‹ Mes grandes chasses dans l'Afrique centraleChapitre 36 sur 113 · AU PAYS DE MAKANGA · texte numérisé non relu

AU PAYS DE MAKANGA

avec de Tivoire aux Arabes venant du Nord. Ceux-ci ne se rendaient à Tète qu'une fois par an. Il faisait donc faire exclusivement la chasse àréléphant, mesurant lui-même la poudre à chaque chasseur. Ses sujets étaient laborieux en temps ordinaire et belliqueux le cas échéant. Outre le gibier, on trouvait au pays de Makanga des plantations immenses, des poules, des œufs en quantité. Pendant certains mois de l'année ce territoire ressemble à Toasis dans le désert. Tandis que leurs voisins meurent de faim ou manquent d'eau, les gens de Makanga (leur nom est Atchékoundas) ont des provisions dues à leur travail et des rivières qui ne tarissent jamais. C'est ce qui me décida, après informations, à y séjourner pendant les mois de famine (décembre, janvier, février) et à accomplir sans tarder, (nous étions en septembre) un voyage projeté dans la Maravie occidentale (1).

Je parcourus néanmoins Makanga pendant une quinzaine de jours. Comme je l'ai dit, il y avait dans la jungle une faune plus abondante que dans les localités que j'avais traversées jusqu'alors. Je ne connaissais à cette époque que les quatre ou cinq espèces d'antilopes que j'ai décrites; il y en avait bien d'autres, aussi belles, aussi grandes, dans cette partie de l'Afrique Centrale si voisine et pourtant si différente des territoires au sud du Zambèze.

C'est ainsi que je vis un jour passer au galop une bande de cinq antilopes rougeâtres, une tache brune au flanc, avec des cornes bizarres posées sur une tête longue et pesante. C'étaient des bubales. Leur taille, jugée par le pied, devait être celle du. kob; quant à leur allure, elle est tout à fait spéciale : c'est un galop lent, un cariter, qui couvre à chaque battue, sans qu'il y paraisse, une grande longueur de terrain.

(1) Nom donné par les anciens Portugais à un territoire situé à 220 kilomètres au nord du Zambèze, presque sous la même longitude que l'entrée oues^ des cataractes de Kébrabassa.

Tcle de bubale {Dubahts caama ou Antilope caama).

Les cinq bubales parcoururent trois ou quatre cents mètres et s'arrêtèrent, nous regardant , les uns nous faisant face, les autres placés de profd. Nous nous approchâmes, ils repartirent encore et recommencèrent le même manège trois ou quatre fois. Voyant que ce petit jeu pouvait nous entraîner fort loin, et que, si je ne les tirais pas à la course, je ferais mieux dy renoncer, je tentai ce moyen et fis feu de mes deux coups.

« 11 a la jambe cassée! » s'écrièrent mes hommes, en montrant un des ammaux qui ralentissait son allure en boitant, tandis que les autres, cette fois, fuyaient définitivement. Le blessé continuant à galoper sur trois pattes, s'engagea dans la brousse la plus épaisse et disparut, tandis que nous nous mettions à sa recherche, marchant aux rougeurs (1), à une allure très vive et qui dut forcément changer, non seulement parce que la végétation était inextricable, mais aussi parce que l'on ne peut courir sans interruption pendant plus d'une demiheure sous le soleil des tropiques.

Deux fois, j'avais aperçu le bubale blessé, et deux fois j'avais tiré sur lui, croyant le toucher; il avait continue à détaler sur ses trois pattes, nous entraînant à sa suite par monts et par vaux. Enfin, un projectile plus heureux, trouva à 150 mètres le chemin de son cœur, sans quoi il était perdu pour nous :

(1) Suivre la piste aux traces du sang perdu par l'animal (Terme de vénerie).

POURSUITE D'UN BUBALE.

lU'J

nous n'avions plus la force de le suivre, et sa blessure n'était pas assez grave pour Tallaiblir ou Tarrèter.

La taille du bubale {Ihibalis Lichtensteini) est celle d'un «rros kob ou d'un clu^val ordinaire; mais celui dont il est question était de beaucoup le plus grand que j'aie tué; ses cornes resteront un de mes plus beaux spécimens de Fespèce, car jamais je n'ai trouvé rien d'approcbant. Sa robe est fauve avec une teinte plus rougeàtre sur le dos, bien délimitée sur la croupe en forme de selle. La tète, rappelant plutôt celle du cheval, est massive et lourde; elle forme avec le cou un angle droit. Ses cornes sont courtes, d'abord en croissant, puis ramenées en arrière.

Il y a une autre espèce de bubale {Bubalis caania) que je crois avoir entrevue dans le pays de Gaça et qui existe également dans la région du lac Nyassa; ses cornes sont plus longues avec la même forme et son pelage presque semblable.

Peu après la mort du bubale, j'aperçus une troupe de zèbres. J'ai souvent désiré m'emparer d'un de ces animaux vivant pour le dresser à la selle ; il remplacerait le cheval avec avantage et irait impunément au milieu des essaims de tsé-tsé. Mais je n'ai jamais pu réussir.

L'année suivante, je suis bien parvenu , une fois , avec bien des peines et une patience inouïe , à tuer une mère auprès de laquelle j'avais aperçu un poulain de quelques mois. A ce propos, je dirai qu'il n'y a, à ma connaissance, que trois espèces d'animaux dont le petit n'abandonne

TiHe (le buliale

pas sa mère morte : le zèbre, le (Uabaïus Uchiensieini).

buflle et le rhinocéros. Généralement, lenr rejeton s'enfuit au bruit de la détonation; mais, si on ne se montre pas, il ne tarde pas à revenir auprès du cadavre et il faut beaucoup d'adresse et de monde pour le prendre (1).

Je conterai, puisque j'ai commencé à en parler, l'essai de capture que je tentai sur mon jeune zèbre. J'avais tué la mère, comme je viens de le dire, et j'attendais le retour du petit. 11 était déjà fort tard quand celui-ci revint ; je l'avais attendu plusieurs heures (sans doute, il avait été entraîné au loin par les autres zèbres) et, pendant ce temps, j'avais tué une antilope que les hommes avaient emportée au camp. Ils n'étaient pas de retour et j'étais seul avec Msiambiri pour tenter la prise du jeune zèbre lorsqu'il se présenta. Il était revenu tout seul exactement à l'endroit où sa mère était tombée; j'attendais qu'il se mit à tèter afin que sa position l'empêchât de nous voir nous approcher; mais il n'avait pas faim, sans doute : il continuait à regarder autour de lui, les oreilles agitées, tressautant au moindre bruit. Supposant qu'il allait nous échapper, je pris la canardière, j'y glissai une petite cartouche de plomb lin (faite pour tuer les petits oiseaux à empailler) et je me mis à courir droit sur lui, tandis que Msiambiri faisant un détour le tournait de son côté : mon chasseur et moi nous allions avec une grande rapidité, pourtant ce n'était qu'un jeu pour le jeune zèbre de nous distancer; j'essayai alors de le blesser légèrement à la fesse espérant le guérir ensuite, et je le tirai avec le petit plomb. La pauvre petite bote tomba morte ; un plomb avait passé par-dessus sa croupe et avait frappé la nuque. Je fus très vexé; de toutes les façons, le pauvre animal était perdu, l'endroit étant peuplé de lions auxquels il

(1) Chez les espèces autres que celles que je viens de citer, la mort de la mère ne rapporte rien : le petit continue à fuir avec le reste de la troupe et on ne le revoit jamais.

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