COMMENT LES NOIRS MONTENT ALX ARBRES
et aux indigènes, tons, jeunes ou vieux, bons ou mauvais gymnastes, ils furent étonnés de se trouver sur des arbres, où la terreur seule leur avait appris à grimper. Ils eurent grand'peine à descendre, la plupart d'entre eux n'ayant jamais essayé pareil exercice.
Le noir ne peut monter à un arbre qu'en appuyant la plante des pieds contre le tronc qu'il embrasse des mains, et en s'aidant des branches; les gros végétaux lui sont donc interdits : il ne sait pas, comme nous, se servir des jambes.
11 m'arriva un jour, après une course folle derrière un lynx que nous avions débusqué par hasard, de le voir grimper d'un seul bond sur un très c^ros arbre. Une balle lui avant traversé le corps, il resta mort sur une fourche élevée, et rien ne put l'en faire tomber, ni les branches, ni les pierres. Comme je voulais absolument sa peau , et qu'il était nécessaire d'aller le chercher, on coupa le plus grand arbre qu'on put porter, mais il était trop court; il me fallut envoyer au camp prendre une corde qu'on ne trouva pas ; on rapporta la ceinture d'un Arabe et on la jeta avec une pierre de façon à la faire passer par dessus la première branche. On réunit ensuite les deux bouts que l'on tendit, et un noir put ainsi marcher contre l'arbre, en se hissant avec les mains. Dès que l'homme fut certain de prendre le lynx , celui-ci tomba tout seul
Re\'Tenons maintenant à l'époque où je tuai les guibs près du cimetière indigène. C'était au mois de juin, le plus mauvais moment, sans contredit, qu'il y ait pour la chasse : les herbes et la végétation serrées , au faîte de leur croissance , couvrent le pays d'une toison impénétrable; les végétaux, déjà jaunissants, sont encore trop verts pour brûler, mais assez secs cependant pour faire beaucoup de bruit, lorsque vous avancez à grand'peine dans leur enchevêtrement. Aussi entend-on à plus de cent mètres un homme qui marche dans les herbes, quelles que soient ses précautions ; il va sans dire que la chasse devient
CUISSES DANS L'AFItlylE CENTRALE. 20
extrêmement difficile dans ces conditions et (jii'autant vaudrait se faire annoncer aux animaux à son de trompe.
Le mieux est donc de prendre patience jusqu'en juillet où une partie des herbes sont brûlées. C'est le meilleur moment: plus tard, lorsque le feu a tout rasé, on ne peut plus se dissimuler. En juillet, au contraire, il reste des touffes de végétation au milieu des espaces nus et on peut s'avancer invisible et sans bruit. Vue à vol d'oiseau, la région doit ressembler à ce moment-là à une gigantesque peau de léopard dont la végétation formerait le fond jaune et les espaces brûlés les points noirs.
J'avais donc attendu patiemment cette époque, et nos chasses avaient repris de plus belle. Les animaux étaient gras et dodus, car pendant la saison des pluies ils marchent fort peu et se cantonnent dans un rayon restreint. D'antre part, la paix dont ils venaient de jouir pendant les mois de hautes herbes les rendait moins méfiants.
De mon côté, j'étais beaucoup mieux en forme que l'été précédent. Je lisais couramment une piste, et les leçons de mes professeurs m'étaient désormais inutiles; j'avais maintenant voix consultative : on prenait mon avis. Dans les cas douteux, je faisais naître exprès des discussions sur l'Age ou le sexe d'une bête, afin de savoir, dans le cas où nous trouverions l'animal, lequel de nous se trompait.
C'est ainsi qu'un jour de juillet, j'eus l'approbation générale de mes limiers, lorsque je déclarai que deux lions mâles avaient passé quelques minutes à peine avant nous, d'un pas tranquille, à l'endroit où nous nous trouvions. Msiambiri voulut bien me décourager de les poursuivre , mais il y avait trop longtemps que je cherchais cette occasion pour la perdre lorsqu'elle se présentait enfin.
Nous nous mîmes donc à les suivre, ne marchant que sur les cendres, sans le moindre bruit et évitant tous les endroits