MOEURS DES ANTILOPES
Ainsi Téland, lo kob, le bubale, vont de compagnie, quelquefois avec le zèbre, tandis que le guib, la gazelle, sont toujours isolés ou entre eux. Il en est de môme de l'antilope noire ou harrisbuck [hippotragiis niger) dont je n'ai pas encore eu occasion de parler, parce que je ne l'avais pas rencontrée à Tépoque de mon arrivée à Makanga; elle tient à rester seule de
Je me trouvai face à face avec une meute de loups....
son espèce et donne des coups de cornes aux autres bêtes pour les éloigner.
Il n'y a pas à en douter : le danger pour ces animaux est toujours à l'endroit où ils ont coutume de boire; on dirait qu'ils le sentent et ils semblent ne se décider à s'approcher de l'eau qu'à regret et comme poussés par le besoin.
Le lion, le léopard, l'homme les y attendent; ils sont forcés de baisser la tète, de descendre généralement en contre-bas, ce qui leur dérobe la vue des alentours; de plus, ils ne peuvent
CHASSES DA.NS L'aFI'.HJLE CENTRALE. 22
170 MKS GHANDES CHASSES DANS L'AFRIQUE CENTRALE.
entendre convenablement pendant qu'ils ont le mufle dans Feau et qu'ils avalent le liquide. J'ai toujours profité de ce moment pour remuer, sur de n'être pas entendu. Tout cela constitue pour eux une période critique; aussi voit-on Tantilope surveiller les environs quelquefois pendant une heure sans se décider à boire.
C'est seulement à la dernière extrémité, et lorsque les abreuvoirs de niveau sont desséchés , que le gibier fréquente les mares ou flaques d'eau situées dans un fossé ou assez profondément enfoncées pour dérober le voisinage à sa vue, une fois qu'il y est descendu.
Les moins méfiants sont les reedbucks et les kobs ; les derniers à venir sont les élands et les zèbres. Il est très curieux d'observer le manège des animaux en pareille occasion : ils viennent d'abord franchement jusqu'au bord de l'excavation, regardent longuement la végétation qui l'entoure, puis jettent les yeux de tous côtés et restent ensuite immobifes comme plongés dans leur contemplation. Après un moment, au lieu de s'avancer davantage, ce qu'on pourrait les croire disposés à faire, ils s'en retournent tranquillement comme s'ils n'avaient plus soif du tout. Ils vont rejoindre les camarades qui ne les ont pas quittés des yeux, sans doute pour leur raconter ce qu'ils ont vu. Quelquefois, une feuille qui tombe, un poisson qui saute, le moindre bruit les fait fair comme des fous; mais ils ne font que quelques mètres et s'arrêtent, ayant l'air de se reprocher leur effroi non motivé. A la deuxième tentative, ils s'aventurent, à descendre quelques pas, et, après deux ou trois fuites comme la première, arrivent enfin au bord de l'eau. Aimant les endroits où l'eau est claire et reposée, ils s'avancent toujours de quelques pas afin d'éviter la vase qui est sur les bords; ils se mettent enfin à boire et, pour un instant, paraissent oublier tout; ils se désaltèrent longuement comme s'ils voulaient en prendre pour plusieurs jours. Ils s'arrêtent une ou deux fois, écoutent et recommencent jusqu'à ce qu'ils soient gorgés d'eau.