‹ Mes grandes chasses dans l'Afrique centraleChapitre 43 sur 113 · FAMINE · texte numérisé non relu

FAMINE

çait,et le même éternel menu se déroulait devant mes yeux hallucinés.

Cette obsession me prenait surt o u t lorsque j'avais grand faim ; elle me quitta dès que ces mois de privations furent passés.

Tout en rè- A'ant biftecks ,

Tète d'antilope roan [hippotragvs leucophcus.)

je n avais souvent rien à me

mettre sous la dent; l'Arabe riait; on plaisantait un peu, mais chacun faisait au fond les mômes réflexions. La mauvaise chance prenait plaisir à s'acharner contre nous; il fut des jours où les tourterelles, les pigeons, les pintades et tous les autres animaux semblaient, d'un commun accord, avoir déserté la contrée, où les antilopes étaient rentrées sous terre, où les rats eux-mêmes qui venaient régulièrement à nos pièges semblaient les dédaigner.

Les indigènes étaient aussi mal partagés que nous ; les pauvres gens mouraient littéralement de faim; les femmes ramassaient des graminées sauvages pour les piler en une farine noire et amère, les hommes couraient les bois en quête de miel; de temps à autre ils faisaient la chasse aux termites. Nous les imitâmes, d'ailleurs, et je vais dire comment on procède.

Le termite {Termes bellicosus) est un insecte dans le genre

crune urosse fourmi : il en a les mœurs. Ou Ta classé clans Tordre des névroptères, quoiqu'il ne porte des ailes que pendant quelques instants. 11 construit des habitations en terre argileuse, qu'il pétrit avec sa salive et à laquelle il donne une dureté extraordinaire. Ces nids, que j'appellerai termitières, abritent des milliers d'individus; ils affectent généralement la forme conique; j'en ai vu qui atteignaient jusqu'à quatre mètres de hauteur; couverts de végétation et souvent placés à l'ombre, entre des grands arbres, ils sont une ressource providentielle pour le chasseur : en plaine surtout , ils l'aident à se dissimuler lorsqu'il poursuit du gibier et le cachent beaucoup mieux qu'un arbre; s'il veut voir de loin, ils lui fournissent un observatoire fort commode. Ils font plus que cacher le chasseur, ils le nourrissent aussi.

11 y a trois sortes bien distinctes de termites : 1° les mâles et les femelles, 2° les soldats, 3" les ouvriers.

Les mâles et les femelles quittent la termitière aussitôt que les premières pluies ont trempé le sol. La nature leur donne alors des ailes pendant quelques minutes ; ils quittent le nid et se répandent dans les airs par milliers, mais, dès qu'ils touchent de nouveau le sol, leurs ailes tombent pour toujours. Il n'y a qu'une femelle par habitation ; elle a vite peuplé celle-ci , si on songe qu'elle pond une moyenne de quinze mille œufs par vingt-quatre heures; sur ce chiffre, un tiers se compose généralement de mâles et de femelles, le reste de soldats et d'ouvriers.

Les soldats ont une tête énorme douée de fortes mandibules qui les rendent très redoutables. Présents partout à la fois, ils protègent l'habitation et le travail des ouvriers. Ces derniers, sans défense aucune et les plus petits de l'espèce, possèdent la propriété de sécréter un liquide agglutinant avec lequel ils pétrissent la terre. Ils portent le mortier ainsi obtenu à l'endroit où il y a des travaux en cours d'exécution.

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