‹ Mes grandes chasses dans l'Afrique centraleChapitre 28 sur 113 · LES GORGES DE KEBRABASSA · texte numérisé non relu

LES GORGES DE KEBRABASSA

un coutimètre ; je dirai aussi au lecteur, au risque de le scandaliser, que je me servais très rarement dun mouchoir, les doigts ayant été donnés au chasseur pour s'en servir, et le savon étant, d'ailleurs, dans lAfrique Centrali\ dun prix des plus élevés

Keprenons notre voyage.

Quelques jours après avoir quitté Tête, nous arrivions aux gorges de Kébrabassa, où se trouvent les premières cataractes du Zambèze, et nous nous préparâmes à quitter le fleuve afin de pénétrer dans Tintérieur, vers le nord-ouest.

Les gorges de Kébrabassa offrent au voyageur un coup dieil vraiment grandiose. Ce sont d'épaisses falaises de granit, de véritables montagnes qui bordent le fleuve. Leurs flancs sont couverts d'une végétation que leurs proportions énormes font ressembler à de petites broussailles, mais qui est, en réalité, composée d'arbres de forte taille : le baobab gigantesque (.4 r/r//?sonia digitatcn y fait à peine saillie.

Au pied de ces murailles colossales dont les bords sont semés de blocs énormes dans toutes les positions, le Zambèze se précipite avec un courant considérable. Au milieu de son cours, d'autres masses rocheuses, émergeant ou en dessous de la surface, produisent des tourbillons, des flots d'écume, et rendent la navioration fort difficile.

Peu ou pas de gibier visible.

Xous débarquons à Massinangoué, rive gauche, et nous nous installons sur une plaine de sable bordée au nord par un terrain couvert de végétation et qui doit être submergé au temps des crues. Nous déplions les tentes, à cause du soleil brûlant et en prévision de la journée du lendemain que nous avons à passer en cet endroit. Sur la rive droite, au sommet d'une éminence, est le village indigène. De notre côté, pas une habitation: partout des jungles, des masses granitiques, et, un peu plus loin, des montagnes découpant sur le ciel leurs arêtes irrégulières.

84 MES GRANDES CHASSES DANS LWl-Rlgi'E CENTRALE.

Nous allions bientôt grimper à leurs flancs, descendre leurs pentes, nous enfoncer dans l'inconnu, car même pour les indigènes c'était l'inconnu : nous étions sur le territoire de Makanga, et personne ne s'aventure dans ce pays sans un laisserpasser du roi, très puissant et très craint.

En attendant d'en avoir, nous allions camper chez lui; les bagages sortent des embarcations et s'alignent sur le sable ; les provisions, les caisses, les colis, s'empilent les uns sur les autres. Les Arabes dressent leur camp à côté du nôtre, et, au bout d'une demi-heure, on pouvait voir six tentes environnant un amas rectangulaire de colis. Les bateaux furent amarrés solidement.

Nous passâmes une soirée délicieuse. Nous nous étions avancés jusqu'au bord du fleuve ; les eaux, calmes en cet endroit, reflétaient les étoiles nombreuses qui étaient au ciel; les grillons chantaient leur chant monotone répercuté par les échos, et quelques chauves-souris, au vol rapide, tourbillonnaient autour de nous, nous frôlant l'oreille avec un bruit d'ailes et de petits cris efl'arouchés. La lune se levait pleine, nous regardant de cette face blafarde où l'œil croit toujours apercevoir des traits humains. Nous avions causé ce soir-là, Hanner et moi, avec le chef des Arabes, nous concertant sur la route à suivre et les movens de o'aoj'ner l'amitié du roi dont nous comptions traverser le pays. Nous avions donné un souvenir à Smith, et pensé à Jones dont nous ignorions encore la triste fm; en tournant le visage du côté du camp, éloigné d'en- A'iron vingt mètres, nous voyions les hommes par petits groupes, autour des feux, devisant entre eux de choses et d'autres; ces faces éclairées, tandis que les corps étaient dans l'ombre, ces expressions diverses de physionomie ou de gestes, suivant la discussion, les faces pâles des Arabes avec leurs turbans, leurs vêtements mi-éclairés, le va-et-vient des gens entre les feux ou les tentes, tout donnait au camp un air de gaîté. Ce soir-là, les

Page 1