OISEAUX INSECTIVORES
produisirent exactement chez mon éland mAle lequel tomba tout à coup comme une masse à environ cent mètres de moi. La femelle, atteinte au foie, les intestins hachés, s'arrêtait pour rendre, lorsque ma deuxième balle au garrot la jeta à terre. J'envoyai le coup de sifflet spécial qui indi({uait aux hommes de
venir en nombre et, une demi-heure après, les élands défaits s'en allaient au camp par quartiers.
Gaë-tan et Fanclion nette.
. A propos des élands, je dois signaler encore ici un oiseau noirâtre, aux ongles acérés, au bec pointu, qui se nourrit des parasites spéciaux au buffle, au rhinocéros, au sanglier et aussi à Téland lorsque ce dernier, devenu vieux, a perdu tout son poil, est alors gris et glabre comme le buffle (1).
(1) Ce petit oiseau appartient à deux espèces que Ton voit toujours ensemble
La peau épaisse des gros animaux que je viens cVénumérer, se couvre de parasites fort semblables, comme forme, aux ixodes (1) des chiens et qui sont fort recherchés de ces oiseaux; ceux-ci rendent aux quadrupèdes de véritables services en les en débarrassant. A l'aide de leurs ongles , ils s'accrochent dans toutes les positions au cuir de la bête, ayant tout à fait Tair, dans cette posture, du pic collé au tronc d'un arbre. Loin de les chasser, ceux auxquels ils sont utiles les laissent se poser où ils veulent, sans s'en occuper, et il n'est pas rare de voir marcher un éland ou un sanglier avec une vingtaine de ces oiseaux; sur leur dos, attachés à leurs flancs ou voltigeant au-dessus de leurs tètes dans les branches des arbres voisins.
Dans ce cas, la vue de cette variété de pics, ou leur cri particulier, est pour le chasseur un indice presque certain de la présence de l'une ou l'autre des bêtes dont il s'agit. Ses cris, par contre, ont l'inconvénient, il est vrai, de donner l'éveil à l'animal s'il ignore l'approche du chasseur; le buffle entre autres, qui a l'oreille dure , est souvent sauvé par ses petits compagnons; aussi ne les quitte-t-il jamais de l'œil. Souvent, à l'afl'ùt, alors que le gibier ne m'apercevait pas, les oiseaux m'ayant vu en voltigeant au-dessus de ma tête le faisaient fuir par leurs cris ; mais quelquefois c'était trop tard.
Ce fut le cas, le soir du même jour, pour un vieux phacochère : pendant sa fuite, une balle le rattrapa et lui brisa la jambe, une autre l'acheva, et les pics s'envolèrent pour ne plus revenir.
Le lendemain fut la mémorable journée où j'établis mon record de onze pièces tuées en vingt-quatre heures. Je dois dire que ce fut la seule fois que cela m'arriva et j'ai toujours
{Bouphaga africana et Textor erythrorhynchus) ; une troisième variété qui loge dans des troncs d'arbres {Tockus criilhrorhynchus) se rencontre également.
(1) Ixodes ricinns, appelé vulgairement « lique ». Ceux dont il s'agit sontde même forme, mais multicolores sur le dos.
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été habitué à considérer comme un résultat très satisfaisant de tuer deux ou trois bétes du lever au coucher du soleil, et comme un résultat moyen d'en tuer une.
Mon record comptait trois élands, deux zèbres, un kob, trois reedbucks, un guib et un koudou. J'étais placé ce jour-là dans des circonstances tout à fait exceptionnelles; des deux mares d'eau qui existaient dans la région, l'une était gardée et je me tenais à l'autre; les animaux n'avaient pas bu pendant plus de trois jours; depuis notre arrivée, il n'avait pas plu, ce qui leur enlevait même le moyen de se désaltérer en suçant l'eau des feuilles (1), et le soleil de plus avait été assez violent.
Si l'on songe que deux seulement de ces animaux tombèrent raides morts , et que chacun des autres demanda une poursuite plus ou moins longue, on comprendra que j'aie eu besoin de me reposer après ces exploits.
En lisant ces récits, n'allez pas croire que ces pays soient tellement giboyeux qu'il suffise de se promener à travers bois pour tuer quelque chose : ce serait une grave erreur. Un voyageur qui n'est pas chasseur pourra parcourir la région pendant des années sans jamais apercevoir autre chose que des traces d'animaux. 11 faut au contraire s'entêter à leur recherche et suivre leur piste souvent pendant des heures entières pour arriver à les apercevoir; il faut prendre toutes les précautions dont j'ai parlé, ne pas faire de bruit, avoir bon vent, etc., toutes choses dont le voyageur indifférent ne se préoccupe pas. Je le répète : sauf ces occasions exceptionnelles où le manque d'eau réunit en un seul point des quantités de gibier, il faut de longues marches et beaucoup de sueur pour capturer une moyenne d'une ou deux antilopes.
Puisque je parle de chasseur, je dois en faire connaître un au lecteur : le loup africain ou cynhyène, qui poursuit les animaux
(1) C'est ce qu'on appelle érucir, en terme de vénerie.
en plein jour, donne au spectateur occasionnel lillusion d'une chasse à courre sans autre équipage que la meute. Les grands fauves sont aussi des chasseurs, mais leurs exploits restent ignorés par Thomme, tandis que la cynhyène lui fait concurrence et vit même à ses dépens.
Le loup africain est d'une couleur gris noirâtre, avec quelques taches feu au bas ventre et quelquefois sur les flancs ; son poil est long, sa queue en panache, ses oreilles grandes et droites, sa tête en tout semblable à celle du loup ou du gros chien, aussi bien anatomiquement qu'au point de vue de l'expression. Sa taille est celle d'un grand braque, et il aboie comme lui. La seule difl'érence qu'il ait avec le chien, difi'érence peu appréciable d'ailleurs, est que ce dernier a quatre doigts aux membres postérieurs et cinq aux membres antérieurs, tandis que le loup dont il s'agit a quatre doigts aussi bien devant que derrière. Cette analogie qu'il a avec la hyène lui a fait donner le nom de chien-hyène ou cynhyène.
Ses mœurs sont très curieuses ; il vit en troupes nombreuses et force à la course les antilopes de toutes tailles ; doué d'une grande vitesse, il finit par les fatiguer et à peine sont-elles tombées épuisées qu'il les dévore en quelques minutes. A défaut de grandes pièces, il se contente de petites gazelles et au besoin de charogne.
J'en avais souvent entendu aboyer la nuit, mais je n'en avais jamais vu, lorsque je fls connaissance un jour avec eux d'une façon étrange. Ils chassaient dans la même région que moi, d'après ce que me disaient leurs empreintes, et je n'y faisais pas autrement attention. Vers le soir, après des peines inouïes, la journée ayant été sans résultat, je finis par m'approcher d'un koudou en me dissimulant derrière des ajoncs et je le blessai grièvement. Il se mit à fuir néanmoins au milieu de touffes de végétation, ce qui m'empêchait de tirer de nouveau sur lui. Jugeant par les rougeurs qu'il ne pouvait aller loin, je me mis