‹ Mes grandes chasses dans l'Afrique centraleChapitre 45 sur 113 · LE « GUIDE A MIEL · texte numérisé non relu

LE « GUIDE A MIEL

même prendre son repas qui consiste souvent en larves, en cadavres d'abeilles brûlées, quelquefois en un peu de miel que les chasseurs lui laissent en paiement.

D'autres fois (Livingstone cite ce cas avec doute, mais je l'ai vérifiéK il vous mène, non à une ruche, mais au repaire de quelque animal dangereux. A moins pourtant que le hasard ne soit la seule cause de ces rencontres sur le chemin où il vous précède, n'ayant d'autre but qu'une ruche des environs. Msiambiri, en suivant le nsaïé (c'est le nom indigène de l'oiseau), débusqua un jour une hyène ; un autre de mes hommes rencontra ainsi le repaire d'un lion.

Le plumage de ce joli petit guide, que je n'ai jamais vu que de loin, m'a paru mélangé de noir et de gris. Je n'ai pas voulu tirer sur un oiseau qui, en plus d'une occasion, nous a aidés à soulager notre faim : je ne puis donc le décrire plus en détail (1).

En plus des abeilles, on trouve aussi dans la forêt de petites mouches à miel; comme elles ne sont pas armées, on prend leurs provisions sans se gêner; c'est moins du miel proprement dit qu'une pâte douce mélangée de poussière de bois. L'insecte est noir et ressemble en tous points à une mouche, sauf qu'il a une trompe très prononcée et que sa taille est beaucoup plus exiguë. Cette mouche à miel que les indigènes appellent msouniboudza est excessivement ennuyeuse pour l'homme; toujours en quête d'interstices ou d'ouvertures semblables aux trous où elle trouve sans doute à se nourrir sur les végétaux, elle pénètre, avec persistance et jusqu'à ce qu'on la tue, dans lés yeux, le nez, les oreilles, la bouche; la fumée seule réussit à la faire fuir.

11 existe une autre variété de mouche à miel un peu plus grosse que la précédente : les noirs la nomment Mp'assi.

(1) Comme on le verra plus loin, d'autres oiseaux encore jouent un rôle important dans l'existence du chasseur.

CHASSES DA^S I.'aFI'.IQLE CESTItAI-E. 19

14G MES GRANDES CHASSES DANS L'AFRigUE CENTRALE.

Telles étaient nos différentes ressources alimentaires vers la fin de Tannée 1891, lorsque, prisonniers dans un pays de misère, nous attendions qu'une cessation des pluies permît au niveau des rivières de baisser et nous laissât rejoindre le reste de l'expédition.

Toutefois, comme je l'ai dit, si nombreuses que fussent nos sources de nourriture, elles manquaient souvent toutes à la fois. C'est ainsi que le 30 et le 31 décembre, nous ne prîmes pas la peine de manger, et pour cause. Le dernier jour de l'année, j'avais été visiter le village indigène avec le dessein bien arrêté de fouiller les habitations et de m'approprier par la force tout comestible que je pourrais apercevoir. Mais j'étais revenu de ma promenade gros Jean comme devant.

Une pluie torrentielle... des avalanches d'eau descendant des montagnes... dans la vall-ée, un vrai déluge. Sur le coin où nous campions, le petit ruisseau, grossi outre mesure, menaçait d'emporter nos tentes : que faire dans la brousse par un temps pareil ? Les animaux eux-mêmes se cachent , lorsque le sol devient un lac, l'atmosphère un brouillard, alors que l'ouïe et l'odorat leur sont devenus inutiles.

Ce fut une soirée bien triste que je passai, la carabine prête, veillant dans ma tente par une nuit noire, à la lueur d'une petite lanterne, craignant les Mafsitis que ce temps rendait toujours entreprenants. Le ventre vide depuis trente heures, je faisais des réflexions plus ou moins philosophiques, l'œil sur le cadran de mon chronomètre, tandis que cette année 1891 agonisait dans le roulement du torrent voisin, le crépitement de la pluie et les cris des veilleurs sur la montagne.

Le lendemain matin, l'aube nous montra son ciel découvert: un soleil, qui promettait d'être resplendissant, se reflétait déjà dans les gouttes pendues aux feuilles ; à la place du vieil an, mort dans les blasphèmes, l'année nouvelle apparaissait

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