‹ Mes grandes chasses dans l'Afrique centraleChapitre 29 sur 113 · LES GORGES DE KEBRABASSA · texte numérisé non relu

LES GORGES DE KEBRABASSA

moustiques, après nous avoir harcelés plusieurs semaines, nous avaient fait grâce de leur présence, emportés par une assez forte lu'ise du sud-est; chacun s'en réjouissait, causant, mangeant ou fumant encore à minuit.

Les gorges de Kébiabassa.

Pourtant je commençais à avoir sommeil et, ayant l'intention, le lendemain, de faire une excursion dans les gorges et de me lever, par conséquent, avant le jour, j'appelai un moulèque (domestique) pour rouler ma natte, ramasser mon tabac et mes allumettes et remettre le tout dans ma tente. Je me couchai et j'entendis peu à peu les conversations cesser, les hommes

sC) MES GRANDES CHASSES DANS L'AFRIQUE CENTRALE.

s'étendre sur leurs bottes d'herbe sèche, et rien ne l)Ougea plus au camp.

Je ne sais combien de temps je dormis. Je fus réveillé en sursaut, par les rugissements d'un lion, si violents, si proches, que le sol en trembla... et moi aussi! Je sautai précipitamment à bas de mon lit de camp, autant par surprise que d'un mouvement nerveux involontaire. C'était la première fois que j'entendais lu voix du lion; elle me produisit l'effet terrifiant qu'elle cause à tous ceux qui rentendent de près pour la première fois.

C'est une voix formidable, une voix qui commence par une note haute et finit par un ronflement profond comme un gros tuyau d'orgues ou un roulement lointain du tonnerre ; une note qui, lorsqu'on n'}' est pas accoutumé, résonne dans le plus profond de votre être, vous arrête le cœur, vous glace le sang dans les veines, qui vous retentit aux oreilles plusieurs heures après, une voix, enfin, qui produit sur l'homme et les animaux un effet physique étrange, indescriptible.

Ceux qui n'ont pas entendu le lion sauvage, dans son pays, dans ses forêts, dans ses gorges, ne peuvent me comprendre ; ce n'est plus ces gros miaulements plus ou moins féroces, ces notes enrouées par le défaut d'exercice ou paralysées par des années de silence, que l'on entend dans les ménageries ou les jardins zoologiques. C'est un bruit puissant, un grondement terrible, qui ferait trembler les vitres si on l'entendait dans nos villes, que les échos répercutent à l'infini et qui se prolonge distinctement la nuit à plusieurs kilomètres de distance.

La nature, qui a donné aux serpents le charme fascinateur auquel les petits oiseaux se laissent prendre et au chien ce regard qui paralyse le perdreau, la nature a dû dans le même but doter le lion de cet organe effrayant. Je citerai à ce propos, et à l'appui de mon dire, cette impression que Livingstone ressentit, quand un lion, sans lui faire grand mal pourtant, le maintint par terre, sous une de ses pattes : « J'éprouvai, dit-

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