‹ Mes grandes chasses dans l'Afrique centraleChapitre 27 sur 113 · MON ÉQUIPEMENT · texte numérisé non relu

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d'être en nombre : qu'on abatte, par exemple, une antilope de taille moyenne, il faut au moins six hommes pour la porter ; on doit, dans ce cas , envoyer un homme au camp chercher du renfort, on en laisse un autre auprès de Tanimal et on en a encore deux pour continuer la chasse. Pour les très grands animaux , c'est au contraire le camp entier que l'on transporte sur les lieux et que l'on rapproche autant que les ressources en eau le permettent. J'emmenais donc au minimum quatre hommes avec moi et il ne fallait pas s'éloigner outre mesure du campement, car les porteurs de l'expédition n'auraient pas eu le temps de venir chercher la bête et d'en profiter; quelquefois, si nous avions quatre ou cinq heures de marche à faire pour rentrer et aller chercher du renfort, nous renoncions à ce dernier moyen et nous rentrions chargés chacun d'autant de viande que nous en pouvions porter.

Dans certaines régions de chasse où je savais que nous ferions des rencontres, j'ai eu continuellement avec moi jusqu'à huit ou dix hommes. Cependant nous ne marchions pas ensemble : je m'avançais avec mes porte-fusils , et les autres restaient en arrière, à .5 ou 600 mètres, accourant dès qu'ils entendaient un coup de feu et qu'on leur faisait signe d'approcher; si j'avais manqué, par exemple, il ne fallait pas qu'ils se montrassent. Je dirai également que, dans les bois, on ne s'appelle jamais; on se siffle d'une certaine façon pour communiquer ou se faire des signaux, même à quelques pas. La voix humaine s'entend dans la solitude des forêts à une distance étonnante ; il faut donc éviter de parler. On chuchote tout doucement quand on est ensemble, et seulement quand c'est nécessaire, car, en général, les animaux ont l'oreille fine, et c'est bien assez difficile de ne pas se faire sentir sans encore s'exposer sans motif à être entendu.

La façon de marcher sans bruit avec des chaussures est un art véritable qui ne s'acquiert qu'avec beaucoup de pratique;

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mais on y arrive. Il faut aussi éviter les petites branches sèches, les tas de feuilles, les cailloux roulants, ce qui est assez aisé, puisqu'on a toujours le regard fixé à terre. C/estplus qu'une habileté d'étouffer ses pas, c'est bien un art ; les noirs, qui vont pieds nus, font du bruit s'ils ne sont pas du métier. 11 faut retenir un éternuement, une quinte de toux, ou savoir la changer en un souille silencieux. En un mot, il faut que chacun de vos gestes soit volontaire et calculé, car il y a des branches sèches et des feuilles aussi bien devant les bras que devant les jambes , et on ne doit pas les frôler. Toutes ces précautions sont essentielles quand on cherche à se rapprocher d'un animal méfiant, et c'est un triomphe pour le chasseur, quand, malgré tous les obstacles amoncelés sur son chemin, il arrive à portée d'une antilope qui est sur le qui-vive et qui a l'œil et l'oreille aux aguets.

Voici maintenant l'ordre dans lequel nous marchions presque invariablement : devant moi (pendant près d'un an et demi) un homme avec mon calibre 12; derrière moi, le calibre 8, et, en dernier lieu, la canardière; je portais moi-même mon express; tous ces fusils chargés, le chien au repos.

Dès qu'un homme, devant, voj'ait une piste, il me la montrait du doigt sans s'arrêter. Son regard, comme le mien, interrogeait l'horizon plus ou moins limité à notre vue, fouillant les arbres et les massifs d'un coup d'œil rapide et sûr, s'y reprenant à deux fois aux objets douteux.

S'il fixait quelque chose, je l'avais vu avant qu'il se retournât pour me le montrer. Souvent alors, si c'était un animal, ou si la terre montrait une piste importante , nous nous arrêtions ; dans le premier cas, on prenait le vent, on décidait du meilleur côté pour se rapprocher en se dissimulant ; je me mettais en tête , choisissant mon chemin, les autres me suivant dans le plus grand silence; si nous avions trouvé une empreinte, on tenait conseil, on évaluait le temps écoulé depuis le passage de l'animal, la

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distance approximative à parcourir, le temps dont nous disposions, etc.

Nous trouvions-nous à Timproviste à portée d'une antilope, tout le monde disparaissait soudain dans la brousse, s'accroupissant sur ses jarrets, afin de me donner le temps de passer devant, ce que je faisais en général pendant que Tanimal interrogeait du regard, ne s'expliquant pas notre disparition In-usque ; je me levais alors lentement et je tirais.

* Selon le gibier rencontré, je prenais Tune ou l'autre de mes carabines, mais jusqu'au dernier moment je laissais porter aux hommes les calibres 12 et 8, à cause de leur grand poids, qui, me fatiguant inutilement les bras, m'eût fait manquer au moment décisif. En cas d'attaque brusque, de danger imminent, la canardière chargée à chevrotines était préférable à une arme de précision; elle servait aussi le soir, lorsqu'on revenait bredouille, à abattre quelques pintades pour le repas quotidien.

J'aurai donné au lecteur tous les détails sur nos habitudes, en ajoutant un aperçu de mon costume habituel et de notre matériel. Une chemise de flanelle couleur gris jaune ou gris foncé, sans manches et laissant au cou toute sa liberté au milieu d'une large échancrure; une petite culotte arrivant aux genoux, de la même couleur ou plus sombre; des chaussettes, des souliers de marche en cuir souple sans talons ayant la forme du godillot sans en avoir la raideur et où le pied est admirablement à l'aise, — les Boers, qui ont inventé ces chaussures, les nomment veltscooms (souliers de jungles); un casque léger recouvert de drap gris foncé abritant bien les tempes, les yeux et la nuque. Le cou, les bras et les jambes nus. Autour des reins, un ceinturon en cuir, large, retenant deux pochettes à cartouches qui contenaient : celle de devant, quatre cartouches calibre 12, huit express, deux calibre 8; celle de derrière, des allumettes, de l'alcali volatil, un pansement sommaire, une pince à épines, une paire de lunettes de rechange , ma pipe et un peu de tabac. Pour

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les petites excursions, je ne prenais qu'une seule pochette : six cartouches express, ma pipe et deux cartouches calibre 12. En plus des munitions , mon ceinturon supportait un fort couteau de ciiassc à double tranchant qui n'était pas là seulement pour faire figure; il servait à la fois à achever les animaux à l'agonie, à les dépecer, à couper ma viande, mon pain et mon tabac (quand j'en avais), à abattre des branches, à tailler mon crayon, à enlever et à remettre des vis, à attraper des tsé-tsé et à une foule d'autres usages dont la nomenclature m'échappe. Ce brave couteau! En a-t-il assez coupé de la chair, en a-t-il fait de la besogne! 11 était si bon, son fd toujours si soigneusement entretenu, qu'on venait continuellement me l'emprunter.

Chacun des hommes avait également son couteau, indispensable aux repas de viande et au dépeçage des animaux.

Chaque porte-fusil avait une cartouchière garnie des munilions affectées à son arme. En outre ils se répartissaient entre eux les objets suivants: une hache, un mkombo (calebasse à boire, en forme de grande louche), un sabre d'abatage. Pour les grandes excursions où l'on couchait plusieurs nuits dehors, un ou deux hommes supplémentaires portaient la nourriture.

La mienne était la même que celle des hommes : riz, farine de maïs ou patates. J'emportais en plus une poignée de sel, du tabac, des biscuits, le tout dans une marmite en fer émaillé roulée avec une couverture et un hamac de toile à voile; ce dernier me servait à ne pas dormir à terre les nuits de pluie : on le pendait entre deux arbres; par les temps secs, étendu sur le sol, il servait de natte. Les roseaux des lieux humides donnaient d'excellents cure-dents et les fruits de la jungle fournissaient parfois un dessert plus ou moins âpre. Ouanl aux soins de toilette, on trouvait de l'eau pour se débarbouiller comme pour boire, et la brise de la forêt se chargeait de nous sécher la figure et les mains; les mares étaient notre miroir, et, quant aux cheveux, ma tondeuse leur défendait de dépasser

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