‹ Mes grandes chasses dans l'Afrique centraleChapitre 16 sur 113 · CHASSE AU BUFFLE · texte numérisé non relu

CHASSE AU BUFFLE

éclat plus violent. Ce bruit venait des bords du ruisseau : c'étaient les buflles qui allaient boire.

Gao'ou. deux hommes et moi, nous lunes immédiatement nos préparatifs et nous nous mîmes à descendre la pente , allant presque à tâtons, sans bruit, nous rapprochant toujours davantage, mais sans exagérer toutefois, de Tendroit où était le troupeau. Notre but était de nous mettre sur ses traces dès qu'il quitterait la place et de nous laisser guider par ce môme biuit que les grands animaux font involontairement en se frayant un passage dans les fourrés.

Dans le cas où le hasard aurait dirigé les buflles vers nous , pendant leur retraite, Gagou m'avait dit qu'il faudrait courir de toutes nos forces pour ne pas être piétines si le troupeau était nombreux. Mais ils traversèrent le ruisseau et se dirigèrent vers une forêt basse au terrain plat qui commençait un peu plus loin et se prolongeait pendant plusieurs milles , longeant au contraire un terrain excessivement accidenté couvert d'une épaisse végétation vierge.

Pendant une heure, nous avions suivi notre gibier, d'abord dans l'obscurité, puis dans la teinte pâle du matin, guidés par le bruit qui nous avait conduits un peu au hasard. Ce ne fut qu'au lever du soleil que j'aperçus pour la première fois, à plus de 200 mètres, les buftles marchant lentement en un troupeau serré, apparaissant à nos yeux alternativement ou cachés par la végétation, leurs échines noires émergeant seules au milieu des broussailles. A mon avis, il ne devait pas y en avoir plus de trente.

Nous suivions la piste machinalement, quand nous nous aperçûmes, à la superposition des empreintes que, entre les buffles et nous, profitant également du vent favorable, il y avait deux autres chasseurs , moins bien armés peut-être que nous, mais bien plus experts. C étaient des lions.

Kt nous continuâmes ainsi pendant ({ualre heures environ, les

buftles devant, les lions venant ensuite et nous en dernier lieu; nous ne pûmes jamais apercevoir les félins.

Je pensai plusieurs fois que, s'il leur avait pris fantaisie de se reposer ou de rester en arrière, nous aurions bien pu nous trouver face à face, mais j'étais tellement occupé des bulïïes que le reste ne m'inquiétait guère.

Quatre ou cinq fois, je grimpai sur un arbre ou y envoyai Gagou pour essayer de découvrir les lions dans les herbes, mais nous ne pûmes y parvenir; leurs empreintes seules nous les révélaient.

L'un devait être un mâle de forte taille, l'autre une femelle probablement.

Vers midi, le vent tourna et nous changeâmes aussitôt de direction; quant aux lions, ils disparurent. Nous vîmes leurs empreintes tourner brusquement et s'éloigner dans une direction latérale ; les buflles peu à peu ralentirent leur allure et s'arrêtèrent enfin sous des arbres.

Ce jour-là, si j'avais su que les animaux allaient prendre à l'ombre plusieurs heures de repos, si j'avais supposé que j'eusse pu m'approcher davantage, j'en aurais certainement tué trois ou quatre; mais j'avais peur d'avoir été vu et je risquai un mauvais coup à 120 mètres, sur un animal dont je ne voyais que l'échiné. Au moment où je tirais, je vis, un peu plus rapproché , un autre buffle qui s'arrêta un instant et me donna le temps do lui loger une balle au dessus de l'épaule.

Avec des armes aussi rapides que l'express (je tirais dans le cas dont il s'agit avec des balles pleines mi-plomb, mi-étain) à peine le chien est-il retombé que l'oreille perçoit le bruit du choc de la balle ; ce choc s'entend fort bien sur tous les animaux.

Le buffle que j'avais tiré le premier avait l'épine dorsale cassée; se traînant sur les genoux, il faisait des efforts impuissants pour se remettre sur ses pieds : son arrière-train était

Page 1