CII.VSSKS DANS L'AFIIIOLE CEMllALK
Très Jiflicile à approcher, fuyant avec une grande rapidité, elle donne beaucoup de peine au chasseur; elle fréquente les endroits découverts et habite des régions bien délimitées, car en quitlant la Maravie je ne l'ai plus jamais vue : elle est d'ailleurs inconnue dans l'Est de ce pays.
Je tuai cinq de ces antilopes pendant mon séjour là-bas. Je ne trouvais pas le gibier bien abondant; je marchais des journées entières pour tirer un coup de fusil ou deux. En visant, je me faisais cette réllexion que, si je manquais, il me faudrait attendre pour manger une autre fois où je serais plus adroit.
11 faut que je dise au lecteur, puisque dans ce livre il fait complètement connaissance avec tous les détails de mon existence, que, pendant les longues heures de marche indispensables aux chasses où rien ne vient faire diversion, ni la vue d'une empreinte ni celle d'un animal, pendant ces distances qu'il faut parcourir pour que votre bonne étoile vous mette à l'endroit favorable, je m'absorbais toujours, tout en marchant, dans des réflexions quelconques.
Or, c'est lorsqu'on est dans la privation que l'esprit se plaît à engendrer des idées gargantuesques : je ne rêvais que biftecks aux pommes, tandis que je marchais la pluie sur le dos et le ventre creux, fouillant du regard l'éternelle et monotone broussaille. Pendant les journées où j'arpentais les bois à Oundi, pendant que je m'en allais à travers ce pays sauvage, aussi peu gibo^^eux que peu hospitalier, mes réflexions me reportaient toujours malgré moi vers les plaisirs de l'estomac ; j'avais beau chercher à les éloigner, mes idées me ramenaient à table dans quelque bon restaurant de Paris : après un potage fumant dont l'arôme m'avait réjoui d'avance, s'avançait un garçon correct m'apportant invariablement un chateaubriand aux pommes soufflées avec une salade de chicorée frisée, blanche et tendre; chaque bouchée découpée soigneusement augmentait mon supplice, et, dès que j'avais fini, le potage recommen-