‹ Mes expériences avec les esprits [microforme]Chapitre 7 sur 13 · EC ES · texte numérisé non relu

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vu la galvanisation des esprits en tangibilité, au moyen des fluides du médium, ou ceux des assistants, mais filtrés au travers de l'organisme du premier — il s’ensuit que les formes liennent, plus ou moins, de celle qui leur sert de point de départ. Je dis galvanisatior, car c'est une expression qui vient des esprits, qu'ils emploient souvent, et qui sert à démontrer qu'ils ont un corps, avec des viscères — comme le nôtre! dirait-on à faux : car c'est le nôtre qui est comme le leur. Tous les corps concrets tirant leur origine du fluidique, il s'ensuit que le monde invisible est la source, la cause de celui-ci — et non le contraire, comme l'ignorance et la fatuité le prétendent. L'enfant vient de la mère; la mère ne vient pas de l'enfant. On ne saurait trop revenir sur ce point de vue, qui est le point capital de la question. — Dans le cas présent, Mme Stewart, brunette et de taille moyenne, avait, de plus, le type de mes enfants — c'est pourquoi ces derniers pouvaient venir ressemblants, généralement, tandis que Delphine, blonde claire et de haute taille. ne fit jamais à ce cercle une bonne apparition. Cela n'était pas la seule raison, puisqu'elle se matérialisa ensuite, et très souvent, par d'autres médiums qui étaient bruns. Donc, il n’est pas de règle absolue dans ces faits, pas plus que dans tout autre.

Delphine! voir Delphine — c'était pour moi un vœu, un rêve! Je craignais de demander à mes enfants, à mesure qu'ils venaient, durant les premières séances — s'ils connaissaient une nommée Delphine — tant il me semblait qu'ils allaient être surpris et me répondre : — non! C'est pourquoi je remettais à une autre fois cette question embarrassante. S'il allait, comme une fumée, se dissiper, ce rêve ! Si tout le passé charmant, avec ses liens délicats, sa réalité poétique, allait s'effondrer? Voilà ce que je pensais, ce que je souffrais. Et pourtant Delphine, autant que mes enfants. perdus et retrouvés, depuis longtemps — avait rempli un rôle important dans mon existence, depuis plus de vingt ans. Détruire l’une, c'était détruire les autres — et, néanmoins, ces autres témoignaient bien leur existence invisible, reconnue par moi, en se doublant d'une chair tangible. Pourquoi la première ne pouvait-elle pas en faire autant ? Enfin. un jour, au moment où ma Marie-Louise était devant moi matérialisée, je fis le brave, et je lui dis ces deux mots : Et Delphine ?... — «Elle va venir bientôt », répondit-elle d'un air tranquille. Quel soulagement je ressentis en entendant cette simple réponse. Comme les incrédules, sans expérience, méritent de l'indulgence !

Delphine enfin parut, pour la première fois ; elle me dit son nom et essaya de parler plus au long, mais elle

ne le put pas. Je compris qu’elle souffrait de ne pouvoir se montrer à moi sous ses traits véritables, ni causer, et j'en reçus le contre-coup. Sa visite fut courte, et sans le résultat que j'en attendais,.

Mme Stewart portail toujours, durant ses séances, une toilette blanche, afin d'être mieux vue dans le cabinet, tandis que les esprits venaient habillés de noir ou de couleur. La lumière au gaz, voilée, était suffisante pour distinguer de près les traits des apparitions. Parfois, néanmoins, quelques esprits enduraient la pleine lumière pendant un peu de temps. Mais le trait saillant de ce cercle, qui le distinguait grandement des autres, é’était la vue constante du médium pendant que les esprits se tenaient en dehors du cabinet. In'y avait pas à douter de ce fait, car on pouvait voir la sensitive se remuer sur sa chaise. se lever même, sonner une clochette, et même sortir du cabinet avec les esprils. Souvent aussi elle parlait, mais jamais en même Lemps que les formes — ce qui ne semblait pas possible. Je vis plusieurs fois trois esprits bien matérialisés, de différentes grandeurs, à côté l’un de l'autre, à la porte du cabinet, et le médium au milieu d'eux — parlant tous l’un après l’autre.

Céleste apparaissait bien souvent en chantant: sa voix était souple et puissante parfois. La première fois que Joséphine apparut, elle se posa devant moi d'une manière crâne et entonna un long et beau chant, sur les joies de l’autre monde, qui me transporta d'aise et d'orgueil. Ces deux sœurs, mes rossignols, comme on le verra plus tard, aspiraient à la renommée dans ce sens, et elles aimaient à me prouver leur savoir-faire. Durant une de mes séances privées, Céleste étant assise à côté de moi, parlant etme flattant les cheveux de ses mains, l'idée me vint d'avoir de ses cheveux,

an TE qui flottaient sur ses épaules. Je lui fis part de mon désir, el aussitôt elle prit mes petits ciseaux et se coupa une mèche qu'elle me donna. J'étais fier de cette relique — inais il arriva qu'après son départ cette mèche fondit graduellement devant mes yeux. Minnie ni'annonça du cabinet que les conditions ne permet- Laient pas derendre ces cheveux permanents. Mais c'était là une jolie expérience.

Joseph était venu s'asseoir à côté de moi, sur le bord de la plate-forme,oûùse trouvait le cabinet, cherchant à cacher ses pieds, me semblait-il. Je tàchai alors de les voir, mais il ne voulait pas me les montrer. Après son départ, Henry arriva et je lui demandai pourquoi son frère faisait tant le mystérieux: il se mit à rire en me disant, que Joseph n'avait pu se matérialiser des chaussures, et qu'il avait eu honte de montrer ses pieds dans cet état. Oh! pudibonde coquetterie de l’autre monde: comme là et ici se touchent bien !

C'est assez l'habitude dans la plupart des cercles à malérialisation, que les esprits fassent peu de toilette, afin de ménager les fluides; la fabrication des étoffes en soie surtout épuise lemédium plus que toute autre. Une fois Céleste se présenta avec une toilette si légère, que je lui dis, en me levant pour aller à sa rencontre — mais en français, afin de ne pas être compris par les autres assistants : — Mais, ma chère — tu es en chemise! — ce qui agit aussitôt sur elle comme la foudre, Lellement ma suggestion la bouleversa, Elle courut dans le cabinet et s'éclipsa. Minnie riait de bon cœur de l'aventure, et elle me dit que Céleste n'allait pas revenir celle f6is, een effet elle ne revint pas.

A ce cercle parfois, mais rarement, des formes complètement nues apparaissaient sur la plate-forme. Ce genre de manifestation n'avait lieu qu'à la demande

unanime de l'assistance, et pour favoriser les progrès de la science. Cela n'arriva qu'une seule fois durant mon séjour, à un cercle privé.

Le 18 mai, Minnie m'annonça que Marie-Louise allait venir en toilette de #nariée! En effet ma charmante fille apparut aussitôt tout en blanc, enveloppée dans un long voile de tulle qui tombait gracieusement autour d'elle. A ma requête elle détacha la couronne qu'elle avait sur la tête et me la mit dans les mains. Je touchai sa robe, son voile et les garnitures, et je trouvai le tout bien convenable. A plusieurs reprises, elle me jeta son voile par-dessus la tète pour m'embrasser sous cet emblème amoureux: elle trouva des mots charmants pour me câliner, pour me présenter son mystère et me le faire accepter. Voilà du moins, ce que je comprenais ; mais je me tus. Après son départ, Minnie m'adressa encore la parole et me demanda si je voulais voir le fiancé de Marie-Louise ? Je répondis affirmativement. La porte du cabinet aussitôt s'ouvrit et j'allai à la rencontre du prétendu, qui me semblu éprouver les émotions ordinaires à tous ceux qui font face à un oui ou à un non dans de telles occasions. Grâce à une bonne lumière en ce moment, je pus voir très bien ce nouveau visiteur, et suivre sur ses traits réguliers Les diverses expressions de sentiment qui v apparaissaient, La mise de ce jeune homme était tout à fait de circonstance. J'appris de lui, par signes, car ilne pouvait pas parler, qu'il était né à Montréal (Canada) ; que son père élait d'origine française, sa mère élait née en Angleterre, et lui élait mort tout jeune. — Cetle entrevue, d'un caractère si nouveau, me surprit, je dois l'avouer, et me porta à réfléchir. Je compris alors ce que Henry, deux jours avant, était venu me dire, directement: que Marie-Louise élait « amou-

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reuse »; ilin'avail annoncé £ctie nouvelle à la volée, et je n'en avais pas fail de cas, La choÿg rhaintenant semblait tourner au sérieux. Enfin, ma fille avait vingt-un ans, âge où l'amour“se fail sentir dangous les mondes : el pourquoi nwaurait-elle pas le droié d'aimer, comme une autre? Je conclus d'attendre @ de juger plus lard suivantles meilleures inspirations qui me seraient suggérées par mes guides. Le moment ne se fit pas attendre beaucoup, car le lendemain, étant dans ma chambre à écrire, je vis soudain, par la clairvoyance, ma Marie-Louise entrer avec son prétendu. Je compris aussitôt le but de cette double visite : — on venait demander mon autorisation paternelle! Je pris sur le champ mon rôle de père-esprit, et je déclarai que le mariage ne pouvait avoir lieu aussitôt — alléguant des raisons, dont je sentais tout le poids, sans les deviner entièrement, pour remettre à plus tard cette célébration. Gelte décision inattendue sembla surprendre mes visiteurs, et même les froisser un peu: mais, en partant, je vis qu'ils Ctaient résignés, et qu'ils ne m'en voulaient pas d'avoir contrecarré pour le moment leurs chères espérances, — Plus tard, on verra que mon esprit en savait plus long que mon moi extérieur, ou que mes inspirateurs voyaient fort bien ce que cachait le voile de l'avenir. -- Deux aus avant Henry élait venu, à Boston, se photographier avec celle qu'il aimait, disait-il; donc, l'amour, je le savais déjà, existe là-haut d'une manière active et non pas nominale. Aux premières visites de chacun de mes enfants je remarquai que leurs mains étaient moiles et froides, ce qui me donnait une sensation désagréable quand je les touchais. Lorsque mon gamin, ou mon quinzième, vint pour la première fois, avec de telles mains, je lui dis d'aller les réchauffer, ce qu'il fit aussitôt en les re-

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æ V7 - à muant de près dans l'atmolphère du médium. Cela eut l'effet voulu. Môn « Benjamin » avait bien la taille et les allures d'un gfçon de kept ans JI passa tout droit sous mon bras tég@. ce qui étaW *sa Mhuteur. Il se rendit vivemépt Ÿ es sacs de bonbons et se servit copieusement ; de là il alla à la boîte à musique, qu'il examina attentiVement; il l'arrêta de jouer et la fit repartir. EL, c'est ce que les autres faisaient souvent aussi.

Ma petite Marguerite avait une chevelure très épaisse chaque fois qu'elle venait, et mes mains plongées dans cette masse et la remuant éprouvaient du plaisir à ce jeu. Elle conserva loujours cette chevelure chez tous les médiums où je la vis ensuite. Ma mignonne savail bien la place qu'elle occupait dans mon cœur ; ses gen- Lillesses m'ont toujours réjoui, soit à l'état de visible, soit à celui d'invisible A mesure qu'elle venait matérialisée, son pouvoir de parler augmentait, et il en fut ainsi des autres.

Ma fille, Catherine, se faisait parfois des toilettes charmantes, mais sombres de couleur. Tout sur elle semblait emprunter un cachet particulier, qui attirait le regard et plaisait. Ses manières aussi, simples el sans gène, m'atitiraient à elle doucement. On sentait facilement le charme de son caractère aimant, rempli d'épanchement et de confiance. Ge charme en elle frisait presque le défaut, comme on verra bientôl, Marie- Louise aussi portait bien la Loilette, et sa nature gracieuse et bonne la parait agréablement. Emma, en Roger Bontemps, aimait à me faire toutes espèces de farces et à me laisser d'elle un vif souvenir. Géleste et Joséphine, en artistes, et se suivant toujours de près, comme camarades et rivales en même temps — l'une répélant l’autre, mais en crescendo, laissaient en ar-

rière, chaque fois, une longue trainée de gentils souvenirs. C'est là, en résumé, le portrait assez fidèle de mes filles d'outre-tombe; je n'ai rien à y changer après un intervalle de onze ans.

Mme Stewart, peu de jours après mon arrivée à Terre-Haute, se mit à obtenir des photographies d'’esprits, avec le concours d'un photographe nommé P.-P, Price. Je suggérai à ces deux médiums de procéder comme Daguerre m'avait dit: de recouvrir l'instrument, afin d’exclure la lumière extérieure. On consentit à l'essayer, et le résultat fut des plus heureux, car Charlie Smith et Georges Powell, deux des esprits familiers du cercle, furent reproduits sur ferrotype avec une grande netteté, J'ai ces deux portraits. A la séance du sir de ce même jour, un bon nombre des assistants comparèrent ces copies en les mettant à côté des originaux qui se prêtèrent à cet examen, sous une forte lumière. Les ressembiances étaient parfaites ; les détails les plus minutieux furent reconnus par tous comme élant très exacts. Le lendemain, deux de mes filles, Céleste et Catherine, posèrent (invisiblement, comme dans l'autre cas) avec leurs amoureux : les quatre sur la même plaque de fer ce qu'on nomme un positif. Le groupe est représenté ainsi : Céleste est assise à côlé de celui avec qui elle flirte; celui-ci montre par sa pose qu'il n'est pas sûr de son fait. La toilette de soirée de Céleste est blanche: elle porte une fleur dans sa chevelure. Lui, est costumé pour la circons- Lance, suivant toutes les règles voulues ; il est assis aussi, Mais mal assis, comme sous le coup de <e lever et de s’en aller. — Catherine. en toilette de mariée, est assise; son prélendu, debout à côté d'elle, appuyant sa main droite sur le dos de la chaise, semble rassuré. Sa pose et son allure le disent clairement. Un tapis,

bien dessiné, recouvre le parquet. Cette photographie (que je conserve comme mes yeux) est un peu vague dans l'ensemble, mais les détails ressortent bien en l'étudiant un peu. C'était encore une surprise qu'on me faisait; on se mettait le voile avant d'être certaine de pouvoir le garder. Le lendemain l'amoureux de Catherine se présenta à la porte du cabinet, et j'allai lui souhaiter la bienvenue. Je le trouvai joli garçon et empressé à me voir, à me serrer la main. J'appris qu'il était né, comme l’autre, en Canada, de parents francocanadiens, et qu'il était mort jeune. Je ne savais pas encore, lorsqu'il partit, quelle serait ma décision à son égard ; mais afin de me plaire et d'influencer mon esprit en sa faveur, cet autre prétendu me donna, le mème jour, son portrait photographié. Il était très bien fait et ressemblant. J'eus en même temps deux portraits de Marie-Louise (en costume de mariée) et de son adorateur, formant groupe. Marie-Louise se tient debout en arrière un peu de son prétendu, appuyant sa main droite, tenant un mouchoir de poche, sur l'épaule du premier qui est assis et a les jambes croisées. La première photographie était un positif, sur plaque de fer; la deuxième était un négatif, sur verre. Maïs ce qu'il ya de singulier dans cette œuvre — c'est que Marie-Louise, représentée très fidèlement avec le costume que je lui avais vu, ne se ressemble nullement, mais apparaît avec tous les traits de Minnie, l'Indienne — tandis que son voisin est d'une ressemblance parfaite. Je sus bientôt après le pourquoi de la mésaventure. Marie-Louise tenant particulièrement à ce que son prétendu fût bien pris, lui avait cédé tout le pouvoir possible, à son détriment, tandis qu'elle, se faisant si négative, recevait sur sa figure le reflet de celle de Minnie, toui près d'elle et qui aidait magnétiquement

au succès de l'opération. — La femme est bien femme partout!

Ayant donné un soir une boîte de bonbons papillottes, à mottos, à mes filles, je reçus de chacune le lendemain une devise qui me dépeignait assez bien, comme caractère et autrement ; ce jeu de société est connu et est pratiqué dans le haut monde comme dans le bas — cela le prouve.

Catherine était sur le qui-vive; elle allait et venait autour de moi, à l’état invisible, comme si elle s'attendait à un signe de moi pour lui parler de ce qui l'intéressait si vivement — mais je ne faisais pas attention à ces menées, ce qui équivalait à un non-lieu. C'est ce qu'elle comprit, et elle cessa de venir aux séances. Un soir, étant couché, ma petite Marguerite vint me souffler, que j'étais — un méchant papa — parce que je faisais — pleurer Catherine! Ft, lui, dit-elle, a une fiqure longue comme ça — me montrant son bras. Je lui répondis, en l'embrassant, que Catherine se consolerail — et lui aussi. J'agissais ainsi pour le mieux — et on m'en sut gré plus tard.

Une nuit je vis Céleste arriver comme à tire- d'ailes et se jeter sur mon lit, se posant la tête sur mon bras tendu. Je remarquai qu’au moment où elle tomba à côté de moi, sa belle robe de couleur claire, ayant une longue traîne, fit un soubresaut par le bout en touchant le pied de ma couchette, et que cette partie de la toilette se trouva cachée, en dehors de ma vue. Je compris qu'elle sortait de la scène, de l'Opéra, et qu'elle voulait se montrer à moi avecson costume de circonstance. Marie-Louise arriva presque en mêmie temps et s'assit sur le bord de mon lit. Je me mis à causer avec celle-ci, sans m'occuper de l’autre; mais bientôt après je m'aperçus qu'elle dormait parfaitement. Je la laissai

dans cet état d'oubli et de repos. Au bout d’une dizaine de minutes elle se réveilla, reconfortée, dit-elle, mais elle ne se dérangea pas.

Arrivèrent alors d’autres esprits, des « grands frères », qui se placèrent autour de nous. Je les connaissais évidemment, et mes filles aussi, car nous gardâmes nos positions respectives. C'étaient de grands esprits : ‘ on le sentait sans le voir. Mes pensées, à peine formulées, étaient pour ces hommes supérieurs un langage bien articulé, et les leurs me semblaient de même; leur présence seule remplissait l'atmosphère que nous respirions de douces et puissantes émanatione intelligentes, qu'on écoutait sans chercher à y mêler du sien, . tellement la grandeur impose par sa majesté. Mes filles subissaient cet effet et s'y complaisaient. Moi, je me sentais revivre d’une nouvelle vie, mais sans effort et sans dégoût pour celle que je menais comme mortel. Eux, nous rendaient comme eux, et nous, nous les rapprochions de nos états. de leurs conditions d’autrefois, où ils aimaient à se retrouver — commel'homme mûr aime à se faire enfant parfois. Cette situation anormale, devait être comme un retrempement pour nous tous — car rien n'est inutile dans la vie — l'infinitésimal égalant le grand qui s’érige au-dessus de lui. Tout à coup je vis Céleste se tordre sous des convulsions terribles ; son corps entier semblait en proie à d'atroces douleurs, et de petites fumées se mirent à sautiller en dehors d'elle. Mon cœur de père fortement ému se laissa entraîner à l’effroi et d’un œil suppliant je regardai l'un de nos visiteurs, à ma gauche, attendant de lui un secours immédiat. Au lieu de cela, je le vis calme comme l'éternité, el sans la moindre émotion, il me répondit par ces mots : — « Héritage malsain qui s'en val» — Je compris; je me tus, et je laissai faire

— car il devenait évident pour moi que l’un ou l’autre des « grands frères » provoquait en Céleste cette révolution, qui devait lui être salutaire.

Il devient opportun de s'arrêter ici, et de se demander comment il se fait que l'être en partant de la terre puisse emporter avec lui des reliquats qui gênent son périsprit, au point de devenir une maladie ? Tout dans la nature est si intimement lié.— chose que tous reconnaissent en principe — que les conséquences, de quelque nature qu'elles soient, ne devraient pas être réellement matière d'étonnement. L'organisation, si variée chez chacun, détermine seule une différence dans les faits.

Cette séance de nuît ne se termina pas là. I semblait utile que d'autres expériences se produisissent. Je me sentis poussé à faire comparaître un puissant esprit des ténèbres, qui fut attiré auprès de nous par mon appel. C'était un être rempli de passions fortes, en pleine activité. Je le voyais, ainsi que les autres, mes visiteurs, dans toute son arrogance et sa fierté de diable indompté, possédant un empire avéré sur d’autres de son espèce, mais moins doués de volonté que lui. Sa mine et ses premières paroles témoignaient bien qu'il ne me redoutait pas, au contraire. Il me dit brusquement : — « Que me veux-tu? » comme s’il voulait me forcer dans mes retranchements. je lui dis tranquillement : — Je te veux et les tiens à mes ordres! « Non!» me répondit-ilsournoisement.— Est-ce que tu crois pouvoir me défier? ripostai-je. Il haussa les épaules en signe d'indifférence et d’ennui d'être là. Jugeant qu'une leçon lui serait utile et désirant le dompter du coup, je formai à distance une boule électrique à mouvement concentrique, laquelle l'enleva instantanément et le fit tourbillonner avec violence, comme un copeau

dans un ouragan, l'emportant loin de nous. Cette force graduée au besoin du moment, n'était pas de nature à le foudroyer, à le détruire, mais à le subjuguer. Je fis revenir l'intraitable devant nous; il était maintenant tout penaud, vaincu; ses sens étaient bouleversés par les fortes émotions qu'il venait de subir, et je vis qu'il me regardait avec étonnement. — Eh bien! que dis-tu maintenant? cet sans attendre sa réponse je me mis à détailler sa vie d'esprit, et l'ambition qu'il avait de remplacer un autre chef dans son conimandement. Celle révélation le fit sauter de surprise, car son secret se trouvait dévoilé et connu Je lui dis qu'il ne devait pas s'attendre à remplacer l’autre, mais que je lui donnerais l'équivalent, ce que je lui exposai. I était enchanté et partit en déclarant qu'il serait toujours prêt à obéir à mes ordres. Ce chef avait sous son contrôle cinq à six mille êtres grouillants dans les passions basses, ne cherchant que la destruction.

Au moment où cet esprit immonde s'éloignait, je vis Marie-Louise, toute frissonnante d'horreur, s'élancer loin de moi; elle me dit : — « Tu n'es pas mon père ; je ne te reconnais pas. Tu es trop grand — trop terrible! » Je l’attirai à moi par la force de ma volonté, et je me mis à expliquer à mes deux filles l'histoire des mondes, par l’évolution graduelle ou du développement en général des choses, amenant à sa suite, comme conséquence, le progrès des êtres ou des organismes, dont les âmes se servent pour se manifester ou agir — laquelle histoire se déroule aussi bien dans le monde fluidique que sur la terre. Au moyen du grand levier, appelé le #a{, les révolutions s'opèrent, et par là le bien surgit et fleurit. Je fis un tableau net et tranché, où les ombres et les lumières se succédaient et s’entre-mêlaient — ce qui formait la philosophie de

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l'histoire générale. Je fus bien compris par Marie- Louise, mais pa: autant par Céleste, laquelle, en artiste, est plutôt guidée par le sentiment. J'appris ensuite que Delphine avait assisté incognito aux scènes que je viens de décrire d'une manière bien abrégée.

On voudra naturellement savoir qui étaient ces « grands frères >» dont je viens de parler. En quelques mots voici : Les « grands frères » sont des êtres qui ont passé par tous les degrés de la vie spirituelle et de la vie matérielle, [is forment une société, à diverses classes, laquelle société se trouve établie (pour me servir d'un mot terrestre) sur les confins du monde fluidique et du monde éthéré — lequel est le plus haut, le monde « parfait, » Cette société appelée la Grande Frérie est l'avant-garde du monde éthéré; c’est le gouvernement administratif des deux sphères, spirituelle et matérielle, ou du monde fluidique et de la terre. C'est cette société, avec le concours législatif du monde éthéré, proprement dit, qui gouverne les esprits et les « mortels, » à travers toutes leurs phases d'existence. Les membres du troisième ordre, ou de nouveaux adeptes, ont des missions quasi matérielles à remplir, ayant à agir chimiquement sur les corps et les atmosphères qui dépendent de cette grande administration. C'est en même temps une école où ces frères gagnent leurs degrés de savoir et de sagesse, avant d'entrer dans le monde divin ou des âmes. Les « grands frères, » de la plus haute classe, surveillent non seulement les destinées de l'humanité, dans ses deux étapes, spirituelles et matérielles, mais aussi celles du globe lui-même et de tout ce qui en dépend. Ces grandes intelligences, masculines et féminines, provoquent les idées qui ont cours dans les deux mondes et déterminent ce qui doit être en tout temps. Leurs moyens d'actions sont im-

menses, en rapport avec leur position. Tous en général et chacun en particulier. dans un temps donné, ont à remplir ce rôle de « grand frère, » par conséquent cette hiérarchie, qu'on pourrait croire exceptionnelle, allouée à certains êtres seulement, est une noblesse que chacun endosse. J'appuie sur ce point, en le répétant, afin de réconcilier les lecteurs avec leur vie.

Mon père et son frère se matérialisèrent un soir, mais ils ne purent parler. Le second avait de la misère à conserver son corps, qui lui échappait à toute seconde. C'est une jolie expérience à voir que celle d’une forme qui fond, par les pieds, et se refait à sa grandeur première, par la volonté.

Etant dans ma chambre une après-midi, occupé à dessiner, je mis de côté mes crayons et ma loupe et je m'étendis sur un canapé pour me reposer. Au bout d'une demi-heure je me levai et je ne trouvai plus ma loupe, et pourtant personne n'était entré dans ma chambre. Cette aventure m'intriguait beaucoup et je n'en savais que penser. Quatre jours après, au cercle, Céleste vint et me la donna, en riant et en me disant qu'elle et Emma l'avaient enlevée de ma chambre, et qu'elles devaient la transporter à Montréal (à quatre cents lieues de distance) où je l'aurais trouvée chez moi en arrivant ; mais que comme je désirais tant l'avoir on me la remettait. Auraïent-elles pu accomplir ce tour de force ? Là est la question. L'impossible est si possible !

Je m'étonnais un jour, étant seul dans ma chambre, de ce qu'aucune de mes filles ne m'avait, au cercle, enlacé le cou de leurs bras pour m'embrasser. Le lendemain, à la séance, Céleste fut la première à venir el aussitôt ses deux bras entourèrent fortement mon cou, et baisers sur baisers, elle m'empècha ainsi de rien dire.Eclatant de rire ensuite elle me dit : « Hein! tu ne

te doutais pas hier que j'étais auprès de toi et que je voyais ta pensée ? » Quelle preuve !

Je vis après apparaître un grand Indien qui m'appela. C'était Hiwoqua, un de mes esprits familiers qui avait soin de mon corps pendant le sommeil. Il avait dans ses cheveux la longue plume ordinaire et son costume était celui de sa race. Sa langue ne put rien articuler, mais son contentement se témoignait dans tous ses gestes ; ses mains puissantes serraient les miennes avec effusion, et il disparut devant moi en fondant sur place, et en lâchant un fort war whoop, cri de guerre. Quand je fus couché, je causai avec lui, et je lui demandai depuis quand il était auprès de moi; comment il m'avait connu et depuis quand il était esprit? Il me répondit : « Depuis douze lunes (un an) j'ai soin de ton corps la nuit, et. je te connus comme ceci : — Je rôdais dans l'espace avec un camarade, quand je vis deux lumières, une petite et une grande au-dessus ; la première c'était toi, l’autre représentait un groupe d'’esprits qui veillaient sur toi. Je regardais l'une et l’autre avec curiosité, quand un homme se détacha du groupe et vint à moi, en me demandant si je voulais une mission — celle que je remplis — je lui répondis oui! et depuis ce temps je suis toujours en veille la nuit quand tu dors — et voilà 101 ans que je suis « mort ».

Une après-midi, en traversant la rue pour aller au burcau du docteur Pence, j'eus une vision assez singulière : Je vis un homme en costume militaire, décoré de médailles et portant en travers de là poitrine un large ruban ; il paraissait d'un âge moyen et avait une figure énergique. Je continuai mon chemin, sans m'occuper de cet incident, qui n'était pas mon premier en ce genre. Je n'en parlai à personne. Le lendemain, vers la même heure, j'étais chez Mme Stewart à obtenir

des photographies d'esprits. C'élait mon ami Jobard, qui dirigeait la besogne du côté des invisibles, et je le voyais par moments, comme s’il était impatienté. En effet, ça n'allait pas bien, puisque par trois fois on fut obligé de recommencer de nouveaux clichés, les premiers n'étant pas bons. J'entendis alors Jobard s'exprimer assez vertement sur le compte de Price,le photographe. Il me dit : — « Le saligaud il ne peut pas tenir ses produits propres ». Je fus, néanmoins, le seul à le voir et à l'entendre. Je voyais aussi parfois mon familier, Hiwoqua, qui se démenait avec allégresse, enlevait l'instrument de terre et le transportait à l'autre bout de la chambre sans qu'il touchât le parquet. Cet Indien était joyeux, car on faisait sa photographie : elle fut une de celles qu’on dût recommencer. D'après les instructions des invisibles, Mme Stewart, son mari, le photographe, Price, et moi, nous tenions nos mains sur l'instrument, recouvert d'un drap épais. A un moment, ma voisine, Mme Stewart, me dit : — « N'avezvous pas dans l'autre monde un ami qui à été mililaire ? » — Non, lui dis-je. Et, elle ajouta : — « C'est singulier, car je viens d'en voir un, entre vous et moi. » Je ne fis pas grande attention à cette remarque, qui ne me rappela nullement mon aventure de la veille. J'é- Lais loin de croire qu’au même moment ce personnage était en train de me donner un bon, un excellent souvenir de lui. La plaque resta à peu près vingt secondes dans l'instrument. Je suivis le photographe, comme je le faisais chaque fois, dans la chambre noire, pour assister au développement. Price m'ayant donné le cliché, pour savoir si je reconnaissais le portrait, je jetai un cri de surprise en constatant, bien et dûment, que ce portrait n'était autre que celui du militaire, ou officier de marine, qui m'était apparu la veille dans la

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rue, en plein jour — costumé exactement comme je l'avais vu. Mme Stewart accourut pour connaître la cause de mon étonnement, et, elle aussi, s'extasia en examinant le négatif. et elle me dit, que c'était celui dont elle m'avait parlé quelques minutes avant. Done, témoignage sur témoignage : rien ne manquait pour rendre la chose complète. — Mais la suite de cet événement ne se fit pas attendre longtemps et n'en fut pas moins étrange. Le soir même, au cercle ordinaire, Marie-Louise se matérialisa et me parla beaucoup au sujet des photographies en question; elle me dit que le militaire que j'avais vu la veille et dont j'avais maintenant le portrait, était un de de mes anciens amis, qu'il était de la marine auglaise et par-dessus tout vivant ! Elle ajouta qu'elle avait causé avec lui, et qu'il lui avait annoncé que nous nous rençontrerions en Europe. Je fis six voyages en Europe depuis cette époque sans le réncontrer, ce qui me fit dire à Marie-

Louise, au même cercle, deux ans après — qu'elle m'avait trompé. Elle répliqua, qu'elle ne savait que ce qu'il lui avait dit — que plus tard, peut-être, il pourrait remplir sa promesse. Plusieurs fois après je sentis la présence de ce vivant mystérieux, et à Philadelphie, quelques années ensuite, ma Joséphine me parla de lui, directement, et m’annonça une visite qu'il venait de me faire.

Durant la séance photographique, dont j'ai interrompu le récit, j'eus sept ou huit photographies différentes : en tout — dix-sept clichés, que j'ai encore en ma possession — sans compter les clichés imparfaits, qui ont aussi de la valeur à mes yeux. Je ne pus obtenir le portrait de tous mes enfants — seulement ceux de mes six filles et de deux de mes garçons, Henry et

Léon. Henry (en musicien qu'il est) se montre debout, | 8

les deux mains sur les touches d'un piano. Celui de Delphine fut repris, et iln'est pas ressemblant, malgré tout.comme jele sus plus tard — car je n'avais alors vu aucune image d'elle. En sa qualité d'auteur dramatique, poète, etc., elle tient dans sa main droite le rouleau symbolique. Mais, chose remarquable, elle y est représentée avec l’autre main au menton, comme c'était son habitude, et comme elle a été reproduite en marbre, de grandeur naturelle et assise, par Gabriel J, Thomas, (1865) lequel objet v’art figure, avec ceux de Rachel et de Talma, à la Comédie-Française. Elle fut représentée aussi de la même manière par le beau pinceau de Hersent, lequel tableau forme partie maintenant du musée de Versailles.

Quelques mois après, à la suite d’un événement que je raconterai, j'appris comment il se faisait que ce por trait de Delphine ne lui ressemblait pas — quelque chose enfin comme ce qui avait déterminé la non ressemblance de Marie-Louise. On me dit : qu’une femme qui aime ne peut pas donner à l’objet de son amour un fidèle portrait d'elle-même ! Je laisse à mes lectrices le soin de dévider cet écheveau mystérieux. On fit aussi un duplicata de la photographie de Catherine, représentée avec une toilette différente sur la seconde, et, pour montrer que celle-ci devait remplacer la première, on reproduisit au bas de ce cliché une copie exacte de la première pose — mais tout à fait minuscule. Ma chère fille, toutefois, montre sur sa figure l'empreinte du chagrin que je venais de lui causer, en contrariant son amour.

Quant au portrait de Hiwoqua, il offre une particularité intéressante, que je connus seulement après mon retour à Montréal; ce fut un profane, un incrédule, qui en fit la découverte. Il put lire, étant myope, sur les

pattes-épaulettes du costume dsmi-indien et militaire, une inscription en gothione, que je n'avais pas vue, mais, qu'à l'aide d'une forte loupe,je pus déchiffrer aussi, C'est ceci : — 12 Saxe. Ces caractères étaienf toute une révélation pour moi, et c'était en même temps une confirmation de ce qu'il m'avait dit au sujet de sa mort, arrivée 101 ans avant. En ce temps, exactement, le général anglais Cornwallis, était battu, en Pensylvanie, par Washington.

L'armée anglaise avait des corps allemands à son service, et parmi ceux-ci se trouvaient des Saæwe-Meiningen ; elle avait aussi des auxiliaires indiens comme l'armée américaine, distribués dans les divers régiments. Lors de cette bataille les mercenaires saxons furent détruits presque en entier. Done, ainsi que l’indique l'inscription sur les épaulettes de Hiwoqua, il faisait partie de ce corps et il avait partagé le sort des autres. Le n° 12 signifierait, probablement, celui de sa compagnie, ou d'une autre division quelconque. Mon « brave,» comme on nomme tout guerrier indien, me donnait par là, une longue et bonne histoire, en un résumé des plus laconiques.

Hiwoqua fut remplacé quelque temps après par un autre veilleur auprès de ma personne — ce qui prouve que nous n'avons pas toujours les mêmes espritsgardiens. Mais ce brave vient de temps à autre me voir, car il m'est bien attaché. Un autre encore qui ne m'oublie pas, et qui durant quelques années était presque constamment dans mon atmosphère, est Big Dick, un immense nègre, dont j'ai le portrait. Il y a une trentaine d'années il vivait à Boston et enseignait la boxe ; espèce d'Hercule, il avait eu maille à partir avec la justice, ayant tué un homme d'un seul coup de poing. J'avais connu cet esprit chez un médium, Mme

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Hardy, à Boston, où lui et d'autres matérialisaient leurs mains sur une table, en bonne lumière. Mme Hardy fut très à la mode dans le temps; elle fut une des premières à obtenir des moules, en paraffine, de figures, de mains et de pieds d'esprits, en séances privées et mème publiques. Elle est morte depuis une douzaine d'années.

Pour obtenir les moules susdits on procédait de la manière suivante : Un sceau de paraffine à l’état bouillant, liquide, était apporté sur la plate-forme où les esprits allaient venir matérialisés, et ceux-ci en sortant du cabinet du médium se rendaient au sceau et y plongeaient la figure ou le membre dont on voulait avoir un moule. La lumière était toujours assez forte pour voir le #0dus operandi. En sortant leurs mains entourées de celte espèce de cire, les esprits les plongeaient dans un autre sceau, à côté du premier, lequel était rempli d'eau froide ; au bout de quelques instants ils retiraient leurs mains du sceau. où ils laissaient les moules refroidir. Il en était de même pour l'empreinte de leurs figures. Les reproductions en plâtre de ces mains et de ces faces étaient intéressantes à voir ; les moindres détails s'y trouvaient avec une grande netteté et finesse. On devra reconnaître que nul autre qu'un espritoserail se mettre, même un doigt, dans une matière bouillante comme celle-là ;: nul autre, non plus, ne pourrait retirer sa main d'un tel moule, sans le séparer ou le briser; c'est ce qui avait lieu, pourtant, chaque fois Ce genre de manifestation se propagea un peu partout pendant des années et tomba ensuite en désuétude. On passa à autre chose.

Il y eut en ce temps beaucoup de photographes spirites ; aujourd'hui ils sont moins nombreux. Celui par qui je venais d'obtenir tant de portraits et de preuves,

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Price (comme Evans et Buguet), tourna mal et perdit sa médiumnité. À Boston, il y avait trois médiums de cette espèce, Hazelton, Brown, Mumler. C'était chez le premier que j'avais obtenu le portrait de Henry avec celui de son adorée. Je posai, et ces deux figures apparurent sur le cliché, de chaque côté de mon portrait. Une autre pose, chez le même, me procura un groupe : le portrait de ma mère, de Allan Kardec et d'un Russe, disciple de ce dernier.En comparant cette copie de Kardec avec celle qu'il m'avait envoyée bien des années avant, de Paris, je reconnus, ainsi que d’autres, la grande ressemblance qu'il y avait entre les deux. Ce bon souvenir d'outre-tombe de la part de celui qui est appelé, en France, le Maître, était tout à fait inattendu, et même, je dois avouer, non désiré, car nous nous étions brouillés, de son vivant. Je m'étais permis dans une de mes lettres de critiquer, bien fraternellement pourtant, la manière de faire du grand propagateur de la doctrine en France, qui, à mon avis, se faisait trop autoritaire, et n'accordait pas aux autres sociétés, de Province, assez d'initiative — la Société centrale de Paris étant trop prépondérante, dans la forme et dans l'action. Mon allure républicaine d'Américain avait choqué ce Maître, et de là notre séparation. Chacun étant son propre maitre parmi nous.spirites américains, et personne n'osant se poser comme tel, il s’ensuit que ce titre présomptueux nous offusque même chez les autres. Kardec me faisait amende honorable en venant ainsi -— à côté de ma chère mère — et depuis ce temps nous sommes au mieux. J'envoyai au photographe Hazelton une de mes photographies pour voir si ma carte ferait aussi bien que ma présence, En effet, deux figures apparurent à côté de ma reproduction : l'une était celle de Balzac, et l’autre d'Eugène Sue. 8,

Après l'assassinat du Président Lincoln, par Booth, Mme Lincoln alla, bien voilée, chez le photographe Mumler, à Boston, et posa, sans être reconnue par ce dernier — et il arriva que le regretté défunt apparut, très reconnaissable, sur la plaque, à côté du portrait de sa femme. La chose fut publiée par toute la presse et fit grande sensation. L'atelier de Mumiler devint, en conséquence, très achalandé, et il produisit énormément de portraits d'esprits. Ce photographe eut ensuile, à New-York,un procès resté célèbre dans les annales spirites. On l'accusa de fraude — mais on ne prouva rien — ce qui fit, qu'il devint plus célèbre encore. I 'abandonna ensuile sa médiumnité pour s’occuper d'autre chose.

Après mon retour de Terre-Haute à Montréal, tout plein encore des émotions que j'avais éprouvées au sujet de mes nombreuses et belles expériences, je ne croyais guère qu'il fût possible d'ajouter une goutte de plus dans ma coupe — car elle débordait ; mais la nature de l'esprit s'étend si facilement. Jusqu'à cette époque, c'est-à-dire, pendant vingt-un ans, Delphine avait été mon « ange gardien », mon soutien et mon guide.

Il se mêle tant de poésie à cette idée; l'éducation première, avec ses charmantes notions, toutes pétries du levain de l'ignorance, toutes enjolivées de fleurs délicates aux tendres couleurs — mais artificielles — donne tant de relief à ce genre de système du jeune âge, que, même dans la maturité, l'esprit le flatte encore de ses regards caressants. Je ne saurais mieux définir ce texte,ou l'illustrer avecle crayon du hon sens, qu'en citant cette remarque, si judicieuse, que ma mignonne, Joséphine, me fit directement un jour, lorsque je lui prodiguais la chaude caresse de « mon ange » ; — elle me répondit avec une sorte d’étonnement et de reproche : — « Mais, papa, nous ne sommes pas plus des anges que vous autres, habitants de la terre — et mème moins — car vous êtes dans une vie à de plus rudes épreuves que nous! » Joséphine,si bien inspirée, comprenant si fortement ce qu'elle disait, me donna ainsi la mesure de l'étendue de son intelligence — et

jen fus tout fier. Si Joséphine, dans son jeune cœur, trouvait une note si vibrante, modulée par la réflexion, qui servait de motif à un nouveau chant, à une interprétation inverse à nos idées sur ce sujet — à plus forte raison, l'expérience plus grande de Delphine, devaitelle la pousser, non seulement en théorie dans ce sens, mais l’engager à inlerverlir nos rôles respectifs. Cette révolution (en marche depuis plusieurs annés) eut lieu, tout simplement, le 1° juin 1877.

Les faits spirituels n'ont aucune importance, Pour les esprits aveuglés d'ignorance.

Un fait est une chose brutale, dit-on; il porte en lui tout ce qu'il faut pour le constituer, et il se passe de raisonnement : il s'impose. Dans l'ordre semi-matériel ou spirituel, comme dans la conjonction purement matérielle, les événements, grands ou petits, concourent tous au développement général. Il arrive assez souvent que le ciel sanctionne ce que la terre désapprouve; l'union des deux mondes n'est jamais assez puissante pour confondre l'un avec l'autre. Le premier donne l'entrain en tout, le second suit, mais de loin. Donc, on ne doit pas s'attendre à voir les êtres ‘terrestres, à moins qu'ils ne soient de l'élite des intelligences, comprendre et approuver zpso facto les faits spirituels qui se mirent, plus ou moins, dans l’atmosphère morale de ce bas monde.

Les êtres délicatement façonnés d'après des modèles de « bon goût »,ne sont pas aptes à percevoir ce quise trouve en arrière du canevas sur lequel ils brodent, pour eux et pour autrui, des dessins à la mode. Ce serait les déranger,et nuire au travail en voie d’exécution, que de leur demander de regarder en arrière de leur canevas: de plus, pussent-ils tout voir, tout

entendre, ils passeraient outre — car pour comprendre il faut faire des efforts de volonté, il faut travailler — et cela les gènerait. On ne peut pas être à la fois, élégant el puissant; on gagne d’un côté en perdant de l'autre. On est de ce monde, en négligeant plus ou moins l'autre. El, pour se faire bien venir des coteries élégantes, il faut frayer avec les petites idées, les préjugés reçus, et ne rien heurter de front. Ce sont de ces exigences qui font loi pour les êtres faibles. La revision n'est pas encore un fait, mais elle le deviendra.

Quelques jours après, Djimæ se porta à des voies de fait sur la personne de Delphine. Je la vis qui encerclait de ses doigts crispés le cou de cette dernière. Je la fis immédiatement tourbillonner et tomber debout devant moi. Mais, la communication abrégée suivante de Delphine sur ce sujet servira d'explication :

« Il y a, par-ci par-là, des faits psychologiques très intéressants, qui échappent complètement à l’observation des habitants de ton monde, et d'un grand nombre du nôtre aussi. Ainsi, prenons pour exemple mon étrangleuse, ne fournit-elle pas un sujet d'étude précieux ? Chez elle tout se résume en un seul sentiment : son adoration frénétique, incommensurable pour l'esprit qu'elle connut il y a au delà de deux mille ans, n'a pas perdu un seul degré de son intensité. Ennemie, c'est la plus daugereuse des vipères. Amie, elle ne peut l'être pour personne, car elle ne voit et ne veut voir que toi. Toi, et ceux qui s'unissent de tout en tout à toi, sont les seuls êtres qui réclament et attirent ses regards affectueux. Depuis qu'elle s’est donnée à toi, c'est la seule fois, hier soir, qu'elle à perdu de vue son abnégation complète pour toi, au point de t'outrager en la personne d’une amie sincère:

Un coup d'œil derrière la scène, néanmoins, explique tout. Tu sais, qu’hier soir, plusieurs des grands frères vinrent, et me parlèrent en secret pendant un moment : c'était l'explication du fait qu'ils me donnaient, et cela a eu l'effet d'’ôter de ma gorge et de mon cœur toute trace de l'outrage. Dans le but de son avancement, on l’a poussée, de haut, à commettre cette indignité, afin que par son contre-coup et ta légitime sévérité, une révolution salutaire pût s’opérer en elle. Au moment où elle s’élança sur moi, on opérait sur ses yeux,et on me montrait à elle sous les traits d'une fausse amie, d'une rivale indigne. Il n’en fallait pas plus, hélas! pour l'exaspérer et la pousser à commettre un acte qui lui cause depuis toute espèce de tourments. La chère femme est admirable dans son adoration — c'est un type rare,qu'on ne peut se lasser d'étudier. Tu la récompenseras de son dévouement, et j'en serai toute fière, toute réjouie. Tu Ôôteras de ses yeux la taie ancienne, que ta figure recouvre en entier, et tu lui feras comprendre les enseignements de l'existence par tes simples et doctes leçons. Quand je pense à l'immense adoration de cette femme pour toi, c'est à faire mourir de rage et de jalousie toutes celles de son sexe qui vivent d'amour. Je l'ai vue, que de fois, refuser de te toucher la main, se sentant indigne de cette marque d'amitié; elle se reculait pour te voir, : pour t'envelopper de son feu sombre et concentré. Lorsqu'elle vint, le 27 avril dernier, à Chicago, L’annoncer qu'elle allait te donner son ancien portrait, tu ne saurais croire jusqu'à quel degré de joie, de bonheur, elle arriva. Elle exultait à un tel point, que Leonardo de Vinci, ce prince des artistes, voulut luimême mettre la main à l’œuvre qu'e” * te destinait. »

Les esprits des morts, qui ne sont nullement #orts,

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