‹ Mes grandes chasses dans l'Afrique centraleChapitre 39 sur 113 · DRAME NOCTURNE · texte numérisé non relu

DRAME NOCTURNE

ù leur coup d'essai : semblable aventure leur était arrivée une nuit, avec un léopard, à Lokoloko, sur le Quaqua, deux jours après le départ de Quilimanc. Voici comment :

Je me servais à cette époque d'une petite tente dont la porte, soulevée par deux piquets, formait, au besoin, une marquise. Tandis que je dormais dans Tintérieur, Fortuna et Vatel s'étaient couchés en travers sous l'abri en question. Un canard unique (ils sont assez rares dans le pays), que je comptais manger le lendemain, avait été mis sous la tente, enfermé dans une cage, entre mes domestiques et moi. Au milieu de la nuit, un léopard énorme,

à en juger par ses empreintes, | -

avait enjambé mes deux ser- I viteurs et emporté l'oiseau

Passage d'un gué à dos d'homme.

avec sa prison. A quelques pas de nous, il avait mis en pièces contenant et contenu : le sol et les débris furent seuls à nous raconter ce drame nocturne...

Mais revenons à notre réveil autour de la mare. C'est Msiambiri qui, en faisant le tour du campement, avait signalé les traces du lion ; des buffles étaient venus jusqu'à la lisière d'un bois voisin ; quelques antilopes et des sangliers avaient décrit un cercle autour de nous, mais le fauve seul avait eu le courage de venir boire. Le plus étrange, c'est que pas un homme n'avait eu le sentiment de ce qui s'était passé. Pourtant les noirs ont coutume de se réveiller souvent, soit pour ranimer le feu lorsque la température baisse, soit pour jeter un coup d'œil aux alentours. Je n'ai jamais ouvert les yeux la nuit sans voir quelqu'un éveillé dans mon camp ; je n'ai jamais prêté l'oreille sans entendre quelques mots échangés par des camarades de foyer.

Dès l'aube, ce jour-là, j'embusquai tout mon monde à une demi-heure de marche sous le vent et je me mis à parcourir les environs, décrivant un cercle de 4 à 5 kilomètres autour de la nappe d'eau. J'étais sûr que les animaux, après une nuit d'abstinence et la brûlante journée de la veille, seraient attirés de ce côté par la soif. Je ne m'étais pas trompé.

Quelques instants après m'ôtre mis en chasse, je signalai une harde de bubales qui avançait vers nous, paraissant ne pas nous avoir remarqués; je les laissai approcher à une centaine de mètres et, comme ils commençaient à regarder attentivement de notre côté, je compris qu'ils nous avaient aperçus; je visai alors celui qui était le mieux placé et je l'abattis d'un seul coup, tandis que les autres prenaient la fuite.

On pourrait s'étonner de la facilité avec laquelle le gibier vit les chasseurs ; le lecteur accusera peut-être ceux-ci de ne pas s'être suffisamment dissimulés; il n'en est rien pourtant : nous étions tellement bien cachés qu'un homme averti fût

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