait prodigués durant sa maladie. Elle me consultait sur ce sujet, ne sachant faire un choix. — Mais, c'est bien simple, lui dis-je, — Henry étant musicien, un instrument rare lui conviendrait et lui ferait plaisir. J'appelai aussitôt un mien ami, grand musicien daus une sphère supérieure, et je lui fis part de mon désir. Celui-ci s’engagea alors à installer dans la maison d'Henry une espèce d'orgue perfectionné, d'une puissance inouïe, dont les sons se répercutaient à l'instar du tonnerre. Et, il ajouta : qu'il en jouerait, mais qu'il serait invisible pour les assistants. Henry, mis tout de suite au fait de ce qui allait se passer chez lui, convoqua ses confrères artistes — et la chose se passa ainsi qu'elle m'avait été annoncée. Cet instrument était une merveille — et ce ne fut qu'après trois semaines d’un travail persistant que Henry put en jouer. Il arriva alors auprès de moi et se laissa tomber de lassitude sur mon lit, en me disant : — « J'ai grandement besoin

de repos, après avoir tant travaillé ; mais j'en suis venu à bout ! »

Quelques années après, étant à un cercle, à Boston, où Joséphine trouvait d'excellentes conditions pour se matérialiser, elle vint un soir devant un auditoire nombreux, et se fit remarquer de tous par son assurance et sa manière d’être. L'idée du fait cité plus haut me revenant à la mémoire et désirant donner à tout ce monde une leçon pratique sur la réincarnation, je pris Joséphine par la main et je racontai ce qu'on vient de lire. Joséphine ajouta ensuite tout haut : — «Papa has told you the truth. » — « Papa vous a dit la vérité», — C'était la une confirmation en règle — en double !

Amis lecteurs, ces faits intimes de l’autre vie ne sont pas de trop pour vous initier aux mystères de ce monde, que vous irez bientôt habiter. La vie a partout son côté vulgaire, son côté sentimental et un ciel élevé. Les habitudes et les coutumes de notre monde viennent de là haut. Ainsi, par exemple, à chaque Jour de l'An, mes enfants esprits s'attendent à recevoir leurs étrennes. Je ne manque jamais de leur en donner et quelquefois je consulte en cela leurs désirs. Une fois Céleste voulut avoir un éléphant femelle jaune — vivant. Je pus lui procurer cette trouvaille et plusieurs fois j'ai vu, d'une manière consciente, ce gran mammifère marcher et agir et une fois prendre Céleste avec sa trompe autour de la taille et la placer sur son dos. Mais, chose comique, Joséphine ayant eu un éléphant mécanique, d'un mètre de hauteur, qui marchait, gesticulait et criait à volonté — il fallut protéger le petit animal artificiel contre le pachyderme vivant en le mettant dans une espèce de cage formée de plantes à longs et forts piquants. De même, mon Ben-

jamin, Léon, voulant avoir un poney blanc (petit cheval) je lui en donnai un d'une rare beauté, et que j'ai vu souvent — consciemment — marcher et courir avec Léon sur son dos. La pelite Marguerite, amoureuse de poupées, en possède une collection innombrable presque, de toutes tailles, de toutes sortes, la plupart d'une telle perfection, qu'on ne saurait en trouver de semblables sur la terre.

. Oui! chers amis, les fêtes, les réjouissances d'icibas, sont celles d'en haut -- seulement sur une moindre échelle. Le moins annonce et prouve l'existence du grand, du plus ! Que pouvez-vous dire contre cet aphorisme ?

Notre monde progresse continuellement — et si vivement de nos jours, qu'on a de la peine à tenir compte des merveilleuses découvertes qui se font. Dans cent ans, dans mille ans — que sera-ce donc ? Pygmées, vous aurez grandi!

Le globe cultivé, perfectionné : le monde uni par des voies de toute nature, par des relations d'un intérêt commun, éclairé et guidé par des lois sages et fraternelles — aura alors une atmosphère en rapport avec cet élat de chose. Alors, de cette mer, dans laquelle flotte la terre, sortiront des richesses inconnues, inépuisables. Du sein de cette Mère de l'humanité, qui l'environne et l'étreint de tendresses, s'écouleront des flots de puissance que chacun pourra utiliser, sans grands efforts — par la simple action de la volonté. Plus de catastrophes possibles alors — plus de déchaînements violents des éléments, ni des esprits. La navigation aérienne, succédant à tous les autres modes de transport — sera alors un fait accompli. Les recherches d'Archimède (non pas un songe creux) devenues réalités, permettront à l'humanité de traverser l'espace avec

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des ailes électriques et de se maintenir dans l'atmosphère — comme elle fait aujourd’hui sur la terre. Plus de bateaux, de chemins de fer — de véhicules lents el incommodes — plus d'organisations militaires et douanières, qui engendrent la destruction et la corruption : partout l'arbitrage et le libre éehange — et la société, en République Universelle, confédérée sur des bases solides — proclamant partout l'équité, la bonne foi, la justice — trilogie unitaire, — semant partout la charité fraternelle, l'amour du bien et du beau, le sentiment éclairé. La société, enfin, instruite par tous ses labeurs du passé, par toutes ses déceptions, ses expériences sans nombre — se trouvant, comme l’esclave libéré de ses fers, relèvera fièrement la tête pour se mettre en rapport intime avec les intelligences directrices qui planent au-dessus ou autour de tous les autres mondes. L'Age d'or alors commencera et cette terre, devenue un paradis terrestre, attirera les anges ou les bien-1imés trépassés de chacun — lesquels pourront alors se rendre visibles et tangibles à volonté et vivre souvent avec les leurs de la vie ordinaire.

Cette scène réaliste de l'avenir — aussi inévitable que le soleil de demain — aussi positive que belle — attend et attire tous les êtres humains. Il est impossible de décrire avec des mots, où en aucune manière, les splendeurs de la vérité. L'imagination la plus vive, la plus forte, sera toujours en deçà des réalités grandioses qui s'élaborent dans la Nature au profit de l'humanilé souffrante, palpitante — et travaillant au progrès ! — Rien ne peut être trop beau pour les humains qui, descendus des positions suprêmes éthérées, ont traversé toutes les misères des existences fluidiques et matérielles. — C'est là ma foi ! une foi qui se raisonne et se démontre.

Il y a, mème dane notre système planétaire, des mondes où l'état de choses que je viens de signaler — existe ! De plus, le mot prugrès — s'il a un sens — l’indique nettement, logiquement, nécessairement.

A une conférence, faite à Montréal, par Sterry Hunt — sur les causes des tremblements de terre et des éruptions volcaniques — ce savant fit un relevé des données scientifiques modernes sur ces deux sujets alliés, Il énonca l'opinion générale de tous les corps savants — que les vapeurs et les gaz dans les premières couches de la terre seuls produisent les phénomènes en question, — et que le centre de la terre — au lieu d’être une immense cavité, remplie de matières en ébullition, comme on le croyait autrefois — est au contraire une masse si solide que l'acier le plus dur n'y mordrait pas.Je donne là la substance des opinions énoncées par le célèbre Américain.

Rendu chez moi, j'appelai mon ami Jobard, pour savoir de cet esprit — savant sur terre et qui devait l'être davantage là haut — ce qu'il pensait des théories que je venais d'entendre. Il Èapprouva — mais il ajouta : « que le centre de la terre était d'une matière tellement dure qu'un outil en diamant s'ébrécherait sans produire le moindre résultat». Et, sans observation de ma part, il ajouta : — «Il y a une espèce de cavité au véritable centre de la terre, de forme elliptique, correspondant aux pôles, n'ayant guère plus qu'une lièeue en longueur et toute traversée de cellules comme l'éponge. Dans ce réceptacle se trouve un flot d'éther qui est l'âme de la terre. C’est par l'action de la planète Jupiter sur cette quintessence que la marche de votre globe est maintenue, etc., et Jupiter remplit ce rôle auprès de tous les autres globes de votre système. »

Je rencontrai quelque tempsæprès, à Philadelphie, un spirite, qui était ingénieur civil, géologue et astronome — à qui je racontai ce qu'on vient de lire. Celuici me dit, après avoir réfléchi : — «Je puis comprendre ce que Jobard vous a dit — non pas d'après nos conuaissances géologiques — mais astronomiques: par cette science plus élevée, je saisis le fil de cette démonstration, que je ne connaissais pas auparavant. »

Cet exemple prouve qu'on peut être renseigné sur tous les sujets à cette source mère de toutes les connaissances — pourvu qu'on agisse de bonne foi.

Eugène Sue me communiqua aussi, mais il y a longtemps, un long traité sur la formation des globes — à commencer par leur conception ou leur formation fluidique : «Les molécules, dit-il, qui servent à former tous les corps. sont de trois espèces : — angulaires, allongées et sphériques. Il n'y en a pas d’autres ; tous les corps n'étant complets qu'après avoir assimilé ces trois espèces de matières, qui déterminent en eux trois règnes différents. Cette thécrie éminemment scientifique et philosophique à la fois — mais qui demande à être mûrement réfléchie et comparée dans le silence du cabinet — à mon sens, répond à tout et embrasse tout.

Je reçus une nuit la visite d'un esprit féminin que je ne connaissais pas. Cette femme me taquina pendant quelque temps, quant à son identité, et finit par me dire qu'elle était une cousine de Delphine et que son nom était Sophie. Je sus plus tard, à Paris, qu'en effet, Delphine avait eu une cousine de ce nom — et de ce caractère joyeux. À une autre visite de cette Sophie — voulant la surprendre agréablement, j'appelai mon grand ami Hector et je le priai de fabriquer une belle parure pour ma gentille visiteuse — ce qu'il fit. aussitôt — mais en disant : — « C'est dommage, ces

bijoux ne pourront pas se conserver fluidiquement,. » J'appelai aussitôt Flot Doré, l'adorée de Jobard, et elle. en appuyant ses mains dessus, les rendit permanents. Hector dit alors : «Ces dames ont là quelque chose qui les amusera pendant un an». La parure composée de cent cinquante diamants — représentait les grandes divisions de la sphère fluidique; ces brillants d'une teinte différente, reflétaient l'histoire panoramique de ce monde. Sophie partit avec son trésor toute joyeuse et bouleversée jusqu'au fond de son être. C'était en effet un cadeau royal, comme on dit ici-bas — et en même temps un ouvrage historique précieux : aussi fut-ilenvié par plus d'une belle dame de l'autre monde.

Je me trouvais à New-York un an après l'initiation de Jobard dans la Grande Frérie, et je croyais qu'il avait eu le temps de faire sa cour à Flot Doré et d'arriver à l'hymen, Voulant m'assurer du fait, j'appelai cet ami et je lui posai la question carrément. Je fus surpris d'apprendre que mon cher savant en était encore à soupirer, comme un novice. Sans larder, je fis venir aussitôt Flot Doré et je leur dis: — Croyez-vous que je vous aie mis en présence l'un de l’autre rien que pour vous regarder le blanc des yeux? Il faut que ça finisse : je vais vous marier immédiatement, car vous êtes faits l'un pour l'autre ! Mais voilà que Flot Doré me dit en secret qu'une certaine formalité de l'Ordre devenait nécessaire. Je lui répondis tout haut que je me chargeais de suppléer à cette exigence, mais qu'en attendant j'allais les unir. Je tenais à accomplir tout de suite ce qui aurait dû être fait plus tôt. Donc, prenant la main de la majestueuse sœur je la posai dans celle de Jobard, et prononçant les déclarations d'usage, j'unis ces deux êtres et les renvoyai parfaitement heureux.

Le 22 août 1883, étant à Paris, on vint m'annoncer directement que Joséphine venait d'être acclamée prima dona à l’Opéra-Comique. C'était un événement pour elle — aussi important qu'un fait semblable qui arrive sur terre. Ce fut l'occasion d’une fête dans ma demeure.

Tous les jou: aux de New-York, il y a quelques années, s'occupèrent beaucoup des manifestations d'un esprit qui se matérialisait, à Astoria, en face de la grande Métropole, dans la résidence opulente d'un homme bien connu, M. Hatch. Ce spirite venait de perdre sa fille, Lizzie, à l’âge de 18 ans. Lui et sa femme voulant se consoler, eurent l'idée de faire venir de Boston une Mme Hull, médium à matérialisation, dans l'espoir que par l'entremise de cette sensitive, leur fille chérie pourrait reparaître sur le terre et réjouir leurs cœurs, La réalisation de leurs vœux fut pleine et entière. Durant tout l'hiver M. et Mme Hatch purent voir tous les soirs, leur chére fille, Lizzie, se matérialiser en plein salon, sans l’aide d'aucun cabinet. Le médium, Mme Hull, endormi sur une chaise, était en pleine vue. La charmante Lizzie apparaissait alors spontanément : d'un petit nuage blane, qu’on voyait se former sur le tapis, surgissait tout à coup la forme entière de la belle et joyeuse revenante qui allait aussitôt enlacer son père et sa mère, s'asseoir à côté d'eux et causer avec eux; elle allait au piano, jouait ses morceaux fa-oris, et, de plus, chantait à haute voix. Parfois elle montait à sa chambre déserte, suivie par son père et sa mère, et là elle furetait parmi son linge et ses bibelots et faisait su toilette. — Tous ces faits extraordinaires s'étant ébruités, la presse envoya ses reporters — qui furent bien reçus — et de là des comptes rendus nombreux qui furent publiés dans

tous les grands journaux de New-York et d'ailleurs. Je vis plusieurs fois cet esprit se matérialiser au cercle d'une Mme Cadwell, médium, à Brooklyn, en face de New-York. J'eus de la charmante Lizzie un morceau de son voile de dentelle, qu'elle venait de fabriquer devant mes yeux, en secouant ses doigts agiles — et ce morceau de dentelle, excossivement fine, fut déchiré au milieu du voile, sans laisser de brèche. J'ai encore cette relique en ma possession : ce morceau ayant été matérialisé d'une manière permanente par Lizzie. :

J'ai fréquenté les cercles de la plupart des médiums à matérialisation aux États-Unis. Chez quelques-uns mes enfants, ne trouvant pas les conditions favorables, ne venaient pas. A Boston, chez les sœurs Berry, où j'assistai en différents Llemps, à une centaine de séances, Delphine et la plupart de mes enfants se matérialisaient très bien et parlaient en français — ce qu'ils ne pouvaient faire aux autres cercles. Souvent ils venaient deux et trois à la fois et causaient avec facilité. Chez Mme Fay aussi, à Boston, j'eus un grand nombre de beiles séances, trés satisfaisantes. Chez Mme Caffrey, à New-York, Delphine apparaissait parfaitement ; elle m'a laissé des souvenirs exquis de ses visites à ce cercle. Marie-Louise aussi ÿ venait d'une manière charmante. Par trois fois de suite, à la même séance, je la vis surgir du lapis, vive comme l'éclair et tomber sur mes genoux en m'enlaçant de ses bras mignons. En fait de séances musicales celles de Jesse Shepherd sont vraiment remarquables ; elles ont lieu généralement dans l'obscurité. Le piano est joué comme par dix mains à la fois et les chants sont merveilleux. J'y entendis une fois un duv par les esprits Sontag et Lablache qui me transporta tellement — que

j'en ressens encore vivement toutes les émotions. Jamais je n'ai entendu de voix comparables à celles-là -— de chants si beaux et si puissants. Étant couché, Céleste vint me dire qu'elle connaissait bien ces deux esprits, que je venais d'entendre et d’applaudir de toutes mes forces ; elle me raconta plusieurs choses à leur sujet. -- A Charlestown, un faubourg de Boston, une dame Cushman obtient de la musique en pleine lumière. Elle tient une guitare sur ses genoux et sans le moindre attouchement, les cordes vibrent et produiseut des accords. J'ai voulu m'assurer du fait et j'en ai été convaincu. Il y a aussi plusicurs médiums qui obtiennent des communicalions — médicales surtout — au moyen d'appareils télégraphiques renfermés dans une boîte : les diagnostics sont donnés en termes techniques, malgré l'ignorance des médiums.

Deux correspondants racontent dans le Banner of Light, de Boston, du 22 septembre (1888), ce qu'ils ont vu en fait de matérialisation.Le premier ayant assisté à une séance chez Mme W. H. Allen, à Providence, État de Rhrode-Island, vit un esprit représentant une vieille femme, connue d'un médecin présent qui l'avait soienée elle et sa famille, depuis de longues années, arriver sur la scène avec une jambe artificielle, telle qu'elle l'avait de son vivant Elle alla, aidée d’une canne, auprès du médecin en question. se fit reconnaître et causa avec lui quelque temps — fit examiner sa jambe par lui et par d'autres, pour prouver qu'il y avait eu amputation de ce membre; — ensuite, voyant que chacun était bien convaincu de ce fait patent, elle se mit à faire des passes rapides sur sa jambe d'emprunt, et, à la s "prise de tous, on constata, bien et dûment, qu'elle se trouvait avec deux bonnes jambes, l’une aussi parfaite en chair et en os que l'autre. On

examina, on palpa et on se rendit à l'évidence, quelque étrange que cela parût. On arriva aussi à cette conclusion, que, dans ce cas, il ne pouvait pas y avoir de personnification, ni de transfiguration du médium — phénomène qui a lieu quelquefois et qui ne plait pas à tout le monde, quoi qu'il soit aussi intéressant que l'autre.

Le second correspondant dit : — « Etant à Boston, à une séance de Mme L. S. Cadwell, qui demeure à Brooklyn (en face de New-York), je vis, entr'autres choses, l'esprit de la mère du médium, matérialisé en dehors du cabinet et causer haut et longtemps avec les assistants. Cet esprit invita l’un d'eux à aller auprès de lui et à bien examiner sa figure de tout près, afin de constater que rien ne manquait; ensuite l'esprit dit au mortel de plonger son doigt dans l'un de ses yeux, de le faire sans hésiter, sans crainte de lui faire mal, ce que l'autre fit alors. Le doigt trouva une cavité, au lieu de toucher l'œil, qui était là l'instant auparavant. »

J'eus quatre séances chez Mme‘Allen, citée plus haut, et Joséphine et Marguerite me firent chaque fois des visites prolongées. Elles étaient si gentilles, dans ces apparitions et elles chantèrentsi bien, que j'en fus tout réjoui. Le lendemain de la première séance Joséphine vint me dire directement, que c'était e/le qui m'était apparue là. Je conclus done, qu'il n'y avait pas eu de personnification, etc. Après la quatrième séance j’appris d'Henry que Joséphine avait fardé la vérité : — qu'il y avait eu personnificalion par le médium, pour elle et pour Marguerite, chaque fois ! — Cette douche froide me surprit, etje cessai d'aller à ce cercle. J'étais fâché contre Joséphine et elle fut refoulée au large, loin de moi. — Le fait est que dans certains cas les esprits se servent de la forme du médium pour se manifester

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— üufin de pouvoir paraître avec plus d'avantage, mieux parler ou chanter et rester plus longtemps 64 place. La transformation du médium en cette circonstanre avait été tout simplement merveilleuse — mais je n'en voulais pas de ces tours de passe-passe, et on le savait de l'autre côté. On aurait dû penser, de plus, que mon alerte detective, Henry, me renseignerait ! — Ce ne fut que quinze jours après que Joséphine obtint son pardon. Elle m'apparut fluidiquement, à New-York, avec un air si contrit, si suppliant — en chantant un morceau que je lui avais entendu interpréter si éloquemment à Providence — que je lui dis : — Viens m'embrasser |

Durant ma traversée de Stockholm (Suède), à Saint- Pétersbourg, j'appelai un jour ma chère Marguerite, — mais Henry vint me dire : — « Elle ne viendra pas, papa — car elle se rappelle les angoisses de sa mort, à sa dernière existence terrestre — ayant péri en mer !» — Je n’insistai pas,mais je me mis à réfléchir sur cette leçon.

Le 4 août 1881, étant à Bruxelles (Belgique) —Riméo, grand esprit et grand peintre (amateur) sur Lerre, lors de son existence en Espagne — me fit dessiner, à la sanguine, un portrait, qui ressemble beaucoup à celui de «Jésus, le Christ ». Ma main semblait ne plus m’appartenir, tellement elle se trouvait sous le contrôle positif de cet esprit. Aussi ce travail a-t-il un cachet à part, il est d'une grande netteté et comporte ‘e style de l’école espagnole. Riméo me fit alors écrire au bas de ce joli croquis : « Apollonius de Tyane, — soi-disant : Jésus de Nazurelh ».

Etant couché je vis parfaitement le sujet de ce dessin à côté de mon lit, qui me dit : — « J'ai poussé Riméo à vous faire faire ce portrait, comme introduction à ce que je viens maintenant vous dire. Comme bien d'au-

tres vous ne saviez ostensiblement que croire sur mon compte — mais je me présente à vous pour vous assurer de la vérité de ce qu'on vous a fait écrire au bas de ce portrail. »

Avec ce mème esprit j'eus plus tard une autre expérience. Je me vis sortir de mon corps une nuit et aller dans l'espace. Mon esprit s'arrêta ou prit pied à terre sur une Colline — laquelle était tout entourée d'êtres, assemblés là pour entendre celui qui allait communiquer à cette foule immense son savoir et sa sagesse. Je me trouvais à un pas en arrière de cet esprit qui allait prendre la parole; je m'aperçus qu'il savait, que c'élait moi qui envahissais ainsi son domaine. Ma présence là semblait attendue! Sans se retourner, cet esprit me dit de bien vouloir le remplacer, et, se mettant de côté, en me saluant, il sembla me présenter ainsi à l'assemblée. L'esprit qui sait et qui est animé d'un amour fraternel, a toutes les hardiesses : done, je me vis prendre une pose assurée, en croisant mes bras. Je me trouvai être un foyer ardent, lançant ses rayons tout autour, au loin — avec autant de facilité, que si je n'avais jamais fait autre chose dans ma vie d'esprit. Mon rayonnement, sorlant de tout mon ètre, en feux de toutes couleurs et de toutes nuances, était un langage bien compris par mes auditeurs. Ce que mon moi intérieur répandait ainsi autour de lui, était une semence reçue avec avidité par tous : je le voyais, je le constatais; mais mon pauvre moi extérieur, tout éveillé qu'il fût, dans le lit — n'en recevait pas (par extraordinaire. cette fois) le moindre reflet, I s'apercut seulement, avec élonnement, que mon esprit avait parlé sans ouvrir les lèvres.

A une de mes mignonnesje demandais un jour, si elle connaissait son existence précédente, sur la terre, et

elle me répondit que oui! — qu'elle n'avait été qu'une cocolle ! — Après quelques instants de réflexion, je lui dis : — Mais, est-ce que cela ne te choque pas quand tu y penses ? Sa réponse, chers amis, fut un emportepièce, qui me révolutionna du coup : je compris. Elle répondit : « Non pas plus qu'une autre qui se rappellerail avoir élé cuisinière ! » — En effet, où est la femme honnêle qui puisse dire (en vérité) qu'elle à toujours été ce qu'elle est : 1 ‘elle n’a pas occupé les bas cons lons de l'existence

Mon fils Joseph, a dans l’autre monde, à monté en grade, de la condition de mousse à celle de commandant. J'ai suivi de près sa carrière et je sais que ses galons ont été gagnés par le travail et le mérite. Il me disait une fois — que tous les navires qui voyagent sur nos eaux douces et salées — à part de leurs équipages visibles en ont d'invisibles. Depuis son avancement au grade de commandant — il dirige des chasses contre les esprits pirates, dansles parages de la mer Rouge et de la Chine. Là, les esprit: de cet ordre et leurs congénères humains, occupent à peu près le même niveau passionnel, le même degré presque de matérialité, — c'est pourquoi les chasses en question s'opèrent directement dans les eaux matérielles, et non loin de là — ainsi que me l’expliqua Joseph.

La philosophie qui sert en tout temps à éclairer, en petit et en grand, les individus et les peuples,à mesure qu'ils mûrissent et deviennent aptes à recevoir les grands enseignements — fait comprendre que les fastes de l’histoire de l'humanité — comportent dans leur ensemble une direction et une raison quienlèvent aux détails une grande partie de leur aspect sombre et vilain.

Quand on envisage l'histoire de notre ère actuelle — depuis l’écroulement des anciens empires, de la disparition de la gloire païenne, avec son long cortège d'illustrations humaines, de profonds penseurs, d'illustres philosophes — le grand nombre des esprits terrestres s'étonne de l'affreuse reculade qui eut lieu alors — durant les pénibles commencements, si prolongés, de cette seconde grande époque de l'histoire universelle de la race blanche. On s'aperçoit que tout recommence, comme au pied de l'échelle — que l'humanité redevenue barbare, ignorante, cruelle et naïve, se lance dans des précipices sans fonds. La pensée s'obscurcit sous des masses épaisses de passions noires — et un système d'asservissement surgit qui assure à l'autel et au trône un long bail de domination, pour tenir les peuples sous leur dépendance. On croirait en contemplant ce grand spectacle que le mot progrès est une moquerie |

Ce coup d'œil rapide jeté sur notre histoire, dans les bas fonds des siècles écoulés, est de nature à faire douter de toutes les providences! — dirait-on. Ft pourtant, chacun de nous a contribué d'une manière directe à amener et à maintenir cet état de choses du passé. Intelligences au service du Grand OEuvre, oui! chacun s'est illustré en turpitudes, en violences, en crimes — jouant tour à tour Île rôle de victime et de bourreau — même ceux, qui se drapent aujourd'hui dans les plis d'une sainte horreur contre de tels actes.

Gette manière de voir, de savoir et de comprendre, n'est pas de mise ou à la mode ; mais elle le deviendra! La véritése déroule et en temps opportun ses tableaux se font voir. Rien n'échappe à l'observation : tout se retrouve ; tout s'explique!

Le Christianisme, qui tient encore l'amour dans des langes impurs, après tant de siècles d'existence, a une histoire sombre, comme la nuit des temps d'où il est sorti. Les révélations anciennes, sur lesquelles ce système se base, ont été souvent attaquées, vigoureusement assaillies —et aujourd'hui les autels chancellent, les temples se désertent — comme au temps de la philosophie païenne. L'histoire se répète, chers amis.Rien n’est plus vrai.

(L'histoire écrite ou connue du monde, ne concerne à vrai dire que la race blanche ; mais l'Asie et l’Afrique eurent aussi leurs grandes épopées. L'Afrique, le véritable berceau de l'humanité — et non pas l'Asie — donna d'abord à l'humanité une peau noire et des cheveux laineux. Ce passé existe — (car rien ne se perd.)

L'origine des choses, toute refoulée qu'elle puisse ètre, finit toujours par revenir à la surface. C'est ainsi qu'il est arrivé que de nouvelles révélations ont vu le

jour aux États-Unis — lesquelles servent à faire connaître l'histoire primitive du Christianisme sous ses traits véritables. Les anciens acteurs reviennent et disent la vérité sur leurs faits et gestes dans cette grande pièce qui se joue depuis si longtemps. Deux médiums — Alfred James et Budington — le premier de Philadelphie et l'autre de Springfield (Etat de Massachuselts) ont servi aux esprits pour lancer des”

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