‹ Mes grandes chasses dans l'Afrique centraleChapitre 63 sur 113 · MON PREMIER LION · texte numérisé non relu

MON PREMIER LION

toufîus OÙ ils avaient passé, et reprenant la piste à leur sortie, il va sans dire (pie l'essentiel était de n'être ni entendn ni senti.

Il devait y avoir près d'une heure que nous marchions par un soleil torride, lorsque la couleur des végétaux devant nous iK (US aiiii(»iii;a que nous approchions de l'eau. Il n'y avait aucun doute : les lions que nous suivions étaient allés boire. S'ils n'avaient pas de soupçon ni d'avance considérable, nous devions les trouver dans le voisinage de l'eau, peut-être à l'affût.

Autour de nous le plus profond silence : la nature semblait muette, accablée par la chaleur; nous rôtissions sous les rayons brûlants d'un soleil de midi et, avec ou sans lions, nous étions heureux de voir dans le lointain de l'eau et de l'ombre. Nous redoublions de précautions, suivant toujours la piste des lions, mais avançant très lentement, l'œil interrogeant les alentours avec soin; et je réponds que nos cinq paires d'yeux faisaient cette exploration en règle.

Nous arrivâmes ainsi tout près de l'eau, à. environ soixante mètres du bord. Sur notre gauche un bouquet d'arbres jetait sur le sol une demi obscurité, tandis que la rivière, sur notre droite, faisait un angle aigu avec notre ligne de direction. Le sol, parsemé de touffes de végétation, laissait apercevoir des éclaircies où faisaient saillie des bosses granitiques, dos de rochers de toutes formes dont la région était couverte. La visite de chaque buisson, de chaque pierre recommença; nous ne vîmes rien, et pourtant la piste des fauves s'en allait vers la rivière. Nous fîmes quelques pas sur la droite sans avancer, de façon à mieux regarder sous le bouquet d'arbres, et aussitôt Tambarika me chuchota à l'oreille : « Les voilà! » juste au moment où mon attention était attirée par deux formes grises ({non distinguait vaguement dans l'ombre : ce pouvait être des pierres comme celles dont le sol était jonché ; pour s'en assurer, il fallait s'en approcher par derrière.

Nous manœuvrâmes de façon à passer loin vers la gauche, derrière le bouquet d'arbres, et à avancer droit sur lui, en prolilaut de ce qu'un espace brûlé nous permettait de marcher en nous cachant contre le reste des herbes. A cinquante mètres des arbres, nous eûmes beau tendre le cou, impossible de rien voir à cause d'une termitière qui se drossait au milieu d'une végétation serrée; nous obliquâmes légèrement à gauche, et au bout do cinq ou six pas, nous vîmes deux énormes lions couchés, l'un complètement étendu à terre, l'autre dans la position du chat qui, la patte de derrière raide et en l'air, se cherche les puces au ventre.

Impossible de tirer d'où j'étais. Je fis signe à tout le monde de rester, sauf à Msiambiri qui vint derrière moi, et je m'avançai courbé en deux; je me dressai, mais l'un des deux lions me montrait sa croupe et ses oreilles tandis que l'autre avait la tête cachée sous sa cuisse. Tous deux ne soupçonnaient nullement notre présence. Msiambiri me fit signe de me pencher et me chuchota à l'oreille que, quand je serais prêt, il casserait une branche.

Avant de donner le signal, je vérifiai l'amorce de mes cartouches, attendant que les battements de mon cœur se ralentissent, car j'éprouvais la sensation de la première fois, mais beaucoup moins forte. Je mis l'arme à l'épaule, je m'assurai que je voyais bien mon point de mire, que la distance était d'environ 55 mètres, et je choisis l'endroit où j'allais viser. Tous ces petits préparatifs étant prêts, je fis à Msiambiri le petit signe qui voulait dire : « En avant ». Je le vis armer les deux chiens de mon calibre 12, puis prendre une branche, me regarder, enfin donner un coup d'œil aux deux fauves... Le craquement du bois se fit entendre, et voici déjà les deux lions debout, l'un nous fixant bien en face, l'autre de côté à gauche, mais la tête tournée vers moi. Je visai ce dernier au cœur, puis remontai un peu au-dessus et à gauche : mon guidon ne tremblait pas... je

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