MON DERNIER LION
spécimens de ma collection et que, en particulier, j'ai tué le plus gros des hippopotames que j'aie jamais vu : ses défenses sont
à peu près uniques comme taille et celles que j'ai mesurées dans les Muséums, soit de Paris, soit de Londres, n'ont rien d'approchant.
(Voir page 225). Son poids devait dépasser 1800 kilogrammes, sa longueur était de 3", 9 1 .
Enfin, en août, ce fut le tour de mon dernier lion dans des circonstances assez curieuses. J'étais campé sous de grands arbres, à cent mètres d'une mare, la seule qui se trouvât dans la région. Il était midi, j'avais tué une ou deux antilopes dans ma matinée, et les hommes, après avoir mis la viande à sécher, se reposaient. J'avais dressé ma tente et m'apprêtais à prendre une heure de repos, la chaleur était insupportable, lorsque, entr' ouvrant ma tente, je vis un lion énorme qui passait, allant boire à cent mètres à peine de mon camp dont il ne soupçonnait pas l'existence. Sauter sur mon express, prendre deux cartouches dans ma poche et, tout en pantoufles, emboîter le pas derrière lui, fut l'affaire d'une seconde. Je ne dérangeai personne, mais Tambarika me voyant sortir avec précipitation se souleva et s'aperçut que je suivais du regard un lion : le fauve descendait lentement le talus menant à la mare et disparaissait dans le trou.
Je me précipitai en étouffant le bruit de mes pas, sachant que quelques minutes me suffiraient pour arriver, mais qu'il
.II' vis un lion ciioiiiic.
nV avait pas Je temps à perdre. Derrière moi, je vis du coin de Tœil plusieurs de mes hommes qui arrivaient aussi. J'atteignis le bord, et, me penchant derrière un arbre, je vis le lion remonter le talus. Je calculai que, en arrivant en haut, il verrait les hommes qui étaient en arrière, qu'il s'arrêterait une seconde à les regarder et qu'il me donnerait ainsi le temps de tirer.
J'attendis immobile , mais le cœur battant au souvenir de cette lutte où j'avais été si imprudent. Le lion arriva sur le haut du talus comme je l'espérais, vit mes hommes qui s'accroupirent soudain, s'arrêta... et, au moment où il allait se remettre en route, reçut mon coup de feu au milieu des omoplates. Il tomba sans autre bruit qu'une plainte étouffée, avec un soubresaut, un étirement, et ce fut tout. Quant à mes hommes, je vis, en me retournant, que l'affaire de Tête leur était sur le cœur et que cette fois ils voulaient me défendre ; tout mon monde était là avec fusils, sagaies, sabres d'abattis, flèches et autres engins de destruction; il n'était pas jusqu'au cuisinier Vatel qui ne fût venu avec son grand couteau à beltong. Cette fois, le lion eût eu affaire à forte partie. Mais si la leçon n'avait pas été perdue pour mes gens, elle l'était encore moins pour moi, et je m'assurai que le lion était bien mort avant de m' avancer vers lui. Il avait une taille presque aussi considérable que celui que j'avais tué l'année précédente...
Sur ces entrefaites, le mois de septembre arriva et je me rendis à l'est du lac Nyassa dans le but de rentrer en France en allant directement par terre à Zanzibar. La mauvaise volonté des indigènes, l'état de santé d'Hanner et des Arabes, une foule d'autres circonstances indépendantes de ma volonté me forcèrent à renoncer à ce projet et à rebrousser chemin parle Chiré et le Zambèzc.
Je me rendis donc à Tchiromo sur le Chiré. J'y chassai encore un peu. En face et au nord de cette localité se trouve une grande plaine, VElephani inarsh oVi Livingstonc avait compté '
Tambarika. Macula. EocUani.
Tchigallo.