CHASSE AL' BUFFLE
inerte. Gagoii Taclieva de quelques coups de sagaie au canir.
Quant au second, il avait tourné brusquement et était allé au trot dans le fourré le plus voisin.
Ou m'avait parlé bien souvent du danger qu'il y a à poursuivre dans les broussailles épaisses un but'lle blessé; l'animal va généralement se réfugier dans ces fourrés et il s'y poste à l'affût; excessivement méchant et rusé en môme temps, il quitte d'ordinaire sa propre piste à angle droit, fait quebjues pas et se pose de face dans la plus grande immobilité, le nez, l'œil et l'oreille au guet, attendant le chasseur qui, nalurellement suivant la piste, doit forcément passer devant lui. C'est à ce moment qae , avec un mugissement de rage , il s'élance aussi vite que le lui permettent ses blessures, fondant sur le chasseur, le nez en l'air, les cornes sur le dos; s'il peut le rejoindre, ce qui lui est aisé, il baisse la tète et Ini envoie, où il peut, des coups de cornes ovi il met toute sa rage et toute sa méchanceté. L'effet en est terrible. Je raconterai plus loin dans quelles circonstances j'ai vu un homme ouvert, d'un seul coup, de l'aine à l'estomac. Ce qui rend le buffle terrifiant, c'est sa force et sa supériorité incontestable sur le chasseur dans le milieu on il s'est réfugié; l'homme s'y fraye à peine un passage, tandis que l'animal traverse les fourrés avec facilité et rapidité. On cite même des buffles qui ont chargé sans y être provoqués par un coup de feu préalable, mais ces cas sont rares; ils ne doivent guère se produire, je pense, que si l'animal a déjà été blessé quelque temps auparavant et s'il soufl're encore de sa blessure.
Une chance de salut est offerte au cliasseur poursuivi lorsqu'il trouve à sa portée des arbres aux branches basses sur lesquels il peut se hisser à la hâte; on a vu, dans ce cas, le buffle faire sentinelle au pied pendant plusieurs heures, le chasseur ayant presque toujours abandonné son fusil pour grimper. J'ai fait moi-môme de nombreuses expériences à ce sujet, comme exercice préparatoire aux aventures futures, et j'ai constaté
CHASSES DANS I.'aFP.IQI'E cf.ntkale. 7
que , dans la majorité des cas où Ton grimpe à un arbre , Ic fusil, lorsqu'on Ta en bandoulière, n'est pas seulement un embarras, il peut vous coûter la vie. en s'opposant à votre ascension, soit qu'il s'embarrasse dans les branches, soit qu'il se place en travers. Mieux vaut le laisser en bas et porter toujours dans sa poche de la ficelle et un crochet avec lesquels on peut aisément rattraper son arme en l'accrochant par le pontet, par exemple, ou par la bandoulière, pendant que l'animal vous attend en bas.
Les cas où il fait très bon grimper à un arbre se présentent non seulement avec les buffles, mais avec les lions. Je m'empresse de dire que cela ne m'est jamais arrivé, non que j'aie plus de courage qu'un autre; mais, dans certains cas, je n'avais pas d'arbre à ma portée, et, d'autres fois, la tension de mon esprit m'a totalement empêché d'y penser.
L'aventure avec mon premier buffle rentre dans la première de ces catégories.
Je m'étais pourtant promis de ne jamais poursuivre un buflle blessé; mais, à la chasse, on oublie bientôt ses bonnes résolutions : ce n'est que plus tard que le sang- froid arrive et que l'on pèse toutes ses actions.
Gagou m'avait bien dit que le buffle blessé était méchant et qu'il fallait aller doucement ; il voulut marcher devant moi, distinguant mieux les détails dans l'inextricable fourré où nous nous engagions. Le sang qui jonchait le sol avait été projeté comme quand l'animal est touché aux poumons ; on voyait qu'à un certain endroit, il s'était couché, puis relevé, et qu'il avait continué son chemin.
A chaque pas, nous nous arrêtions, regardant soigneusement de tous côtés, le cœur battant violemment; les traces de sang étant fraîches, c'est-à-dire non coagulées encore, la bête n'était pas loin; tous nos sens étaient en éveil, surexcités : l'œil ne perdait pas un point, l'oreille pas un bruit : rien pourtant. Après