‹ Mes grandes chasses dans l'Afrique centraleChapitre 65 sur 113 · MŒURS DU LION · texte numérisé non relu

MŒURS DU LION

nis ; il a sur eux cet avantage de dire rexacte vérité quand il raconte ses chasses, tandis que les récits des premiers contiennent des histoires à faire hausser les épaules, bonnes tout au plus à amuser les enfants, mais doiil la moindre expérience démontre, sinon la fausseté, du moins l'exagération.

Je ne me permettrai pas de me poser en juge; mais j'ai tué quatre lions et bon nombre de panthères, et je dois dire que j'ai vérifié en tous points ce que dit M. Selous.

Oui, il n'y a qu'une espèce de lion, qui change d'aspect selon les régions où elle se trouve. Ainsi, dans le même district, j'en ai rencontré des fauves clairs et des fauves plus foncés; j'en ai vu avec une crinière brune ou fauve, et d'autres sans crinière aucune, quoique vieux. J'ai vu mieux : dans la même famille, des lions de couleurs diverses.

Les crinières mêmes varient entre elles; il y a celle qui recouvre la tête et le cou, celle qui ne fait que le tour de la tête, celle qui se trouve seulement sous les mâchoires. Il y a aussi celle qui est complètement absente ! Quant aux crinières abondantes et qui recouvrent les épaules, crinières qui donnent au lion l'apparence d'un gros caniche, on ne les voit que sur les armes d'Angleterre ou dans les Jardins zoologiques. M. Selous dit avec raison que le repos continuel, une nourriture abondante, un climat froid, sont les causes directes de ce développement pileux excessif. Tous les animaux sont d'ailleurs sujets à la môme règle; en Europe, les zèbres et autres quadrupèdes des pays tropicaux, échangent leur poil ras contre une épaisse toison qui les garantit du froid . La nourriture y contribue également.

Il y a aussi beaucoup à dire sur les mœurs du lion. De jour ou de nuit, s'il n'est pas provoqué , il fuit l'homme ; une exception à cette règle peut bien se produire lorsqu'une lionne a des petits qui ne sont pas en état de la suivre; elle peut alors attaquer le chasseur dans le but de les défendre , si celui-ci, incon-

sciemment ou non, s'approche de leur retraite; ou bien c'est un vieux lion qui a déjà été blessé auparavant et qui a contre rhomme un anciiMi ressentiment. Mais, en général, le lion s'éloigne devant vous; il vous cède la place, subissant lui-même cette crainte instinctive que l'être humain inspire à tous les animaux sauvages. Toutefois, s'il s'en va, il le fait avec calme, du moins tant que vous pouvez le voir : il marche à pas mesurés, se retournant de temps à autre pour vous regarder fixement et comme pour vous dire : « Je m'éloigne parce que je veux la paix, mais rappelle-toi que tu ne me fais pas peur. » Dès qu'il croit que vous ne le voyez plus, son allure s'accélère et il finit par disparaître rapidement. Souvent, il pousse, tout en s'éloignant, une sorte de renâclement bas, un rugissement sourd, comme s'il maugréait d'avoir été dérangé.

S'il est blessé, au contraire, gare à qui s'approche de sa retraite, ou qui se trouve face à face avec lui! Il ne se dérobe plus, alors : il attend et, le plus souvent, il attaque.

Lorsqu'il devient vieux, que ses dents et ses griffes s'émoussent, que ses jarrets n'ont plus d'élasticité, il lui arrive souvent de ne plus pouvoir trouver à se nourrir ; sa proie lui échappe facilement, il n'a plus tous ses moyens. Il se peut que, alors, pour ne pas mourir de faim, poussé par le besoin, il attaque l'homme par surprise, et, rien ne lui étant plus aisé que de s'en rendre maître, il devient mangeur d'hommes. C'est la nécessité qui le pousse à cette extrémité. Il va se poster d'ordinaire près du cours d'eau où les femmes d'un village vont puiser à la tombée de la nuit ou de grand matin, et il fait des victimes.

Dès qu'un mangeur d'hommes est signalé dans un district, s'il y a un Européen chasseur, on vient l'en avertir immédiatement : s'il n'y en a point , les indigènes se réunissent pour faire une battue; on parcourt la région sans trêve jusqu'à ce qu'on ait rencontré le fauve qui succombe généralement sous le nombre, criblé de balles, de flèches ou de sagaies. L'examen de

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