CHAPITRE X
Voyage au nord-est de la Maravie. — Rapports de l'Européen et du noir. — Sur les bords du Kapotché. — Essaims de tsétsés. — Chasse à l'hippopotame. — Nageur au milieu des caïmans. — Sept mille cinq cents kilogrammes de viande. — Un mutin. — Fuite de deux cents porteurs. — A la recherche de porteurs. — Campement en forêt. — L'oréotrague. — Chasse au caïman. — Autre chasse à l'hippopotame. — Chasse à Thyéne et au buffle. — Le vautour et ses mœurs. — Arrivée de nouveaux porteurs. — Chasse au buffle. — Accident grave à l'un des hommes de l'expédition et sa mort.
Au commencement de septembre, j'étais en route pour le nord-est de la Maravie occidentale , non plus pour reprendre le chemin d'Oundi de triste mémoire, mais pour me rendre dans le pays de Mano, où j'avais à étudier les gisements aurifères existant entre Missalé et Kangourou. J'emmenais avec moi une expédition de deux cent six personnes, y compris cinq ou six Arabes. Hanner était resté pendant mon absence (qui devait être de courte durée) auprès du roi de Makanga. J'emportais avec moi des cadeaux pour conclure des traités d'amitié ou d'occupation avec les quelques roitelets que j'allais rencontrer, et je partais aussi avec des intentions tout ce qu'il y a de plus hostiles à l'égard des habitants des forêts.
J'étais passé à Tchiouta, où j'avais fait construire une maisonnette de ravitaillement. Des deux Arabes à la 2:arde desquels je l'avais confiée, l'un était mort de la dysenterie au com-
CUASSES DANS L'ATOIQUE CENTRALE. 28
mencement de raunée; Taiitre vivait tranquille, perdu dans ces montagnes, mais entretenant de bonnes relations avec les habitants. Mes porteurs se composaient en majorité d'indigènes qui appartenaient à la race des Azimbas. Ceux-ci, sans être de mauvaises gens, ont un grand esprit d'indépendance et sont assez difficiles à mener.
11 faut se rappeler que nous étions les premiers Européens qu'ils eussent jamais vus : jusqu'alors ils n'avaient guère obéi qu'à leurs chefs, et encore tout juste. Quelques-uns d'entre eux eussent paru de vilaines gens à tout nouveau venu; ils allaient jusqu'à la menace lorsque les Arabes exigeaient d'eux quelque chose qui ne leur plaisait pas; mais, pour leur faire courber la tète, il n'y avait qu'à bien leur montrer que leurs airs rébarbatifs et leurs flèches empoisonnées ne vous faisaient pas peur.
Il faut qu'un Européen ait un prestige considérable, et, s'il ne l'a pas, qu'il l'acquière. Pour peu qu'il se laisse intimider, c'est un homme perdu; non seulement son autorité, mais sa vie quelquefois en dépend. Autrement que ferait un blanc seul au milieu de deux cents noirs armés, soumis à la seule loi de leur fantaisie? Le noir est très clairvoyant; s'il vous fait peur, il le devine , quand même vous chercheriez à le dissimuler. Habitué à lire sur les visages énigmatiques de ses compatriotes, il apprend vite à connaître l'Européen dont la physionomie rend les moindres sensations : il l'étudié, il observe ses actes et il se fait de lui une opinion proportionnée à ses mérites : un blanc mauvais marcheur, chétif, maladroit au tir, n'exerce aucun ascendant sur lui. Il faut lui en imposer par la supériorité physique : savoir grimper sur un arbre avant lui, le fatiguer à la marche, l'étonner au tir, — ce qui n'est pas difficile, — en un mot lui prouver qu'on l'égale dans son propre pays : mieux (mcore, qu'on le dépasse. 11 devient alors obéissant, attaché môme à celui qu'il suit. J'ai rappelé plus d'un récalcitrant à lui-même ,