PREPARATIFS DE DEPART
canon, a tué quelquefois d'un seul coup un de ces gigantesques pachydermes.
Ces armes, l'express surtout, m'ont donné de tels résultats, une telle satisfaction, que j'en ai été émerveillé et que j'ai plus d'une fois, du fond des forêts, adressé à M. Galand les remerciements sincères que je lui renouvelle ici. Avec un fusil bien réglé, il y a peu de mérite à tirer juste.
En plus des armes qui précèdent, j'emportais des couteaux à dépecer, des haches, un gros harpon, un filet de pèche, des lignes, des hameçons, sans parler du matériel considérable destiné à l'expédition : tentes, campement, ustensiles divers, instruments, etc.
Je devais partir seul, afin d'avoir plus de temps pour organiser notre expédition; trois camarades devaient me rejoindre ensuite au Transvaal, par les courriers suivants. J'allai m'embanjuer à Lisbonne pour le Gap de Bonne-Espérance.
Je fis le voyage de Lisbonne au Cap fort agréablement, en compagnie de deux de mes amis, les frères Beddington, de Londres, qu'une excursion de chasse de trois mois amenait également dans ces parages. Je laisse à deviner au lecteur le sujet continuel de nos conversations à bord. Ce ne furent, pendant les dix-huit jours du voyage, que dissertations sur les armes, les munitions, la partie vitale à atteindre chez les différents animaux, des aventures de fox-hunting, de grouses, do sangliers, de crocodiles, sans cesse revenant sur le tapis. Le livre ancrlais si intéressant de IM. F. C. Selous sur ses exploits dans l'Afrique du Sud en 1874, alors que la civilisation n'y était pas encore arrivée, les aventures nombreuses et si vraies du chasseur de profession, nous donnaient la fièvre, à un tel point que, en arrivant au Cap, les Beddington éprouvèrent le besoin subit d'augmenter leur armement, déjà fort respectable , et d'ajouter à leur matériel de nouveaux engins de destruction.
A Capc-ToNvn, grâce à des lettres crintroduction, je fus reeu d'une façon charmante par le Directeur du Muséum, dont le collaborateur, un de nos compatriotes, M. P., me fit, avec amabilité, les honneurs de ses collections, fort complètes, ma foi! Mes amis et moi, nous passâmes de longues heures devant les spécimens empaillés d'antilopes, d'éléphants, de rhinocéros et de girafes, enviant secrètement le bonheur de ceux qui les avaient tués. On nous apprit que ces animaux ne se rencontraient plus que fort loin, à des mois de voyage dans l'intérieur, et mes amis en éprouvèrent une grande déception; ils ne pouvaient arriver jusque-là.
Quant à moi, j'y allais, dans ces pays, j'étais appelé à y rencontrer un jour ces grands quadrupèdes, et cet espoir me réjouissait.
11 3' a encore des éléphants dans la colonie du Cap et dans le district de Port-Elisabeth, mais le gouvernement anglais les a pris sous sa protection , et la chasse en est défendue depuis bien des années.
Partout où nous allions, nous ne voyions que cornes d'antilopes, peaux, plumes d'autruches et autres trophées analogues (i). « Tout cela vient de l'intérieur, » nous disait-on invariablement quand nous prenions des informations.
Pendant le trajet en chemin de fer du Cap à Kimberley, nous avions traversé des plaines immenses s'étendant à perte de vue et rappelant exactement celles de la Cran; ce ne pouvait être le gîte d'aucun animal.
De Kimberley, pour nous rendre à Johannisburg, nous primes le coach, espèce de diligence sans ressorts, attelée de dix chevaux qui traversent au galop les ravines, les champs labourés, galopant sur les pierres au mépris des pauvres vo^^a-
(1)11 est d'usage, au Cap, au Trausvaal et au Natal, dans les clubs et dans les liotc'ls, d'urncr les halls de cornes d'antil()])es. montées sur des écussons en chêne.