UNE CHASSE A COURRE AUX ULAMBEAUX
mais constaté le cas, il n'y a pas à en douter, puisque M. Selous lui-même, avec sa véracité et sa scrupuleuse fidélité de narrateur, en parle dans ses ouvrages.
Quoique l'antilope dont il s'agit ne soit pas beaucoup plus grosse qu'une chèvre, elle a des cornes droites et aiguës qui, toutes gracieuses qu'elles puissent être, doivent fort bien pénétrer chez l'ennemi. Mais, je le répète, je n'ai pas constaté le cas de risu.
L'un après l'autre, et à quelques jours d'intervalle, les quatre guibs qui avaient élu domicile dans la forêt, vinrent au camp sur les épaules de deux hommes et figurèrent au menu quotidien. Ils étaient fort sauvages et très difficiles à approcher, malgré leur existence à proximité du village.
Certain soir, vers dix heures, nous étions campés dans les bois, par un beau clair de lune, et nous allions nous coucher, lorsque ceux des hommes qui avaient l'oreille près de terre, entendirent le bruit d'une cavalcade qui se rapprochait. En un clin d'œil tout le monde fut debout, prêt à monter sur un arbre ; je pris ma canardière , seul fusil sur lequel je pusse compter la nuit, et je me plaçai contre ma tente. Pembérél pembéré! (rhinocéros), disaient les hommes, et la cavalcade, le bruit des branches brisées, se rapprochaient de plus en plus.
Avez-vous vu quelquefois de face, en vous penchant sur la corde , les jockeys dévaler sur vous en ligne droite ? Avez-vous remarqué leur image que la perspective rend immobile ou légèrement descendante, grossir, grossir encore, en arrivant sur vous, puis vous dépasser et se rapetisser de même ?
C'est ce que je vis alors : un groupe d'animaux approchait du camp à un galop fantastique. Leur ombre toujours grandissante passa comme un trait dans le rayon des feux et elle disparut dans les fourrés. C'était un guib poursuivi par une quinzaine de loups. Je fus tellement surpris de voir de petits animaux, au lieu de l'énorme masse que j'attendais, que je trouvai inutile de
tirer. Dès que la troupe atteignit le taillis, j'entendis le bruit d'une chute, des branches brisées, le cri d'un loup, blessé sans doute d'un coup de corne, et nous comprîmes que le guib était tombé. Les hommes couraient déjà vers le taillis avec des tisons ardents , des poignées de paille enlevées à leur couche et allumées en courant. Alors les loups déguerpirent et nous ramassâmes le guib étranglé mais n'ayant encore que des égratignures. Bruit dans le lointain, passage dans la zone éclairée, chute de l'animal, son transport au camp, tout cela avait eu la durée de l'éclair, et je me rappellerai toujours cette course échevelée, cette vision rapide, presque fantastique, qui rappelait les chevauchées des ballades allemandes.
Les loups étaient décidément bien aimables; parents du chien, ils sont amis de l'homme, malgré leur air sauvage et rude. Ils avaient deviné que ce soir-là les conserves constituaient tout notre menu et que notre personnel n'avait pas le moindre ragoût à joindre à l'incima : après nous avoir fait assister à une chasse aux flambeaux, ils nous donnaient les honneurs du pied.
Si nous avions cru avoir alfaire à un rhinocéros, c'est que cet animal est habituellement exaspéré par l'odeur de l'homme : c'est le seul, comme je l'ai déjà dit, qui coure sur lui sans y être provoqué. J'ai lu et entendu dire qu'il n'est pas rare de voir un rhinocéros arriver au milieu d'un camp, piétiner tout ce qu'il y trouve et s'en aller une fois sa rage apaisée. Quoique je n'aie pas expérimenté ce désir de saccager, j'ai néanmoins acquis la certitude absolue, après plusieurs exemples, que l'odeur de l'homme suffit pour faire accourir de très loin ce gros pachyderme.
Un de mes amis, M. D. J. Rankin, fut une nuit précipité hors de sa tente par un rhinocéros furieux qui, avec des hennissements de rage, n'abandonna le camp que lorsqu'il eut écrasé, brisé, éparpillé tout ce qui y était. Quant à mon ami