PREMIERES TRACES DE BUFFLES ET DE LIONS
peau de biiflles avait passé par là, étant allé se désaltérer dans une petite anse. Autant que j'en pus juger, ils devaient être nombreux; leurs traces me semblaient toutes récentes. Le chasseur, qui m'indiqua d'une main les empreintes et de l'autre le soleil.au zénith, voulait dire qu'ils avaient passé vers midi. Il était alors trop tard pour les poursuivre : nous avions plus de 15 kilomètres à faire avant de rentrer. Au moment de nous
éloigner, le tra une autre m'expliqua f { u e c'était qui suivait les tai un instant cette forme imterre molle...
fauve était droit même où Ce sol, sapuisvait marqué !
là, j'aurais pu doute, le tuer Cette idée me gnorais alors
Cafre me monempreinte, et comme il put celle d'un lion buffles. Je resrèveur devant primée sur la Ainsi le grand passé à l'enje me trouvais!
saute patte l'a- Si j'avais été le tirer sans p e u t - (' t r e !
tracassait; j'ic e q u e l ' o n
éprouve lorsqu'on voit le lion face à face pour la première fois ; j'ignorais aussi que, dans la vie des bois, cent fois par jour on arrive ainsi trop tard sur l'empreinte d'un animal que l'on est impatient de rencontrer.
Il faisait déjà nuit; nous marchions encore à travers la forêt basse. Mon guide, malgré l'obscurité, évitait les obstacles et enjambait les troncs abattus, mais il semblait hésiter sur sa direction. Il était sept heures passées à ma montre et j'interrogeais en vain le ciel, attendant une fusée indicatrice : rien n'apparaissait. Je commençais à être inquiet. Nous avions bien en-
Ti'te d'Éland du Cap.
core un peu de viande et des allumettes, nous pouvions donc faire du feu et camper tous les deux dans les bois ; mais, si maififre que fût notre confort au camp, je le préférais encore à une nuit passée ainsi, sans eau, sans couverture et sans tabac.
A'ers 8 beures, nous déboucbàmes dans la plaine, et nous marcliions plus librement depuis quelques instants lorsque, sur notre droite, la fusée tant désirée sillonna l'espace d'une traînée de feu et éclata enfin en une gerbe éblouissante. Je touchai le bras à mon guide en la lui montrant et lui dis que c'était le camp. J'ajoutai parmi les mots zoulous que je connaissais, ceux de « inlcouelo » (wagon, chariot) et « oumlounou^ » (Européen).
Il comprit, mais je devinai son étonnement de voir les blancs se faire des signaux de cette façon étrange. Je répondis à la deuxième fusée par un coup de fusil, étant maintenant à portée. A gauche du camp, il y avait un village; quoi qu'on ne distinguât rien, on entendait le tam-tam et des voix humaines, tandis que de grands feux projetaient sur le ciel une vive lueur. J'éprouvai un grand plaisir en me retrouvant au camp auprès d'un bon feu. J'y racontai ma journée à mes compagnons. De son côté , Hanner avait blessé une antilope kob dès le matin, et, l'ayant suivie plus de trois heures, l'avait trouvée morte dans un fourré;. le soir, il avait tué un bushbuck ou guib qu'il était occupé à dépouiller de sa jolie robe rouge rayée de blanc. Les hommes portant la viande de mon éland n'étaient arrivés au camp qu'un instant avant moi, et, comme il était trop tard pour qu'ils pussent s'en retourner chez eux, ils campèrent avec nous, se bourrant de viande et riant bruyamment.
Les nouvelles étaient mauvaises : l'état de Smith devenait alarmant et sa faiblesse augmentait tous les jours; de plus, on avait vu la tsé-tsé plusieurs fois dans la journée; il était presque certain que les bœufs avaient été piqués par le redoutable insecte.
LA TSE-TSK.
La Isé-tsû a la taille et les proportions do notre mouche domestique; son abdomen est rayé transversalement de brun et de noir, le reste du corps étant noirâtre ou gris-foncé ; ses ailes, lorsqu'elle est posée, ne sont pas l'une à côté de l'autre comme celles de la mouche domestique, mais bien superposées; elle
Lu liisc-e sillonna l'espace d'une traînée de leii.
possède en avant de la tête de petits tentacules raides au nombre de trois ressemblant à un bouquet de poils. Son aspect n'a rien de repoussant ni de particulier pour celui qui ne la connaît pas; elle vole avec une vitesse excessive, il est impossible de la distinguer dans l'espace quand elle est à jeun; lorsqu'elle a l'abdomen plein de sang, son vol s'alourdit et elle se cache immédiatement pour digérer en paix. Son agilité fait qu'il n'est pas possible de l'attraper comme une mouche ordi-
iiaire. Quand elle se pose, elle le fait avec tant de délicatesse qu'on ne la sent pas; elle reste ainsi immobile pendant 15 ou '20 secondes, son aiguillon dirigé en avant, dans une attitude méfiante, prête à s'envoler. Lorsqu'elle croit être en sécurité, elle abaisse son arme, écarte ses pattes de façon à s'aplatir davantage et pique la chair sans produire aucune douleur au début, comme le moustique. La prévoyante nature a pourvu cet insecte d'une liqueur qui insensibilise momentanément la piqûre qu'il fait, de façon à lui permettre de se nourrir avant qu'on le chasse. Pendant que son aiguillon, qui a au moins un tiers de centimètre, disparait complètement dans les chairs, il reste immobile suçant le sang, son abdomen grossissant et devenant rose par la transparence, puis ensuite rouge-foncé et rebondi. Ce n'est qu'au moment où il a déjà pris une grande partie de sa nourriture, qu'une petite douleur ou plutôt une démangeaison indique sa présence. Lorsqu'il a le ventre plein, il est encore fort difficile de l'attraper avec la main, car il ne s'éloigne pas en s'envolant, mais s'esquive rapidement de côté. Les indigènes et moi-même, d'après leurs indications, nous la prenions d'une autre façon : on place la lame d'un couteau à plat à 30 centimètres de la mouche, sur le bras ou tout autre partie où elle est posée, on fait glisser lentement cette lame qui vient rencontrer et serrer l'aiguillon de la mouche encore dans les chairs et la fait ainsi prisonnière; sans cesser de presser, on relève la lame, on la retourne et on tue la mouche, ou bien on la saisit avec ses doigts. On a naturellement déjà été piqué par elle; on se console en pensant que c'est toujours un ennemi de moins parmi les milliers dont on est entouré (i). J'ai à parler maintenant des sensations qui sont provoquées par sa piqûre chez les animaux domestiques. Parmi ces derniers, je citerai ceux qu'on est appelé à posséder en Afrique : le
(1) Cette façon de la prendre avec un couteau semble prouver que la tsé-lsé n'y voit pas devant elle et en dessous.
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buHif. le chien, ràiie, le mulet, le mouton, le porc, la chèvre. Livingstonc dit que cette dernière et quelquefois l'une sont exempts des suites de la piipire, tandis que toutes les autres bètes en meurent. Je puis dire, après en avoir fait plusieurs expériences, qu'aucun des animaux que je cite n'y survit ; cela dépend tout simplement du nombre des piqûres. La faune locale est inoculée dès sa jeunesse par le venin de la mou- , , . , •
J 1 La niouclie Isc-tso.
che ; c'est d'ailleurs sur elle que cette
dernière prend sa nourriture; mais lorsque accidentellement la tsé-tsé rencontre des animaux domestiques, elle s'acharne à leur poursuite d'une façon particulière ; la bète sent d'instinct le danger qui la menace : elle fait des bonds, des écarts, et, après la première piqûre, le bruit seul de la mouche l'affole littéralement, elle perd la tète, s'enfuit, espérant ainsi distancer l'insecte meurtrier qui bourdonne autour d'elle. La mouche venimeuse vient de fort loin sur sa proie, soit que sa vue soit perçante ou son odorat exceptionnellement délicat; je pencherais plutôt pour la dernière hypothèse, ayant remarqué que le diptère arrive toujours de sous le vent, et qu'en général il pique plutôt de ce côté. La tsé-tsé se tient sous les feuilles et, non dessus, attendu qu'on ne la voit jamais et qu'elle préfère l'ombre au soleil. Elle craint particulièrement l'odeur des excréments : dès qu'on tue une antilope, par exemple, pour se débarrasser des tsé-tsé qui couvrent littéralement gibier et chasseurs, il n'y a qu'à ouvrir le ventre de l'animal et à vider les entrailles : l'insecte cesse aussitôt de vous harceler.
Les premiers symptômes qui caractérisent l'animal piqué par la tsé-tsé sont les suivants : première phase, œil larmoyant, fatigue et lassitude générales, tristesse, tête basse, nez ou naseaux brûlants; deuxième phase, abattement plus prononcé, chassie
abondante, humeur visqueuse, jaunâtre, découlant des narines, faiblesse, manque d'appétit, peau chaude, engorgement des glandes sous-maxillaires, le poil a perdu son aspect luisant, les muscles deviennent flasques; troisième phase, maigreur prononcée, aspect très abattu, cornée de Tœil jaune; quatrième et dernière phase, humeur visqueuse des naseaux plus abondante et découlant également des lèvres en écume jaunâtre, urine mélangée de sang, diarrhée et enfui mort dans un état méconnaissable.
Cet exemple est pris sur des bœufs; il reproduit les diagnostics que les autres voyageurs signalent et que j'ai vérifiés moi-même de point en point. Souvent -on n'observe pas tous ces symptômes chez le même animal, mais ils sont causés en totalité par la tsé-tsé. 11 y a une autre remarque très importante à faire pour donner une idée du cours de la maladie, c'est le nombre des piqûres. Une seule sulTit pour tuer le bœuf le plus robuste en plusieurs mois; 50 piqûres lui donnent la mort en une semaine, mille en quelques jours. Les symptômes augmentent d'intensité dans le même rapport. J'ai vu moi-même mourir en une heure un magnifique bouc apprivoisé que j'avais avec moi, lors d'un voyage que je fis dans la Maravie, un an plus tard. L'effet des piqûres est particulièrement rapide sur les animaux domestiques au moment des pluies ou s'ils sont mouillés artificiellement. Une autre particularité à observer est (pie les petits restent indemnes tant qu'ils sont à la mamelle.
11 n'y a, selon moi, aucun doute à avoir concernant l'innocuité de la piqûre sur les animaux sauvages : que celle-ci leur soit désagréable comme à tous les quadrupèdes, j'en conviens, mais je n'ai jamais vu ou entendu parler d'une bête sauvage qui en éprouvât autre chose qu'une tracasserie. Néanmoins, la tsé-tsé suit le grand gibier, et, là où on l'a trouvée, on peut être certain qu'il existe. Quand les animaux sauvages sont exterminés ou quittent un endroit, la tsé-tsé en disparaît. Elle affectionne particulière-