RER
voltigent constamment autour des vivants, de leurs proches surtout, pour les tenir en haleine, les sortir de leur léthargie; ils ne sont ni vus, ni entendus, ni sentis par le grand nombre, car leurs moyens d'action diffèrent en quelque sorte des nôtres. Organisés avec une matière élastique ou fluidique, laquelle est en rapport avec leur milieu ou l'atmosphère dans laquelle ils vivent, il s'ensuit que les esprits se transportent d'un lieu à un autre plus vivement que l'éclair, qu'ils se placent près ou en dedans de nous sans rien déranger, à l'instar de la lumière, de l'air, que nous voyons et respirons. Au lieu d’être restreints, tout à fait, à un langage articulé, diffus, formé de sons creux, de consonnes malsonnantes, d’une grande variété d'idiomes baroques. de règles grammaticales irrégulières, contradictoires, comme chez nous, le leur coule de source. Le jet de la pensée sort de leurs cerveaux, par l'exercice de la volonté, sans l'intermédiaire d'aucun organe.
Cette méthode de mirage mental doit se comprendre, car elle se pratique un peu sur la terre. On ne se contente pas toujours d'entendre la vibration de quelqu'un, par la parole, mais on veut voir aussi sur la figure de celui-là, la preuve ! et les êtres sensitifs, intelligents, se fieront plus à la dernière démonstration qu'à la première. L'œil n'occupe pas dans l'organisme une position si haute, si avancée pour rien; il se trouve audessus de la langue de toute manière. Les esprits. néanmoins, emploient aussi le langage articulé, ou les deux à la fois, comme pour donner plus de portée à leurs pensées. L'homme façonné extéricurement, d'après son intérieur ou de l'esprit qui est en lui et l'anime, et aussi d'iprès les circonstances qui ont présidé à sa réincarnalion, ne cesse pas d'être un esprit,
d'être attaché au monde fluidique, d'avoir des rapports journaliers avec ce monde et ses habitants, d'une manière active, même lorsqu'il nie le plus l'existence de cette sphère et de ceux qui s'y trouvent. Il y en à parmi nous qui ont besoin de fermer les yeux pour voir. C'est ainsi que se comportent les incrédules, les esprits forts, les croyants aveugles; ils attendent le sommeil du corps pour avoir de l'esprit et du bon sens. Ceci est invariable! Pour prouver ce que je viens de dire, je prierais mes lecteurs, qui connaissent tant soil peu le magnétisme, de se rappeler qu'une fois endormi le sujet magnétisé se prononcera souvent carrément contre l'opinion qu'il entretient à l'état normal. Pourquoi? Parce qu'à l'état anormal, ayant les yeux fermés, étant plus ou moins détaché des influences extérieures. son esprit, presque libéré, verra mieux. Soumettez un matérialiste consommé, un persifleur, à cet état de négativité physique, et vous verrez que l’un et l'autre se prononceront contre eux-mêmes, leur esprit détendu les faisant ainsi soubresauter. A l’état de veille, on voit aussi les poètes, qui ne croient pas à la survivance, parler des anges et de l'inspiration, se contredisant tout bonnement sans s’en apercevoir. Aussi, | et encore, cette dédicace à sa sœur morte, par le grand | auteur de la Pie de Jésus. Qui aurait pu croire à ce | déplacement de logique ?
L'esprit humain n'attend pas toujours la mort de son corps pour apparaître à ses semblables dans des conditions tout à fait spirituelles. Il y en a tant de ces faits bien avérés ! Je vis une fois, en plein jour, à Montréal, un homme que je crus être un esprit tout dégagé, et qui disparut aussitôt. Trois ans après, à Détroit, dans l'État de Michigan, je reconnus le même homme, mais cetie fois en chair et en os, qui entra et s’assit dans le
ds: DT ss
car où je me trouvais. J'eus d'abord l’idée d’ailer lui parler de ma vision, mais je sentis que cela serait inutile, qu'il n’y comprendrait goutte ; je voyais son intérieur, et je passai outre. Le médium, Charlie Foster, dont j'ai déjà parlé, possédait le don de distinguer quand une communication lui venait d’un mort ou d'un vivant. Il y a peu de médiums de cette capacité,
Une dame médium, à Auteuil-Paris, Mme Lucie Grange, qui publie la Lumière, organe spirite, en me voyant pour la première fois, il y a quelques années, me reconnut immédiatement comme un de ses visiteurs psychiques. M'étant placé debout devant le feu, le dos tourné à la grille, avec mes mains en arrière, cette dame appela alors l'attention de son mari pour lui rappeler que c'était dans cette position qu’elle m'avait vu avant et d'après laquelle elle m'avait décrit à ce témoin ; le mari approuva. Il est bon de dire que ce médium était fréquenté par Delphine,ce qui prouve : « Que les amis de nos amis sont nos amis! »
Avec nos conventions si arrêtées au sujet de l’espace du temps, il devient diflicile de comprendre que ces nominatifs, pour les esprits, perdent beaucoup du sens que nous leur attribuons, et que pour un bon nombre d'eux leur signification tombe à néant Cela me rappelle un axiome de l'astronome Flammarion qui, dans une conférence, à la salle des Capucines, disait : « En astronomie, il n'y a ni haut ni bas! »et je me dis aussitôt : c'est vrai! et en philosophie c'est la mème chose. Les esprits, bien posés pour savoir, disent que le monde spirituel est autant sur la terre qu'ailleurs, ce qui veut dire que c’est la condition, et non la localité, qui compte pour quelque chose. Mettez un diable en paradis, et il s'y trouvera très mal à l'aise? tandis qu'un esprit avancé dans l'enfer n’éprouvera pas d’in-
commodité directe? Un malotru dans une société d'élite ne cherchera-t-il pas à s'échapper de là au plus vite? Un homme distingué dans un antre de misère, d'ignorance, etc., s'y trouvera bien par l'idée du bonheur qu'il peut y produire. Ces rapprochements, il me semble, sont assez justes cet devront être compris de tous.
Mais cela n'empêche pas l'existence réelle, objective, de localités spirituelles, ou de continents, de pays, de villes, de villages, de mers, de fleuves, etc., dont les nôtres ne sont que des reflets. Le monde causatif renferme logiquement tout ce qui se trouve dans celui de l'effet, qui sort de lui. La conception, nommée subjective, contient non seulement le plan d'une chose, mais toute l'objectivité aussi, comme le gland renferme le chêne. Rien ne se perd dans la nature, et ce qui est réputé disparu, se retrouve pour celui qui cherche. On verra plus tard, dans cet ouvrage, des faits qui prouveront cet axiome.
Je réfléchissais un jour sur les observations qui précèdent, et je me disais : Il y a pourtant de la différence entre le subjectif et l'objectif! Un grand esprit me. répondit aussitôt : « Je n'ai jamais rencontré, ni esprit, ni mortel, qui ait pu tracer une ligne de démarcation entre les deux, et je ne m'y attends pas!» Ce qui veut dire, que les deux se mêlent tellement, comme la lumière et l'ombre, comme le réveil el le sommeil, que le point précis, exact, mathématique, dans ces cas, et dans tous, ne peut être que problématique ou approximatif.
«Tout dans un, un dans tout!» ont proclamé les anciens sages. C'est aussi ce que dit la théologie, en termes plus vagues; s'inspirant faiblement de la philosophie, la théologie ne peut avoir le même ton, la
RÉ
même force que celle qui proclame; elle déclame seulement ! La parenté des idées est une chose incontes: table, et leurs réapparitions sur terre, à des époques déterminées par le besoin, ont lieu comme la réincarnation des êtres. La filiation des idées peut se suivre en arrière et en avant même de celles qui existent dans le présent, car le passé, le présent et l'avenir ne font qu'un en toute réalité. Les idées, comme menue monnaie de la pensée, sont toutes deux choses matérielles pour l'esprit clairvoyant; ce qui, en un sens, donnerait raison aux matérialistes, quant à leurs ébauches de système, qui se perfectionnera avec le développement spirituel des êtres humains. Il s'agit, pour chacun de nous, de spiritualiser la matière et de matérialiser tout ce qui est spirituel. C'est la mission, bien entendue, que nous avons à remplir, et elle s'accomplira. Un certain grand esprit me dit une fois, lorsque je pensais sur la question du bien et du mal : «Il n'y a que deux choses : nécessité et opportunité! ou, tout est relatif, »
Un clairvoyant peut voir la nature de l'enfant au berceau et définir la carrière qu'il suivra, soit dans ce monde, soit dans l'autre. Il peut même savoir ce qu'un ôtre a été dans son existence précédente sur la terre, en consultant son passeport, car chacun en a un qui n'est visible que pour ceux qui ne savent pas encore voir. Depuis longtemps, ce don m'a été conféré ou s'est développé en moi. Je pourrais même dire que c'est la médiumnité qui m'est la plus facile. J'ai remarqué, en examinant une foule de personnes, que, dans chaque cas, la nature du sujet présent correspondait, dans les grands traits, avec ce qu'il avait été précédemment; ce qui, pour moi, était une confirmation que je voyais juste: on à, fauiours soif de preuves
quand on cherche la vérité. Ma clairvoyance s'exerce, le plus souvent à l'état normal, sans être endormi. Je ne vois pas tant la forme que la nature de ceux qui se présentent à moi; c'est l'ensemble plutôt que les détails qui me frappent, ce qui correspond avec ma manière ordinaire d'être. Il n'y a pas deux médiums qui voient ou agissent de la même façon, et les esprits qui se manifestent par eux sont forcés, ordinairement, de subir les conditions de ces milieux, non seulement dans les phases physiques, de matérialisation, ete., mais dans toutes. Pour les nouveaux investigateurs, cela semble incompréhensible et les pousse au soupçon; ils s’attendent tellement à voir les leurs se manifester tout comme autrefois, de leur vivant, que la moindre déviation à cette manière d’être leur parait sous l'aspect d'une supercherie. L'apprentissage, en tout,est toujours une épreuve, rude parfois; la plupart des apprentis se croient plus forts qu'ils ne sont et voudraient être aussitôt des maîtres; c'est ce qui
donne lieu à des malentendus, à des déceptions. Il
faut aller vers la vérité, et ne pas attendre qu'elle vienne à nous.Il faut être comme un enfant pour apprendre. Le préjugé est un obstacle qui prend des proportions de montagne parfois, et empêche la marche en avant de celui qui l'entretient. La déception, néanmoins, en spiritisme comme en toute chose, n’est pas un mal absolu, car rien n'est absolu: elle sert, pour l'être fort surtout, de stimulant; c'est l'école, par excellence, où on est forcé de monter et de descendre dans l'échelle du raisonnement, et, par cet exercice salutaire on arrive petit à petit à ce développement qu'on nomme la maturité. Cet état mental de l'homme n'est déterminé en aucun par l'âge du corps, mais par celui de l'esprit. Après-des descentes. bien nombreuses sur
la terre, après des luttes et des efforts inouïs, dans les deux sphères, l'homme ou l'esprit arrive à l'âge de maturilé, là où le savoir et la vertu se résument dans la simple compréhension des choses,
La masse de faits ou de preuves que j'apporte,et que je relate tout simplèment comme ils me sont arrivés.le tout s’enchaînant étroitement, portent en eux-mêmes le strict cachet de la vérité. Américain, de toute façon. je vais directement au but, sans m'inquiéter du qu’endira-t-on, sans chercher à enjoliver ce qui est complet par lui-même. Je n'attends rien de ceux à qui je donne, et je me sens dans mon for intérieur au-dessus du mépris, du ridicule, lequel est si craint en France, et dont on se moque en Amérique ! Et, qui a le plus raison? Je viens semer dans un champ où les racines du passé ont été grandement arrachéces par des révolutions, mais où on a négligé de faire fructifier des grains propres à nourrir l'esprit, à satisfaire ses besoins légitimes. Il n'y a pas que les plants de vignes qu'il est nécessaire d'importer d'Amérique !
Tandis que Céleste m'accompagnait un jour dans une de mes promenades, Delphine arriva inopinément auprès de nous, et elle dit à ma fille : — « Pourquoi n'invites-tu pas ton père à aller t'entendre à l'Opéra ? » Céleste répondit : « — Mais il faudra que je demande au directeur ! » — Tiens! me dis-je, il y a donc des directeurs là comme ici ? — ce que j'aurais dû savoir, si j'eusse réfléchi un seul instant.
Quelques jours après Céleste vint m'annoncer que son directeur m'invilait et qu'il serait enchanté de me recevoir avec les amis qui m'accompagneraient. Je me rendis un soir à l'Opéra avec Delphine et une dizaine d'amis (esprits). J'élais en ce moment éveillé dans mon, lit et je pouvais voir mon esprit en dehors de mon moi