LES TERMITES
Les termites se nourrissent exclusivement de végétaux (l). Ils ne rongent que le bois mort ou les parties desséchées iliin arhre; ils rendent en Afrique de très grands services en débarrassant les broussailles de toutes les branches, et
Termiiicrc et cryptogames.
même des arbres tombés qui seraient fort gênants, sans eux, pour la circulation.
S'ils rendent des services à la nature, ils sont quelquefois un véritable lléau pour le voyageur; si vous n'avez pas remarqué leur présence à Tendroit où vous campez, une seule nuit leur suffît pour faire disparaître la natte sur laquelle vous avez étendu votre couverture, ou le fond d'une de vos caisses, ou la se-
(1) Ou de matières tout à fait assimilables à des végétaux et ayant perdu leur véritable caractère, telles que le cuir tanné, la soie, etc.
142 MES GRANDES CHASSES DANS L'AFlîIQUE CENTRALE.
melle de vos chaussures, et en général toutes les parties restées en contact avec la terre, tentes, cordages, manches d'outils, etc.
Aussi, quand on craint les termites, faut-il mettre sous chaque colis, pour le protéger, deux morceaux de bois qui l'isolent du sol (1). On a à prendre dans la jungle mille précautions de ce genre.
Revenons maintenant au rôle utile du termite comme aliment. Le soir d'un jour de pluie, on amoncelle autour de la termitière du bois mort et des végétaux desséchés qu'on a mis à Tabri à cet effet, et on les fait brûler tandis qu'on se munit de grosses branches feuillues ou de faisceaux d'herbes formant comme des balais.
Dès que la chaleur se fait sentir après l'humidité, elle détermine et hâte la migration des mâles et des femelles, migration qui a lieu presque tous les jours pendant les pluies; les insectes s'envolent en nuages, se brûlent les ailes au dessus des flammes, tombent en dehors du cercle de feu et sont balayés en tas sur un terrain nettoyé d'avance ; quelques-uns passent-ils indemnes au-dessus du feu, on les abat avec des coups de ces balais improvisés dont j'ai parlé. On les met ensuite dans des paniers hauts dont ils ne peuvent sortir et on continue jusqu'à ce que la migration soit terminée pour ce jour-là. On récolte ainsi de dix à quinze kilos d'insectes , on éteint le feu et on s'en va procéder à la cuisson.
Les termites sans ailes ont à peu près deux centimètres de longueur. Ils sont excessivement blancs, gras et dodus. On prend une poêle ou une marmite plate, on la met sur le feu et on les fait rôtir à sec en les remuant absolument comme des grains de café. Dès qu'ils en ont pris la couleur mordorée, on
(1) Il y aussi une espèce de fourmi noire haute sur pattes qui est très friande du caoutchouc; la plaque de cette matière que j'avais sous la crosse de mes carabines attirait de fort loin des fourmilières entières, et, pour en éviter la destruction, je posais ma crpsse sur une écuelle d'eau.
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les met de côté dans des récipients l)ien bonchés et ils peuvent se conserver fort longtemps.
La façon de les manger diffère beaucoup; les uns les mettent à recuire avec de l'eau et du sel; d'autres, et je suis de ceux-là, les mangent secs sans préparation aucune en ajoutant tout simplement un peu de sel. Quant au goût, je souhaite à ceux (jni auront faim de ne jamais avoir rien à manger de plus mauvais. Le termite rôti ressemble un peu à la crevette, avec un parfum agréable de torréfaction et de sel.
C'est assez curieux de voir à toutes les distances , par les nuits obscures, et souvent par la pluie, les feux des chasseurs de termites. A demi-éclairés, levant leurs balais au dessus des flammes, ils font l'elfet de démons qui seraient aux prises devant une fournaise.
FJourait aussi sur le menu de nos réunions jj-astronomiques une chenille que Ton nomme « loa ». Elle est rayée de jaune et porte sur l'abdomen une corne droite et dure. Cuite, elle ressemble assez à de la gomme élastique, et je ne saurais recommander aux gourmets ce hors d'œuvre sans grand goût.
L'iguane est un mets très tin mais très rare : il est supérieur au lapin. Le gros lézard, rôti avec la peau, a une chair blanche sans beaucoup de saveur. Le rat, très connu en Europe, fait, comme on sait, d'excellents ragoûts, si vous avez la bonne fortune de posséder des condiments tels que laurier, madère, oignons, saindoux, etc.; mais nous, depuis des semaines, nous n'avions même plus de sel !
Tout se mangeait donc grillé et fade. C'est une bien grosse privation que de manquer de sel pour un Européen qui a été accoutumé à en avoir. Les noirs mêmes l'estiment à haut prix, et, avec une poignée de sel, j'ai toujours obtenu plus qu'avec une valeur vingt fois plus grande en autres marchandises.
Mais à Oundi, ni sel, ni poivre, ni piment, ni rien, absolument
rien. De lu chair crue, du feu et de Teau; des antilopes, des oiseaux, des agoutis, des hérissons, des rats, des iguanes, des lézards, des caméléons, des termites, des chenilles et, comme dessert, quelquefois du miel.
Ce dessert lui non plus ne se découvrait pas sans peine. L'abeille d'Afrique se loge dans des anfractuosités de rocher et. plus souvent, dans des trous qui se rencontrent sur les grands végétaux, en particulier sur le baobab. L'œil du noir, œil exercé qui ne laisse rien échapper, remarque bientôt la présence des abeilles par le va-et-vient des insectes. Ces derniers, à peine plus petits que ceux d'Europe, leur ressemblent en tous points, à part leur mode d'habitation. La difficulté est d'abord d'atteindre la ruche et ensuite de s'approprier le miel. On y arrive en plantant dans les nombreux trous de l'arbre des chevilles sur lesquelles on grimpe graduellement. Un feu de paille a bientôt chassé et étourdi les hyménoptères qui abandonnent la place ; on agrandit alors à la hache l'entrée de leur logis, de façon à pouvoir y enfoncer le bras. Si l'arbre est mince et inaccessible, on l'abat complètement pour aller plus vite (1).
Souvent, hélas! après des heures de travail, on ne trouve que des cellules à sec ou plusieurs larves.
Il existe dans ces régions un petit oiseau bien connu du chasseur : c'est le guide à miel, « honeij-guide » des Anglais {euculus indicator). Dès qu'il rencontre l'homme, il le suit de branche en branche, attirant son attention par des petits cris saccadés où il témoigne fort bien son impatience ou sa joie. Dès qu'il voit qu'on l'a remarqué, il s'éloigne à tire d'aile et attend que vous approchiez pour repartir encore ; il vous conduit ainsi généralement à Tendroit où se trouve une ruche et attend patiemment la fin de votre opération pour venir lui-
(Ij Les abeilles logent aussi sous terre : roritice de la ruche consiste alors en un petit trou bien régulier, dans un endroit dépourvu de végétation.