‹ Mes grandes chasses dans l'Afrique centraleChapitre 48 sur 113 · AFFUT AU LU · texte numérisé non relu

AFFUT AU LU

cciites de lion. X'osaiil pas passer la nuit à terre, ils construisirent dans un arbre une plate-forme très ingénieuse où ils s'installèrent commodément clia(|ue soir.

De mon côté, je gardais chaque nuit les abords de l'eau; mais, depuis ma dernière aventure, tout en laissant toujours la place du lion, j'avais soin de coucher du côté opposé; je désirais vivement faire sa rencontre en plein jour, mais ne me souciais pas du toul de sa visite pendant mon sommeil.

La première nuit pourtant, le grand fauve nous manifesta son haut mécontentement, sa colère même, de notre installation dans ses domaines. Ses rugissements firent trembler le sol pendant deux ou trois heures, puis ils allèrent en s'éloignant jusqu'au moment où tout rentra dans le silence. Le lendemain, comme la journée n'avait pas été fructueuse ( je n'avais tué qu'une femelle de koudou (1) et un sanglier ) et que je ne m'étais pas fatigué, je me disposai à passer la nuit à l'ailut dans l'espoir de voir arriver le lion.

Je comptais sfir la lune qui se levait à dix heures pour me tenir compagnie presque jusqu'au matin. Les abords de l'eau étaient nus et sur la blancheur du sol j'espérais apercevoir mon visiteur. Je me plaçai dans un taillis à huit mètres du bord, adossé à un arbre; Msiambiri s'installa à côté de moi, mais il ne tarda pas à s'endormir profondément. Le reste des hommes était campé à une centaine de mètres plus loin et, en me penchant, j'apercevais de derrière mon arbre les feux miéteints.

J'avais, quelques minutes auparavant, entendu un coup de fusil; mes sentinelles de l'autre côté l'avaient sans doute tiré. Je me demandais sur quel animal ce pouvait être? A la cinquième pipe, je commençais à me dire qu'il valait décidément mieux dormir roulé dans sa couverture que de rester ainsi

(1) Elle est plus petite que le mâle et ne porte point de cornes.

dans rimmidité (!)• Au même instant, comme pour me répondre que je n'étais pas seul, le lion se mit à rugir à une distance qui eût pu paraître inquiétante. Poussant Msiambiri du coude, je continuai à écouter la voix puissante de ce nocturne promeneur, espérant qu'il se rapprocherait encore davantage. Une heure se passa ainsi, puis subitement je n'entendis plus rien. Etait-il parti ou venait-il boire silencieusement?

Tout à coup Msiambiri me toucha le coude en me montrant, le bras allongé, le coin d'un fourré en face, où l'ombre d'un gros arbre interceptait les rayons de la lune. « Regardez », me ditil à voix basse. — « Je ne vois rien, » répondis-je. . . — « Moi non plus maintenant, mais il y a quelque chose là., tenez, voyez à côté de ce morceau de pierre... par terre... son ombre ».

En effet, la couleur de l'animal était tellement semblable à celle du sol, que la seule chose qui décelât sa présence était l'ombre noire qui le suivait; ce devait être le lion sans aucun doute. On voyait sa longue queue, sa tête grosse et ronde... il s'arrêtait, redressait sa taille pour écouter et continuait son chemin vers l'eau, se trouvant à ce moment à une vingtaine de mètres de moi, sur un terrain légèrement en pente.

Ni mon compagnon ni moi ne pûmes distinguer l'animal , malgré la lune. J'eus à me faire ce raisonnement : la lune est à droite ; d'après sa hauteur et la ligne qui dessine l'échiné de la bête sur le sol, celle-ci doit se trouver à telle place. En effet, une ligne droite, tirée de l'ombre du dos à la lune, devait passer exactement au dessus de la bête? En regardant fixement, ce point, d'abord imaginaire, devint plus distinct, car la bête se rapprochait; à douze mètres environ, avec une vue excellente, on la voyait, mais tout juste.

J'avais ma canardière, charo-ée comme d'habitude de oros-

(1) En mars, avril, mai, la rosée est .si abondante qu'elle ressemble à une Ijluie fine.

Page 1