‹ Mes grandes chasses dans l'Afrique centraleChapitre 75 sur 113 · NOUVELLE CHASSE A L-HIPPOPOTAME · texte numérisé non relu

NOUVELLE CHASSE A L-HIPPOPOTAME

de roccasion (|ui s'offrait à moi de tuer facilement les deux animaux à quinze mètres. Avec leur esprit essentiellement pratique, ils ne concevaient pas ce désir de changer, de varier ma chasse, d'aller chercher la dilTiculté et les hasards d'une poursuite de nuit, quand j'avais le gibier pour ainsi dire à portée de la main et en plein jour. Mais, comme ils savaient que je ne faisais cas de leur avis que lorsque je le leur demandais, ils se contentèrent de se communiquer mutuellement leur étonnement, tout en s'éloignant avec moi de la mare.

Comme les hippopotames ne sortaient d'habitude qu'à la nuit tombante, je voulus faire un tour dans les environs en attendant cette heure. Après avoir marché assez longtemps et aperçu bon nombre de pistes fraîches que nous n'avions pas le temps de suivre, nous avions essayé de revenir par un détour, mais nous nous étions trouvés dans une région dont l'herbe n'avait pas été brûlée. Haute comme un homme, sèche et bruyante, entremêlée d'épines cachées, cette végétation était presque impénétrable; il y faisait de plus une température très élevée, l'air ne pouvant circuler. Supposant que ce n'était qu'un mauvais pas à traverser, nous nous y étions engagés, fendant cette masse avec peine, parant des deux mains les épines qui fouettaient notre visage et écorchaient nos jambes, levant les genoux jusqu'à la ceinture et faisant de lentes et laborieuses enjambées.

Je pensais, tout en me livrant à cet exercice, combien seraient diminuées les ressources c^-négétiques d'un pareil pays, si le feu n'existait pas : en pareil cas, l'homme devrait renoncer, en xVfrique, à la poursuite des bêtes sauvages. Je suis certain qu'on lions entendait venir à plus de cent mètres. Chose étrange! les animaux discernent parfaitement au bruit des herbes sèches, si c'est un de leurs pareils qui marche ou un homme. La différence est sensible et facile à établir pour l'oreille humaine, mais on s'étonne que les animaux puissent s'en apercevoir.

Le bruit que fait un buffle ou une grande antilope dans l'herbe

sèche est intermittent ; c'est une suite de bruissements qui s'arrêtent avec l'animal, quand il reste aux écoutes ou qu'il mange : chacun de ses pas se compte ainsi, comme ses arrêts. L'homme, au contraire, marche sans s'arrêter, à moins qu'il ne cherche à faire comme les animaux. Il m'arriva plusieurs fois d'imiter parfaitement, courbé dans l'herbe, l'échiné d'un animal occupé à paître ; pas à pas, avec beaucoup de patience et un bon vent, je me suis fort bien approché du gibier; mais, en revanche, que de temps perdu, que de fatigue, quelles précautions exagérées!

Plus nous avancions, moins la jungle devenait praticable : impossible d'en sortir. Le sol était criblé de pistes d'éléphants faites au moment des pluies, alors que la terre était molle, et qui, durcies maintenant, étaient dissimulées par la végétation; autant de ces trous, autant de chances de se donner une entorse. Que de fois, pendant mes années de chasse, je m'y suis tordu les pieds! Que de fois à l'improviste, en courant, j'y suis tombé de tout mon poids sur mes chevilles pliées! Jamais je n'ai rien eu, sinon, peut-être, une douleur passagère. Ah ! l'excellente école pour se faire les articulations!...

Les hommes s'arrêtaient à chaque pas pour s'arracher des épines de la plante des pieds. Nous mîmes à peu près une heure pour faire un kilomètre. Enfin, nous nous retrouvâmes sur le bord du Kapotché, à une distance de notre mare que nous ne pouvions estimer. J'aurais pu mettre le feu aux herbes, mais j'avais peur que l'incendie durât trop longtemps et ne gênât ma chasse du soir en effrayant les hippopotames et les empêchant de faire leur promenade nocturne. Quoique nous eussions marché longtemps, nous ne devions pas être loin de leur résidence.

Nous prîmes par le lit à sec du fleuve, préférant encore marcher dans le sable brûlant plutôt que dans les hautes herbes, et fûmes étonnés d'arriver bientôt à destination. Comme j'avais encore une heure de jour, je mis tous mes hommes à ramasser du

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