‹ Mes grandes chasses dans l'Afrique centraleChapitre 67 sur 113 · MOEURS DU LION · texte numérisé non relu

MOEURS DU LION

dant la saison des pluies : à cette époque, le gibier dont ils se nourrissent se répand de tous côtés. C'est la soif et le manque d'eau qui allirenl tous les animaux, pendant la sécheresse, aux environs d'une mare, d'un trou d'eau, d'une nappe quelconque, souvent unique dans un très grand espace de pays; les lions font alors bombance : ils chassent à l'afTiit de nuit et de jour, parce qu'ils sont sûrs que les animaux sont forcés d'y venir boire.

Au contraire, pendant le fort de la saison pluvieuse, les animaux n'ont plus d'endroit régulier pour se désaltérer; le lion lisque donc d'attendre en vain pendant plusieurs jours auprès d'une mare ou d'une rivière. De plus, les animaux s'éparpillent dans tout le pays et, s'ils semblaient nombreux alors qu'ils étaient réunis sur la surface de trois kilomètres carrés, ils deviennent rares, répandus sur trois ou quatre cents kilomètres. De là, la faim qui pousse les lions à s'en prendre à l'homme, au chien et jusqu'aux poules.

On dit que le lion ne mange que l'animal qu'il a tué et seulement lorsqu'il est frais : c'est encore là une grosse erreur. Le lion, comme le léopard, du reste, mange fort bien la charogne : il semble même préférer la chair faite à la viande fraîche, aussi bien quand il y a abondance qu'en temps de disette.

Le buffle (ou le Ijétail dans certaines régions) est la nourriture préférée du lion, d'abord à cause de sa taille et aussi parce que son allure est lente, ^'oici comment procède généralement le grand fauve pour capturer un de ces animaux. Il l'attend la nuit à l'affût, lorsque ce dernier vient boire, ou il suit sa piste à l'odorat. Il s'approche insensiblement, sans bruit, avec ces allures souples si particulières aux félins. Il fait preuve de la plus grande patience : le buffle est-il en plaine découverte, il attendra sur la lisière sa rentrée sous bois ou il s'approchera assez pour pouvoir bondir.

Le moment venu , il s'élance sur la bète, lui tombe sur le dos et cherche à la mordre derrière la nuque, tout en se cramponnant à l'aide de ses puissantes griffes. Si le buftle n'est pas trop gros, le lion lui brise la colonne vertébrale; si, au contraire, les dimensions du cou sont supérieures à l'ouverture de sa mâchoire , il ne peut faire à son ennemi que de fortes égratignures. 11 n'est pas rare de rencontrer de vieux buffles solitaires, énormes, qui témoignent par les cicatrices nombreuses de leur cou, de leur garrot et de leurs épaules, qu'ils sont sortis vainqueurs de plus d'un de ces combats. Souvent les lions chassent de compagnie et se mettent deux sur le même animal; il est rare alors que celui-ci leur échappe.

On assure que, dès que le lion a saisi l'épine dorsale de sa victime, il lui met une patte sur la tête et tire à lui afin que cette flexion à droite ou à gauche aide mieux à la rupture de l'os. Je n'ai pu vérifier cette assertion; j'ai bien vu des buffles ayant sur le chanfrein des cicatrices dues au lion, mais elles ont pu être faites par un deuxième agresseur.

A défaut de buflles et de bétail, les lions, lorsqu'ils sont dans la force de l'âge, chassent à l'éland et même aux petites antilopes. M. Selous affirme qu'il faut avoir un cheval excellent pour distancer leur poursuite.

.J'estime à 600 kilos le poids brut d'un buflle adulte, sa taille étant beaucoup plus considérable que celle du bœuf, lequel pèse 400 kilos au minimum. Tout ce qu'un lion vigoureux peut faire, c'est de traîner un de ces animaux par terre sur une distance de quelques mètres.

On est donc pris d'une douce gaîté lorsqu'on lit que, en Algérie, un lion franchit d'un seul bond, avec un bœuf entre les dents, une palissade de gourbi haute de deux mètres et qu'il fait quelques kilomètres avec sa proie, tout comme un coureur avec un cigare entre les lèvres à travers les obstacles d'un crosscountry !

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