‹ Mes grandes chasses dans l'Afrique centraleChapitre 53 sur 113 · MŒURS DE LA FAUNE AFRICAINE · texte numérisé non relu

MŒURS DE LA FAUNE AFRICAINE

Le sano'lier et le rhinocéros se roulent au contraire sur les bords, se couviant Je boue, se vautrant dans la vase; ils boivent ainsi, couchés le |)lus souvent sur le ventre. Le premier est. aussi méfiant que les antilopes dans les préliminaires, tandis que l'autre y va sans préambule en marchant au vent. Le lion et le léopard vont également à Teau sans hésiter.

Certaines bêtes restent muettes, telles le kol) et le bubale; l'éland et le buffle mugissent comme le bœuf, mais plus bas : on ne peut les entendre que de très près. Le sanglier fait le bruit particulier à son congénère domestique ; le reedbuck glapit d'une façon perçante lorsqu'il est effrayé : on dirait presque le cri d'un jeune chien; le guib aboie également par intervalles, d'une voix plus basse ; le rhinocéros corne à la course, comme les chevaux qui ont ce défaut. Les mâles de toutes les espèces d'antilopes font entendre un certain bruit à certaines époques de l'année, au moment de l'accouplement, et les faons crient jusqu'à ce qu'ils cessent de teter. Qu'elle s'en serve ou non, aucune espèce ne manque de voix , car la souffrance et l'agonie leur arrachent des sons quelquefois retentissants. Je n'ai pas besoin de parler du cri harmonieux du singe, qui est d'ailleurs connu; le vieux cynocéphale aboie d'une voix profonde.

Le kob, le bubale, le reedbuck et même le sanglier se rencontrent généralement dans un rayon de trois ou quatre kilomètres autour de l'eau : ils ne s'en éloignent pas davantage; leur présence est un signe certain qu'il y en a aux environs, et le voyageur qui ne connaît pas le pays peut la découvrir en suivant leurs traces anciennes et récentes (1).

Le zèbre, l'éland, l'antilope noire, au contraire, s'en éloignent beaucoup et voyagent souvent une nuit entière pour aller boire et s'en retourner; aussi ne peut-on tirer de leur

(1) C'est ce qui a valu au kob le nom de Walerback.

présence dans une région la certitude qu'il s'y trouve un endroit où se désaltérer.

Dans les lieux que l'homme ne fréquente pas, tous ces animaux boivent de jour, généralement aux heures chaudes de la journée, à partir de dix heures du matin jusqu'à midi ou une heure. Ils vont ensuite viander (1) et reviennent au coucher du soleil. Dans ce cas, leur nuit est consacrée au repos. Si, au contraire, les populations sont voisines, ou si l'homme a coutume de les poursuivre, ils font l'inverse, se reposant pendant la chaleur du jour dans des retraites épaisses et cjuittant leur reposée la nuit pour aller au gagnage (2). C'est pourquoi on voit, en général, beaucoup de traces et peu de gibier. En pareil cas, il faut chasser dans les lieux découverts jusqu'à dix heures environ, continuer sous couvert et dans les endroits plus touffus jusqu'à quatre ou cinq heures, et revenir de nouveau en plaine à ce moment.

Les antilopes, quelles qu'elles soient, ne passent jamais la nuit sous bois : les orands carnassiers v auraient facilement raison d'elles ; elles choisissent , au contraire , des endroits très découverts, où il y ait pourtant assez d'herbes et de petites broussailles pour les aviser de l'approche d'un ennemi, et où, au moindre bruit, elles puissent fuir aisément.

Selon les espèces, une harde se compose d'un nombre différent d'individus ; chez la gazelle il peut atteindre plusieurs milliers; chez l'impala, une centaine ou deux; chez le kob, l'éland, le zèbre, une vingtaine; chez le bubale, dix à quinze (3).

Le guib , le reedbuck . le bluebuck (4) , l'antilope noire , sont toujours isolés ou par couples.

(1) Terme de vénerie : brouter.

(2) Terme de vénerie : pâturage.

(3) Ces chiffres représentent le maximum.

(4) La plus mignonne des antilopes : j'en parlerai tout à riieurc.

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