MOEURS DU LION
ses dents et de ses griffes indique chaque fois une vieille bète ; ranimai est q-énéralement maigre et en très mauvais état. Il est rare qu'un jeune lion devienne anthropophage dans un pays giboyeux.
Pourtant, dans certaines régions, comme à Tchiouta, par exemple, où pendant la saison des pluies le rare gibier qu'il y a dans les montagnes s'éparpille de tous côtés, étant désormais sùrdy trouver de l'eau, les lions souffrent de la faim et viennent prendre jusque dans les villages les hommes ou, à défaut , les chiens et les poules.
Certains districts sont proverbialement dangereux pendant la saison des pluies ; les lions semblent s'obstiner à y séjourner et l'on ne peut passer la nuit sur terre, ni dans des cases, ni dans des tentes. Les indigènes y construisent alors sur des arbres des planchers-abris sur lesquels ils montent avant la tombée de la nuit, et ils y dorment avec le calme que donne une sécurité complète, pendant que les lions font rage dans les lieux habités, enfonçant les portes des huttes, démolissant les cages à poules, dans le vain espoir de trouver quelque chose à manger.
Sur la Mavoudzi, près de Tchiouta, il y avait un endroit où les fauves abondaient. Pendant que je me trouvais à Makanga, quatre hommes me furent envo3^és avec quatre colis contenant, l'un, deux lanternes avec douze verres (cheminées) de rechange et, les autres, des boîtes à conserves. On avait eu grand'peine à les y décider, car ils étaient forcés de coucher à la Mavoudzi. Néanmoins, avec un salaire quadruplé et la promesses qu'on leur prêterait à chacun une carabine Martini et six cartouches, ils consentirent à tenter le voyage. En arrivant sur les bords de la rivière, à la nuit tombante, ils voulurent monter sur le plancher-abri qui était sur un arbre et où on avait l'habitude de passer la nuit; mais les pluies continuelles et les termites avaient démoli la passerelle et ils n'avaient pas le temps de la reconstruire; ils amoncelèrent du bois, allumèrent de grands feux, et
CHASSES DANS l'aFUICJUE Cr.NTtlAI.E. 27
mettant les quatre colis entre eux et les foyers, se pelotonnèrent au milieu. Des rugissements terribles ne tardèrent pas à se faire entendre et nos hommes s'apprêtèrent à faire usage des armes qu'ils avaient, quittes, à grimper sur Tarbre, au dernier moment, si besoin était.
Les lions les ayant cernés, ils firent feu de toutes pièces, brûlèrent leurs six cartouches et battirent en retraite à la hâte dans les branches du végétal protecteur. Le lendemain, au lieu des cinq ou six lions qu'ils s'attendaient à trouver sur le carreau, ils ne virent que les caisses complètement criblées de trous. Ils avaient si bien dirigé leurs armes que la plupart des balles étaient allées se loger dans les caisses-remparts! On juge de l'état dans lequel je trouvai mes verres de lampe et mes boîtes de conserves! Ce n'est pas tout. Le lendemain, à l'aube, au moment où ils passaient la Mavoudzi, leurs caisses sur la tète, Tun d'eux dit avoir aperçu un lion et les quatre caisses firent un plongeon dans la rivière d'où elles ne furent repêchées que deux heures après. Toutes les boîtes étaient blessées, et, de leurs flancs ouverts, le contenu s'était échappé.
Une pauvre boîte de thé sur laquelle je comptais avait pour sa part reçu deux balles, et Feau avait achevé ce traitement d'un nouveau genre que je ne saurais recommander aux voyageurs pour améliorer leurs provisions.
Quelques mois plus tard, passant moi-même en cet endroit redouté , j'y fis construire en une journée une petite forteresse en grosses pièces de bois que l'on a toujours entretenue depuis et à laquelle on a donné mon nom : Mssassa ia Nisti Foï {[e campement de M. Foà). J'y allai deux fois avec mon arsenal attendre les lions, mais ces nuits-là ils ne vinrent pas : j'ai toujours cru que c'est parce que nous étions trop nombreux.
Mon petit fort est utilisé et entretenu par tous les indigènes qui passent.
J'ai déjà expliqué pourquoi les lions sont si dangereux peu-