LOI\ DE LA CIVILISATION
nots on loile à voile, pochettes de tailleur, de cordonnier, de sellier, d'arnuirier, Icrs à souder, savon, etc.
Instuuments divkhs de géodésie et d'astronomie, appareils photographiques, produits chimiques, plaques, etc.
Provisions. — Tout ce que Ton peut désirer en fait de conserves, depuis le sel jusqu'à la confiture.
Marchandises-monnaie. — Calicot, verroterie, cadeaux pour les chefs, etc.
Nous avions donc des filtres, mais comme on avait très soif en arrivant près d'un ruisseau ou d'une mare, on laissait de côté le grand, parce qu'il passait trop lentement, et le petit à tuyau, parce qu'il n'aspirait pas assez vite; ou bien encore, en marche, l'homme portant le filtre était à une heure derrière moi lorsque j'arrivais à un endroit où je pouvais me désaltérer, et je n'avais ni la patience ni l'envie de l'attendre. Le microbe a toujours existé quoicjuc l'on n'ait fait sa connaissance que depuis quelques années. Or, autrefois on se passait de filtres, et onn'en vivait pas moins; notre corps doit être également composé de microbes dont ceux que nous absorbons sont, sans doute, le complément indispensable. Tout est affaire d'imagination. Dans mes voyages, j'ai souvent bu de l'eau à côté de laquelle celle de la Seine est du plus beau cristal; j'ai bu de l'eau jaune, violette ou verte, ou bien bourbeuse comme du chocolat, et je ne m'en porte pas plus mal pour cela. Il faut noter également que je bois des quantités énormes d'eau et tant que la soif ne m'a pas quitté, contrairement à ce principe de certains voyageurs, qu'il ne faut pas boire quand on a soif. Absorber du liquide à profusion est un préservatif contre l'insolation, parce que cela produit une transpiration abondante et salutaire, tandis que l'arrêt de cette transpiration, la sécheresse de la bouche, la soif, amènent des insolations souvent fatales. Quand on ne peut pas faire autrement, on se prive, et on a raison ; mais je ne connais pas de plus grande jouissance
que de boire d\\n seul coup uu litre d'eau bien fraîche, après s'être lavé les mains et la figure, à Tombre, aux heures où un soleil incandescent vous brûle de ses rayons, et quand vous avez marché sans ombrage depuis le matin.
Un voyageur prévoyant doit toujours emporter une provision d'eau pour la marche; on se munit de récipients nombreux quand on fait un voyage sous les tropiques (1)...
Pendant cinq ou six jours, je me mis à reconnaître l'endroit où nous nous trouvions, la position de Chiouta, les éminences environnantes, etc.
Je tuai pendant ce temps un kob , une antilope harnachée , deux sangliers et un éland mâle.
La mort de ce dernier donne lieu, dans ces pays, à de petites cérémonies assez curieuses. La croyance commune aux indigènes est que les grands animaux, tels que l'éléphant, le lion, l'éland et même le koudou, dans certains endroits, sont des Mzimous (esprits); mais là s'arrête cette superstition innocente : aucune autre idée ne s'y rapporte ni aucun culte. 11 est permis de tuer ces animaux, mais chacun d'eux, lorsqu'il est mort, a droit à un cérémonial particulier. Je vais vous parler de ce qu'on fait pour l'éland, puisque c'est à son occasion que j'ai constaté cet usage pour la première fois. Tout d'abord, lorsque l'éland est à terre , on ne peut entamer sa peau avant qu'il ait uriné ou, tout au moins, fait quelques crottins; chez presque toutes les antilopes, les dernières contractions musculaires amènent naturellement cette évacuation , dans un temps qui varie entre quelques minutes et une heure après la morL
(1) Les gourdes en vulcanite ou ébonite, recouvertes en feutre sont excellentes, mais elles ont le grand inconvénient de ne pas durer; elles sont très fragiles et se fendent au soleil ou sous le moindre choc; les gourdes en fer émaillé recouvertes de feutre valent donc beaucoup mieux; cette enveloppe est laissée continuellement imbibée d'eau pour que l'évaporation garde le liquide frais; on ])cut la changer lorsqu'elle est pourrie.
CEREMONIE INDIGENE. 101
On attend ponr prendre possession de Tanimal qn'il ait accompli cette formalité /)o.s/ mot-teni; mais ce n'est pas tout : pendant qu'un homme soulève la tête de Tantilope afin de présenter le front, le chasseur y applique les morceaux de bois destinés à allumer du feu par le frottement. Le feu est bientôt allumé et brûle un peu des poils (I); on peut alors ouvrir la peau; la croyance des indigènes est que, après la mort, l'esprit quelconque qui habitait l'animal est devenu malfaisant et qu'il s'est réfugié dans le ventre lequel augmente aussitôt après que la vie s'est retirée.
Le coup de couteau doit être donné de façon à l'en faire sortir. Les cérémonies préalables ayant eu pour but de le rendre favorable, il y a moins de danger à lui ouvrir un passage, mais personne ne regarde; celui même qui pique la peau détourne la tête. On entend les gaz qui s'échappent avec ce bruit particulier à une vessie qui se dégonfle violemment par une petite ouverture sous la pression de ses parois. Et la cérémonie est alors terminée.
11 arrive quelquefois pourtant que les fumées posthumes ne se présentent pas ou tardent à se montrer; on attend avec patience, mais on essaye de hâter le dénoûment par une espèce de mankouala (médecine). Je me suis prêté à ces formalités, comme je me prête toujours, au moins une fois, dans le but d'apprendre, atout ce qui concerne l'étude des mœurs indigènes. Donc, on m'apporta une écorce ressemblant, par la couleur et l'extérieur, à celle de l'acajou, écorce dont il fallut mâcher des parcelles; c'était âpre, amer, mauvais, ignoble, au point de me faire venir les larmes aux yeux et le cœur sur l'eau; mais je mâchai. 11 fallut ensuite cracher, en pluie, l'écorce ainsi mastiquée, à l'anus et dans les naseaux de l'antilope morte, afin
(1) Les élands ont le poil plus long à la base des cornes. Chez le màle surtout, ils forment un véritable toupet.
de hâter Tapparition des fumées tant attendues. Cette opération ne peut être faite que par le chasseur lui-môme.
11 va sans dire que, plus tard, je fis découper les élands sans aucun préambule, mais je tins à assister une ou deux fois à ces petites cérémonies, afin de me mettre au courant.
Je dirai aussi un mot sur la façon de dépecer une antilope.
Quand on veut conserver la peau entière, on doit en dépouiller ranimai avec précaution , en ayant soin d'y laisser adhérer la queue , les tibias , les sabots et les cornes munies du massacre (partie de l'os frontal) ; ou bien on enlève la peau autour des cornes en gardant celles-ci à part avec le squelette de la tète ; on opère ainsi lorsqu'on recueille des spécimens destinés à être empaillés.
Mais, lorsque, comme moi, on chasse pour avoir de la viande, qu'il est inutile d'avoir la peau détachée, il vaut bien mieux s'en servir pour préserver la chair des atteintes du soleil et des mouches. On laisse donc adhérer à chaque partie du corps l'enveloppe qui la recouvre. Ainsi, on commence, l'animal étant couché sur le côté, par découper le membre antérieur et sa peau, puis le postérieur; on retourne ensuite la bête sur un lit de feuilles arrangé à cet effet et l'on sépare de même les deux autres membres. La carcasse est ensuite divisée, selon la taille, en cinq ou six morceaux : la tète, le cou, la poitrine, le garrot et l'épine dorsale jusqu'à la région lombaire avec les côtes adhérentes, les hanches et le bassin, les intestins, les filets, le cœur, le foie, la rate, etc. ; les intestins sont déroulés immédiatement, vidés sur place et arrangés en écheveaux jusqu'à ce qu'on puisse les laver à l'eau.
Ces diverses parties, qui constituent chacune au moins une charge d'homme , sont transportées au camp où on découpe alors plus soigneusement et plus à .son aise (1).
(1) Pour les gros animaux, éland, buffle, rhinocéros, hippopotame, éléphant, le transport do cliacune de ces parties demande plusieurs liommes.