‹ Mes grandes chasses dans l'Afrique centraleChapitre 37 sur 113 · HARDE DE ZEBRES · texte numérisé non relu

HARDE DE ZEBRES

eût servi de pâture quelques heures plus tard : je u'eu ai pas moius regretté longtemps cet assassinat.

Les Boers apprivoisent les zèbres en s'en emparant par un moven dont j'ai essayé plus tard : ils les prennent très jeunes après avoir tué leur mère et en font de très bonnes bêtes de trait ou de selle. Aucun animal n'a jamais été plus apte à rendre service à l'homme. On m'a même assuré qu'une compagnie de coachs existant entre le Transvaal et Fort Salisbury (Mashonaland) avait dans ses attelages plusieurs couples de ces animaux. Dans l'Afrique du sud, la destruction du zèbre est défendue par les lois anglaises.

... Revenons au jour où je fis connaissance avec le bubale. Je me souviens que ma course m'avait tellement ouvert l'appétit que, à peine l'antilope abattue, je mis sur le gril un morceau de sa cuisse que je mangeai avec un peu de sel. Mes hommes en firent autant. En nous remettant en marche laissant le gibier à la garde d'un homme, nous avions la bouche pleine et les mains embarrassées, ce qui fit que, lorsque j'aperçus à bonne portée les zèbres dont j'ai parlé, si rapide que j'aie été à lâcher ma viande et à épauler mon express, il était déjà trop tard : les zèbres avaient tourné un fourré d'épines et avaient disparu. Juste punition de ma gloutonnerie. Sans chercher à les poursuivre, nous continuâmes notre chemin. Nous rencontrions dans les broussailles, à chaque instant, des terriers qui s'enfonçaient sous terre en oblique et devant lesquels mes hommes se hâtaient de passer (1). Leur ayant demandé pourquoi, j'appris que, lorsque certains terriers sont habités par des sangliers, si quelque bruit effraye ceux-ci, ils sortent souvent de chez eux à toute vitesse, renversant inconsciemment tout ce qui peut se trouver devant l'ouverture : il est donc prudent de ne pas rester à l'entrée. Les hyènes,

(1) Ces excavations sont excessivement communes dans la brousse africaine.

chacals, blaireaux, civettes , qui se logent de la même façon, ne sortent jamais en cas de bruit.

La terre extraite forme ordinairement, à côté des terriers, de petits monticules. Or, il est d'habitude, pour étendre son regard plus loin, de monter sur toutes les éminences, quelquefois même sur des arbres ; lorsque les herbes sont hautes et la végétation serrée, on peut avoir ainsi la chance d'apercevoir quelque gibier à Timproviste. Msiambiri, ayant voulu monter sur un tertre placé devant un terrier, se pencha auparavant, jeta un coup d'œil et, vo3'ant quelques fils d'araignée sur l'ouverture, jugea que le logis était abandonné (1).

11 n'était pas plus tôt dessus et, la main sur les yeux, interrogeait le paysage, qu'un grognement se lit entendre, puis un froissement de feuilles sèches et un galop précipité : un énorme phacochère (sanglier africain) apparut les poils hérissés, passa à deux pas de nous sur le tertre d'où Msiambiri avait lestement sauté et s'éloigna au galop ou plutôt à un trot très rapide, ses petites jambes faisant merveille sous son gros corps immobile, la queue raide en l'air parfaitement verticale, ses grosses défenses en avant comme de formidables moustaches.

Le voir, épauler et faire feu, fut, comme on le pense, l'affaire d'un instant, et le phacochère roula sur lui-même, se débattant dans les herbes, ne montrant maintenant que ses quatre pattes qui gigotaient d'une façon désespérée. Je fis un pas pour m'approcher; mais, sur une exclamation de Msiambiri, je tournai la tête et aperçus du coin de l'œil un autre phacochère qui s'éloignait dans une direction latérale; je fis volte-face, le suivis trois secondes, de profil cette fois, et le roulai à cinquante mètres comme le premier.

Un gros marcassin apparut ensuite. A l'ouverture du terrier, il s'arrêta une demi-seconde et rentra avec précipitation en

(1) C'est un indice qui ne prouve rien, attendu qu"il suffit de quelques minutes à une araignée pour tisser une toile.

CHASSES DANS l'aFHIQIE CENTRALE.

vo3'aiil quatre hommes devant lui. Je fis jeter des pierres, crier, frapper du pied à l'endroit que je supposais correspondre à son logis; je tirai dedans un coup de fusil. Rien n'y fit : je résolus, puisque la force ne réussissait pas, d'employer la ruse, et je m'embusquai à vingt pas du terrier, derrière un buisson. JMes hommes en firent autant.

Le jeune marcassin montra bientôt le bout de son nez, puis la tète, explorant les environs, et il sortit à toute vitesse, venant sur nous sans s'en douter; il passa à quelques pas; mais je ne pus le tirer à cause de la position de mes hommes. Je dus le laisser avancer et je le manquai; un deuxième débûcha ensuite, essuya un coup de feu, roula par terre, et, touché trop légèrement, se releva et partit à fond de train; le troisième et le quatrième rejoignirent leurs parents dans un monde meilleur.

Le phacochère africain [sus africanus) est une variété de sanglier presque deux fois plus grosse que celle d'Europe. Ses défenses sont énormes; sa face, garnie de verrues et de poils raides, est d'une laideur rare; ses mœurs sont les mêmes que celles du sanglier d'Europe. Sa peau, d'un gris sale, est plus glabre que celle de ce dernier.

La chair des sangliers et du bubale nous fournit nos vivres de marche juste à la veille de notre départ pour la Maravie. Le gros de l'expédition s'arrêta à Chiouta; je n'avais laissé personne derrière nous à Makanga, par mesure de prudence. Deux ans auparavant, cent cinquante Portugais y avaient été traîtreusement massacrés, et je désirais qu'en mon absence personne ne courût le même risque.

A Tchiouta, je laissai Hanner avec tout mon monde, sauf quatre Arabes et vingt hommes qui m'accompagnèrent; je pris deux mois de vivres, des cartouches, le strict nécessaire, en un mot, et, quatre jours après, entre la Louiya et le Loangoué, — deux rivières absentes sur les cartes, — nous installions notre petit campement dans un pays qui me sembla si.

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