‹ Mes grandes chasses dans l'Afrique centraleChapitre 23 sur 113 · CAÏMAN ET CROCODILE · texte numérisé non relu

CAÏMAN ET CROCODILE

d'usage, j'avais mis au service de chaque embarcation, et pour l'équipe tout entière, deux marmites : l'une destinée à cuire le riz ou plat de résistance, l'autre, plus petite, pour accommoder le tchissdoui ou ragoût quelconque que l'on mange avec.

Les JMazaros ayant voulu faire cuire du caïman dans la marmite commune, les Tchékondos s'y opposèrent énergiquement; de là, des cris, des vociférations, des insultes, presque des coups. Je fis jeter le caïman par dessus bord afin de rétablir la paix et surtout parce qu'il sentait horriblement mauvais dans l'embarcation. L'incident fut ainsi clos.

Le lecteur connaît déjà l'hippopotame; j'ajouterai quelques mots, une fois pour toutes, sur son compagnon aquatique, le ^ffÊÊ

crocodile ou caïman.

Tout d'abord, j'ai déjà eu occasion de dire (I) qu'on trouve en Afrique, non le crocodile des naturalistes, mais surtout leur caïman, qu'ils ont le tort d'attribuer exclusivement à l'Amérique.

Je veux dire par là que celui qui est le plus commun en Afrique est sans contredit le caïman, car je suis loin de nier l'existence de crocodiles dans les rivières et lagunes africaines. Il se peut qu'il y existe, mais je n'en ai jamais remarqué.

Les signes physiques qui distinguent ces deux crocodiliens ne sont guère perceptibles que des spécialistes : le crocodile a les quatrièmes dents d'en bas s'enfonçant dans des échancrures de la mâchoire supérieure, tandis que, chez le caïman, ces mêmes dents se logent dans des trous qui traversent la mâchoire de part en part et permettent, quand le reptile a la gueule fermée, de voir la pointe des dents inférieures qui vient aflleurer la surface de la peau au dessous des narines; j'ajouterai à cette distinction que le crocodile a les pieds postérieurs dentelés au

(1) Le Dahoineij, 1 vol. in-8". A.Henuuyer, éditeur. Cliap. III, page 80.

n MES GRANDES CHASSES DANS L'AFRIQUE CENTRALE.

bord externe et palmés jusqu'au bout des doigts, tandis que chez le caïman ils ne sont que mi-palmés.

Dans TAfrique Occidentale, Australe et Centrale, j'ai beaucoup chassé le caïman; j'en ai tué (et ramassé) environ cinquante-cinq, sans compter ceux qui, blessés, m'ont échappé ou sont tombés à l'eau et que je n'ai pu repêcher. Eh bien, cette particularité des pieds postérieurs mi-palmés et des dents s'enfonçant dans des trous m'a souvent frappé, tandis que je ne me souviens pas d'avoir jamais remarqué les caractères attribués au crocodile.

Quant à la taille du caïman ou crocodile, je ne sais si dans l'antiquité il en existait une espèce géante comme est le mammouth antédiluvien par rapport à l'éléphant par exemple ; mais aujourd'hui on surfait beaucoup sa longueur dans les récits les plus sincères. Je crois que cela tient à ce que l'atmosphère transparente des tropiques fait paraître tour à tour les objets beaucoup plus éloignés ou beaucoup plus rapprochés qu'ils ne le sont en réalité, d'où résultent naturellement des erreurs quant à leurs dimensions; sur l'eau, surtout, ces illusions d'optique sont fréquentes.

Le plus grand caïman que j'aie jamais vu, et je le cite comme une exception, avait 4*", 15 de long. 11 fut tué dans le chenal de Kotonou (côte occidentale d'Afrique) ; son torse atteignait l'",15 de circonférence et il pesait 180 kilogrammes. Je m'empresse d'ajouter que je n'en ai jamais rencontré un autre de cette taille. La moyenne des grands crocodiliens est de 3°, 20 maximum, et la taille habituelle de 2°", 50 à 2"°, 70. Quand on pense qu'un de ces reptiles de 2 mètres a la force de saisir un homme, de l'entraîner sous l'eau et de le noyer avant de le dévorer, on trouve cette taille bien suffisante.

J'ai vu un grand nombre d'accidents causés par les caïmans ; aussi, en certains endroits, les indigènes ne s'approchent-ils

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